‹ Le coq du clocher (volume 2)Chapitre 5 sur 20 · LES GUELFES ET LES GIBELIXS · texte numérisé non relu

LES GUELFES ET LES GIBELIXS

' ta guerre intestine dont Saint-Sylvain était menacé couvait depuis longtemps dans les esprits comme la foudre dans les flancs'des nues. Bien des signes en avaient trahi rapproche et dénoncé les progrès. On se sentait à la veille de l'un de ces événements qui changent le sort des empires, de Tune de ces convulsions qui ébranlent un pays jusque dans ses fondements. Ainsi devait être l'Angleterre au moment où éclata la lutte des deux roses; l'Italie, quand

elle se partagea entre ies Guelfes et les Gibelins. La nomination de Célestin Vauxbelles, au moment où il se mit pour la première fois sur les rangs, avait été une sorte de surprise. L'arrondissement était pris au dépourvu, il n'eul pas le temps de se reconnaître. L'audace d'Evariste fit merveille dans un pareil moment; agissant lorsque personne n'agissait, il eut toutes les gloires de la campagne et tous les honneurs du résultat. C'était Theure oii notre héros arrivait de Paris avec ses prestiges et tournait toutes les tètes de la jeunesse du lieu. Il avait la vogue ; son candidat l'eut aussi. Evariste ne s'ent tint pas là ; il parcourut les environs et se montra bon prince vis-à-vis des fermiers, s'inonda de piquette sans froncer le sourcil, parla des avoines en connaisseur, des sainfoins, des trèfles, des luzernes comme un ami de la nature, et réalisa à peu de frais la conqi?éle de tous ces braves gens. Dès lors l'élection changa de caractère, elle devint une espèce d'acclama-

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lion. Céloslin Vau\|jelles lut porté sur le pavois parloai(3ntaire.

Une fois élu, il lui était impossible de méconnailre la main qui l'avait porté là. Il était l'œuvre d'Evariste, rien de plus; Evariste pouvait le briser comme il Pavait élevé. Ce sentiment pesa sur la carrière de Vauxbelles ; il s'habitua à envisager toutes les questions au point de vue d'Evariste. Eùt-il voulu secouer cette chaîne, se dérober à cet asservissement, que son prolecteur l'eût rappelé sans 'pitié aux circonstances de son origine. De là un renversement de rôles : Graindorge dominant la politique deCéleslin, Célestin faisant à Paris les affaires de Graindorge. Ce fut ainsi cju'Evariste prit une part indirecte aux débats du droit de visite, tandis que Vauxbelles modifiait le personnel des administrations de Saint-Sylvain au gré de son ami.

Pour justifier ces procédés, Evariste s'était créé une théorie qu'il poussait jusqu'à Tabus.

W posait en principe que, dans l'intérêt de Vauxbelles, on ne pouvait donner trop d'importance aux Graindorge. L'idée ne manquait pas d'originalité ; elle mettait d'un seul côté les bénéfices de la position et Tauréole du désintéressement. Ainsi pour que Célestin fut député à toujours, il fallait que les Graindorge remplissent Saint- Sylvain du bruit de leur nom et de leur pouvoir : aucune influence ne devait subsister près de celle-ci. C'était un soleil jaloux qui excluait tous les astres secondaires.

Fortifier les Graindorge, tel était le refrain d'Evariste. Hors de là il n'apercevait que désastre pour Célestin. Il répétait que fonder sa fortune sur le sable mouvant de l'enthousiasme était le fait d'un cœur imprévoyant- et que les sages du siècle aimaient mieux se fier au ciment de l'intérêt. Il avait d'ailleurs sur le régime constitutionnel les idées d'un homme sur lequel les préjugés ont peu d'empire ; il avait vu de près la chambre des députés çt en parlait en

esprit tort qui a su pénétrer le but de Tinstilution. A Ten croire, il fallait'envisager ces choses de très haut, prcfbablement du haut des tribunes pubUques, et user sans scrupule et sans réserve des moyens d'action que ce régime met à la merci des députés.

On devine ce qu'avait pu faire Vauxbelles sous le feu de ces beaux systèmes. Au fond, c'était un cœur honnête et qui, avec plus de liberté, aurait suivi un meilleur chemin. Le bien y dominait : il en avait la volonté, mais non la force. Lepoint de départ était d'ailleurs mauvais. Célestin ne se faisait aucune illusion sur ses titres ; il sentait qu'il n'était pas arrivé par ses mérites, et que le motif de ce choix se trouvait en dehors de lui. Comment lutter? Oii trouver un appui? Il ne l'essaya même pas et se laissa entraîner aux nécessités de son rôle. Arrivé à Paris, l'exemple acheva de le rassurer'^ il prit du courage en regardant autour de lui et

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