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rcs î Et tu veux que je reste un .quart d'heure de plus dans cette bicoque I Ah ! Célestin î
— - Mon Dieu! je ne prétends rien l'imposer! répliqua Vauxbelles, peu habitué à ce ton de reproche.
— Célestin, ajoutii Evaristcavrc une certaine émotion , tu es mon ami, tu ne veux pas me faire manquer ma carrière. Il est un âge où l'on se doit à son pays. J'ai là quelque chose, te disje, et tu nie verras à l'œuvre. Je ferai peau neuve, je ferai voir ce que vaut un Graindorge parvenu à toute la maturité de ses idées. 11 y a beaucoup à faire en France ; c'est un pays de ressources : on ne le connaît pas bien. Les hommes seuls manquent.
— Sans doute ; mais où en trouver? dit Vauxbelles, donnant à son insu dans un piège.
Evariste ne répondit pas sur-le-champ; seulement, un éclair de confiance et d'orgueil passa sur sa physionomie. Choisissant dans la cave à liqu('urs un nouveau carafon, il s'humecta d'un
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verre d'à ni se lie de Bordeaux, el lui rendit, à l'aide d'un claquenient de langue, un de ces hommages qui valent tout un long discours. Quand il eut payé ce nouveau tribut aux spiritueux de son ami, il passa les mains sur ses moustaches et ajouta :
— Céleslin, on a besoin d'hommes, n'est-ce pas! Tu l'avoues, tu en conviens? Eh bien! occupe-toi de me placer un peu haut. Le ciel et Graindorge feront le reste. Dieu protège la France !
— Mais que veux-tu donc ? dit le député fort entrepris. Je ne puis pas te faire ministre.
— J'en conviens! répondit Evariste.
— C'est fort heureux! dit Vauxbelles.
— Il faut vouloir ce qui est possible, ajouta rillustre Graindorge. Mais,, à défaut d'un portefeuille, j'accepterais une recette générale. Cela conduit à tout.
— Une recette générale ! s'écrie Vauxbelles, épouvanté : y songes-tu ?
— Oui, dit Evariste.
— Ce n'est pas une plaisanterie ?
— Pas le moins du monde. J'ai entendu dire qu'on y sert avantageusement le pays. Or, une idée m'obsède depuis six mois : celle de servir le pays. On ne me l'ôterait pas de la tête.
— Une recette générale î mon cher, dit Vauxbelles, d'un ton désespéré; mais tu ne sais paà ce que c'est. Dès qu'il s'en trouve une de vacante, on se l'arrache. Tout ministre a ses candidats*, le château a aussi les siens. J'aimerais autant que tu me demandasses ur.e principauté.
Cette réponse empreinte d'un profond accent de conviction, toucha Evariste; il ne voulut pas laisser plus longtemps son ami au régime des choses impossibles.
— Mon cher, lui dit-il, ne t'afflige pas. Tu me dis qu'une recette générale est un morceau dur à obtenir ; n'y pensons plus, j\y renonce. Voyons , reprends tes esprits, ne te crispe pas, surtout ; je ne suis pas ici pour te fatiguer, pour
te sa(u|*jer de fiel, pour l'abreuver d'angoisses. Je suis ton ami, ton Evariste, comme tu es mon^ Célestin, Entre amis, on est fait pour se comprendre.
— A la bonne heure 1 dit Vauxbelles.
— Cherchons donc autre chose, ajouta Graindorge, revenant à la charge avec une imperturbable persévérance. Écoute, Célestin. ,
— J'écoute , dit le député, déposant de nouveau le rasoir, comme s'il eût renoncé à ache-^ ver sa barbe cent fois interrompue.
— Que penses-tu de la diplomatie , dit Evariste.
. — De la diplomatie ? répondit Célestin avec un ton qui laissait présager une opinion défavorable.
— On en parle , ajouta Evariste , comme d'une carrière où Ton peut servir avantageusement son pays.
— Elle est bien courue , dit Vauxbelles.
— Je le sais, poursuivit Evariste ; les grandes
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familles s'y jettent , raristocralie y abonde. Cela m'irait d'autant mieux , mon cher, j'ai toujours eu un faible pour les gentilshommes. Il faut aller où ils vont.
— Sans doute, dit Vauxbelles, que celt(» demande jetait dans un nouvel embarras.
— Célestin , mon bon Célestin , je vais tout le dire, reprit Evariste, se laissant aller à une effusion soudaine. Pousse-moi dans la diplomatie , et je m'allie à l'une des plus anciennes familles du pays.
— Bah! s'écria Vauxbelles, que cet aveu frappait d'une nouvelle surprise.
— Oui, mon cher, à des seigneurs (le la plus vieille roche , à des gens qui remontent à Philippe- Auguste par les femmes.
— Et leur nom ?
— C'est mon secret , mon cher, tu le sauras quand les choses seront plus avancées. (Cherche dans les environs la Une Heur de l'aristocratie , et lu auras mis le doigt dessus. '
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Ces paroles amoiifVent sur le visage de Célestin Vauxbelles une expression profonde d'inquiétude et de malaise. On eût dit qu'elles le frappaient au cœur, à l'endroit le plus douloureux et le plus sensible. Il ne s'était pas remis de cette épreuve quand la figure du père Joblet reparut de nouveau dans le clair obscur de la porte entrebâillée.
— Messieurs , dit le vieux serviteur....
— Qu'est-ce encore? répliqua Evariste.
— Une visite , ajouta Joblet, M. Victor Simonneau , le notaire. Il demande instamment à vous voir.
-^ YiclorSimonneauî dit Vauxbelles.
— Victor Simonneau ! dit Evariste.
L'exclamation fut simultanée ; seulement
l'accent différait.
— Nous ne sommes visibles pour personne, père Joblet , dit Evariste en prenant les airs et la voix d'un maître ; lu peux le dire à Victor Simonneau,
^14 LE COQ Dli CLOCHER.
Joblot ne crut pas devoir déférer h cet ordre ; il attendait le dernier mot de son maître.
— Qu'en pense Monsieur? dit-il en insistant et en se tournant vers Vauxbelles.
Célestin avait une énigme àéclaircir ; les derniers mots d'Evariste appelaient un commentaire. 11 ne pouvait d'ailleurs mettre en présence les deux chefs des partis qui divisaient Saint- Sylvain ; aussi se décida-t-il prompteraent , et , se tournant vers le père Joblet :
— Fais ce que veut Evariste , lui dit-il.
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