‹ Le coq du clocherChapitre 18 sur 21 · UN NOUVEAU MITHRIDATE · texte numérisé non relu

UN NOUVEAU MITHRIDATE

A mesure que Tétoile de Célestin s'en allait déclinant^ celle d'Évariste se dessinait d'une manière plus nette. Aussi se montra-t-il un tout autre homme à son retour de Paris. Les choses en étaient arrivées à ce point qu'il pouvait s'envelopper de moins de réserve et laisser pénétrer ses projets. Il devenait même utile que l'idée de sa candidature se répandît au au dehors et y occupât les esprits.

On va voir ce sentiment dominer dans Tentretien qui s'engage entre Graindorge et Rieussec. Graindorgeest sur son divan, partagé entre sa pipe et un livre ouvert devant lui, au moment oii son confident vient, comme à l'ordinaire, prendre le mot d'ordre de la journée.

— Ah ! c'est toî?dit notre héros, comme «r'i^ s'^rr-ichait avec peine aux charmes de sa ieciure ; tu me trouves au prises avec ce tendre Racine. Quel homme prodigieux, mon cher ! comme on vit avec plaisir dans son commerce ! c'est plein d'idées, et nourri, et harmonieux, et pur! Décidément on ne travaille plus dans ce goût; la recette s'en perd.

Jules ne trouvait pas un mot à répondre à cette apologie du grand tragique; la surprise empêchait sa parole de se faire jour. Eiifm il trouva ces mok» z

LE COQ DU CLOCHER. 2ô9

—Du Racine, Évariste! serais-tu malade, par hasard ? •*>■■

—Non, mon fils, non; on ne saurait trop recourir aux bons modèles. Il y a là-dedans, vois-tu, poursuivit Évariste en frappant sur le volume, il y a là des leçons pour tout le monde, pour les artistes, pour les diplomates, pour les hommes politiques. Étesvous épris delà forme? la forme y est; cherchezvous le fond? le fond s'y trouve, et quel fond ! Tiens, mon petit, ajouta-t-il, j'en étais ici, au troisième acte de Mithridate. Quel début magistral ! quels vers carrés! Que me répondrais-tu, par exemple, si je te disais dans la langue de cet ingénieux Racine ;

Approchez-vous, mon fils. Enfin, l'heure est venue Qu'il faut que mon secret éclate à votre vue; A mes nobles projets je vois tout conspirer; 11 ne me reste plus qu'à vous les déclarer.

—Eh! que diable veux-tu que je réponde? dit Rieussec, ne sachant pas où son ami voulait en venir.

—C'est pourtant , continua Évariste , dans les grands auteurs que l'on trouve de pareilles entrées en matière. Avec des autorités plus médiocres, j'aurais pu te dire : Le grand Bouddha a eu trentedeux mille métamorphoses; je veux imiter cet asiatique; je prétends me transformer, me transfigurer; et avant peu, mon petit, je t'en donnerai le spectacle.

— Vraiment! dit Rieussec.

—Mais, ajouta Evariste, combien la manière de cet i^légant Racine est préférable 1 C'est l'antique dans

toute sa pureté! les procédés directs, naturels; la phrase précise, succincte, voilà, mon fils, ce que Ton apprend dans le commerce des écrivains de la bonne époque. Écoute plutôt :

En chassant Célestin de la chambre étonnée. Renverser en un jour l'ouvrage d'une année.

— Ah ! s'écria l'ami du prince mis enfin sur la voie, je commencée à comprendre. Ta poétique s'explique: tu veux te débarrasser de Vauxbelles ?

— C'est toi qui Tas nommé, mon fils. Il n'y a pas dix-huit mois, je le portais au pinacle; aujourd'hui je l'en précipite. D'autres temps, d'autres soins. A qui la faute, d'ailleurs? A Célestin. Il n'a pas répondu à ce que j'attendais de lui. Nous l'avons vu à l'œuvre; incapable, impuissant, mon cher. Il ne tire parti de rien, se laisse jouer sous jambe; on lui met un chêne dans les mains et il en fait une quille. C'est un homme jugé.

— Jugé et condamné 1 dit Rieussec en forme d^écho.

— Il n'a pas compris son temps, poursuivit Évaliste. Moi, en un clin d'œil, j'ai tout vu, tout deviné, La politique, mon fds, comprend aujourd'hui des êtres de deux sortes : ceux qui tirent la couverture à eux, ceux qui ne la tirent pas. Les uns sont bien nantis, les autres à découvert : la civilisation enseigne à l'homme de ne point se laisser manger la iaine sur le dos : c'est la seule chose qui nous distingue positivement du mouton.

— La nuance est ingénieuse, dit Rieussec.

—Le bel honneur pour Saint-Sylvain 1 s'^éOna

Évariste en s'aniniant, que de se voir entre les mains d'un homme qui tire un médiocre parti de son affaire. Cela se sait et les autres arrondissements en font des gorges-chaudes. L'intérêt n'est pas seul compromis, Tamour-propre en souffre également. Tl y a de quoi perdre l'Argentine de réputation et faire descendre le mont Serrât des hauteurs qu'il occupe sur la carte.

— Ainsi, dit Rieussec, tu vas exécuter Célestin?

— Oui, mon fils, et nous y apporterons un sentiment d'humanité; ce sera fait d'un seul coup, sans qu'il ait le temps de souffrir. Aussi, pourquoi cet homme n'a-t-il pas bec et ongles comme tout le monde? C'est une lacune déplorable dans son organisation. Ensuite, mon fils, un fonds de préjugés, des scrupules, la crainte de se mêler hardiment à ce qui se fait ! Que diable ! ou l'on est de son temps ou l'on n'en est pas : quand on n'en est pas, on se fait embaumer et l'on passe à Pétat de momie; mais quand on en est, on y va de cœur et d'âme, on prend de tout, on se mêle à tout, on ne se laisse pas faire son compte par les autres et l'on cherche à faire le leur. Des scrupules aujourd'hui ! c'est bien choisir son moment ! Autant reprendre la perruque à marteaux et le bec à corbin ! J'aimerais mieux ça. K- — Condamné, dit Jules, condamné à l'unanimité ! î^Iais qui mettre en sa place? ajouta-t-il pour sonder la pensée de Graindorge.

— O'ii, dit celui-ci, qui mettre en sa place? Voilà le point délicat, épineux.

— Epineux et délicat, répéta l'écho.

— Et bien I j'ai un homme, dit Évariste.

—Tu as un homme ! répliqua Rieussec ; tu es aj> xÂus avancé que ce philosophe qui en cherchait un

—Un homme à souhait, je m'en flatte, contih llvariste, avec un sang-froid achevé.

— Et cet homme? demanda Rieussec.

— C'est moi , dit Graindorge. en prenant une pose carrée et majestueuse sur les coussins du divan.

Quelque habitué que fût Tami du prince aux écarts d'amour-propre et aux prétentions démesurées de Graindorge, il ne put contenir un mouvement de surprise. Jusqu'ici, les ambitions de notre héros s'étaient bornées à un rôle local, et Rieussec ne croyait pas aue sa vue s'étendît jamais au delà. Aussi ce sentiment se fit-il jour dans sa réponse :

— Toi!dit-ii.

—Moi! s'écria Évariste, décidément emporté par les réminiscences tragiques; moi, dis-je, et c'est assez. Qui veux-tu que ce soit si ce n'est moi? on ma vu à l'œuvre k Saint-Sylvain. N'y ai-je pas opéré à la satisfaction générale? Y ai-je manqué une seule campagne? Y ai-je fait une faute? Ce sont des preuves, cela, c'est du génie ou je ne m'y connais guère. Au fond, que me manque-t-il? Un plus vaste théâtre. Les situations font les hommes. A Saint-Sylvain, j'ai été ce qu'il fallait être à Saint-Sylvain, rien de moins, rien de plus. J'ai tenu mon génie à votre hauteur, j'en ai adouci les rayons pour ménager les facultés visuelles de Tarrondisscment. Partout je serai le même : toujours au niveau de mes devoirs, lu verxas ! tu verras !

C'est à Paris, mon fils, que je prétends marcuei".

— ^Paris? dit Ricussec, ne revenant pas de son étonnement.

— A Paris, ajouta Évariste, dans la capitale des chemins de fer et des compagnies financières.

Ce des^^în vous surprend, et vous croyez peut-être, Qu'un orgueil excessif aujourd'hui le fait naître; J'excuse votre erreur, et, pour être approuvés, De semblables projets veulent être achevés.

—A la bonne heure ! dit Jules en poussant un soupir qui ressemblait à un acquiescement.

—Oui, mon fils, le dessein en est pris, il faut que j'arrive à la chambre.

Ne vous figurez point que de celte contrée,

Par d'éternels remparts elle soit séparée ;

Je sais tous les chemins par où je dois passer.

Et si le Simonneau ne me vient traverser,

Sans reculer plus loin celte bonne fortune.

Je me rends dans trois mois au pied de la tribune.

Toujours pour me servir de la langue de cet harmonieux Fiacine. Divine plume! On dirait que c'est écrit poiu^ moi, ajouta Évariste en feuilletant de nouveau le volume qu'il avait sous les yeux.

— J\accepte la fin, répliqua Rieussec, vaincu par tant d'assurance, mais où sont les moyens?

—Mon fils, dit Graindorge avec un accent de reproche, voilà encore un de vos soupçons. Vous êtes un vrai Thomas, un incrédule ; vous doutez de vos dieux. Les moyens ! il s'en trouvera, n'en soyez point en peine. J'ai conduit la partie pour le compte des au-

très; ii y aura du malheur si je n'en viens pas à bout pour le mien. Connaît-on seulement Yauxbeiles dans ranondi.ssemept? Il n'a qu'à en faire l'essai. Qu'il y batte le . appe*^ il verra de combien d'hommes se compose s^^n bataillon. C'est moi que l'on connaît; c'est moi qui suis l'idole de la campagne et de la ville ; passe-*ïioi le mot. La modestie est une vertu théologale^, mais il n'y faut point mettre d'excès.

— Ainsi^ c'est convenu^ tu seras député? dit Rieussec.

—Je serai député^ dit Évariste.

Voilà rambition dont mon âme est saisie,

—Et quand cela?

— Avant six mois 1

Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas.

— Fermons ce livre, ajouta Évariste, car ce Racine est entraînant. Je finirais par ne plus parler que le langage des dieux. D'ailleurs, mon fils, j'ai encore quelques paroles graves à t'adresser.

Graindorge en était là quand des pas se firent entendre dans le vestibule ; le son se rapprochait peu à peu.

— Qui vient nous déranger? dit-il avec humeur.

La porte s'ouvrit et Gérenflot montra son profil avec l'hésitation d'un homme qui a peur d'être indiscret. Il venait, comme Rieussec, prendre le mot d'Évariste :

— Entre, dit ce dernier : aussi bien tu n'es pas de trop. J'avais besoin d'un témoin.

^ L époux de Gervaise entra et garda devant son chef naturel une attitude respectueuse. 11 resta debout pendant qu'Évariste et Jules étaient assis.

-Gérenflot, dit Graindorge, en deux mots tu vas être au courant. Nous venons de condamner Célestin Vauxbelles.

— Ah ! répliqua le propriétaire du Café du Commerce, sans attacher à cette exclamation la plus légère importance.

—Qu'est-ce donc, Gérenflot? dit Évariste : est-ce que tu défendrais Gélestin, par hasard !

—Moi, répondit le pauvre garçon, défendre quelqu'un. Dieu du ciel ! Et quand vous l'avez condamné ! Allons donc !

— A la bonne heure ! dit Graindorge en poursuivant son discours. Nous avons condamné Vauxbelles et je prends sa place.

— Prenez, Monsieur Évariste, prenez, dit Gérenflot ; ce n'est pas moi qui m'y oppose. Vous n'en prendrez jamais assez à mon gré. Allez toujours; ça vous est dû.

— Ainsi, c'est convenu, poursuivit Évariste, nous allons commencer notre croisade. Et d'abord, adieu à la vie de jeune homme ! Gérenflot, ajouta-t-il. * —Monsieur Évariste, répliqua celui-ci dans l'attitude du soldat qui attend une consigne.

-Fais-moi disparaître toutes ces pipes, dit Graindorge d'un ton de commandement.

—Les pipes? dit Gérenflot.

— Oui : les vareuses aussi.

— Les vareuses ?

—Et if oublie pas les casquettes. Réforme générale sur tous les points. Enlève, enlève hardiment, ajouta Evariste pendant que Gérenfiot exécutait une ratle complète. *Qu'il ne reste plus de vestige de tout cela. Dès le moment que je deviens ijn homme grave, il faut que je prenne les dehors de remploi. Un homme grave ne porte pas de casquettes, et encore moins de vareuses ; il a le chapeau noir et l'habit noir. L'homme grave ne se sert pas de pipes; à peine fume-t-il des cigares. Changement sur toute la ligne; métamorphose de la tête aux pieds. Va toujours, Gérenfiot.

Celui-ci continuait à faire un bloc des articles prohibés et les jetait dans un cabinet de décharge.

— Allons, dit Graindorge en voyant les progrès de la métamorphose, la tenue est meilleure. Il faudra changer le papier de la chambre; quelque chose de plus sombre, de plus sérieux. Tu verras le tapissier, Gérenfiot.

— Oui, Monsieur Evariste, répondit celui-ci en enlevant les dernières pipes, celles du râtelier d'honneur.

Graindorge ne put comprimer un soupir au moment où il porta la main sur sa noix favorite, celle qui figurait le buste de Napoléon coiffé du petit chapeau.

—Un moment, Gérenfiot, un moment, dit-il avec vivacité. ^

L'époux de Gervaise s'arrêta par un mouvement presque mécanique. La voix d'Evariste produisait toujours cet effet sur lui. Il attendit de nouveaux ordres.

— Gérenflot^ dit Graindorge d'un ton pénétré et mélancolique, c'est une abdication, une véritable abdication qae je signe aujourd'hui. Celui qui figure m: Dot., de cette pipe, ajouta-t-il en s'emparant de son calumet préféré, ne fit pas un plus graaù sacrifice à Fontainebleau. Je perds aussi un empire, et quel empire !

— Oui, quel empire! dit Gérenflot, essayant de venir en aide à cette âme souffrante.

— Il le fallait, poursuivit Graindorge; je me résigne. Mais hélas 1 je sais ce que je quitte et je ne sais pas ce qui m'attend. J'abandonne une vie de succès pour entrer dans une vie de luttes. N'importe, chassons ces idées sombres. On dira de moi :

11 fit des députés, et puis il voulut l'être.

— Quoi de plus naturel? dit Gérenflot; on voit manger les autres, et l'eau vient à la bouche.

— J'abdique donc, ajouta Graindorge ; mais en abdiquant, je conserve le droit de choisir mon successeur. Gérenflot, prends ma plus belle casquette.

— La voici. Monsieur Evariste.

— Ma plus belle vareuse.

— La voici.

— Quant à la pipe, poursuivit Graindorge, celle-ci est l'idéal du genre; elle a l'haleine douce comme celle d'un enfant. Jamais d'humeur, jamais de caprice : c'est le caractère le plus égal que j'aie jamais connu. Et culottée!... il faut voir avec quel art, avec quel soin! J'y ai employé le souffle de mes plus

belles années. Pourtant il faut renoncer à tout cela : la grandeur ne se donne pas, elle s'achète.

Cet épanchement philosophique tenait en haleine l'attention des deux auditeurs; ils se demandaient où Evariste voulait en venir.

—Voici donc, poursuivit-il, les plus beaux attributs de ma vie de jeune homme, les témoins de mes conquêtes passées : ma vareuse, qui assista à tant d'escalades; ma casquette, qui tombait si naturellement sur mon oreille; ma pipe, qui semblait identifiée à mon appareil respiratoire. Emblèmes chéris et regrettés, ajouta-t-il avec un accent un peu théâtral, recevez, avec mon dernier adieu, une destination nouvelle. Gérenflot, donne ma casquette à Rieussec.

Gérenflot obéit.

— Ma vareuse !

Gérenflot donna la vaneuse.

— Mon fils, ajouta Graindorge, acceptez ces deux objets comme les insignes de l'empire que je vous laisse. J'y ajoute cette pipe; c'est comme si je vous donnais l'un de mes poumons. Servez-vous du tout comme je m'en suis servi moi-même. Dès aujourd'hui vous régnez à Saint-Sylvain; vous êtes souverain ici, mon fils. Je vous laisse un trône tranquille et des sujets respectueux. Quant à moi, je vous suivrai de loin, comme Charles-Quint suivait Philippe II des hauteurs du couvent de Saint-Just. Soyez cassant avec les hommes et volage avec les femmes, voilà à quel prix l'empire se conserve et s'obtient. Maintenant, mon fils, venez ici que je vous embrasse. Cette accolade vous servira de consécration.

Juies Rieussec se prêta à cette investiture burlesque. Quant à Graindorge, il avait un air si soleil nel que Tépoux de Gervaise se sentait gagné par un al tendrissement involontaire.

— Gérenflot^ dit Évarisle en se tournant vers lui, tu donneras ma queue d'honneur à Jules. C'est encore un insigne; il faut que mon successeur les ail tous. Pour moi, je brûle mes vaisseaux; je ne mets plus les pieds dans ton établissement : un homme grave ne va point au café.

— Quoi! vrai! Monsieur Evariste? dit Gérenflot frappé d'*un coup douloureux.

— Il le faut . mon brave Gérenflot ; c'est encore un sacrifice que je fais à la grandeur. Tu m'excuseras auprès de Gervaise. Maintenant, ajouta Graindorge, iifaut que je sois député; il le faut à tout prix, par tous les moyens, dussé-je pour cela épouser la fille de Victor Simonneau. Adieu, mes amis, laissez-moi seul; j'ai besoin de quelques heures de recueillement.

Rieussec et Gérenflot sortirent; Rieussec plus surpris qu'enchanté, Gérenflot en proie à un chagrin profond. L'idée qu'Evariste allait manquer à son établissement était si affreuse, qu'il ne pouvait y croire. Il rentra chez lui le cœur navré.

— Qu'as-tu donc? lui dit Gervaise en l'apercevant; on croirait voir marcher un déterré.

— C'est tout comme, ma femme, répliqua Gérenflot; j'aimerais autant être à dix pieds sousteiio Figure- toi, ma mignonne, que M. Evariste VQ veut plus mettre les pieds ici.

— ^Ah ! dit GervaisC; et pourquoi cela^

—Qui le sait? répliqua Gérenfîot ; il a en vue d'être député; c'est son idée. Une poussée d'ambition, quoi!

— Ce n'est pas fait^ dit Gervaise. ^

—Sans doute^ mais ça se fera^ ajouta Gérenfîot. Tu sais bien que quand M. Evariste s'est mis quelque chose en tête^ il faut que ça marche bon gré mal gré.

— On y avisera, dit Gervaise.

— Ah bien ! un peu qu'on pourra empêcher la chose;, poursuivit Gérenflot. Il y est butté M. Evariste, mais butté au possible. Plutôt que de ne pas être député, il épousera la fdle à Victor Simonneau. Oui il l'épousera, entends-tu.

—C'est ce qu'il faudra voir, dit Gervaise.

Gérenflot n'avait pas l'habitude de lutter contre sa femme, et d'ailleurs il eût aimé à partager des doutes qui devaient rendre à son établissement celui qui en avait fait si longtemps l'orgueil. Il se retira sans insister davantage.

— Toujours la même cette Gervaise! disait-il à part lui ! un caractère de fer; mais quelle femme d'ordre !

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