M BAL DIFFICILE
L^ sous-préfet allait donner un bal : c'était une grande affaire pour la ville.
Ce fonctionnaire ouvrait ses salons pour la premiers
fois. Fraîchement arrivé de Paris^ il profitait de la présence de Vauxbelles pour débuter en matière deviolons et de quadrille. On le nommait Octave de Freissac; il était gentilhomme et allié d'assez près aux Rochemarne pour pouvoir se dire leur cousin. Jeune et blond, il avait pendant quatre ans brillé par son absence au conseil d'État et par sa présence au bai Mabille. Aucune des innovations de la danse libre ne Tavait trouvé indifférent ; il s'était pénétré de tous les excès de hanches qui charment aujourd'hui la belle société de Paris. Plus d'une fois même on l'avait vu se livrer, de sa personne, à des balancés équivoques vis-à-vis des vestales célèbres qui entretiennent le feu des jardins publics. On l'y citait comme un artiste d'élite en le désignant par son petit nom. ïl faut dire qu'à ce talent Octave en joignait d'autres : il empestait le tabac et possédait à fond le jargon d'écurie. Tant de titres ne pouvaient être longtemps méconnus: c'était un choix obligé; l'administration devait s'attacher un sujet pareil. Octave passa donc dti Ranelagh à une sous-préfecture, avancement naturel et légitime.
tlJalouxdeproduirequelqueeffetsursesadministrés, le nouveau fonctionnaire arriva avec des accessoires aussi anglais que possible. Il avait un cheval anglais, des chiens anglais, un groom anglais, du vernis anglais, un chapeau anglais, des costumes strictement anglais. On ne pouvait rendre un plus bel hommage à la passion du moment. Aussi la pensée d'Octave ne mettait-elle point de limites à l'effet qu'il allait produire; il voyait l'arrondissement à ses pieds, les hommes éblouis, les femmes vaincues. Jamais la poli-
tique n'avait déployé de tels moyens pour la conquête des âmes, ni apporté sur ce petit théâtre des éléments plus imprévus. Un jeune sous-préfet entoure de ce que Paris offrait de plus nouveau, un administrateur initié au monde du cheval et membre de diverses réunions dansantes, quel ensemble de séductions et de prestiges !
Saint-Sylvain réservait à son fonctionnaire un cruel désappointement : au lieu d'un triomphe, ce fut un échec qu'il y trouva. L'excès en tout est fatal ; les raffinements d'Octave allaient trop loin ; il parut ridicule. En fait d'impressions parisiennes, le pays en était resté à Évariste; et pour communiquer au goût local un aussi vif essor, il n'avait fallu rien moins que l'ascendant de notre héros. Depuis ce temps, la ville n'éprouvait qu'un besoin, celui de se reposer après cet élan vers les nouveautés. Il lui semblait que les concessions faites au goût du jour avaient atteint leur limite et qu'il ne fallait plus se livrer à la légère à cette soif de changement, aussi ruineuse pour la bourse que funeste pour les mœurs.
Octave de Freissac, au lieu du rôle brillant qu'il rêvait n'obtint donc que les honneurs du sarcasme. C'était à qui épiloguerait sur la personne du souspréfet, sur sesbétes, sur ses gens. Les beaux esprits le prenaient pour point de mire de leurs railleries; les femmes lui trouvaient l'air original. On s'accordait à voir en lui un être déclassé, l'échantillon d'une race étrangère, aussi curieux pour Saint-Sylvain qu'un sauvage de l'Amérique ou des mers du Sud.
Tel fut le début du nouveau fonctionnaire : pour employer un terme administratif, il ne prenait pas.
A part une petite cour d'employés, le vide régnait autour de lui. Ajoutons que si Saint-Sylvain ne s'arrangea! l pas d'Octave, celui-ci le lui rendait bien. ïl n'avait pas d'expressions assez dédaig^neuses pour caractériser cette iîollection de rustres qui s'avisaient de mécoipiaître un homme de sa valeur , de traiter de haut ses habits anglais, ses chapeaux anglais, son groom anglais. Il disait que le gouvernement l'amt égaré à desseiu dans un pays sauvage, chez des peuples primitifs, afin de se délivrer d'un mérite qui offusquait et troublait des médiocrités jalouses. On voulait ainsi l'étouffer, l'enterrer, rabi-utir ; on Tencliaînait à des êtres, qui n'avaient de l'homme que le nom et atteignaient tout au plus l'état de civilisation qui nous distingue de la brute.
On conçoit qu'avec de tels sentiments de part et d'autre, le ménage administratif ne dût guère briller par l'harmonie. Cependant il est pour un fonctionnaire des devoirs étroits qu'il peut maudire dans son for intérieur, mais auxquels il est obligé de se conformer en public. C'était le cas d'Octave; en sa qualité de sous-préfet, il devait plaire à l'arrondissement. On n'est sous-préfet que pour cela; c'est le but de l'institution. Tl faut plaire à l'arrondissement, plaire au député, plaire à tout le monde. Or, Octave avait ïnanqué à la première condition de son programme : il ne plaisait pas. Comment plaire? Là se trouvait le problème, et il était temps de le résoudre.
Ce fut un grave souci pour le jeune fonctionnaire. Un témoin, un maître venait d'arriver sur les lieux dans la personne du député. On sait quelle surveillance ombrageuse ils exercent sur leurs sous-préfets!
Malheur au fonctionnaire frappé crmipopmjarital malheur mônie à cdui qui ne peut iiivotjuef eu sa faveur que des alï'ections moUcs, des syuiptitijWs équivoques!
Sous i'aiguilion d£ ce sentinieiil. Orinvi-dn Fi<ji.s5†eut yne inspiration, une idée.
— J'y suis! dit-il, je tiens nu s i,vi: s. AvaîU qu'il soit deux semaines, je veux être Tidole de la coiUrée. Ce pays jouit d'un air vif : les hommes doivent y avoir toujours faim et les femmes ^toujours soif. Un sous-préfet vulgaire eût attendu Thiver poui- ouvrir ses salons : je prends les devants, je donne uu grand bal d'été : jardin illuminé, deux cents bougies, tor~ i-ents de rafraicbissemenls, buffet à grand orcli^istre^ domestiques gantés, et tous les iiistrumeuts à venjL dont le pays est susceptible ; voilà le prograuune. J'inonde les houîmes de punch, les femmes de sorbets, et, pour couronner le tout, un ambigu. il'eU amsi qu'on prend ks administrés, qu'on se reJève dans leur opinion, qu'on se réhabilite.
Dès que cette idée eut bien nmri dans la tête du sous-preleL il la livra à la circulation. Le c>iilcuî était juste, l'etîét fut prodigieux. Dès cemoment il. sopera en faveur du nouveau fonctiounaire uue reuctioa évidente; les plaisanteries cessèrent cimnne |>ar enchantement; on pouvait même rocueiiiir çà ei là quelques éloges, timides encore, mais qui ne demandaient, pour prendre l'essor, qu'un peu dencouragcmeiu.
—Mais c'est qu'il a du bien, ce jeune humnieJ disait inu^ des élégantes de la viiie.
— U est surtoutcomme il faut, ajoutait aue autre.
Moi, j'aime les gens comme il faut ; c'est mon faible.
— Un parent des P.ochemarne ! poursuivait une troisième voix \ beau nom ! grande famille !
C'est ainsi qu'Octave de Freissac regagnait du terrain et se préparait une brillante revanche.
L'hôtel de la sous-préfecture était un ancien cou- ▼ent qu'on avait approprié tant bien que mal à sa nouvelle destination. Le réfectoire et la chapelle, qui occupaient jadis le rez-de-chaussée, avaient été convertis en deux vastes salles de réception, assez pauvrement meublées, tandis que l'étage supérieur se transformait partie en chambres à coucher, partie en bureaux. Cette restauration, incomplètement faite, n'avait pu enlever à l'édifice le caractère sombre inhérent aux débris de l'existence claustrale. L'aspect nu du pignon, les dimensions exiguës des croisées. leur distribution dépourvue de symétrie, l'épaisseur et la solidité des murs, tout, jusqu'à l'arceau ténébreux qui donnait entrée dans le vestibule, portait l'empreinte austère du passé et protestait contre une métamorphose profane.
C'est ce réduit qu'Octave de Freissac avait entrepris de changer en un lieu de féerie. Pour en venir à bout, il lui fallut invoquer tous ses souvenirs en matière d'illumination et de décors, combiner le Hanelagh et Tivoii, emprunter quelques idées à l'Opéra, et les compléter par le souvenir des buis de la liste civile.
LE COQ DU CLOCHER. i21
Aucun des ouvriers que Saint-Sylvain possédait ne lui parut digne de comprendre ses plans et de s'y associer: il fit venir du chef-lieu le meilleur glacier^ le meilleui tapissier^ le meilleur lampiste. Le gaz manquait; on y suppléa en prodiguant Thuile. Les pièces du rez-de-chaussée , avec leurs solives en relief^ ne se prêtaient guère aux embellissements; mais elles s'ouvraient sur un jardin où la végétation étalait un luxe naturel. Il ne s'agissait plus que de prodiguer sur ce point les lanternes chinoises, les arabesques en verres de couleur, de répandre la lumière sur cette verdure, d'animer ces arbres, ces bosquets, ces pelouses, sous des feux de bengale artistement disposés. Quant à l'orchestre. Octave avait promptemenl reconnu l'insuffisance des clarinettes du pays; il fit un appel au régiment le plus voisin, qui lui fournit son corps de musique. Des vases de fleurs garnissaient les salons et se prolongeaient jusqu'au vestibule pour y former deux haies embaumées. Ainsi, tous les sens avaient leur part dans cette masse de séductions; l'œil, l'oreille, l'odorat, le goût. Le programme était complet; ajoutons qu'il était passablement onéreux. Dans le cours d'une soirée, le sous-préfet allait voir disparaître six mois d'appointements. Octave faisait ce sacrifice aux exigences politiques.
Dès cinq heures du soir les ouvriers travaillaient à la transformation de l'hôtel. On avait recruté, par la ville, les serviteurs les moins gauches pour les former à la circulation des plateaux. Vingt paires de gants de coton devaient couvrir leurs mains altérées par le haie. Ces braves gens eurent quelque
peîne à s'introduire dans cet accessoire de l'emploi ; plusieurs d'entre eux ne le tirent qu'avec effraction et aux dépens des mailles. Cependant la tenue n'en souffrit pas, et Gérenflot^ qui avait formé ce corps, ne put se défendre d'un mouvement de satisfaction quand il le passa en revue. C'était le moment critique,; l'affaire allait s'engager; tout le monde se trouvait sous les annes. La plus grande activité régnait dans les salles, et Octave se multipliait pour donner des ordres. Il allait du jardin au vestibule, du lampiste au glacier^ faisait disposer les caisses d'orangers, inspectait les verres de couleur, s'inquiétait des' orgeats et se préoccupait des limonades. Rien n'est petit en pareil cas; rien n'est au-dessous d« coup d'oeil du maître. La victoire ne s'obtient qu'à ce prix, et que de batailles ont été perdues par des négligences de- détail !
Le rendez-vous avait été donné pour neuf heures; la province est ponctuelle : dès huit heures, il arriva du monde. C'étaient des dames appartenant au camp des Graindorge : Octave les reçut et les plaça. Chacune d'elles avait- amené sa suivante, coutume patriarcale qui associe les serviteurs aux plaisirs des maîtres. Personne ne dérogea à cette loi, et il y eut ainsi, dans l'enceinte de la sous- préfecture, deux compagnies, l'une pour les salons, l'autre pour les offices. Tl falhit même ménager à la domesticité, par un système de portes toujours ouvertes, des perspectives sur les illuminations du jardin, sur les contredanses, sur les moindres incidents de h. fête. Douce tolérance, usages bienveillants qui disparaissent trop > ite do nos mœurs, et qu'on aime ù retrou-
ver çà et là comme un des nieilici« s legs du passé et comme une des mille aitentious qui liaient autrefois le serviteur à la famille î ■
A Tappui de ses plans de fusion et de paix perpétuelle. Octave s^était proposé de répaitir les dames sur tous les points du saloiî, sausteuiv. compte de leurs répugnances ou ie leurs s^iupatliies. H espérait amener ainsi des rapprocheinents forcés et une harmonie de voisinage. En efîeî, sa manœuvre eut d'abord quelque résultat; mais peu à peu on vit dans cette foule les affmités se révéler et s'aliii^ei d'une manière irrésistible^ tandis que les corps réfractaireS;, obéissant à leur natr»re, se fuyaient, se séparaient non moins impérieusement. Auboutd'mi quart d'heure, la combinaison imagiîîée par le souspréfet avait fait place à une distributioii plus conforme aux lois des civilisations provinciales. Tous les Simonneau étaient d'un côté, tous les Graindorge de Tautre, et entre les deux, ceilo fraction flottante qui se compose des nullités de tous les partis. Rebelles au rôle qu'on km destinait, les deux camps se mesuraient de l'œil et engageaient les hostilités par une inspection générale des toilettes. Pas un ruban, pas une plume, pas un bijou n'échappa à cette foudroyante revue : un nœud mal attaché, une épingle absente étaient à l'instant mAnie r'.marqués, dénoncés, signalés. ^
L'émotion était vive; elle fut portée au combiepar l'cippariiion des deux beautés à la mode qui régnaient à Saint-Sylvain. M"»® Victor Simonneau et M^^e Anaïs Grûiudorge firent leur entrée diuis le salon presque siniuitanéîneat.'Riea de plus merveilleux que la loi-
lettc de M°^e Victor. C'était le plus bel étalage que Ton pût voir. Décolletée à l'anglaise, elle était chargée de caparaçons et avait prodigué sur sa personne tout ce que l'esprit d'une femme peut imaginer d'accessoires odieux et de superfluités révoltantes.
Anaïs Graindorge avait eu plus de bon sens; elle s'était fiée à sa jeunesse et à sa fraîcheur. Elle avait une robe de mousseline blanche, une rose dans les cheveux et des souliers de satin noir, rien de plus. Une taille charmante, des yeux expressifs, une carnation pleine de sève, relevaient la simplicité de ce costume et lui prêtaient un charme infini. Ainsi armée, elle pouvait attendre sa rivale et se fier à la nature pour vaincre les excès de l'art.
Cependant la fête ne s'animait pas, et la pacification universelle, rêvée par le sous-préfet, menaçait de dégénérer en un redoublement de colères. On continuait à s'observer, à échanger des regards menaçants. C'était plus que jamais la guerre, une guerre à outrance. Les quadrilles, par leurs combinaisons imprévues, auraient pu rompre cette froideur et jeter quelque diversion dans cette scène; mais Octave voulait que la danse fût ouverte par le député en l'honneur de qui il donnait sa fête, et Gélestin Vauxbelles n'arrivait pas. A diverses reprises on avait envoyé chez lui sans obtenir de réponse, et, pour se tenir en haleine, l'orchestre en était réduit à exécuter des marches, à jouer des fanfares qui exaltaient les passions guerrières de l'assemblée. Cette situation ne pouvait se prolonger sans péril.
Enfin Vauxbelles parut; son retard était volontaire,!! avait voulu se donner le temps de la réflexion.
La fatalité avait fait de Saint-Sylvain un pays rempli d'embûches; chaque jour amenait avec lui son embarras. On ne pouvait pas s'y agiter d'une façon ou d'une autre, sans que le député ne fût placé à l'instant entre le double écueil contre lequel il luttait avec plus de persévérance que de succès. Pour le moment, c'était avec les Simonneau qu'il avait à compter; la candidature d'un membre de cette famille, ouvertement déclarée, ne lui permettait pas de s'aveugler sur leurs dispositions ! Quand il entra dans les salons de la sous-préfecture, cette pensée faisait des ravages dans sa tête et pouvait influer sur ses inspirations. A son arrivée, un frémissement circula dans les rangs des dames : c'était un hommage indirect; Vauxbelles s'en montra touché. Il fit le tour du cercle en distribuant les mots gracieux, en les mesurant surtout par doses égales, et alla ensuite vers les hommes, auxquels il prodigua les poignées de main, cette monnaie du régime parlementaire.
L'instant critique arrivait : il s'agissait de savoir avec qui le député ouvrirait le premier quadrille. C'était un acte décisif; les dames s'en préoccupaient toutes ; on en parlait à la ronde ; l'attention était en suspens. L'opinion générale penchait pour W^^ Graindorge. Quant à Évariste, il ne supposait pas qu'il y eût matière à hésitation.
— Vois donc cette Anaïs, disait-il à Vauxbelles, comme elle est johe ce soir ! une rose, mon cher, une rose !
Au moment ùii Graindorge achevait ces mots, l'orchestre exécuta la première mesure du quadrille.
m LE COQ DU CLOCHER^
Un silence général s'établit; tous les yeux se tournèrent du côté de Vauxbelles. Anaïs s'était levée involontairement; M™^ Victor, plus maîtresse d'ellemême, alïecîait de causer avec sa voisine. Le député balança pendant une minute ou deux; puis, comnie s'il eût été poussé par une résolution violente,, il marcha rapidement vers le camp des Simonneau et. présenta sa main à celle qui en éîait la souveraine. M'^^e Victor se leva avec majesté ; l'orgueil respirait dans sa physionomie. Sa phalange l'applaudissait du regard pendant que la consternation se peignait sur les visages des Graindorge. Aoaïs, émue jusqu^aux lai^mes, prit ie bras de Pùeussec, tandis quÉvai^iste, craignant de ne pouvoir se contenir, se précipitait vers le jardin et égarait sa colère dans les allées le& plus sombres. Jamais blessm'e ne Tavait éprouvé à ce point et n'avait pénétré si avant.
— Voilà une leçon, se disait-il, et publique encore! Il est délicieux, ce Celestin! quitter une fille jolie comme un cœur pour une fée Urgelle ! C'est un aifront qu'il a voulu faire aux Grain«îorge : à la bonne heure; les Graindorge le lui rendront.
Le quadrille s'acheva et fut suivi d'un second où Vauxbelles figura avec Anaïs. Mais le coup était porté et la réparation arrivait trop tard. La soirée ne s'animait pas; il y avait du foid dans l'atmo^^phère. Le député commeni,ait à regretter d'avoir suivi son inspiration et mécontenté ses amis sans désarmer ses adversaires, lorscjue le sous-préfet l'entraîna vers le jardin, merveilleusement illuminé et lui dit :
— Vous ne savez pas. Monsieur de Vauxl>ellcs?
— «<^uoi don--' ? répondit celui-ci.
— J'ai ménagé une surprise à Saint-Sylvain, une véritable surprise; vous verrez cela.
—Mais encore, dit Vâusbelles,
— Que leur nianqiie-t-il ici? poursuivit le souspré&t, des figures qui imposent. Ces gens-là sont tous égaux, et entre égaux on se dispute volontiers l'empire; mais qu'il vienne des personnes d'un rang pli'.s élevé, et à l'iastaiii vous verrez nos bourgeois se confondre dans un même sentimeni, celui de ladmiration. C'est dans la nature humaine. Monsieur de Yauxbelles^ ajouta Octave croyant devoir iionorer son député de ja particule.
—J'accepte la thèse philosopiiique, répliqua Célestin ; mais je n'en vois pas rappiicalion.
— La voici, dit le sous-préfet. J'ai entrepris d'amener ce soir c'aez moi de grands noms jjour subjuguer ces petites gens^ et je puis me ûaiî^^ d en être venu à bout.
— Qui attendez-vous donc, Monsieur de Freisàdc?
— J'attends les dames de Rochemarne, Monsieur de Vauxbelles, dit le sous-préiet en y mettant un peu d"empi;ase.
— Les dames de Rochemarne ! s'écrua le député ne pouvant maîtriser un premier trouble.
—Elles-mêmes, ajouta Octave, et voici comment. Vous savez que ma famille est alliée à la leur. Je suis allé les voir hier, j'ai invoqué les privilèges de la parenté, j'ai fait valoir l'obligation où je me trouve de me' poser décenmienl dans le pays, et en raison de tout cela, je les ai suppliées de vouloir bien paraître à ce bal, ne fût-ce qu'ime demi-heure, un quaiL d'heure, dix minutes. Elles ont r^s'Llé,
m'ont fait mille objections ; mais j'y ai mis tant d'opiniâtreté, tant de persévérance^ que j'ai fini par emporter une promesse. Elles viendront. Monsieur de Vauxbelles.
— En êtes-vous bien sûr^ Monsieur de Freissac?
— Elles viendront, vous dis-je, et vous serez témoin de l'effet que cela va produire. Il n'y aura pins ici ni de Simonneau^, ni de Graindorge; le nom de Rochemarne effacera tout. Vous verrez cela. Monsieur de Vauxbelles; ce sera notre triomphe. Tenez, j'aperçois quelque émotion parmi les quadrilles; peut-être est-ce la famille Rochemarne qui m'arrive. Permettez-moi de l'aller recevoir.
Le sous-préfet quitta le député sur ces mots et regagna les salons. Les choses en étaient au point où il les avait laissées. Au lieu de s'embellir, l'horizon s'était rembruni. Les Simonneau ne dansaient qu'avec les Simonneau, les Graindorge avec les Graindorge. Ainsi ce bal donné en vue d'une réconciliation menaçait de jeter dans le pays de nouveaux ferments de discorde. Tant de frais en l'honneur de la paix n'auraient servi qu'à rendre la guerre plus ardente. Ces lampions, ces verres de couleur, ces lanternes, ces feux de bengale auraient été des brandons de discorde; les limonades et les orgeats auraient attisé l'incendie; les violons et les trompettes à clef auraient rendu l'harmonie impossible; mille écus consacrés à une fête, dans un coin de la province, n'auraient pu consolider un sous-préfet et l'acheminer dans les voies de l'avancement.
Cette perspective était désespérante, et Octave ne pouvait y croire. Il se disait que la seule apparition
des Rochemarne suffirait pour changer du tout au tout les dispositions de ses invités^ pour rendre à rillumination, aux rafraîchissements, à Torchestre leur prestige naturel, adoucir les mœurs des indigènes, et les jeter dans les bras les uns des autres. Ainsi, il ne lui restait plus que cet espoir, cette ancre de salut. Un valet Tappela. Il crut que ses parentes arrivaient, il s'élança du côté du vestibule. Ce n'était qu'une lettre; il la décacheta avec une certaine émotion, la lut avec rapidité, et laissa retomber ensuite sa main par un geste d'abattement.
Vauxbelles le surprit dans cette attitude pensive et douloureuse.
—Eh bien? dit-il.
— Tenez, répondit le sous-préfet, en lui passant la dépêche
Le député prit la lettre, s'approcha d'un flambeau et lut ce qui suit :
« Mon cousin, a J'aurais tenu ma parole, comme une Rochea marne, si un événement imprévu n'eût troublé « notre solitude et dérangé nos projets.
c( Le général est venu nous surprendre ; il est ar- « rivé ce soir. Vous savez quelles sont ses répu- « gnances pour le nouveau régime; il fallait, en « allant à Saint-Sylvain, encourir sa colère : j'ai « préféré y renoncer, pensant que vous nous excu- « seriez.
« Nous voici de nouveau à l'état de blocus. Plaic gnez les deux recluses et croyez-moi « Votre affectionnée parente. »
« Là UARQUISE DE RoCBEMÀRME. »
A la lecture de cette lettre, le sous-préfet et le député firent entendre deux exclamations presque simultanées.
— Elles ne viennent pas! dit OcUive; allons, j'en suis pour mes lampions.
— Le général ! s'écria VauxboUes. Qutlqu'nri m'aurait-ii iialii?
LE SECRET DE LA CKÊNaiE.
U est temps d'éclaircir ce que lot^ relations de Gé* lestin Vauxl-îclles et des dames de Rochemarne peuvent avoir ollert jusqu'ici de mysteiieux. L'histoire en est simple; on y chercherait en \ain des combinaisons inattendues;, ce n'est qu'un chapitre de la vie réelle.
Quand le marquis mourut , L 7 eut à remplir, dans l'intérêt de ses héritiers, qucK,.«cs formalités auprès de la justice du ressort. Gahiieile était alors mineure; il fallut constituer la tuleiie, organiser le conseil de fannile, procéder à un imi-iUaire et à une liquidati<>n. On sait que les habitudes de prodigiùité étaient héréditaires dans la lanuile dehochemarne ; le marquis n'y avait pas déroge. Mettre sa dépense iu niveau de ses revenus^ était à .aes yeux un pro-
cédé indigne d'un homme de naissance. Avant tout il fallait, disait-il, garder son rang, Uitfcr de faste avec les parvenus, les vaincre sur it-rj' propre terrain et honorer la nouvelle cour par det' manières pleines de magnificence. De là un état de maison qui n'était poiîit en rapport avec la foriune du marqui>i et ne pouvait se soutenir qu^à Taide d'emprunts onéreux.
La mïirquise essaya de lutter ; ce fut en vain : il y avait, dans la conduite de son mari, toute la force de l'instinct unie à rentraînement d'un système. Presîsé sur ce point, les excuses ne lui faisaient pas défaut : il invoquait la raison d'Etat et couvrait ses prodigalités du manteau de la politique. Au besoin il ajoîi- 'tait, avec la légèreté et la grâce des seigneurs de l'autre siècle, cjue lorsque les choses en seraient arrivées à l'extrême, il s'en ouvrirait au roi, et que S. ^1. payerait certainement ses dettes. Que répondre à d.telles illusions? La marquise se résigna et cessa de :^e plaindre; seulement, aux dissipations de son mari elle opposa une économie sévère. Le luxe de Paris ^o traduisait en autant de privations à la Chênaie, et quoique itisuftisante, la compensation reculait le moment d'une ruine complète. Ainsi les rôles étaient intervertis ; une jeune femme donnait des leçons de sagesse à un vieillard imprévoyant.
La mort ne hussa pas au marquis le temps d'achever son œi:vre. Quand il quitta ce nionde, ses biens étaient en partie engagés ; mais, avec du temps et de l'ordre, on pouvait arriver à une libération complète. Pour c-ela, les soins de la marquise ne devaient pas suffire. La légion des créanciers se composait
d'hommes habitués aux embûches et aux raffinements de la procédure. Profitant des embarras du défunt, ils avaient su l'enlacer dans le réseau d'une exploitation savante; ils avaient multiplié les^actes, exigé des doubles titres^, obtenu des substitutions, des délégations, des procurations spéciales qui formaient un ensemble de pièces aussi effrayant par le nombre que ténébreux dans les détails. Pour éclaircir la sincérité de ces droits, vérifier la validité de ces engagements, il fallait, de toute nécessité, avoir recours à un homme d'affaires. Le corps du marquis n'était pas refroidi que déjà le papier timbré pleuvait à la Chênaie. Chaque créancier cherchait à prendre les devants par des saisies-arrêts et des actes conservatoires. La panique s'en mêlant, on en vint même à des exécutions mobilières. C'était une situation intolérable.
La marquise dut prendre un parti. D'anciennes relations existaient entre les Rochemarne et les Vauxbelles, relations bienveillantes, quoique maintenues à la distance qui séparait autrefois la robe de répée. Par une sorte d'inspiration, la marquise inclina vers ce souvenir. A tout prendre, c'est plutôt aux Simonneau qu'elle aurait dû songer. Depuis quatre générations les Simonneau étaient les hommes d'affaires de la famille Rochemarne, et l'un d'eux se trouvait être leur intendant quand le marquis partit pour l'exil. Cependant la jeune veuve, obéissant à une défiance instinctive, ne se mit pas entre les mains des Simonneau. Célestin Vauxbelles venait, à cette époque, d'arriver de Paris et d'acquérir une des meilleures éludes d'avoué qui fus-
sent dans Tarrondissement. La marquise entendit parler de lui comme d'un jeune homme intelligent, instruit, probe surtout; ce fut à lui qu'elle s'adressa. II reçut des mains de Ja marquise le dossier de la succession et procéda sur-le-champ aux opérations préliminaires.
Dès lors Vauxbelles devint le bras droit des hôtes de la Chênaie. Si le choix qu'avait fait la marquise était un honneur pour lui, à cet honneur se trouvaient attachés des soins sans nombre, et une grave responsabilité. Jamais liquidation n'avait présenté de tels embarras, A un obstacle vaincu succédait un obstacle nouveau. Non-seulement il y avait à satisfaire les créanciers apparents, mais de toutes parts s'élevaient des prétentions qu'il fallait discuter, des réclamations qu'il fallait débattre. Sur quelques points on transigea, sur d'autres il y eut procès. Partout il s'établit des luttes que Vauxbelles soutint avec un zèle et un dévouement infatigable. Rien de plus décourageant que cette besogne, où le terrain semblait se refuser sous ses pas. Les pièces dont il s'armait étaient toutes l'œuvre du défunt, qui avait coutume d'apporter dans les affaires la légèreté d'un enfant et la négligence d'un grand seigneur. Souvent des titres anciens se confondaient avec des titres nouveaux, sans qu'il fut possible de fournir la preuve certaine de celte confusion et de ce double emploi. D'autres fois encore, il y avait eu des paiements faits, des à-compte donnés, des intérêts servis, sans qu'on retrouvât les traces de cette libération. Il fallait y arriver alors par des inductions habiles, par des aveux adroitement arrachés, enfin, par une foule
de moyens qui exigeaient autant d'adresse que de persévérance.
Ainsi comprise, la mission de Vauxbelles n'était plus celle d'un homîT>e d'affaires. Il devenait le sauveur de cette maison, Ja Provident e ^e ces deux femmes. Entre les mains d'un autre, évidemment les débris de cette fortune auraient disparu dans ce goufl're de formalités et de frais de justice où s'englo\îtit le plus net du patrimoine des familles. Moins surveillées, les transactions avec les créanciers se seraient achevées d'une manière bien plus désavantageuse: moins sévèrement contrôlés, les titres auraient surgi de dessous terre. Yauxbelles engagea huit procès et les gagna tous : un autre eût été moins hardi ou moins heureux. Vauxbelles fit trois fois le voyage de Paris dans Tinlérêt de la liquidalion; un autre eût-il pousse le zèle jusqu'à multiplier à ce point les déplacements, ou ne les eùt-rl pas rendus trop onéreux à ses clientes? Le choix de Vauxbelles était donc pour les dames de la Chênaie un de ces secours inespérés que le ciel envoie dans un moment de détresse. Seul, il les arrachait à la misère, et empêchait ^qu'elles ne tombassent à la charge des autres branches de la famille.
Cette cil-consîance explique la nature des relations qui s'établirent sur-le-champ entre Vauxbelles et les dames de Rochemarne. La marquise était faite pour apprécier ce qu'il y avait d'élevé et de délicat dans lacoriduite de riiouuue d'affaires; elle ne vit plus eu lui qu'un ami. La distance des rangs s'effaça pour faire place à une intimité atiéctueuse. Les soins de la liquidation amenaient souvent Vaaxhellesà la
Chênaie, soit pour y chercher quelques renseiguements, soiL pour y rendre compte de ce qui se passait dans le doniaiiie de la procédure. C}i<^iciine de ses visites étaiî pour Gélestiu une occdsiou nouvelle de prouver sou d<ivouemeut, et pour la marquise un nouveau sujet de reconnaissauoe.Lesi rapports devenaient ainsi chaque iourpjus intimes. On retenait Vauxbelles à dîner, on le gardait pendant une portion de la soirée; ces dames y voyaient uiie distraction dans leur isoleaient, une occupation dans leur solitude. II n'était pas jusqu'à Jollet qui ne fut de la partie, et ne' devînt l'objet du quelques attentions. Le digne serviteur se souvenait avec orgueil du temps où la présidente Vauxbelles venait rendre ses devoirs aux Ro( hemarne dans les salles du vieux manoir, et plus d'une fois, pendant que son jieun^ maître causait gaiement avec les châtelaiuieSjJobletj livré à des pensées sombres, promena mélanrA)liquement parmi les ruines ses souliers à boucles d'urgent et sa queue en salsiCs.
Le premier seuL ... ... .^...^ < ..uxbelles apporta dans
ces rapports fut de l'amour-propre mélangé de calcul. Il regarda coujme digne de lui cette mediatiori en faveur d'une grande famille que menaçaierrt dies revers de fortmie. La tirer d'embarras,, la défendre contre ceux qui se disputaient sa dépouille, lui parut un rôle honorable, et, à un certain point de vue, productif. Le dévouement qu'il allait pro'diguer, le zèle qu'il voulait y meitre devaient faire du bruit, dans le pays, et parer SQU nom de ce relief qui s'attache aux causes célèbres.. Smi désintéressement 'Tiême ne pouvait manquer de lui profiter ; ce que
Ton sème en ce genre, on le recueille presque toujours en considération. Ainsi, toute vertu peut devenir matière à spéculation, et en sondant les abîmes du cœur, que de fois on y découvre un intérêt mêlé aux plus purs sentiments ! C'est la part de Tintirmité humaine ; il faut s'y résigner. Vauxbelles n'était pas plus parfait qu'un autre, et quand le vertige des honneurs lui monta au cerveau, il le prouva bien.
Cependant, à mesure qu'il connut mieux les dames de Rochemarne , ce premier calcul fit place à un dévouement plus vrai et plus réel. La marquise était une femme d'un mérite si grand qu'on eût vainement essayé de se dérober à l'empire qu'elle exerçait. Ce qui plaisait en elle, ce n'était pas seulement l'étendue et la variété de ses connaissances, la flexibilité et la grâce de son esprit, une organisation délicate et supérieure, c'était surtout une bonté d'ange, un calme si profond et si naturel qu'on eût pu la croire au-dessus des bruits de ce monde. La vie de cette femme n'avait été qu'un sacrifice, un combat, et rien de cette lutte ne se laissait voir sur ses traits, majestueux et doux comme ceux d'une sainte. Il en résultait une séduction dont Célestin ne chercha point à se défendre. Il se sentit attiré peu à peu par cette dignité que ne pouvait altérer la perspective de la misère, et cette sérénité que ne troublaient pas les alternatives d'une situation fort compromise. Il comprit qu'il avait rencontré une âme plus forte que le malheur, plus grande que la fortune.
Un autre sentiment se mêla bientôt à cette admiration. Gabrielle était arrivée à cet âge où les jeunes filles se transforment presque à vue d'œil. Elle avait
quinze ans, Célestin vingt-cinq. Chaque fois qu'il venait de passer quelques heures à la Chênaie, il en sortait ébloui. La veille, il la traitait encore comme une enfant, et se mêlait à ses jeux de la manière la plus familière. Pé^ormais, il se sentait retenu, et la jeune fille elle-même composait son maintien et s'observait en sa présence. Sans avoir les perfections d'un héros de roman, Célestin était un fort joli cavalier, bien pris dans sa taille, avec des cheveux d'un blond cendré et des yeux bleus qu'animait une expression charmante. Le son de sa voix, quand il en ménageait l'essor, avait quelque chose de frais et de pur qui caressait doucement l'oreille. A ces avantages, il en joignait un autre bien plus grand : il était à peu près le seul homme qui vînt jeter quelque diversion dans les solitudes de la Chênaie, répandre un peu de lumière sous les voûtes sombres de ce parc. Qu'est-il besoin de plus pour faire éclore dans le cœur d'une jeune fille cette première rêverie qui le conduit dans les champs de l'idéal ?
Sans le vouloir, la marquise donnait des forces à ce penchant timide encore, quoique réel. Une âme comme la sienne devait sentir vivement le prix des services que lui rendait Vauxbelles, et, faute de por> voir l'en payer autrement, elle ne ménageait pas l'expression de sa reconnaissance. C'était à chaque instant des témoignages nouveaux en faveur de son généreux défenseur, des éloges intarissables.
— Quel homme , disait-elle ! Quelle grandeur ! Quelle noblesse! Comment pourrais-je m'acquitter envers lui ? Nous lui devons tout, ma fille ! 11 nous a sauvées^ il nous a tirées de l'abîme! Que son nom reste
gravé dans ta mémoire : c'est une dette de famille. Ainsi pai^ait-elle, et Gabrielle recueillait ces paroles avec une sorte d'ivresse". Grâce à la rapidité d'imagination qui distingue les jeunes fdles, elle voyait dans le lointain le dernier chapitre de ce roman eî le prix naturel de tant de services. C/était sa main qia devait être la récompense deYauxbelles^ et^ens'interrogeant bien, elle ne trouvait point d'objection à élever contre ce dénouement. Tout se trouvait concilié'de la sorte, et les Rochemarne s'acquittaient d'une manière digne d'eux.
Les choses en étaient là^ lorsqu'un jour Célestin arriva à la Chênaie à une heure où personne ne l'y attendait. La marquise surveillait quelque travail dans le parc; Gabrielle était au salon. Seuls en présence, les deux jeuqes gens éprouvèrent un embarras, un malaise qu'ils ne purent vaincre. Au lieu d'engager amicalement l'entretien, comme ils avaient coutume de le faire, ils restaient silencieux l'un vis-à-vis de l'autre sans pouvoir trouver une parole à se dire. Cette confusion ne cessa qu'à l'arrivée delà marquise. Vauxbelles retrouva alors son sang-froid, et il expliqua les motifs de cette visite imprévue. t^En parcourant des papiers de famille, il avait decouvert les traces d'un fidéi-commis pour une somme de 500,000 fr. en or que le marquis de Rochemarne, partant pour l'émigration, avait laissée entre les mains de son intendant Simonneau. Quelques indications de ce dépôt existaient dans le dossier, et Vauxbelles voulait s'assurer si, parmi les titres de famille relégués dans les combles du château, on ne pouirait rien trouver qui mit sur la voie de cette sonune.
LE COQ PU CLOCHER. l'SÇf
— 500^000 fr.^ dit-il à la marquise, no disparaissent pas sans laisser au moins un souvenir. Le mar- •quis ne vous a-t-il jamais parlé de cet objel, Madame t
— x\ttendez, répondit la marquise, ense recueillant et faisant un appel à sa mémoire, attendez donc. Il me semble^ en effet, qu'un jour, M. de Rodiemarne chercha pendant longtemps un titre qui lui manquait.
— Un reçu du dépôt, un récépissé sans doute? dit Célestin en insistant.
— Oui, j'y suis à présent. Monsieur Vauxbelles; un reçu. Vous savez avec quelle légèreté mon niari traitait les affaires d'intérêt? îl cher-chait ce reçu pour le montrer à M. Victor Simonneau, mais sans y attacher beaucoup d'importance.
— Je le reconnaislà^dit Yauxbelles. Madamela marquise, ajoutii-t-il, je ne sais à quoi peut nous conduire une recherche de ce titre, ni si, l'ayant trouvé, il pourra nous servir à quelque chose; mais il ne faut pas laisser 500,000 fr. s'égarer ainsi sans l'aire cet effort. Si c'est également votre opmion, nous iroiîs fouiller dans les archives du château. Le pis-aller, c'est que nos soins soient inutiles.
— Faites à votre guise. Monsieur Vauxbelles, vous savez que vous êtes souverain ici. Gàbrielle, ajouta la marquise, en se tournant vers sa iiile, on m'ai i end dans le parc, j'ai quelques ordres à donner. Conduis M. Vauxbelles dans la salie aux archives, mon enfant.
A cet ordre inattendu, la jeune fille sentit la rougeur "lui monter au visage, et Célestin eut beaucou}> de peine à se faire une contenance. Des deux côtés, c'étaient .les premiers sympiônus d'un sentimen
qu'ils ne s'étaient pas avoué, mais qui les gagnait à leur insu, comme le flot qui monte gagne le baigneur imprévoyant.