ACCIDENS CAUSÉS PAR UES CHAMPIGSONS
Les personnes qui ont mangé des champignons malfaisans éprouvent plus ou moins promptement tous les accidens qui caractérisent un poison âcr stupéfiant, savoir, des nausées, des envies de vomir, des efforts sans vomissement, avec défaillance, anxiétés , sentiment de suffocation , d’oppressiou , souvent ardeur avec soif, coustriction à la gorge, toujours avec douleur à la région de l’estomac , quelquefois des vomissemeus fréquens et violeus, des déjections alvines abondantes, noirâtres, sauguiuolentes, accompagnées de coliques, de teuesine de gonflement et tension douloureuse du ventre. D’autrefois, an contraire, ily a rétention de toutes les évacuations, rétraction et enfoncement de l’ojubilic.
A ces premiers symptômes se joignent bientôt des vestiges : la pesanteur de la tète , la stupeur , le délire , l’assoupissement , la léthargie , des crampes douloureuses, des convulsions aux membres et à la face, le froid des extrémités et la faiblesse du pouls. La mort vient ordinairement terminer, en deux ou trois jours , cette scène de douleur.
La marche, le développement des accidens présentent quelque différence, suivant la nature des cham,pignons, la quantité que l’on en a mangée et la constitution de l’individu. Quelquefois les accidens se déclarent peu de temps après le repas; le plus ordinairement ils ne surviennent qu’après dix à douze heures.
Le premier objet , dans tous ces cas , doit être de procurer la sortie des champignons vénéneux. Ainsi on doit employer un vomitif, tel que le tartrite de potasse autimonié ou émétique ordinaire ; mais pour rendre ce remède efficace , il faut le donner à une dose suffisante, l’associer à quelque sel propre à exciter l’action de l’estomac , delayer, diviser l’humeur glaireuse et muqueuse dont la sécrétion est devenue plus abondante par l’impression des champignons. On fera donc dissoudre dans un demi-kilogramme (une livre ou chopiue ) d’eau chaude , deux à trois décigrammes (quatre ou cinq grains) de tartrite de potasse antimouié (émétique), avec douze à seize grammes (deux ou trois gros) de sulfate de soude (sel de Glauber), et on fera boire à la personne malade cette solution par verrées tièdes, plus ou moins rapprochées , en augmentant les doses jusqu’à ce qu’elle ait des évacuations.
Dans les premiers instaus le vomissement suffit quelquefois pour entraîner tous les champignons et faire cesser les accidens; mais si les secours convenables ont été différés , si les accidens ne sont survenus que plusieurs heures après le repas, on doit présumer que partie des champignons vénéneux a passé dans l’intestin , et alors il est nécessaire d’avoir recours aux purgatifs, aux lavemens faits avec la casse, le séné, et quelque sel neutre, pour déterminer des évacuations promptes et abondantes. On emj)loiera dans ce cas avec succès comme purgatif,
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une mixture faite avec de Hruile douce de ricin et le sirop de pêcher , que l’on aromatisera avec quelques gouttes d’éther alcoolisé (liqneiir minérale d’hoffmann ) , et que l’on fera prendre par cuillerées plus ou moins rapprochées.
Après ces évacuations, qui sont d’une nécessité indispensable , il faut , pour remédier aux douleurs, à l’irritation produite par le poison , avoir recours à l’usage des mucilagiueux, des adoucissans que l’on associe aux fortifians, aux nervins. Ainsi ou prescrira aux malades l’eau de riz gommée , une légère iufusion de fleurs de sureau coupée avec le lait , et à laquelle ou ajoutera de fleurs d'orange , de l’eau de menthe siujiple et un sirop. Ou emploiera aussi avec avantage Ips émulsions , les potions huileuses aromatisées a\tec une certaine quantité d’éther sulfurique. Dans quelques cas on sera obligé d’avoir recours aux toniques, aux potions camphrées, et lorsqu’il y aura tension douloureuse du ventre, il faudra employer les fomentations émollientes , quelquefois même les bains , les saignées ; mais l’usage de ces moyens ne peut être déterminé que par le médecin, qui les modifie suivant les circonstances particulières; car l’efficacité du traitement consiste essentiellement non pas dans les spécifiques ou antidotes , dont on abuse si souvent le public ^mais dans l’ap plication faite à propos de remèdes simples et géué lalement bien connus.
Les membres cotnposant le conseil de salubrité:
Signé, Parmentier, Deyeux , Thouret , Huzard, Leroux, Dupuytren , C. L. Cadet.