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ORIGINE ET MODE DE GISEMENT DU CORINDON

Il semble indiscutable qu’il faille connaître clairement les relations géologiques exactes, et les associations minéralogiques d'un minerai donné, non seulement si on veut relier et comparer entre eux des gisements très éloignés les uns des autres, mais encore si on veut avoir une base précieuse pour estimer à leur juste importance l'étendue et l'avenir industriel d’un gisement déterminé. La valeur commerciale des connaissances techniques précises, surtout au début de la mise en valeur d'un gisement, commence à être grandement appréciée par les financiers prudents et surtout par les grosses corporations minières. Au début d’une mise en valeur, l'avis d'un géologue compétent est souvent inestimable dans l'entreprise ou la conduite des travaux de recherche; dans certains cas assez fréquents, il empêchera souvent des dépenses inutiles d'ouverture de fouilles en des points inutiles ou peu importants. De même, les

départements des mines de nos universités reconnaissent pleinement la nécessité de fortes études géologiques et les derniers programmes révèlent une plus juste appréciation de l'importance des problèmes qui se rattachent à ce qu'on appelle maintenant la géologie appliquée.

On n'a jamais senti davantage la nécessité de connaissances géologiques exactes, que lorsque Ferrier découvrit en 1896 le corindon dans l'Ontario. Quand on se mit à étudier à fond les ouvrages alors existants sur le corindon, il fallut admettre qu’on ne connaissait dans le monde aucun gisement comparable à ceux-là, aussi bien par son origine que par son étendue et par la nature de la rocheencaissante. Des études critiques et à certains points de vue complètes, intéressantes et précieuses, sur les gisements particuliers du corindon, ont bien été entreprises et conduites avec succès par de nombreux auteurs, aussi capables que zélés, mais l'ensemble des faits recueillis n'est ni assez abondant, ni assez précis pour permettre de se prononcer avec quelque autorité sur l'origine et les associations du corindon. Ces auteurs ont d’abord envisagé le problème presqu’uniquement au point de vue chimique; les renseignements qu'ils donnent sur la façon dont les gisements se comportent sur le terrain par rapport aux roches encaissantes sont si rares ou si imprécis qu'ils sont plutôt décevants. En somme, les résultats de ces travaux, si intéressants, si satisfaisants qu'ils soient pour les chimistes et les minéralogistes, n'apportaient guère d'éléments nouveaux à la connaissance que nous

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avions des phénomènes compliqués et obscurs qui avaient donné naissance au corindon dans l'immense laboratoire de la nature.

Ainsi que le disait Lawson! même les livres d'enseignement les plus récents, (antérieurs à 1903) ne traitent pas des roches ignées à corindon. Dans la traduction d'Iddings de la ‘‘Physiographie microscopique’ de Rosenbusch (1900) on peut lire que “le corindon ne se rencontre jamais dans les roches comme élément essentiel sauf cependant l'émeri qui, accompagné d'oxydes de fer, forme des amas indépendants dans les schistes cristallins. Dans les granites, gneiss, calcaires et dolomies cristallin, il n'existe qu'à l'état accessoire et est accompagné de spinelle, rutile et sillimanite.” Dans les “Elemente Der Gesteinlehre’’ de Rosenbusch (1898) on n'y mentionne spécialement aucune roche à corindon. Zirkel’ signale en ces termes que le corindon peut se présenter dans les roches comme un élément normal: “le corindon, en paquets de petits grains, est l'élément constitutif principal de l’'émeri. D'autres fois, il se présente, de loin en loin, comme élément accessoire, dans les granites, dolomies et calcaires cristallins, et dans les amphibolites du nord-ouest de la Silésie, dans les chloritoschistes de Nischne-Issetsk de l'Oural, et dans le graphite de Mühldorf près de Spitz dans la Basse Autriche. On le connaît aussi à l'état de saphir bleu dans plusieurs basaltes où il représente peut-être une ancienne inclusion liquide, —souvent accompagné de rutile, spinelle et sillimonite. Un gisement remarquable est le gisement au contact de la diorite, à Klausen dans le Tyrol. On a également observé du corindon en inclusions exogènes, ou en amas accessoires dans certaines roches éruptives, accompagné de cordiérite, spinelle et andalousite ; on en connait en inclusions dans les laves andésitiques de l’Eifel ou encore dans la tonalite. Il se présente aussi en grains disséminés dans une phyllade quartzfère, comme produit de contact au voisinage d’une diorite à quartz et mica du Val Moja. Le même mode de gisement se retrouve dans le dyke de kersantite de Michaelstein dans le Hartz.”

On ne sera pas surpris que l'origine et le mode de gisement du corindon soient restés si longtemps dans le domaine des hypothèses si on se souvient que pendant plusieurs années après la découverte du corindon en Amérique tous les gisements importants ou exploitables se trouvaient dans des territoires du Sud-Est des États-Unis qui n'avaient jamais été envahis par les glaces. Les diverses hypothèses qu'on avait émises pour expliquer sa présence dans certaines localités et dans certaines conditions, n'avaient généralement pas de base assez solide pour être acceptées ou pour être utilisées. Les premières observations et les pre-

! Bull. Départ. Géol. Univ. Lab. III, n° 8, p. 219-220. La plumasite, roche à oligoclase et corindon, près de Spanish Creek, Californie, Berkeley, Avril 1903. *F. Zirkel, Lehrbuch der Petrographie 1ère Partie p. 416. Leizig 1893.

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mières études furent nécessairement entreprises dans des endroits où s'étaient accumulés pendant des siècles des produits de décomposition subaérienne, de sorte que la plus grande partie des roches en place étaient cachées à la vue. Les affleurements visibles étaient généralement si décomposés quon n'en pouvait tirer que très peu de renseignements sur leur structure primitive et sur leur origine. Beaucoup de minéraux constitutifs étaient évidemment des produits de transformations secondaires. De plus, il était impossible de débrouiller les relations tectoniques véritables des roches en place, souvent cachées qu'elles étaient par un épais manteau de terrains meubles.

Les auteurs qui se sont successivement occupés de ce sujet ont émis la théorie que les gisements de corindon d:vaient se rattacher intimement, d'une façon ou de l’autre, aux divers massifs de dunite ou de péridotite qu'on rencontre à intervalles fréquents, tout le long de la chaîne des Apalaches. Beaucoup de ces auteurs avaient remarqué (et ils en avaient fait mention de temps en temps) que de gros amas de corindon semblaient n'avoir aucune relation avec des massifs de dunite voisins; mais ils considéraient l'existence de ces gisements comme exceptionnelle et n'allant pas à l'encontre des observations faites sur les gisements habituels. De plus, en cherchant attentivement autour de ces gisements si particuliers au point de vue de leur voisinage géologique, on finissait par trouver de temps en temps des représentants de ces roches magnésiennes basiques, et il suffisait de rencontrer un amas de ces roches dans un rayon de plusieurs milles pour aussitôt en tirer une forte preuve de la liaison avec le gisement, probablement au moyen de canaux souterrains. Tous ceux qui ont étudié ces gisements appalachiens de corindon, ont insisté à maintes reprises sur l'importance qu'il y avait pour le prospecteur de suivre avec soin les bordures des massifs de dunite (ou chrysolite). On admettait universellement que toutes les découvertes de corindon, et surtout celles pouvant offrir un intérêt économique, devraient se trouver, d'après les enseignements des observations antérieures, à la jonction de ces roches magnésiennes basiques et des gneiss associés.

En 1872: C. U. Shepard décrivit assez longuement les gisements de corindon et de chrysolite de la Caroline du Nord et de la Georgie, en donnant un ordre de succession de ce qu'il appelait des “strates”. Bien qu'il énonce l'hypothèse de l'origine sédimentaire des roches encaissantes, il ne denne aucune théorie explicative de la présence du corindon.

Feu le D’ F. A. Genth, qui fut un des premiers à s'occuper de la question, consacra plusieurs années de sa vie à l'étude de la chimie du corindon, de ses transformations et de ses associations minérales.

1 Am. Jour. Sc. 3e Ser. Voi. IV, 1872 pp. 109-114; 175-180.

2‘Corundum its Alterations and Associated Minerals” Contrib. du Lab, Univ. de Pennsyiv. n° |, 1873, Proc. Am. Phil. Soc. Vol. XIII, 1873, pp. 361-406 (Review), Am. Jour. Sc. 3rd Series, XV, 1873, pp. 461-462.

1! parle en passant et d'une façon générale de l'origine du corindon de la façon suivante: “À la grande période qui vit se déposer les bancs de chrysolite chromifère (ultérieurement transformé en serpentine) une forte quantité d’alumine se sépara et se déposa sous forme de corindon”. La véritable signification des feldspaths associés (surtout oligoclase, andésine ou albite) lui échappe complètement ; pour lui ce sont, comme les autres compagnons minéralogiques, des produits de décomposition du corindon. À ce point de vue il écrit: “I y a des cas où les feldspaths se sont formés à partir du corindon, et ce sont très probablement la majorité d'entre eux; mais en même temps une partie de l'alumien recristallise sous forme de corindon que nous trouvons emprisonné dans une gangue de feldspath.”

Pour expliquer la présence de cristaux de corindon emballés dans de la chlorite, le D' Genth écrit: “Il semble que ces cristaux se soient formés après la transformation d’une grande partie du corindon primitif en chlorite, comme s’il y avait eu un excès d’alumine prêt à entrer en combinaison, mais ne pouvait pas se satisfaire par suite d’un manque d'acide silicique et de bases; cet excès d’alumine aurait alors cristallisé à nouveau à l'état de corindon.”’

Il est difficile de mettre en doute dans l’ensemble la précision et la valeur des travaux de recherche chimiques du D' Genth, mais certaines de ses conclusions sont loin d'être confirmées par les observations faites en grand sur le terrain. C’« t ainsi que le D" Genth regarde les divers dykes ou veines de corindon comme des couches, tandis que la dunite voisine, que tous les auteurs considèrent comme d’origine ignée, est pour lui un produit direct de dépôt au sein des eaux.

Le D: Sterry Hunt'en commentant ces travaux écrit: ‘Le D Genth, à l'encontre de ses prédécesseurs, prend le corindon comme pointde départ; en s'appuyant sur les divers faits relevés par les associations et les entourages minéraux, il arrive à conclure que les minéraux acompagnant le corindon en proviennent par épigénie; tels sont le spinelle, la tourmaline, la fibrolite, le disthène, la paragonite et les micas divers, la chlorite et probablement divers feldspaths. D'après lui de grands lits de schistes chloriteux et micacés proviennent de la transformation de corindon ; même les couches de bauxite, si abondantes dans certains horizons tertiaires, étaient autre fois du corindon dont elles proviennent par mouvement rétrograde.” Le D' Hunt qui eut l'occasion de causer personnellement au D' Genth et d'examiner des échantillons caractéristiques, conclut que ‘‘tous les phénomènes en question ne sont pas autre chose que des exemples d'association et d'enveloppement minéraux,

!*On D: Genth's Researches of Corundum and its Associated Minerals. Proc. Nat. Hist, Soc. Boston. Vol, XVI, 1873, pp. 332-335,

précisément analogues aux associations de béryl et de tourmaline dans les filons de granite des Montagnes Blanches.”

T. M. Chatard! dans sa critique des conclusions du D° Genth mentionne que “les feldspaths calcosodiques présentent en général l'apparence d'une gangue et non d’un produit d'altération.” Il déclare égale. ment que la damourite et la margarite se trouvent en emballage autour du corindon; les contours de ces masses minérales reproduisent exacte ment les contours du cristal emprisonné, de sorte qu'on peut croire à une vraie pseudomorphose. Cependant ces deux minéraux accompagnent le corindon dans des conditions telles qu'il est difficile de concevoir qu'ils en dérivent directement.” La vraie signification de ces compagnons micacés s'éclaire quand on lit la description des gisements de corindon de l'Ontario.

]. Lawrence Smith? en décrivant les gisements de corindon dans les péridotites de la Caroline du Nord et de la Georgie expose que: comme les gisements d'émerie d'Asie Mineure, les amas de corindon secomportent comme s'ils avaient été formés par des phér imènes de segrégations amenés par des attractions homogènes et chimiques.”

C. D. Smith en 1875 met en lumière certains faits qui l'ont conduit à admettre l'origine ignée de la dunite. En ce qui concerne la présence de corindon dans les veines de chlorite, il déclare que “la chlorite semble avoir cristallisé la première; quant à l’alumine qui constitue le corindon, elle se trouvait évidemment à l'état de solution, et a dû imprégner la chlorite en accompagnant des eaux thermales ou de la vapeur."

A. A. Julien dans son travail sur les ‘couches de dunyte de la Caroline du Nord.’ regarde le corindon comme étant toujours un produit d'altération ou un produit secondaire. Il explique les divers produits d’altération par l’arrivée dans les fissures d’une solution de soude et d'alumine dans la période de métamorphose et de décomposition. IL décrit également les péridotites comme étant d’origine sédimentaire.

M. E. Wadsworth mentionne, dans son mémoire sur les roches à olivine de le Caroline du Nord,f que le corindon est considéré comme un minéral secemdaire, à l'encontre de l'opinion du D' Genth pour qui le corindon est un minéral primaire d'où beaucoup d'autres proviennent.

T. M. Chatard dans un bulletin intitulé “The Gneiss dunyte Contacts of Corundum Hill, North Carolina, in relation to the origin of Corundum'"* fait une étude détaillée au point de vue chimique de certains

1 Gneiss, Dunite Contacts-of Corundum Hill, North Carolina, in relation to the Origin of Corundum Bull. ne 42, U.S.G.S. 1887, pp. 62-63.

2 Am. Jour. Sc. 2ème Ser. Vol. X, 1850, p. 354; 3e Sér. Vol. XV 1873, pp. 180-186.

3 ‘*Corundum and its Associated Rocks'’ Rep. Geol. Survey, N.C. 1875, Appendix D. pp. 91-97.

* Proc. Nat. Hist. Soc. Boston, Vol. XXII, 1882, pp. 141-149.

# Science Vol. 111, 1884, pp. 486-487.

* Bull. U.S.G.S. n° 42, 1887, pp. 45-63.

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échantillons prélevés comme caractéristiques de la zone de contact entre les péridotites et les gneiss. S'appuyant sur une série d'analyses chimiques, il montre que la magnésie croît sans cesse et progressivement à mesure qu'on s'approche de la péridotite: en même temps la quantité d'alumine diminue: 11 divise les matériaux recueillis en trois séries ou groupes: les silicates d'alumine, les silicates alumino-magnésiens, et les silicates de magnésie. L'ordre de succession au point de vue chimique et le mode de gisement sur le terrain s'accordent tous deux. Pour Chatard, le corindon est un minéral accessoire, souvent absent, et en tout cas en quantité très variable quand il est présent. 11 forme balance entre les silicates de magnésie et les silicates d’alumine qui ont produit la chlorite et la vermiculite.

En se résumant, Chatard écrit: “Il est impossible, pour le moment, de dire d’une façon définitive si la solution de soude et d'alumine était chaude lors de la formation de ces minéraux.”

Nous devons donc conclure que les gneiss peuvent fournir une solution alcaline d'alumine et la dunyte une solution de magnésie, sans application de chaleur et peut-être sans acide.”

Francis P. King dans un ‘Rapport préliminaire sur les gisements de corindon de Georgie”! décrit les relations géologiques qui unissent les divers gisements de corindon de cet état et remarque que les gisements se trouvent dans les veiries qui recoupent les péridotites et leurs produits de transformations. Il énumère quatre types de ces veines, qui ne différent légèrement entre elles que par la proportion ou le caractére de certains minéraux, constitutifs: tous ces types sont d'ailleurs d'origine très voisine et proviennent tous de phénomène pegmatitiques. L'abondance des feldspaths calcosodiques et l'absence ou la rareté du quartz sont remarquables; le caractère général de ces gisements les rapproche étroitement des gisements de pegmatites à corindon de l'Ontario.

En ce qui concerne l'origine du corindon, il maintient que son étude st encore dans l'enfance. ‘Les savants n'ont actuellement rien autre à nous offrir que des hypothèses, dont très peu supportent l'examen, faute de base suffisante. 11 nous faut donc être très prudent dans les conclusions à tirer des quelques faits que nous connaissons.” Après cette introduction qui traduit l'incertitude générale à ce sujet, il écrit à la page suivante:

“Le corindon semble donc être essentiellement un minéral accessoire, dont la présence serait due à un excès d’alumine dans la masse rocheuse, gneiss à chrysolite et gneiss à hornblende. La décomposition de ces roches donne respectivement des silicates de magnésie, des sels alcalins et des ferro-silicates qui, grâce à l'acide carbonique des eaux de

1 Bulletin n° 2, Geol. Surv. Georgia, 1894, pp. 75; 106-107,

circulation, dissoudraient l’alumine combinée et par recristallisation donneraient tous les minéraux mentionnés comme compagnons du corindon: dans le cas d'un excès d'alumine on aurait l'oxyde d'aluminium c'est-à-dire le corindon.”

Joseph Volney Lewis! dans son rapport sur le ‘“Corindon”’ et les roches magnésiennes basiques de la Caroline du Nord Occidentale” fait remarquer que “jusqu’à présent, tout ce que nous savons de la grandeur et de la valeur des gisements de corindon vient de l'expérience, c'est-à-dire de travaux de prospection et d'exploitation.” Il cite et reconnaît la valeur des travaux de Chatard, de Julien Shepard, Genth et d'autres, mais il déclare “qu'on n’a rien fait pour embrasser toute la question, si bien que les diverses théories qu'on a proposées pour expliquer l'origine du corindon et des roches qui le contiennent, ont laissé entièrement de côté beaucoup de faits que seul un relevé soigné de toute la région aurait pu fournir. On peut difficilement espérer avec les travaux actuels donner une réponse finale et même satisfaisante à la question d'origine car il est difficile de débrouiller clairement les problèmes que soulévent ces gisements, dans une région aussi tourmentée et aussi profondément métamorphisée que celle qui nous occupe.”

Le professeur John W. Judd écrit ce qui suit au sujet de l'origine de rubis de Burma’. ‘‘Les gneiss à pyroxène contiennent une grande quantité de feldspath basique instable (labradorite ou anorthite) que l'acide chlorhydrique sous pression, mais en très petite quantité, transforme facilement en scapolite; la scapolite à son tour se décompose en silicates d’alumine hydratés divers et en calcite.

Alors que les calcaires se sont formés à partir de feldspaths basiques, les silicates d'alumine en se combinant à l'eau peuvent également être attirés par des acides sulfurique, chlorhydrique, borique ou fluorhydrique, agissent à basse température; les sels d’alumine ainsi formés se décomposent très facilement: de l'oxyde d'aluminium hydraté (diaspore, gibbsite, bauxite, etc.) peut prendre naissance alors que dans d'autres conditions de température et de pression, c'est l’oxyde anhydre qui se forme; L'oxyde mis ainsi lentement en liberté, peut prendre l'état cristallin et donner naissance au corindon. La cristallisation de l'oxyde d'alumine dut se faire à haute pression, mais probablement à des température modérées; on en a une preuve par ce fait que les cristaux contiennent des cavités chargées, non seulement de solutions sursaturées de chlorures, sulfates, etc., mais encore, dans certains cas, de gaz carbonique liquide qui reste liquide à toutes les températures ordinaires au dessous de la température critique particulière à ce corps.”

1 Bulletin n° 11, Geol. Surv. North Carolina, 1896, p. 10.

2 The rubies of Burma and Associated Minerals, their mode of occurrence, Origin, and Metamorphosis, A contribution to the History of Corundum par C. Barrington Brown and Prof. J. W. Judd. Phil. Trans. of the Roy. Soc. London, Vol. 187, (1896) À. pp. 218-225-226.

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Toutes ces théories ont cependant été émises à une époque où n'existaient pas ou où on ignorait les résultats apportés par de nombreux et brillants chercheurs qui s'étaient attachés à étudier la formation du corindon, notamment au sein de magmas artificiels et à démontrer l'origine ignée de certains gisements métalliques.

L'application sans cesse croissante du microscope aux recherches minéralogiques de précision a donné naissance à la science pétrographique. Les pétrographes ont rhontré, surtout dans ces vingt dernières années, une activité extraordinaire et ont formé un trait d'union entre les minéralogistes et les géologues. L'influence de la pétrographie sur la minéralogie a été bien mise en lumière par la publication de monographies minéralogiques dans lesquelles on a étudié les grands phénomènes qui reliaient entre eux les minéraux, tels que l'origine, la parenté et le mode de gisement. De plus, au point de vue géologique, un des développements les plus significatifs de la pétrographie correspond à la naissance de l'hypothèse comme sous le nom de “différenciation magmatique.” Cette doctrine, qui touche de si près à la genèse des roches ignées et des minéraux qui les constituent, peut se résumer en ceci que dans un magma visqueux ou liquide, c'est-à-dire dans une masse rocheuse fondue, il se produit une division ou différenciation en plusieurs parties distinctes au point de vue chimique ou minéralogique, chaque partie, en se refroidissant, donnant un type particulier de roche.

Avec ces méthodes de recherches pétrographiques sans cesse plus parfaites, et devant ces découvertes, il n’est pas étonnant que parmi les problèmes les plus intéressants et les plus heureusement attaqués se trouve le problème de l'origine du corindon, ou de l’oxyde d’alumine cristallisé. Ainsi que nous l’avons dit, on croyait généralement, avant les grands travaux et les recherches expérimentales de Vogt,? Lagorie, et Morozewicz sur la formation de minéraux dans les magmas fondus, que l'alumine libre s'engendrait à la suite de phénomènes accidentels ou secondaires peu clairs, et par suite pas très faciles à expliquer. En 1895, le professeur A. Lagorie? insista fortement sur l'origine ignée du corindon et signala qu'il connaissait l'existence de corindon dans des roches ignées de types et de compositions très diverses telles que les granites, pegmattes, trachytes, andésites, basaltes, néphélinites et péridotites. Sa cristallisation à l'état libre au sein d’un magma igné était entièrement semblable à celle des autres oxydes ordinaires.

À peu près à la même époque Joseph Morozewicz de Varsovie! fut amené à entreprendre des expériences sur le développement du corin-

\ Zeit. Für. Prak, Geol. nos 1,4, 7, 1893.

ee Korund, dessen Verbreitung und Herkunft."” Zeit. für. Kryst: Vol. XXIV (1895), pp.

, “Ueber die Kunetliche Darstellung von Spinell und Korund aus Silicastchmelsen:”" inst Vol. XXIV (1895), p. 281. ‘

don et d'autres minéraux alliés dans les magmas artificiels, parce qu'en cherchant à produire certains types rocheux, il obtenait des amas cristallisés extrêmement riches en corindon et en spinelles. Ilisola ces minéraux et les analysa ainsi que le reste de la matière, ou gangue, dans lequel ils étaient emprisonnés. Il trouva que la liqueur mère ou menstrum avait la composition moléculaire caractéristique des feldspaths. Il en conclut que lorsque l'alumine est en excès par rapport à cette composition moléculaire, elle a tendance à cristalliser uniquement sous forme de corindon ou de corindon et spinelle, la quantité de spinelle dépendant de la quantité de magnésie présente dans le magma.

De ce côté de l'Atlantique on fit tout d'abord, peu attention à ces résultats, convaincu que l'on était que le corindon provenait d'une série de causes accidentelles, à la suite des recherches de Julien, de Genth, de Chatard, etc. Ce n'est qu'après la découverte et la description des gisements de l'Ontario, et la publication du mémoire de Pratt sur “l'origine du corindon associé aux péridotites de la Caroline du Nord”! que l'on se préoccupa sérieusement de la question.

En signalant l'existence de certains cristaux de corindon dans les dykes basiques de lamprophyres de Yogo gulch, Montana, (lamprophyres formés surtout de biotite et de pyroxène) le prof. L. V. Pirsson écrit

‘Par la netteté de leurs contours extérieurs, et par leur distribution générale, ces cristaux se présentent comme ayant cristallisé au sein du magma, avec autant de certitude que les phénocristaux bien formés de feldspath au milieu de porphyres révèlent leur origine.” Il explique la présence du corindon en supposant que le magma primitif a dissous une partie des schistes argileux du district et qu’il s’est ainsi constitué des plages locales très riches en alumine, qui en refroidissement ont laissé le corindon se séparer à l'état de cristaux.

Le professeur W. G. Miller* après avoir étudié avec soin les gisements de l'Ontario, en arrive à la conclusion que le corindon était un élément original de la syénite et écrit: “Ilne me semble pas plus nécessaire d'essayer d'expliquer la présence de corindon dans la syénite par la dissolution de blocs de roches très alumineuses qu'il est nécessaire d'expliquer la présence de silice libre dans le granite par l'absorption de roches très siliceuses.

De mon côté, dans ma première description des gisements de l'Ontario, j'écrivais# “le corindon fut un des premiers éléments à cristalliser dans le sein du magma, à une époque où la portion résiduelle, plus acide,

1 Am. journ. Sr. 4th. Series, Vol. VI, 1898, pp. 49-65.

* On the corundum bearing rock from Yogo Guich, Montana" Am. Journ. Sc. 4ème Serie, Vol IV. 1897, p. 42-3.

5 Ann, Report Bureau of Mines, Ont. Vol. VII, 1898, pp. 212 and 226.

4 Rapp. somm. Comm. géol. du Can. 1897, p. 52.

qu'en était encore en quantité suffisante pour former les grands gisements cris- qu'on peut voir dans les dykes de pegmatite qui marquent le stage min. final du phénomène de consolidation.’ equel Thomas Holland! nous a donné une description très détaillée des avait gisements de corindon de l'Inde. Parmi les descriptions les plus intéresnclut santes et les plus satisfaisantes, il faut citer celles des gisements du sition district de Coimbatore, dans la présidence de Madras. Là le corindon ne de s rencontre dans une syénite rose à gros grain, composée essentiellement ndant de microperthite (orthose et albite) et de corindon. Les minéraux accessoires sont de la biotite, de la muscovite, de l'apatite bleu foncé, à ces du zircon, du spinelle zincifère (automolite) et un chrysobéryl à enduit » série jaune soufre. Les roches plus finement grenues contiennent souvent un th, de grenat rouge, de la magnétite, et des spineiloïdes noirs. 11 n'y a généralen des ment pas de quartz; s’il y en a, c'est toujours en très petite quantité. t sur Le corindon est en gros cristaux tabulaires à six pans, atteignant parfois Lord”! un demi pouce de diamètre. Les roches qu'on rencontre dans le pays peuvent se classer comme suit:

ns les (a) Une classe très alcaline, relativement riche en silicates ferrophyres magnésiens, donnant naissance aux diverses formes de syénite à néphéline. 3 (b) Une classe sursaturée d'alumine et pauvre en protoxydes bastion ferromagnésiens, formant les roches à feldspath, corindon et chrysobéry!. ein du (c) Une classe à peu près intermédiaire entre (a) et (b), comprenant nés de les laurivicites et que la (d) Les produits finaux siliceux, formant probablement les pegus une matites acides associées qui contiennent des aiguemarines (béryls) et ué des des veines de quartz.

issé le On regarde l'ensemble de ces roches comme ayant toutes une origine commune et comme provenant de la différenciation d'un magma très *ments alumineux et très alcalin. Ces types, différents au point de vue pétrolérnent logique, appartiennent tous à une même province pétrographique, qui, e d'es- en l'état actuel de nos connaissances est d'âge archéen. Il faut signaler lution qu'à l'encontre des gisements de l'Ontario, on n’a jamais rencontré de quer la corindon dans la syénite à néphéline. es très Holland mentionne également des gisements qu'il croit être du corindon, dans une roche à anorthite (indianite) provenant de Salem, > l'On- district de Madras; cette roche est célèbre parce que c'est celle sur talliser laquelle le comte de Bournon a édifié son mémoire sur le corindon. ; acide, Lacroix? qui a étudié au microscope cette roche, et une roche analogue de Ceylan, a fait remarquer que ces roches contenaient non seulement Vol IV, * Econ. Geo. Indian 2ème Ed. Part 1, Corundum 1897, Mem. Geol. Surv. Ind. Vol. XXX. Part 3 pp. 169-220, (1901).

*‘Contributions à l'étude des gneiss à pyroxène et des roches à wernétite.” Bull. Soc. Fr. Min., 1889, pp. 282-254; Rec. Geol. Surv. Ind., Vol. XXIV. Part LH, D. 155 (1891).

de l'anorthite, mais de la hornblende, du grenat, de la scapolite, du pyroxène, de l'épidote et un nouveau minéral auquel il a donné le nom de fouquéite et qu'il regarde comme un dimorphisme de la zoisite. La roche de Ceylan contient en outre du sphène et de la calcite. De plus Holland expose que les saphirs de Cashmire se sont développés dans une pegmatite qui, en plus du quartz, du feldspath et d'une petite quantité de mica foncé, contient des cristaux bien développés de tourmaline, de l'euclase vert clair, de minuscules grenats rouges et des cristaux de saphir, Cette pegmatite traverse un gneiss schisteux foncé contenant du feldspath blanc, beaucoup de mica noir et en certains endroits, une multitude de grenats bruns et rouge foncé.

Thomas H. Holland; en traitant de l'origine du corindon de l'Inde, écrit: “Ce minéral semble avoir cristallisé parmi les premiers éléments qui constituent la roche où on le trouve. Il ne semble y avoir aucune raison à priori pour admettre pour le corindon, élément constitutif d'une roche, une explication différente de celle qu'on admet pour les autres oxydes simples qui se rencontrent précisément dans les mêmes conditions. Holland insiste encore sur cette théorie, après son étude critique détaillée des gisements de corindon des syénites du district de Coimbatore, dans la présidence de Madras. 11 écrit en effet® “Le corindon se présente dans les roches à feldspath comme un élément primitif normal; les cristaux ont des contours idiomorphes et sont emballés dans les matériaux feldspathiques sans aucune bordure de réaction sensible."

Il y a donc une similitude extrêmement frappante de composition et d'âge entre les roches à corindon de l'Inde et celles de l'Ontario. Cette similitude a été ultérieurement bien mise en lumière par les récents travaux d'Holland et Walker, de la Commission géologique de l'Inde.

J. H. Pratt’ dans son sommaire des gisements de corindon des États Unis dit: ‘Dans ce mémoire, nous soutenons que le corindon s trouvait maintenu en solution au sein de la masse fondu de péridotite, lorsque cette masse a envahi la roche du pays, et que le corindon fut un des premiers minéraux à se séparer lorsque la masse commença à & refroidir. Dans ces magmas fondus, ce sont les minéraux les plus basiques, comme le corindon et la spinelle, qui se sépareraient les premiers, et la séparation se ferait d'abord sur les bords, qui sont les premiers à se refroidir.

Des courants de convection auraient alors amené dans cette zone marginale une nouvelle quantité de matériaux alumineux, qui, à leur arrivée dans cette zone, auraient cristallisé et laissé l'alumine se séparef à l’état de corindon.”

1 Economic Geology of India, 2ème Ed. Part I, Corr.oium, 1897, pp. 7-79. + Mem. Geol. Surv. Ind. Vol. XXX, Part 3, p. 205. ® Bull. n° 269, U.S.G.S. 1906, pp. 81-82.

Il pourrait paraître, en effet, singulier de ne pas trouver de corindon dans le massif principal de ces amas ignés, si le corindon est un produit de différenciation du magma péridotitique. Pratt! et Lewis ont tous deux mentionné qu'on ne connaissait qu'un seul cas de cristal de corindon dans une dunite (mine Egypt, Comté de Yancey, Caroline du Nord) qui ne soit pas accompagné de produits de décomposition. Ce serait en effet singulier, si la théorie de Pratt était exacte, car les minéraux provenant de phénomènes de différenciation sur les bords des massifs ignés se retrouvent généralement au milieu des massifs.

Il est regrettable que les deux descriptions de Pratt et de Lewis, évidemment préparées avec grand soin, manquent de détails tout à fait essentiels, et cela avec raison, ainsi que nous l'avons dit. Avant de commenter ou de critiquer leurs résultats, on doit tenir compte de tous ces faits. Les roches de cette zone cristalline des Appalaches du sud sont tout à fait semblables à celles de l'Ontario central. On y trouve abondamment des gneiss à sillimanite et à quartz qui sont évidemment d'origine sédimentaire et qui sont interfoliacés au milieu d'autres gneiss, ou qui recoupent d'autres gneiss aussi bien acides que basiques. Beaucoup de ces derniers gneiss sont indubitablement d'origine ignée et certains d'entre eux, comme par exemple ceux de l'Ontario, appartiennent très probablement au type alcalin de la série très alumineuse. Jusqu'à présent on n'a fait sur eux aucune étude pétrographique ou chimique détaillée, et c'est très nécessaire si on veut pouvoir les comparer avec ceux de l'Ontario. Il sera très difficile d'arriver à séparer sur la carte ces deux catégories de gneiss, mais on peut supposer avec quelque raison, que les levés de détail nous apporteront de précieux renseignements sur leur composition minéralogique et chimique en même temps que sur leurs véritables relations et ressemblances.

Holland? critique ces conclusions en ce qui concerne le développement du corindon dans les péridotites de la Caroline du Nord et fait remarquer que les expériences de Morozewicz, loin d'apporter des preuves nouvelles à cette théorie, met en lumière nettement que “la formation de corindon est indépendante de la basicité du magma, alors que, en présence de magnésie, le corindon ne se forme que lorsqu'il y a assez d'alumine présente pour saturer la magnésie, à l'état de spinelle.”

J. J. H. Teall® dans son mémoire sur l'histoire naturelle de la cordiérite et de ses compagnons ‘est également très sceptique sur la théorie de Pratt, mais il considère que la question n'est pas résolue. Il cite également à l'appui Morozewicz qui trouva, dans ses expériences sur les magmas acides et magnésiens, que les silicates de magnésie sont rares

! Bull, n° 269, U.S.G.S. 1906, p. 38, Bull. 11, N.C.G.S. 1896, p. 60.

? Zeit. Für Kryst. XXIV, 1895, pp. 281-285; Mem. Geol. Surv. Ind. Vol. XXX., Pt. 3, 1901, pp. 209-210. * Proc. Geol. Assoc. Vol. XVI, Part 2, 1899, p. 72.

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