‹ Le corps de WolffChapitre 31 sur 42 · MALE ET FEMELLE · texte numérisé non relu

MALE ET FEMELLE

Les physiologistes ont considéré pendant longtemps l'appareil reproducteur mâle et l'appareil reproducteur femelle comme des appareils essentiellement distincts, n'ayant entre eux que les rapports d'harmonie nécessaires à l'accomplissement de leurs fonctions.

Lorsque le chef de l'école de la philosophie anatomique française, Et. Geoffroy Saint Hilaire, chercha à démontrer l'unité de composition, il fut conduit à penser que les appareils reproducteurs présentaient non seulement des rapports fonctionnels d'harmonie, mais encore des rapports plus profonds d'analogie. Il chercha donc à retrou-ver dans les deux sexes un ensemhle d'oiganes communs modifiés seulement au point de vue fonctionnel.

Mais la comparaison (|u'il réussit ainsi à étahlir portant exclusivement sur les organes de l'adulte, devait forcément le conduire à l'éiahlissement de fausses analogies, ou mieux, de fausses homologies, la valeur de ces deux termes étant aujourd'hui mieux précisée qu'au iemps de Geoffroy Saint- Hilaire

La plupart des naluralistes pensaient donc avec lui que toutes les parties de l'appareil reproducteur se répètent d'un sexe à l'autre, et en comparant les fonctions de ces parties, on trouvait de part et d'autre des organes destinés :

1° A produire les éléments reproducteurs : Ovaire = Testicule.

2" A conduire ces éléments dans des réservoirs : Trompe = Canal déférent;

3° A conserver ces éléments pendant un certain temps : Utérus = Vésicules séminales ;

4° Enfin des canaux destinés à les expulser au dehors : Vagin = Canaux éjaculateurs.

Telle était la série en apparence remarquablement concordante qu'on trouvait pour les organes génitaux internes. La comparaison des organes génitaux externes, quoique plus difficile à établir chez l'adulte, offrait cependant des termes également comparables, mais dont l'étude ne peut pas nous occuper ici, étrangers qu'ils sont à tout i>aj)port avec le corps de Wolff.

Or, malgré la ressemblance fonctionnelle des organes, toutes les analogies établies plus haut, à part la première, sont fausses, et la démonstration de cette fausseté, ainsi que l'élablissement des vraies homologies constituent un des problèmes les plus intéressants de l'anatomie philosophique.

Le^1 progrès de l'analomie comparée et de l'embryologie, ont montré, en effet, quelle différence il y a entre la simple .-Jnalogie fondée sur une ressemblance fonctionnelle ou morphologif{ue et ï Homologie organi(iue fondée sur la similitude d'origine embryogénique et de connexions anatomi([ues. Pour faire comprendre la distiiiclion si importante de ces deux ordres de rapports, il suffira d'en donner des exemples bien

connus : la branchie et le poumon, l'aile de l'oiseau et l'aile de l'insecte sont des organes analogues. Le poumon et la vessie natatoire, l'aile de l'oiseau et le bras de l'homme, sont au côniraire des organes homologues qui n'ont pourtant aucune analogie.

Ce n'est donc pas sur une simple ressemblance de forme ou de fonction, qu'il est possible d'établir, comme le faisaient les anciens anatomisles, les homologies des organes génitaux internes; c'est uni(|uement sur l'histoire de leur développement et, dans une certaine mesure, sur une étude anatomique no!i pas restreinte à l'homme. — qui nil nisi homineni noscil nunquam rectè hotninem noverit, ■ — mais étendue à .''ensemble des mammifères dont les difïérenles espèces, suivant leur degré de perfection organique, représentent en quelque sorte, d'une façon relative, sinon d'une façon absolue coujnîe le voulait Serres, les différentes périodes de l'évolution de l'être humain. Or pour aucun appareil, peut-être, plus que pour l'appareil reproducteur, il n'est possible de voir une concor dance plus grande entre la série des formes que présentent ces organes dans l'échelle mammiférique et la série des fornics que nous révèle l'embryologie des animaux supérieurs. On sait quelles conséquences générales l'Ecole transformiste a tirées de ce fait en leur donnant une extension immense, conséquences que résume la formule : l'ontogénie est une reproduction abrégée de la phylogénie.

C'est donc lorsque les embryologistes nous ont eu fait connaître, dans ses traits fondamentaux, le développement des organes génitaux, que l'établissement de leurs homologies a été possible; et c'est particulièrement de la découverte par J. Millier du canal qui porte son nom (et dont la véritable destinée chez le mâle lui échappa), que datent les cou-

naissances exactes que nous possédons aujourd'hui sur ce sujet.

Nous avons suivi, dans les pages qui précèdent, le développement de ces organes génitaux internes, par conséquent il nous est facile d'établir la comparaison qui est l'objet de ce chapitre.

Pour la glande génitale elle-même, il ne saurait y avoir de doutes et le leslicule est bien l'homolo2ue de l'ovaire. Tous les deux, en effet, se développent aux dépens du même rudiment commun placé sui- le côté interne du corps de Wollf et recouvert par l'épithélium gerniinalif. Comme nous l'avons montré dans un autre chapitre, cette glande primitivement indifférente, se différenciera soit en testicule, soit en ovaire par un processus que nous avons suffisamment indiqué pour n'avoir pas à y revenir.

Dans la formation des conduits excréteurs de la glandé sexuelle, on observe au début du développement un fait d'une importance considérable, c'est la coexistence simultanée des conduits excréteurs mâles (canal de Wolff), et des conduits excréteurs femelles (canal de Millier), c'est-à-dire, en d'autres termes, un véritable hermaphrodisme de la portion sexuelle excrétrice.

Il y a donc alors f/ew:c appareils sexuels. L'hermaphrodisme ne persistant pas chez l'adulte, du moins au point de vue fonctionnel, c'est-à-dire un sexe venant à prédominer sur l'autre, l'appareil excréteur qui appartenait à ce sexe se développera dans la direction de ce type sexuel, taudis que l'appareil excréîeur du sexe opposé restera à l'état de parties plus ou moins rudinientaires ou même pourra disparaître plus ou moins complètement. Mais tant qu'il en restera un débris si Irusie ({u'il puisse être, ou ne sera pas fondé à n'en tenir au-

Clin compte dans rétablissement des liomologies des organes sexnelsche/. l'adulte. Car ce débris, ce résidu, se rattache par sa filiation à l'un ou à l'autre des appareils sexuels et ne peut être comparé d'un sexe à l'autre, qu'à la portion correspondante de celui des deux appareils auquel il appartient, c'est-à dire qu'à lui-même. En effet, quel que soit le degré de développement auquel il arrive, ou d'atrophie qu'il subisse dans chaque sexe adulte, il n'en conserve pas moins la même origine embryogénique, les mêmes connexions analomiques, par conséquent les mêmes homologies.

Inversement, quelles que soient les ressemblances que puissent affecter dans les deux sexes, à l'état adulte, certaines parties de leur appareil sexuel caractéristique respectif (en dehors de la glande génitale) ces parties tiennent, comme nous l'avons précédemment établi, à des appareils distincts et séparés, et, par conséquent, elles ne sonl pas comparables, elles ne sont pas homologues : Quod erai (lenionstrandum.

Aux preuves embryologiques déjà données, de la réalité de ces bomologies, je pourrais ajouter, pour illustrer celte démonstration, de nombreux faits empruntés à l'anatomie comparée et à la tératologie. Les faits empruntés à l'anatomie comparée sont aujourd'hui bien connus de tous ceux qu'intéressent ces questions. J'en ai déjà indiqué quelques-uns et je n'insisterai pas davantage sur ce point, qu'on trouvera développé dans la Comparatiçe Analomy d'Owen (avec nombreuses figures) et dans l'ouvrage du professeur Milne- Edwards. Je ne retiendrai seulement, dans ce nouvel ordre de preuves, que celles qui sont fournies par la tératologie.

Normalement, ainsi que nous l'avons vu, les canaux de Wolffdans leur portion inférieure, disparaissent complètement chez la femme et chez beaucoup de femelles; normalement

aussi ils persistent chez d'autres, plus ou moins atrophiés, mais encore fort reconnaissables comme canaux de Gaerlner.

Dans que Iquescas exceptionnels, on a pu constater, comme l'a fait récemment Beigel, un retard dans la disparition, chez la femme, de ces canaux qui peuvent ainsi exister encore à la naissance. Mais dans des cas bien plus rares, puisqu'on n'en connaît encore que deux, on a vu le canal de Wolff persister toute la vie chez la femme avec un i;rand dévolo|)pement, et former, en quelque sorte, des canaux déférents. Dans l'un de ces cas, rapporté d'après KIebs% par Realdo Cohimbo*, outre les trompes de Fallope bien dévoloppées, on voyait deux canaux allant de l'ovaire jusqu'au voisinage du clitoris très développé lui-même. L'autre cas, dû àFùrst*, montrait un utérus bicorne et un seul canal déférent situé dans la paroi externe de la corne droite et s'étendant jusc|u'à l'extrémité inférieure d'une cloison vaginale incomplète d'où il remontait pour aller s'ouvrir tout près de l'orifice utérin.

De même, chez le mâle, c'est la destinée normale du canal de MûUer de disparaître plus ou moins complètement suivant les espèces. Chez les oiseaux, psr exemple, la disparition est complète et très précoce, et, dès le onzième jour de la vie embryonnaire Bornhaupt a montré qu'on observe plus aucun vestige de ce canal. Chez les mammifères, au contraire, la disparition n'est jamais poussée si loin, si ce n'est chez quelquesuns, comme le lapin, que nous avons déjà cité. Mais chez riiomme, où il ne reste en général de ce conduit q;ie la portion qui constitue l'utérus philosophique, on peut voir dans

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