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CHAPITRE Xm

L'enfant peureux {suile).

Sommaire. — La conception de Descaries et celle de Mosso sur la peur. — Conception des physiologistes contemporains et ses conséquences thérapeutiques. — • Conditions physiques favorisant la peur. — Les terreurs nocturnes et leur traitement.

« Pour exciter en soi la hardiesse et ôter la peur, il ne suffit pas d'en avoir la volonté, mais il faut s'appliquer à considérer les raisons, les objets et les exemples qui persuadent que le péril n'est pas grand; qu'il y aura toujours plus de sécurité en la défense qu'en la fuite; qu'on aura de la gloire ou de la joie d'avoir vaincu, au lieu qu'on ne peut attendre que du regret ou de la honte d'avoir fui, et choses semblables... »

C'est le vieux Descartes qui parle ainsi, et sa sagesse est toujours sage. Les moralistes d'à présent n'ont que fort peu de chose à ajouter à ce précepte.

L'Italien Mosso nous dit que le courage dépend de trois éléments essentiels : la nature, l'éducation et le raisonnement, et que chacun de ces trois éléments peut être cultivé de manière à suppléer au défaut des deux autres.

Considérons la tendance à la peur comme une maladie de l'imagination — reflet mental d'un ^tat de faiblesse fonctionnelle, de ralentissement de la vitalité — grâce à quoi l'esprit ne peut plus concevoir que l'impossibilité de vaincre, que l'inutilité de la résistance, de la lutte, et complétons la pensée de Descartes et la conception de Mosso en disant : un traitement rationnel de l'état habituel de crainte devra consister dans une éducation comprenant à la fois ce qu'on est convenu d'appeler le physique et le moral.

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Il faut tonifier le système nerveux, rehausser le cran de la vitalité, accélérer la nutrition, pour que les nerfs de sensibilité, qui ont chargée de renseigner constamment le cerveau sur l'intensité fonctionnelle de tous les organes, lui portent désormais le sentiment de vigueur pleine, d'activité toute prête, de vie intense.

Il faut accoutumer l'enfant aux exercices de gymnastique et aux jeux un peu violents, où sa hardiesse s'affirme, où sa force s'entraîne, où sa souplesse se développe, où s'adaptent ses mouvements , où il prend conscience de toutes ses ressources.

Enfin, si sa pensée nourrit encore, après cela, quelques images conseillères d'excessive prudence, donnez-leur la chasse, et tâchez de les remplacer par des images opposées ; faites ce que voulait Descaries : de la persuasion — de la suggestion, comme on dit aujourd'hui. Elle mordra facilement, si vous avez préparé le terrain par les moyens que nous venons de dire.

Remarquez encore à quel point la peur dépend de certaines conditions physiques. Chacun sait que la femme est ordinairement plus timorée que l'homme, l'être malade que l'être bien portant, Je soldat à jeun que le troupier solidement nourri.

Tel enfant, que nous voyons courageux au grand jour, frémit d'effroi et s'abandonne à imaginer mille dangers dès qu'il est plongé dans la nuit. Certes, l'obscurité — par le fait même qu'elle supprime toute réalité extérieure, tout contrôle objectif — laisse le champ plus libre aux créations mal ordonnées du subjectif. Mais il n'y a pas que cela. Si nous ne concevons alors qu'images terriliantes, si nous n'avons que des tendances vers TenVoi, c'est que le tonique incomparable qu'est l'excitation lumineuse, nous manque.

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Si presque toutes les peuplades primitives ont divinisé le soleil, c'est parce que leur conscience animale le leur montre, non seulement comme le père des végétations nourricières, mais encore comme le grand soutien, comme la grande source d'énergies humaines. Nous-mêmes, par un jour radieux, ne sommes-nous pas beaucoup plus alertes, beaucoup plus vivants que par un ciel de plomb? Le soir, dans un appartement, un éclairage trop discret, une lueur de sépulcre nous oppresse, nous rend tristes et déprimés, tandis que la vive lumière des lampes électriques nous procure de l'optimisme.

Et je voudrais, à ce propos, dire un mot des terreurs nocturnes si fréquentes chez les enfants.

Elles sont de deux sortes :

Il y a d'abord les petits qui ont peur dans l'obscurité, qui pleurent pour ne pas demeurer sans lumière, et qui ne s'abandonnent avec confiance au sommeil que si leur chambre est un peu éclairée.

Il faut habituer ceux-là à s'endormir dans l'obscurité. Mais g^ardons-nous de le faire brutalement et tout d'un coup. Ne décidez pas, par exemple, un beau soir, que bébé devra désormais demeurer sans lumière. Il pourrait en souffrir beaucoup, s'en énerver d'une façon fâcheuse. Procédez méthodiquement. Prévenez-le plusieurs jours à l'avance de ce qui l'attend; accoutumez bien sa pensée, prenez des précautions, procédez progressivement. Permettez un peu de lumière dans la pièce à côté, la porte demeurant ouverte; puis, tout en tonifiant son jeune cerveau, faites-lui honte, amenez-le — on y arrive avec un peu d'habileté — à demander lui-même à faire comme un homme. Un enfant de ma connaissance, doué de la plus

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vive imagination, ne manquait pas — lorsque la nuit se faisait dans sa chambre — d'apercevoir la vision, vraiment pénible, que voici. A la fenêtre, pourtant close, apparaissait une énorme figure, la face affreuse d'un géant qui surgissait pour regarder ce qui se passait dans la chambre, comme surgit la lune, au sommet des montagnes, pour regarder ce qui se passe dans les vallées... Et peu à peu, celte figure s'avançait, se courbait sur sa couche, et l'approchait à l'étouffer. Une médication tonique, un bon régime alimentaire, quelques sages conseils dissipèrent ces demi-hallucinations, très fréquentes chez les petits nerveux héréditaires.

Quant aux terreurs nocturnes proprement dites, qui constituent une véritable maladie, classée, décrite par tous les traités de patho-

logie infanlile, elles guérissent vile et bien par les mêmes moyens, et notamment par une alimentation soigneusement réglée et modérée au repas du soir.

Gela prend les bébés entre deux et sept ans.

L'enfant a dîné à la table paternelle, a bu un peu de vin, s'est bourré de mie de pain, de sauce, de sucreries, de crudités, de fruits indigestes. Puis il s'est endormi d'un sommeil à la fois profond et agité ; il transpire abondamment, se tourne et se retourne dans son lit, murmure des mots confus ou pousse des gémissements. Et tout à coup, il s'éveille en sursaut, s'assoit sur son lit, crie, pleure, parle de bêtes épouvantables ou de méchants hommes venus pour le tuer. Le petit halluciné qui continue, les yeux ouverts , son rêve , ne reconnaît pas ses parents qui tâchent vainement à calmer sa terreur. Au bout do quelques minutes, le fantôme s'évanouit, la crainte se dissipe, le pauvre petit se rendort.

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Rien n'est plus impressionnant. Soignez son estomac, et cette scène pénible ne se reproduira plus.

Voilà comment on peut guérir les difTérentes formes de la peur chez les enfants. Il est, je pense, inutile de dire qu'il" faut proscrire les récits terrifiants, les menaces de croquemitaines, de fantômes et de loupsgarous, moyens stupides inventés par la veulerie des parents et des bonnes qui, pour se débarrasser d'une scène d'insubordination, n'hésitent pas à fausser l'esprit de leurs marmots, et à les rendre, comme à plaisir, malades et difformes d'esprit.

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