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CHAPITRE XVI Les paresseux (fin

Sommaire. — La paresse et la neurasthénie infantile.

— Rôle du médecin de lycée. — Le traitement de la paresse; hygiène alimentaire. — Règlement de vie; le travail à heure précise; utiliser les lois de l'habitude.

— Régler l'exercice physique pour épargner le surcroît de fatigue; la paresse par excès d'exercice physique. — La médication tonique.

Ainsi, l'analyse des éléments constitutifs de la paresse, chez l'enfant, nous conduit à admettre — avec les éducateurs les plus expérimentés et les philosophes les mieux avisés de ce temps — que l'indolence d'esprit, conséquence fréquente d'une culture malhabile, dépend encore bien souvent d'un

fonctionnement morbide du cerveau, d'un

ralentissement de sa nutrition, et, pour tout dire, d'une maladie, d'une maladie très banale du système nerveux en voie de développement : la neurasthénie infantile.

Or, traiter la neurasthénie avec des 'pensiims et des privations de sortie ne me paraît pas être le dernier mot de l'heureuse ingéniosité en matière pédagogique. Il y a mieux à faire. Je sais des faits, déjà nombreux, qui le montrent avec éclat. Les punitions, d'ailleurs, nous l'avons déjà dit, ne poursuivent pas tant le but d'améliorer telle petite personnalité languissante, que celui de la châtier d'une mauvaise intention dont on la suppose responsable, de faire des exemples, et de contribuer au maintien du bon ordre dans la communauté. Le traitement dont nous allons tenter de poser les bases sera moins aveugh'. moins impersonnel et, sans doute, plus el'licace.

J'entrevois le moment où on commencera de l'appliquer dans nos collèges.

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Actuellement, nos établissements d'enseignement secondaire sont tous munis de médecins chargés du service de l'infirmerie. A Paris, on voit nos plus glorieux praticiens rechercher cet honneur et tenir cet emploi. Mais leur fonction se borne à purger pour les indigestions, à faire masser les entorses, à panser les engelures, à prévenir les fluxions de poitrine, et à licencier l'école en cas d'épidémie de scarlatine ou d'oreillons. Rôle dont l'utilité grande ne se peut contester, mais que je voudrais voir s'élargir et se hausser sans cesse.

Le médecin doit ce qu'il peut, tout ce qu'il peut. Or, il se trouve pouvoir plus et mieux qu'il ne pensait naguère. Un temps viendra, qui n'est pas loin, oîi il lui faudra bien comprendre qu'il lui appartient aussi de traiter ces maladies chroniques du cerveau qu'on appelle paresse, mélancolie, irritabilité anormale. On peut les améliorer chez l'adulte et beaucoup plus aisément chez l'en-

fant, dont la plasticité mentale offre tant de ressources. Plus d'un homme de l'art à qui l'on proposerait aujourd'hui de faire l'essai de ce genre de cures, de pratiquer la médecine de l'esprit, craindrait, je le sens bien, d'être taxé d'originalité, car beaucoup d'entre nous restent longtemps élèves, et volontiers s'alarment de tout ce qui dépasse un peu le cadre de notre enseignement classique officiel. Mais on ne tardera pas bien longtemps, j'imagine, à prendre plus clairement conscience des rapports véritables du physique avec le moral, et des liens étroits qui joignent une âme d'enfant au cerveau où elle s'incarne. Ce jour-là, tout naturellement, le médecin du système nerveux se constituera le médecin dos maladies de la mémoire, de la volonté, de la personnalité, des troubles de l'intelligence et de la sensibilité alTeclive. Ce jour-là, la science de l'éducalion niiia f;iit un grand pas.

Dans une étude anlérieure (cf. Introduction à la Médecine de resprit, chap. vi), j'ai déjà tenté de fixer quelques règ-les essentielles du traitement de la paresse. Je n'y veux revenir ici qu'au point de vue qui nous occupe en ce moment, de la paresse chez l'enfant. Voici, je crois, quels conseils généraux, applicables à la majorité des cas, on peut donner.

\° Régie}' r hygiène alimentaire, de façon à supprimer, une fois pour toutes, ces pesanteurs à l'estomac, ces lassitudes et ces poussées congestives d'après les repas, ces alternatives d'excitation et de dépression cérébrale que procurent les digestions malaisées. Beaucoup de bambins vous répondent par de vagues négations quand vous leur demandez s'ils souffrent parfois de l'estomac. Ne vous fiez pas à leur dire, constatez la dilatation

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par l'examen direct, et prescrivez un bon régime : le régime des aliments qui se digèrent facilement. Nous en avons déjà donné | la liste (chap. ni, p. 54).

2° Rérjler exactement t emploi de la journée, faire que le travail soit dès l'abord envisagé comme la loi même de la vie, comme la rançon nécessaire du plaisir et du repos. Contraignons professeurs et institutrices à exiger que les leçons et les devoirs commencent régulièrement, cbaquejour, sans rémission, à telle minute précise. C'est l'unique moyen de supprimer ces déluges de pleurs et ces menus accès de rage qu'ont les bébés que l'on arrache au jeu et à qui l'on refuse aujourd'hui les dix minutes de répit qu'on leur avait accordées hier. Rien n'est mauvais pour eux comme ces à-coups de faiblesse et de sévérité, ces alternatives de mollesse et de brusquerie qui les désorientent, les déséquilibrent et les énervent. Un enfant qui sait que tous les jours que Dieu fait, à neuf

heures tapant, doit commencer sa leçon du matin, va de lui-même, sans un murmure, s'asseoir à sa petite table.

Rien n'est aisé, rien n'est fécond comme de savoir utiliser, pour l'éducation des enfants, les lois de l'habitude. Qu'il s'agisse de travail musculaire ou de labeur intellectuel, c'est simplement substituer un acte automatique, se faisant de lui-même, sans ennui ni fatigue, à un acte volontaire, à une mise en train toujours renouvelée, difficile et pénible. Avec un peu d'habileté, on peut faire acquérir jusqu'à la manie, jusqu'à la seconde nature, l'habitude du travail quotidien. L'entraînement méthodique, la mise à l'ouvrage, régulière jusqu'à la minutie, voilà le secret qui a permis à tous ceux d'entre nos grands hommes qui étaient nés avec une nature indolente et un cerveau peu résistant, de réaliser et d'accomplir ce qui a fait leur gloire. De môme que notre cerveau, accoutumé au réveil à heure fixe, quitte spontanément le

sommeil et commande aux yeux de s'ouvrir tous les matins à la même minute, de même l'esprit, habitué à s'échauffer automatiquement à telle heure du jour, appelle le travail et le réclame quand le moment en est venu. Et le travail devient alors un besoin, comme un appétit régulier, comme une faim de l'âme. Je sais bien des enfants qui ne sont paresseux que parce qu'on n'a jamais entraîné leur esprit à cette discipline, si simple et si féconde, qui fut celle de tous les maîtres.

3" Régler exactement V exercice physique. On peut dire, je crois, sans crainle de se tromper, qu'une des raisons qui abrègent la vie de beaucoup d'hommes d'à présent, c'est la croyance aveugle en cette idée que l'exercice musculaire repose du travail intellectuel et qu'il y a, entre les deux, opposition, balance et compensation. Avec un peu moins de douches froides, de massages, de marches forcées, de chasses et d'équitalion au Bois; avec un peu plus de sommeil et de paresse

musculaire, bien des gens, morts trop vite, auraient pu durer plus long-temps.

Dieu sait, pourtant, si je considère comme indispensable à la vie l'exercice physique, le mouvement, l'action. J'ai déjà dit à dix reprises, ici même, combien j'avais à cœur de voir nos collégiens et leurs sœurs courir à perdre haleine, crier, engouffrer de l'air dans leurs poumons, voire se bousculer un peu et se donner quelques bonnes taloches pour mieux accélérer les échanges de leur nutrition.

Mais, ce qu'un éducateur doit savoir et comprendre, c'est que le cerveau de l'enfant est à la fois ce qui perçoit, ce qui se souvient, ce qui juge, ce qui parle, ce qui écrit, et ce qui remue bras et jambes. Si, après l'avoir épuisé par un labeur intellectuel prolongé, vous lui infligez, en outre, une rude fatigue physique, vous ne faites rien qu'accumuler deux surmenages. L'exercice physique à petites doses est vivifiant de

toutes les manières : il active la circulation du sang-, rend Tâme gaie, mieux apte à recevoir les notions qu'on va lui inculquer. Mais, à dose excessive,' il abrutit et prédispose à mille états infectieux.

Et, d'autre part, ne dites pas : « un enfant doit jouer dehors et courir trois heures par jour », mais : « tel enfant en particulier a besoin, l'expérience me l'a montré, de tant d'heures d'exercice au grand air, et il n'en supporte pas davantag-e ». Je connais des gamins qui rentrent de la promenade les traits tirés, les joues pâles, les jambes brisées, et qui ne peuvent plus, ensuite, suivre attentivement une leçon. Ceux-là sont paresseux par excès d'exercice physique. On a voulu leur faire trop de bien.

4° Donner de bons Ioniques, des toniques qui ne soient pas des excitants, qui, progressivement et sans à-coups, redonnent, non pas la vigueur d'un moment, mais la tonicité, la tension constante, soutenue, l'énergie phy-

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sique el intellectuelle toujours disponible, toujours aux ordres de la volonté.

Vous procurez de la force à vos petits, vous leur épargnez de la peine, vous leur communiquez de l'appétit intellectuel en stimulant avec précautions et méthode leur vitalité cérébrale. Pas de vins, d'élixirs et de préparations alcoolisées, mais bien plutôt l'huile de foie de morue associée aux glycérophosphates, ou, mieux encore, des moyens empruntés à la thérapeutique par les agents physiques : le massage, la douche, la friction sèche au gant de crin, l'injection hypodermique d'eau salée, le bain do lumière et d'électricité.

J'ai des observations, tout à fait curieuses, de guérisons de la torpeur, de l'indolence, do l'inappétence au travail modifiées, le plus heureusement du monde, par de bonnes stimulations du système nerveux central. Sous leur salutaire influence, vous ne tardez pas à voir les enfants, en même temps que fleu-

rissent leurs joues, s'activer, s'habiller plus vite, « musarder » moins, perdre leur air nonchalant et disirait, leur démarche incertaine, cet air d'être toujours ailleurs, que trahissent en eux les maladies de l'atlenlion et de la volonté.

Donner de la force au cerveau , lui apprendre à s'en servir, lui imposer de bonnes habitudes, c'est l'unique secret pour guérir la paresse.

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