‹ Le corps et l'âme de l'enfantChapitre 24 sur 45 · CHAPITRE XVIII Sur le mensonare · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII Sur le mensonare

Sommaire. — La vérité ne sort pas de la bouche des enfants. — La genèse du mensonge; influence de la religion, du climat, de l'âge, du sexe, de la névrose. — Le mensonge pour se justifier, le mensonge de vanité, l'illusion de fausse reconnaissance; influence du rêve. — L'avenir est aux races qui aimeront la vérité. — Traitement de la tendance au mensonge.

Je ne crois pas beaucoup en ce proverbe qui fait sortir la vérité de la bouche des tout petits. Quiconque les observe un peu est conduit à penser que l'homme, dans son âge tendre, a pour propension naturelle de mentir sous les plus futiles prétextes, ou pour rien, pour le bon plaisir.

Mon éminent confrère et ami, le D"" Motel,

a consacré naguère aux mensonges dont les enfants sont coutumiers, et à la non-valeur de leur témoignage en justice, un opuscule très frappant. Il y conte l'histoire d'un monsieur accusé d'outrage à la pudeur, et désigné par trois petites filles avec une imperturbable assurance; la justice allait suivre son cours quand le prudent expert s'avisa d'une expérience; devant les jeunes plaignantes il fit défiler un à un trois autres vieux messieurs, un commissionnaire du quai, un médecin de ses amis et, je crois bien, le juge d'instruction lui-même. Or, les enfants les reconnurent tous les trois à leur tour pour l'unique coupable et chaque fois redirent : « C'est celui-là, je le reconnais bien. »

Je sais pourtant un cas où les marmots manifestent du zèle pour le vrai : c'est seulement quand il s'agit du récit d'une autre personne. La maman, par exemple, ou l'institutrice raconte un fail dont bébé a été témoin, bébé écoute de toutes ses oreilles et

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VOUS dénonce impitoyablement la plus futile inexactitude, relève le plus léger oubli. Ce n'est point là de la vertu, mais simplement un phénomène d'imitation et proprement de singerie. Souvent repris pour ses mensonges, le gamin reprend à son tour, et c'est précisément celui que l'on a le plus fréquemment pris en faute et réprimandé, qui se montre le plus sévère.

Pourquoi cette tendance, native, semble-t-il, en tout cas malhabile, profondément naïve, à ne pas discerner le vrai, à être dupe et à faire les autres dupes de son imagination, à vouloir donner son avis sur des choses que Ton ignore ou bien se disculper avec bassesse au risque des pires retours après ce triomphe facile? peut-tHrc parce que le goût de ce qui est juste et le sens de ce qui est droit sont choses nobles, de qualité supé-

rieure, longues à acquérir, et qu'il convient d'y voir le signe d'un degré assez avancé de cohésion mentale, de stabilité, de tenue de l'esprit.

On a longuement discuté sur la genèse de l'habitude de mentir. Un savant étranger, avec qui j'en causais, m'affirmait que ce vice fleurit plus volontiers en pays catholique.

« Vous n'avez pas en France assez de protestants, me disait-il. Vos dogmes, vérités préadmises, intangibles, sacrées, forcent à tout instant vos philosophes orthodoxes à déformer les faits, à les altérer peu ou prou, afin que rien ne vienne à l'encontre de la doctrine. Notre libre examen est autrement digne et moral; il communique à l'homme le sentiment de sa noblesse en l'autorisant à voir clair, à penser de lui-même et à dire ce qu'il croit vrai. Restriction mentale et pieuse escobarderie sont d'invenlion jésuite et papiste. »

Ce que disait cet anglican n'est pas pour

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