‹ Le corps et l'âme de l'enfantChapitre 25 sur 45 · SUR LE MENSONGE · texte numérisé non relu

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entraîner irrésistiblement la conviction, plus d'un de ses coreligionnaires nous ayant laissé voir de l'hypocrisie. Pour moi, je dois dire que l'homme qui m'a désappris le mensonge, celui d'entre tous que j'ai vu le moins transiter avec l'amour du vrai était un fervent catholique, quelque peu g-allican peut-être à son insu, mais plein de belle foi, chantant haut les répons, de son banc, à la messe, et disant en chef de famille, au milieu de ses enfants, de ses petits-enfants et de ses domestiques assemblés, la prière du soir.

Oui, question de race, de climat, d'âge, de sexe et de débilité mentale, beaucoup plutôt que de religion.

On voit souvent la faiblesse d'esprit, d'où qu'elle vienne, avoir le mensonge facile. L'enfant ment plus que le vieillard, le Latin que l'Anglo-Saxon, la femme ignorante et nerveuse que l'homme sage et de haute culture. La duplicité, qui nous répugne, n'est pas pour choquer grandement un Céleste ou un

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Malgache. Il y a de Télat sauvage dans la mauvaise foi.

A mesure que leur cerveau va s'anémiant et se névrosant, je vois beaucoup de mes malades se prendre del'amour des exagérations, user sans cesse de l'hyperbole, perdre le sens de la mesure, et bientôt le sens du vrai. Il semble que leur état morbide ne leur laisse plus faire si nettement la différence entre l'objectif et le subjectif, entre les images venues de la réalité extérieure et les enfants de leur vibrante imagination. C'est proprement une manière de maladie de la mémoire. Au cours de la guérison, l'évolution se fait en sens inverse; à mesure qu'il se raffermit, le cerveau pense plus juste et dit plus vrai.

La tendance au mensonge paraît donc être à base de faiblesse, de neurasthénie ou de

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psychasthéiîie, pour user du jargon technique. L'analyse sommaire de quelques-unes de ses conditions les plus fréquentes achèvera de nous en donner une idée.

Les enfants mentent, le plus souvent, pour éviter une gronderie dont ils pressentent l'imminence. Tout entiers à Theure présente, insoucieux du lendemain, et voulant à tout prix voir naître le sourire sur un visage qui menace de tourner au sévère, ils courent vite au plus pressé, cherchant et trouvant la parole qui, ne fût-ce que pour un moment, va différer le châtiment. En eux, ne cherchez pas le sentiment intime de la dignité personnelle — s'il doit venir, ce n'est que bien plus tard, — et leur prévoyance ne va pas jusqu'à imaginer bien nettement la confusion ultérieure et la peine plus grave, si l'on déjoue leur ruse.

D'autres fois, cabotin en miniature, l'enfant gâté, le fils unique, trop fréquemment mêlé aux causeries ordinaires de ses parents,

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ment pour ne pas passer inaperçu, pour placer son mot, lui aussi, pour jouer un bout de rôle | sympathique et intéressant, pour entendre dire de lui qu'il est avancé pour son âge. Et dans ce cas, son inconscience est sans borne. J'ai vu tout récemment ceci : M"" X*** raconte un fait qui s'est passé dix-huit mois avant la naissance du bébé; bébé — il a sept ans — approuve de la voix, hoche la tète, confirme son récit comme s'il avait pris sa part de l'aventure. Intelligent, intéressé par ce que l'on disait, le gamin entendait ne pas demeurer oublié dans son coin, et il intervenait. Peut-être croyait-il d'ailleurs se souvenir. Peut-être était-il victime d'une de ces illusions de fausse reconnaissance, de « déjà vu », comme en ont souvent les nerveux impressionnables, surloutaux heures de fatigue'.

I. Il fanl ri)m])tor aussi que le rêve .1 une iiiflucncf ci)nsiilt''ral)lc sur Total de veille. Plus d'un eiifanl m'a (lit avoir raconté comme vraies des clioses vues en riivc, que, d'ailleurs, il dilTérciiciail mal des choses luillemenl arrivées.

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N'oublions pas, du reste, qu'au cours de leur éducation première, nous demandons à ces jeunes esprits de croire beaucoup de choses sur parole; nous leur imposons une foule de notions sans leur en apporter la preuve. Peut-être se disent-ils qu'on les croira de même, le mot de vérité n'ayant que peu ou pas de sens pour eux jusqu'à un certain âce.

Ainsi, faiblesse cérébrale, inconsistance de l'esprit, puis crainte de ne pas plaire, désir de se justifier, sentiment médiocre ou nul de la dignité personnelle, vaniteuse envie de ne pas demeurer inaperçu, de se faire valoir ou de convaincre sans délai, tout de suite, puéril oubli du lendemain et des conséquences possibles, je vois un peu de tout cela dans le mensonge, moyen facile, défaut des esprits un peu bas, où parfois il s'allie à d'in-

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conteslables qualités de linesse et de charme. Le menteur, comme le voleur, est victime de Fimpulsiou actuelle, de l'idée fixe du moment; il voit trop le succès immédiat et pas assez le lendemain, fait de juste retour et de confusion.

Je ne connais pas de maladie de i'àme dont il soit plus utile de guérir nos enfants. L'avenir est aux hommes et, je crois bien, aux races qui aimeront la vérité d'un amour résolu. Craignons par-dessus tout de devenir un peuple de négociants » carottiers » qui falsiiient leurs marchandises, vendent de la camelote, demandent cher et rabattent leurs prix, un peuple de savants disposés à altérer un brin les faits pour sauver une théorie, d'artistes dédaigneux des lois de la nature, de politiciens sans foi, de polémistes prêts à tout inventer pour sauver leurs amis et pour ' perdre leurs adversaires.

Et qu'on ne voie pas là phrases à étaler de nobles sentiments. Je parle uniquement au nom de l'intérêt. Si je m'indigne du

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mensonge c'est que la science me montre la véracité comme un signe de force, de vitalité, et la tendance aux tromperies comme un symptôme de déchéance et d'hypotension, pour l'âme des individus et pour l'àme des peuples. Cela s'observe jusque dans le domaine de la diplomatie; la loyauté y fait la force, et réciproquement; plus nous irons et plus l'astuce sera confondue par la simple droiture. iSi M. Jules Lemailre, ni M. Demolins ne me démentiront, eux qui savent et qui enseignent que le négociant anglais, roi des marchés du monde, a pour principe de tenir ses prix fermes, sans marchandages ni rabais, et de donner de bons produits, confortables, faits avec soin, qu'on ne regrette pas plus tard d'avoir acquis.

Oui, chassons le mensonge du cerveau de nos fils. Donnons d'abord à ce cerveau une

haute vitalité, afin que le terrain soit rebelle à la mauvaise herbe.

Et procédons d'emblée par l'extirpation radicale. Prenons la peine de surveiller étroitement la sincérité de nos petits; l'épreuve ne sera pas longue. Apj)liquonsnous à dénicher leurs tromperies, étalons leur honte en famille; sachons trouver des mots qui, sans les ulcérer à vif, les confondent et leur ôtent l'envie de retomber dans ce vilain péché. Surtout ne cessons pas un jour de leur donner le bon exemple. 11 faut que, tout de suite, Icnfant sache que mentir est inutile, ridicule, un peu dangereux et parfaitement bas, (|u"oii dit « mentir comme uû laquais » et que le mépris est auboul. O^and ils auront l'ûge de la raison, menons-les voir la pièce si honnête, si saine et si jolie du vieux Corneille.

Sachons persuader nos fils par la tendresse. Je me suis toujours trouvé bien, le soir, quand l'enfant est couché» quand le som-

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meil tarde à venir, de m'approcher du lit et d'appuyer aussi ma tète à l'oreiller pour une causerie bien intime et bien douce. La bonne heure pour la morale ! Las du travail du jour, rasséréné par le repas, par la calme lueur des lampes, par l'intimité du foyer, le père parle sans colère et sans énervement, avec autorité et pourtant comme un camarade; la tète blonde est toute recueillie, confiante profondément, pleine de bon vouloir, et dans le sommeil mûrira la sagesse qu'on y dépose. C'est le moment délicieux pour nous faire aimer et comprendre, pour faire entrevoir à nos fils ce que nous sommes réellement pour eux, ce que vaut notre expérience, pourquoi nous leur donnons des maîtres et nous les plions au travail, pourquoi nous prétendons leur interdire les moyens vils de se tirer d'enimi. Ne laissons pas tout le beau rôle au gracieux fantôme de l'ange gardien; sachons communier avec ces anies neuves, y déposer

pour l'avenir des souvenirs aux racines profondes, et tâcher de dompter, dans la douceur d'une caresse, les impulsions mauvaises et les tares, qu'après tout ils tiennent de nous.

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