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CHAPITRE XIX L'obéissance et l'inîtiative

Sommaire. — La soumission aveugle, l'obéissance passive et leurs inconvénients. — L'autorité du père de famille en France et chez les Anglo-Saxons. — Utilité de l'émancipation précoce. — Le but de l'éducation n'est pas la soumission aveugle, mais l'ordre et la sagesse dans la liberté.

Oui, certes, pour obtenir de nos enfants la modification de quelque fâcheuse tendance, avant d'avoir recours aux rigueurs des punitions, usons de toutes les ressources de la tendre persuasion. Par elle nous obtiendrons beaucoup, à condition d'en prendre pour tout de bon la peine, à condition de ne pas nous contenter d'une caresse passagère, de quelques mots en l'air, une fois dits, mais

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de fréquemment répéter des paroles simples et bonnes, vraiment appropriées, qui sachent frapper juste et aller jusqu'au cœur.

Pères, mamaus, éducateurs qui voulez bien me lire, faisons encore ensemble notre examen de conscience, et reconnaissons une fois de plus que nos moyens habituels de réprimer les manquements de nos petits sont bien irréfléchis, bien nerveux, bien peu sages, et dépendent presque uniquement de l'humeur du moment ou de quobjuc idée routinière.

Celui-ci, parce qu'il est naturellement tendre et câlin, nous le couvrons de baisers fous jusqu'à lefféminer; et cet autre, un peu plus rageur, insolent et rebelle, pour l'apaiser nous ne lui donnons en spectacle qu'une colère, à peu de chose près, aussi impulsive que la sienne. La sévérilé dépasse fréquemment le but, témoin ces pauvres marmots que les foudres olympiennes, toujours tonnantes, du papa, ont Uni par rcndie ahèlis.

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timides, honteux de tout, sages comme des automates, sans personnalité, sans sponlanéité. Ce pli-là se prend pour la vie. Heureux encore, lorsque ces malheureux petiots, toujours sous le coup de quelque rebufîade, ne deviennent pas cachottiers, sournois, avec des âmes tout à fait avilies d'esclaves. Pour mon compte, je me sens aussi éloigné de l'excès de cajoleries que du procédé d'éducation par intimidation perpétuelle.

Qu'il faille qu'un enfant ait pris coutume d'obéir et ne se révolte pas à toute minute contre l'autorité nécessaire de ceux qui se donnent la peine de mettre en valeur ses facultés natives, voilà qui ne saurait faire de doute pour personne. Nous avons tous en parfaite aversion « l'affreux gosse » encombrant et mal élevé, qui ne connaît de lois que son

caprice, et de qui les parenLs admirent, en se pâmant, les plus intolérables singeries.

Mais là n'est pas la question. Je voudrais simplement qu'ensemble nous prenions plus exactement conscience de cette idée d'obéissance, de soumission des enfants. On ne la comprend pas de même sorte dans les pays très libres comme l'Angleterre et les Etats- Unis, et chez les nations à formation communautaire, comme l'Allemagne et ce groupe de peuples latins où la France est au premier rang.

De notre ancien régime, nous avons, depuis la grande révolution, répudié plus d'une bonne chose, et notamment la décentralisation; par contre, nous en avons précieusement conservé d'autres, et notamment une conception de la famille oiî le pouvoir du père a quelque chose de souverain ol d'absolu, comme de droit divin. Il semble que le chef de clan, ou le chef de famille, seul mailrc responsable, doive veiller à tout, être

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obéi de tous, payer pour tous et ne laisser aux autres aucun pouvoir d'initiative. Il est un colonel et ses enfants sont des soldats qui ne sauraient penser et vouloir que par lui; la soumission qu'on lui doit est toute passive et aveugle.

Elevés de la sorte, nos jeunes gens entrent dans la vie aussi dénués d'expérience personnelle, aussi malhabiles à se conduire par eux-mêmes, que le pourraient être de bons religieux subitement rendus au monde, contraints de prendre part à la lutte pour l'existence et de gagner leur pain. Sans doute l'on en voit, et surtout à Paris, qui réagissent contre celte antique manière, mais c'est uniquement pour verser dans l'excès contraire. Nos fils émancipés ne valent guère qu'à fournir des types de néo-cynisme aux comédies de M. Lavedan.

Il suffît de parcourir les ouvrag-es de M. Edmond Demolinspour comprendre combien la conception anglo-saxonne de la famille est plus féconde,

L'Anglais ne traite pas ses fils comme des sortes d'inférieurs, de non gradés, qu'il faut réduire jeunes et boucler une fois pour toutes afin d'avoir la paix, mais bien plutôt comme sa vie future, comme le prolongement sans cesse amélioré, toujours plus libre, de sa race. Aussi s'applique-t-il à les mettre de très bonne Jieure en pleine valeur individuelle, à développer chez eux l'esprit d'initiative et le besoin liùtif d'indépendance, non jias de celle indépendance qui ne tend à s'émanciper que pour jouer au baccara, entretenir des danseuses et ruiner le reste cb' la famille, mais bien de celle (|ui consiste à quitter lot le loil paternel pour s'en aller chercher sa

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vie, fonder une maison, et courageusement, tout seul, créer de nouvelles ressources.

En France, nous recommandons à nos enfants la lecture des Mésaventures de Touchaloul où la sainte curiosité, seule fierté de l'homme, est tournée en dérision; on ne cherche qu'à nous préserver de toute audace personnelle. En Angleterre, on nourrit l'âme des enfants de récils robustes et sains où le bon esprit d'aventures est porté au pinacle. On contraint les garçons à connaître la vie, tout jeunes, d'expérience personnelle. Pour leur apprendre que le feu brûle, sans doute on ne les laisse pas se jeter dans les flammes; on leur donne souvent des conseils préalables. Mais toutes les fois que cela est buinainement possible, on procède, comme le conseille à vingt reprises Herbert Spencer dans son livre de V Education, en commençant par le concret, par la pratique même de la vie, pour s'élever ensuite à la notion générale, à l'abstrait. A seize ans.

ils sont déjà des hommes ; sans manquer de

respect pour leur père ni de tendresse pour

leur mère, ils les quittent assez volontiers

cependant, pour s'en aller chercher fortune.

C'est le secret de la puissance colonisatrice

de l'Anglo-Saxon. Et cependant, nos fils,

longuement attardés aux jupes tièdes de

leurs mamans, incapahles d'un geste hors

de la surveillance étroite de quelque maître,

recherchent les fonctions d'Etat, sollicitent

des places avec traitement fixe, lendemain

assuré, menue retraite pour les vieux jours.

C'est la médiocrité perpétuelle, mais sans

risques ni responsabilité. Et le travail est

monotone et doux; il ne comporte point de

fatigue, ni de ces vigoureux élans que l'on

ne sait donner que sous l'aiguillon stimulant

d'un besoin et d'une espérance, de quelque

intérêt personnel. Voilà comment notre fièrc

race française semble n'être plus bonne (ju'à

donner des hommes un peu asservis, soldats.

moines ou fonctionnaires, à une époque où

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