‹ Le corps et l'âme de l'enfantChapitre 27 sur 45 · L OBEISSANCE ET L INITIATIVE · texte numérisé non relu

L OBEISSANCE ET L INITIATIVE

le reste du monde n'a dobjectifs que la suprématie commerciale et l'extension coloniale.

Je sais un très brave garçon, parti de rien, qui est en train de se faire dans l'industrie parisienne une situation tout à fait enviable. Il est dans sa modeste sphère un des conquérants de Paris. Fils de paysans attardés du Morvan, intelligent, avide de savoir, il fut pris, vers la quatorzième année, d'ambitions que quelque atavisme ignoré expliquerait sans doute. Pour échapper à l'autorité étroite, despotique et paralysante des siens, il s'évada de la maison paternelle, et demeura pendant près de deux ans sans donner de ses nouvelles, tant il craignait d'être rapatrié de force'.

i. Cet exemple ne veut point dire que je sois partisan de l'émigration en masse vcis les villes. Je la trouve au

Voilà l'histoire d'un enfant ilésobéissant, d'un rcbcdle. Et je voudrais pourtant qu'on la ]iùt donner en exem[do à bon nombre de parents qui, par souci mal entendu de l'autorité paternelle, rognent les ailes à leurs fils, les dispensent trop longtemps de vouloir par eux-mêmes, et n'en font que des énergies subalternes, utilisables uniquement sous la direction d'un chef.

Le jour de ses cinq ans, un petit gar(;on de ma connaissance demanda, comme don de joyeux avènement, la permission de sortir seul dans les rues de Paris. Les parents décidèrent de ne pas s'opposer à la satisfaction de ce désir. Le bambin décrivit l'itinéraire qu'il voulait suivre, déclara que par tel chemin, il se rendrait à tel magasin de jouets, distant de 4 à 500 mètres, où l'on exposait des merveilles en vue du pro-

cunlrairc fiinoslo .'i inille puinls do vue. Il n'y a pa«; «lo pays 011 réinancipalitiii ili' l'Iiuiuiiu' soit iiliid précoce tiu'en Anjîlolcrrc, il n'y en a pas non plus où les Iravfiiix tics champs soient i<liis on lionm tir.

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chain jour de l'an; puis, que de là, i] gagnerait une chapelle du voisinage où sa maman pourrait le retrouver. Le gamin fit promesse de longer les murailles pour ne pas être bousculé et jeté à bas du trottoir, de prendre cent précautions à la traversée d'une rue très passante, et il partit, tout seul, d'un pas fort résolu.

Soigneusement dissimulé derrière les arbres et les kiosques du boulevard par où son fils devait passer, le père surveillait de loin son unique trésor. Et le marmot, agile et calme, se glissait parmi les passants alTairés, écartant à deux mains les lourds paniers que les cuisinières distraites balançaient au ras de sa tête. Parvenu au bord de la rue qu'il s'agissait de traverser, le petit homme, conscient de la responsabilité qu'il encourait, fit preuve de sage prudence. Sérieux comme un pape, il se pencha pour voir venir de loin voitures et tramways, attendit un moment, et quand un large vide

se fut fait, il entreprit de franchir la chaussée, lentement, en Parisien qui sait bien que courir est le plus sûr moyen de se faire écraser... Deux minutes après, il entrait dans le magasin, se faisant montrer un à un les joujoux de ses rêves, ahiisait quelque peu de la complaisance amusée des commis, puis rejoignait sa mère à l'église prochaine.

De celte escapade, il faut, je pense, féliciter l'enfant qui Ta voulue et les parents qui l'ont permise. Trop tenu par la main, trop étroitement surveillé, un bébé prend . cette habitude de toujours compter sur autrui pour organiser sa défense. Sans aucune bravoure vraie il devient imprudent, uniquement parce qu'il sait qu'on est là pour sauver ses jours, cl pour éloigner tout péril.

Apprenons donc à n'rlro ni li-op aulorilaires ni Irop lendres. N'exigeons poiul dr nos petits l'obéissance ininlelligonle el passive, mais élevons-les dans une ferme disci-

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pline, dans celle qui leur apprend de très bonne heure à être leurs propres maîtres, à se décider seuls, à veiller d'eux-mêmes, dans la mesure du possible, à leur sécurité. Apprenons-leur à être actifs, prudents et débrouillards. Encore une fois, mettonsnous bien en tête que l'éducation n'est point Tart d'enseigner aux enfants la soumission aveugle. Elle n'a d'aulro but que de faire des hommes libres, et dignes de la liberté par leur sagesse à vivre.

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