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CHAPITRE

L'alimentation.

SoMMAiHE. — Induence de la nutrition sur la valeur physique et morale de renTant. — La nourriture dans les lycées. — Rition d'entretien et ration de croissance. — Alimentation carnée et régime végétarien. — Le repas du matin; le goûter: le silence pendant les repas.

Dans un essai, si modeste soit-il, d'hyg-iène et d'éducation des enfants, le chapitre consacré à ] alimentation doit être long et détaillé, parce qu'il est de grande importance. Il faut croire, en efTet, que de la façon dont seront nourris nos enfants — et aussi, bien entendu, de la façon dont ils assimileront la nourriture qu'on leur donnera — dépendra la régularité de leur croissance, et propre-

LE CORPS ET l'aMF, DK L^K-NKANT. "J

ment la qualité de leurs tissus, du tissu cérébral notamment, dont l'intégrité est indispensable à Taclivité de l'esprit.

Quand l'abbé de Tourville, M. Demolin?, M. Jules Lemaitre et M. Hugues Le Roux sont venus nous dire : « Peuples à formation communautaire, efîorçons-nous de ressembler aux peuples à formation individualiste, aux Anglo-Saxons, sous peine d'être vile anéantis par eux; apprenons à quitter la maison paternelle cl à coloniser, abandonnons à un petit nombre d'intellectuels les professions libérales — qui ne sont en réalité que des professions quasi parasitaires — pour nous occuper de commerce, d'industrie et d'agriculture, seuls travaux vraiment nourriciers », ils nous ont donné là ime grande idée directrice.

Mais, si nous voulons égaler los Angin Saxons en puissance vitale et en foret d'expansion, L'ITorçons-nous d'abord de no(i> faire un len)péramenl qu'on puisse comparer

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au leur. A notre fougue naturelle, un peu trop tôt découragée, tâchons de joindre ce calme dans l'action ardente, cette froide lucidité, cette persévérance et cette tenue de TefTort, qui nous ont failli quelquefois.

Nous ne semblons pas nous douter de l'influence de la nutrition sur la valeur utilisable d'un organisme humain.

On dit, et on démontre, qu'un bon nombre de peuples conquérants furent primitivement montagnards. Pour un sociologue, cela signifie seulement qu'ils furent pauvres et qu'ils convoitèrent ardemment les richesses aisées, la naturelle abondance de biens des habitants des plaines. Mais, quoique pauvres, ils auraient pu ne les vouloir que mollement. Pour un physiologiste, la signification de ce fait est plus complexe : il sait, en effet, que le montagnard tient, de son milieu aérien, une extrême énergie vitale, une constante activité de la nutrition, et une concentration du sang telle que l'habitant des

Alpes, des Pyrénées ou de la Cordillère compte de 6 à 7 millions de globules rouges quand les habitants des plaines basses n'en comptent que 4 millions. Comme toutes les autres, la conquête du momie est une question de vigueur de tempérament, de puissance vitale.

Herbert Spencer en tète, les Anglais professent, d'ailleurs, que seules les races bien nourries sont maîtresses et dominatrices; que les matelots et les ouvriers du Royaume- Uni sont les premiers du monde, et de beaucoup les plus actifs, parce qu'ils mang'ent du rumsleack cl non des farineux, et tout n'est pas illusion dans cet orgueil des viandes rouges.

Leurs écoliers, qui ont bien moins d'heures de classes et d'études, et bien plus d'beun de récréations et de jeu.\ (juo les écoliers de

France et d'Allemagne, apprennent, au total, autant de choses, avec moins d'effort et d'ennui, et l'on peut dire que la manière dont on les nourrit n'est pas pour rien dans ce résultat enviable. On a, d'autre part, surabondamment démontré qu'un organisme insuffisamment alimenté résiste moins aux infections microbiennes.

Or, il est bien certain qu'en France les fils de notre bourgeoisie reçoivent au lycée une nourriture à la fois lourde et insuffisante, et que, d'autre part, ceux qui vivent dans leur famille, pour être nourris d'une façon plus abondante et variée, ne le sont pas d'une façon plus rationnelle ni plus hygiénique.

Nous avons ' donc beaucoup à réformer sur ce point important.

Essayons d'indiquer avec précision quelle quantité et quelles sortes d'aliments nous devons donner aux enfants, pour leur constituer, dans la limite de leurs capacités indi-

viduelles, une vitalité haute, des muscles alertes, un esprit éveillé; pour leur faire un beau tempérament de résistance à la fatigue et aux contagions.

Un enfant de dix à quinze ans, s'il grandit modérément et sans à-coups, augmente en moyenne de 10 à io grammes, de poids acquis, par jour. Donnons-lui donc, en plus de sa ration d'entretien, une ration de croissance. Si cette croissance est tardive, faisons-lui prendre quotidiennement, selon l'ingénieuse méthode du docteur Springer, des décoctions fraîches de céréales (blé, seigle, orge, avoine et maïs) '.

En règle générale, nourrissons fortement

4. Consiillur h cv propos la liés inléressanlo Élml sur la croissance du D' Maurice Spri livrer, F. Alran. ISlm. p| l'arlicle du inriue autour, Trailemenl des Irou/jtcs il, la cruiss/tnc)' , in Traité de tfierapeiilii/ite applir/uci' d'AlIxTt Roliin, lascic. I, ch. xiv; Uui'ir, cdil., iS'Ji;.

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nos filles et nos fils'. Ne cédons pas à cette mode aveugle qui prétend que nous les mettions au régime végétarien. Sans doute, ils y gagneraient d'être un peu plus bouffis, un peu plus gras et roses : mais vous les verriez bientôt moins vifs à l'étude et au jeu; ils résisteraient moins aux fatigues de l'étude et du sport. Le régime végétarien ne doit être appliqué systématiquement que sur avis de médecin, et seulement à cette catégorie d'enfants qui se révèlent turbulents à l'excès, et vigoureux jusqu'à la méchanceté habituelle.

Passé cinq à six ans, le jeune animal peut

I. Dans une commuiiicalion ;i l'académie de médecine, datant de >uillet 1891, deux médecins distingués, -MM. Monlet et Carron de la Carrière, ont démontré que ciiez les enfants la nutrition est beaucoup plus ardente, beaucoup plus aclive que chez l'adullc. Il y a donc lieu de subvenir, par une alimentation très soutenue, à celle accélération de la vitalité. Le régime végétarien ou semi-végéiarien convient beaucoup plutôt à riiomme ninr et au vieillard qui, la plupart du temps, ne fait que hâter l'usure de ses organes de nutrition et d'élimination, en les surchargeant à un moment où nalurellement ils trndent à ralentir leur intensité fonctionnelle.

être Carnivore sans inconvénients — surtout en hiver et dans les climats froids. Dans Iv' Midi, le grand soleil supplée jusqu'à un certain point aux nourritures substantielles. Logiquement, les élèves d'un lycée de Lille, de Besançon ou de Nancy, au cœur de riiiver, devraient avoir une ration de viande à peu près double de la ration donnée en juin et en juillet aux élèves des pensionnats de Pau ou de Marseille.

En Angleterre, pays do brumes froides, on donne aux enfants des collèges 300 grammes de viande rôtie par jour. C'est trop pour nos enfants de France. Mais nos rations actuelles sont tout à fait insuffisantes, si nous voulons pousser nos fils aux exercices musculaires, et leur demander en même temps une forte tension d'esprit. Je propose loO grammes pour les petits, 200 grammes pour les moyens, 250 grammes pour les grands.

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Un enfant de cinq à quinze ans doit faire quatre repas par jour, quatre repas constitués d'une manière plus logique qu'ils ne le sont communément.

Dans beaucoup de familles, c'est le repas du soir qui est le plus copieux et qui comprend les plats de résistance. Coutume assurément fâcheuse. Un enfant, qui va se coucher presque immédiatement après la dernière bouchée de son dîner, doit n'avoir dans l'estomac que des aliments légers — œufs, lég-umes, laitages — qui sont propres à l'engraisser sans troubler son sommeil.

Le matin, vous envoyez vos marmots à l'école en les lestant à peine d'une tasse do chocolat, d'un peu de soupe ou d'un chiffon de pain. Et vous voulez qu'avec cela, après les longues heures d'inanition de la nuit, ils vous fournissent, jusqu'à midi, cinq heures

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d'attention soutenue, quêteurs cellules cérébrales anémiées, ratatinées, mal irriguées de sang', comprennent et retiennent cent clîoses ennuyeuses et souvent difficiles? C'est absurde, tout simplement. De cette méthode il résulte que, pendant toute la matinée, l'esprit n'est qu'en demi-tension, qu'en demi-réveil. Quand arrive le repas do midi, les appétits sont trop g-loutons; la digestion s'en ressent, et toute la journée en reste compromise. Conclusion : à sept heures du matin, le repas d'un collégien devrait se composer de deux nnifs, d'un bon morceau de pain enduit de beurre de bonne (jualité, et, sinon d'un morceau de viande, du moins d'une tasse de lail très légèi'ement teinté de café noir. Ainsi lesté, il pourra fournir, le malin, d'un cerveau moins distrait, une besogne j)lus active, avec moins de fatigue,

Domier, à g-oùler, du pain sec est encore une faule. A (jualic lieui't's, au soilir d'une

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long-ue classe, au commencement d'une longue élude, le collégien devrait prendre quelques aliments confortables, et boire, en hiver, quelque breuvage chaud.

Le repas du milieu du jour doit demeurer le principal : c'est celui où il faut manger une ample ration de viande, seul aliment vraiment réparateur.

Dans un grand nombre de collèges, on a conservé la monacale coutume du silence et de la lecture spirituelle (j'entends religieuse) ou instructive, pendant le déjeuner. Je trouve cela malhabile et vraiment quelque peu barbare, pour de pauvres gamins condamnés déjà à ne parler qu'aux récréations, soit trois heures sur vingt-quatre. Et savez-vous ce qui se passe? Mortellement ennuyés par cette classe supplémentaire ou ce sermon inopportun, les enfants bâclent leur repas, s'entendent d'un accord tacite pour en avoir vite

fini, et pour être plus tôt en récréation. Ils mettent les bouchées doubles et digèren' d'autant plus mal.

On dirait, véritablement, que les régimes où les éducateurs français s'attardent, n'ont d'autre but que de tuer en nous, dès la jeunesse, tout sens droit de la vie, tout esprit de libre expansion vi d'initiative — et de nous fabriquer à tout jamais de déplorables estomacs. Tout se passe, au collège, dans un état chronique de demi-abrutissement. On joue à moitié, on travaille à peu près, on est attentif plus ou moins, on digère approximativement, on assimile tant bien que mai les aliments de l'esprit et du corps. On ne fait rien avec intensité. C'est cela qu'il faudrait changer, pour lutter à armes égales contre les races qui nous menacent de toute leur vitalité.

Nous verrons, dans le prochain chapitre, quels aliments il faut choisir et quels autres il faut redouter pour « l'élevage» de nos fils.

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