CHAPITRE III L'alimentation (suih
SoMMAiitF. — La soupe. — Le bouillon. ^ Le pain. — Les sucreries. — Aliments de digestion difficile. — Aliments à recommander.
En France, il est de tradition nationale, et de dogme pour ainsi dire, qu'il faut manger du pain et de la soupe, beaucoup de pain et beaucoup de soupe, pour grandir et devenir fort. C'est au propre, non au figuré, que nous supplions Dieu, dans nos prières, de nous donner le pain de chaque jour. En prononçant les mêmes mots, l'Anglo-Saxon évoque l'image très précise d'une large tranche de bœuf rôti, flanquée de pommes
de terre bouillies, et si ses lèvres disent bread, son cœur demande au Lord de ne pas le laisser manquer du « beefsteack » quotidien.
Nous autres, nous avons la superstition du potage. Tout le monde en mange chez nous, et tout le monde en bourre ses enfants. Bretons et Bourguignons, Normands et Provençaux, Gascons et Flamands, Beaucerons et Lorrains, gens du monde, soldats, ouvriers, paysans, servent avec amour la soupe chaude et se réjouissent familialement, quand on emporte le couvercle, à la voir fumer sous la lampe. Des hygiénistes comme Jules Rochard et Fonssagrivcs la recommandent, en hommes qui paraissent la chérir fort, pour leur propre compte. Dans sa lié forme de fen^ieii/iieinenl secondaire (1874), Jules Simon nous parle avec un véritable attendrissement de <( cet aliment national, primitif mais si sim[>lc, si nourrissant, si digestif, si honnête!*.. »
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Au risque de heurter d'aussi vivaces traditions, il faut dire que, si notre race est assez généralement courtaude, grassouillette et médiocrement musclée, ce n'est pas seulement parce qu'elle s'abstient d'exercices physiques, mais aussi parce qu'elle se nourrit, en excès, de soupes, de sauces et de mie de pain.
Notre imenlation nationale fait plus de graisse que de muscles : aussi nous conduitelle à une certaine mollesse de corps et d'ànie, et finalement à l'amour des professions sédentaires. Bien loin de nous valoir cette haute vitalité qui pousse aux bonnes et fécondes aventures, aux expatriations hardies, aux entreprises d'initiative individuelle, elle nous mène au rond de cuir. Pour une part plus g-rande que nous ne voulons croire avec les habitudes invétérées de nos espritSj la qualité de notre alimentation et
la valeur de noire nutrition contribuent a faire de nous un peuple de fonctionnaires, . une nation d'employés de bureau. Ce n'est pas là le seul motif de nos coutumes casanières, mais c'en est un, dont il faut tenir compte.
Certes, il y a des contrées pauvres où l'on ne peut que très mal se nourrir, et je vois bien des conditions sociales médiocres ou misérables qui font que tout le monde ne peut manger de la viande grillée tous les jours à tous les repas. Mais, grâce à une connaissance plus exacte de leurs véritables qualités iiulritives, il ne tient (ju'à nous de trouver dans les mets les plus humbles, dans ceux qui sont à la })orlée des plus petites bourses, de quoi constituer une alimentation rationnelle, de beaucoup supérieure à celle qui est restée la nôtre, sans presque se modifier, depuis le temps où nos ancêtres ont cessé de manger les glands des forêts de la (laule.
Voici, à ce sujet, quelques notions directrices, désencombrées de tout l'attirail — inutile pour nous — des formules chimiques.
Pour les examens des brevets, on apprend à nos jeunes filles une foule de connaissances, aussi abstraites que possible, sur les trois sortes d'aliments qui nous sont nécessaires, les albuminoïdes, les graisses elles hydrates de carbone. Peut-être serait-il plus sage et plus simple de leur enseigner les quelques faits concrets qui suivent, dont l'utilité serait plus immédiate pour la tenue de leur ménage et la prospérité de leurs futurs marmots.
Aliment exquis, le bouillon est aussi peu nourrissant que possible. Tenons-le simplement pour ce qu'il est, pour un apéritif, pour un assez bon stimulant de la fonction digestive. Encore faut-il le supprimer si nos
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enfants digèrent mal, et s'ils donnent des signes de ce qu'on nomme Vaulo-intoxication. Il arrive, en effet, que notre organisme s'empoisonne littéralement de certains aliments que tolèrent les estomacs solides, mais qui subissent, dans un appareil digestif fatigué ou malade, des fermentations anormales. Le bouillon, excellent milieu de culture, est du nombre.
Quant aux soupes maigres, n'en donnez que de très épaisses et semblables à des purées. Point de ces potages liquides oîi nagent de minces tranches de mie : c'est le type de l'aliment encombrant et inutile. Il ne peut être bon qu'à réchauffer un peu pendant l'hiver.
Ne croyez pas non plus, malgré ce que disaient nos pères, qu'il faille gorger nos enfants de pain. Le pain n'est vraiment secourable qu'aux pauvres gens, privés f d'autres aliments azotés — encore un bmi plal de lentilles ferait-il bien mieux leur
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affaire, — et à nos collégiens que n'a pas pu rassasier la triste pitance du réfectoire; le pain supplée tant bien que mal, plutôt mal, à rinsuffisance de l'alimentation carnée. Encore faudrait-il qu'il fût de bonne qualité. Le pain complet est indigeste et le pain blanc peu nourrissant. La mie cbaude, ou simplement tendre, nous met dans l'estomac une étouffante éponge. Donnons à nos enfants, sinon du pain grillé — qui garde toutes ses vertus nutritives, en devenant beaucoup plus facile à digérer, — du moins du pain rassis, et plus de croûte que de mie. Le pain de munition paraît être celui qui se rapproche le plus de la composition indiquée comme la meilleure par MM, Galippe et Barré '.
1. Voir Galippe et Barré, Le Pain, 2 vol. «le la collection des Aide-Mémoire; Masson, édit.
Une bonne manière d'engraisser un gamin trop maigre est celle qui consiste à lui donner, à tous ses repas, du pain rassis ou du pain grillé froid, enduit de beurre de bonne qualité, saupoudré de sel gris. Le beurre l'engraisse; le sel aussi, parce qu'il le fait boire. Comme breuvage, donnez du lait, de préférence du lait cru (do vache non tuberculeuse, cela va sans dire) ou bien du lait stérilisé. Le lait n'a d'inconvénients qu'en cas de dilatation d'estomac, maladie d'une très grande fréquence, même chez nos marmots.
En fait de laitage, des crèmes cuites, des œufs au lait, des crèmes renversées : n'y mêlez point de liqueur, ni (raiomcs autres qu'un peu d'essence de citron ou de fleur d'orangor. Jamais do crème crue, de crème Chantilly, qui formenlo trop aisément.
Les sucreries gâtent les dents, fatiguent
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restoiiiac et font de la graisse inutile. Donnons modérément même des confitures, ressource d'hiver incontestablement précieuse, mais dessert trop sucré. Le dessert type pour enfants se constitue de gâteaux secs, de crèmes cuites et de compotes peu sucrées.
Dans la saison des fruits, donnez sans trop de restriction des cerises, des pêches et des raisins bien mûrs; des pommes reinettes et de Calville dans l'arrière-saison. Mais peu ou pas de fraises, de framboises, de prunes et de poires, desserts ilont le bon peuple dit qu'ils font « froid sur l'estomac », et qui sont, en efTet, de digestion malaisée.
D'ailleurs, en thèse générale, un enfant ne doit pas manger de crudités. Mais le plus simple n'est-il pas de donner une liste, aussi complète que possible, des aliments nuisibles et des aliments recommandables?
A. — Aliments de digestion difficile.
Mie de pain et potages à la mie de pain; sauces; conserves alimentaires; viandes noires, mets épicés, gibier faisandé, poissons lourds, crustacés (homards, langoustes, écrevisses, crevettes), huîtres, coquillages; crudités; radis, salades, melons; aliments acides (vinaigre, oseille, tomates); aliments gras, foie gras, fritures, pommes de terre frites, charcuterie, rillettes; asperges, chouxfleurs, choux de Bruxelles, oignons, haricots secs; sucreries, pâtisseries, crèmes crues, fruits crus (énumérés plus haut), fromages gras et déliquescents.
B. — Aliments à recommander.
Pain grillé froid ou croûte de pain rassis; œufs (sauf les œufs durs qu'on digère malaisément); maigre de jambon d'York et do i Westphalie; poissons légers (soles et mer-
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lans) grillés ou bouillis au court-bouillon (sauce blanche); si Ton fait frire le poisson, avoir soin d'enlever la peau, qui est imprégnée de friture. Viandes blanches et rouges (veau, poulet, mouton et bœuf) grillées et rôties, plutôt un peu cuites; la cuisson n'altère pas sensiblement la valeur nutritive de la viande, et la viande crue, moins facile à digérer, peut donner le ver solitaire ou d'autres vers intestinaux. Haricots verts très tendres, artichauts à la sauce blanche; purées fines et passées au tamis (pour que l'enveloppe ligneuse, fort indigeste, ne soit pas ingérée), de pommes de terre, de lentilles, de petits pois et de pois secs; purées de salades cuites : cresson, chicorée, épinards; laitues, endives et céleri au jus. Pour dessert : gâteaux secs, compotes peu sucrées, crèmes cuites; fromages de Gruyère et de Chester. Les aliments seront préparés avec du beurre frais, de très bonne qualité. Il importe de les poivrer peu et de les saler assez fort.
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Quant au régime des boissons, j'eslime que la sa^^^esse serait de supprimer tous les breuvages fermentes. Non seulement les enfants doivent ne goûter jamais aux liqueurs et à l'alcool, mais il vaudrait mieux pour eux ne boire ni bière, ni cidre, ni vin blanc qui est énervant, ni vin rouge qu'on falsifie trop aisément. L'abondance, telle qu'on a coutume de la servir dans les pensions, préparée plusieurs jours d'avance avec du vin de qualité très médiocre et de l'eau mal ou pas liltrée, est à peu près ce qui se peut imaginer de plus plat el de plus malsain.
Dans les collèges, on est bien forcé de se soumettre à la coutume actuelle, en allendaul que nos mœurs se réforment el qu'on donne à nos lycéens quelque boisson chaude (thé ou maté) pendant l'hiver et, en été, de l'eau de source lillrée à la bougie de porce-
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laine. Mais si vous gardez vos enfants au logis, tâchez qu'ils boivent, une heure avant chaque repas, un grand verre de lait ou d'eau. Très peu de liquide aux repas : seulement deux verres à bordeaux d'eau pure.
Lorsqu'ils seront de grands garçons, vous pourrez, à la fin du déjeuner, ou du diner, leur donner un verre à bordeaux de vieux vin d'un cru quelconque de la Gironde. Mais sachez, une fois pour toutes, que l'alcool est le plus momentané et le plus trompeur des toniques. A la période d'excitation, généralement excessive, qu'il procure, succède, on peut dire toujours, une phase de prostration qui vous remet plus bas qu'avant. Je ne sais qu'un breuvage sain, c'est l'eau pure. Encore n'en faut-il pas boire beaucoup au courant du repas et pendant que se fait la digestion stomacale, sous peine de diluer le suc gastrique et de provoquer des digestions lentes. Pour les enfants débiles, dont le système osseux se forme mal, ou dont la croissance est trop
hâtive, on se trouvera bien de mêler à l'eau une petite quantilé de sirop de phosphate de chaux, aromatisé au citron ou à l'orange, ou quelque préparation de glycéro-phosphates.
Telles sont les directrices d'un bon régime alimentaire. Bien entendu, il devra varier suivant les climats et suivant les saisons, et aussi selon le tempérament de chacun, selon (|uc le jeune sujet est trop maigre ou trop gras, selon qu'il se révèle atone ou remuant, violent ou timide.
Pour terminer, une recommandation sur laquelle on ne saurait trop insister. Faites soigner les dents de vos enfants. Môme s'ils n'en souiïrent pas, envoyez-les, tous les trois mois, montrer leur bouche à un dentiste habile en son art, et assez doux pour que les j)auvres marmots n'aient pas Iroj) de répugnance à retourner (lie/ lui.
l[^ Il faut que nos enfants prennent, tout jeunes, la coutume de manger lentement et de bien mastiquer. C'est de cette habitude que dépendra, pour une grande part, l'avenir de leur estomac, et de la nutrition de leur cerveau, j
CHAPITRÉ lY Le bain. — Le vêtement.
Sommaire. — Les jambes nues <i la mode écossaise; opinion d'Herbert Spencer; MM. Bergeron et d'Heilly. — Les affusions froides; le foulard et le cache-nez. — Le gilet de flanelle et la « combinaison ". — Le costume marin.
Faut-il, de parti pris, endurcir nos enfants au froid? Au cœur de l'iiiver, comme par les plus chaudes journées d'été, devons-nous les faire sortir cou dégagé et jambes nues, à la façon des Écossais? Et, de même, leur donnerons-nous en toute saison le tub froid d'où les Anglais semblent tirer grand bien?
Je ne sais pas de question qui divise davantage les hygiénistes et les mères.
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Une dame russe, à qai j'en parlais, m'a dit avoir, au mois de décembre, fait casser la glace, au bord du lac de Genève, pour s'y baigner, avec ses quatre enfants, dont l'un en fort bas âge. Cbacun de ces enfants ayant été, dès sa naissance, accoutumé systématiquement à toutes les froidures, ce n'était pas absolument une folie. Inutile de dire que je ne conseille pourtant pas aux timides mamans de France de suivre un tel exemple, à mi-chemin duquel nous rencontrerons la sagesse. Pour des gens de notre climat et de nos habitudes ancestrales, il serait tout à fait absurde de vouloir détenir le record de la résistance aux frimas; en revanche, je tiens pour tout à fait amollissant et dangereux l'excès contraire, l'élevage à la douillette, et, comme on dit, dans du colon.
Entendons-nous.
Voici un bébé né débile, en proie à tous les inconvénients do ce qu'on nomme la faiblesse congénitale. Le moindre froid aurait
raison de lui : nous ne le tirerons d'affaire qu'à la couveuse, et, plus lard, il faudra l'entourer de précautions infinies. Mais, s'il s'agit d'enfants de constitution robuste, pourquoi leur refuser le bénéfice de ce tonique un peu brutal, mais excellent, du système nerveux qu'est le froid?
Écoutez cependant ce que dit un Anglais.
Dans son petit ouvrage sur V Education, auquel il faut sans cesse revenir, Herbert Spencer fulmine avec indignation contre la mode des jambes nues.
« L'idée répandue qu'il faut endurcir le corps est une illusion fâcheuse, nous dit-il. Bien des enfants sont si complètement endurcis qu'ils en meurent, et ceux qui survivent souffrent du système suivi, soit dans leur santé, soit dans leur croissance. Leur air délicat dénote surabondamment le mal
qu'on leur a fait, et leurs fréquentes maladies devraient être un avertissement pour les parents irréfléchis. Des gens riches voient de jeunes paysans jouer à moitié nus et garder un air bien portant : ils en tirent la conclusion que la santé n'est due qu'à la légèreté du vêtement. On ouhlie que ces marmots qui gambadent sur les places de village respirent de l'air pur tout le jour, jouent et remuent sans cesse, tandis que le travail cérébral ne risque point de déséquilibrer leur système nerveux. En réalité, ce n'est pas le vêtement léger qui les rend bien portants ; mais ils sont bien portants malgré le vêtement léger. La perte de chaleur animale, h laquelle ils sont continuellement \^ soumis, est un préjudice grave pour eux. » Et Spencer de nous donner en exemple les poneys des îles Shetland, qui supportent une température plus basse que les chevaux du sud de l'Angleterre, mais qui sont nains; les moutons du nord do lEcosse, plus rahou-
gris que les moutons anglais; les Lapons et les Esquimaux, et ces indigènes de la Terre de Feu, qui sont nus sous un ciel glacé, et que Darwin nous montre si laids et ratatinés « que nous pouvons à peine croire que ce soient nos pareils ».
Voilà ce que nous dit, d'une des coutumes les plus invétérées de son pays, un maitre de la pensée anglaise. Maintenant, Spencer n'est-il pas un de ces savants « frileux et sédentaires » dont parle le poète? Cette crainte du froid, qu'il nous montre pour les petits, ne provient-elle pas d'une sensibilité toute personnelle?
Notons, pourtant, qu'il a pour lui un grand nombre d'hommes compétents : statisticiens, qui nous montrent que les enfants meurent deux fois plus en janvier qu'en juillet; éleveurs, qui savent que, si l'on expose au froid
les bêles à l'engrais, l'engraissement est retardé, à moins que Ton n'augmente dans de fortes proportions la quantité de nourriture. Et l'on peut dire, en s'appuyant sur de récentes expériences soigneusement conduites, que le froid accélère très vivement la nutrition, qu'il augmente non seulement la déperdition de calorique, mais encore la désassimilation générale, et qu'il est sage d'en redouter l'action trop longtemps soutenue.
J'ai consulté, à ce sujet, un bon nombre de médecins d'enfants, réputés à Paris pour leur sagesse et leur savoir . Presque tous se montrent hostiles à la mode des jambes nues, qu'ils accusent de provoquer des rhumes, des bronchites, des broncho-pneumonies, et de nuire à la nutrition générale en l'activant avec excès. Cesl, à leurs yeux, un véritable surmenage par irritation excessive d'une périphérie sensitive. MM. Dergeroa et d'ileilly, dans leur excelleut article de VEncyclopêdie cVhyfjiène^ convient les mères
à aguerrir leurs fils ; encore finissent-ils par conseiller les bas de laine en hiver.
De tout cela, voici, je crois, ce qu'il faut retenir.
Le froid est un tonique et un moyen hygiénique de premier ordre, à condition de ne pas être continu. En l'employant d'une façon intermittente, nous aurons tous ses avantages sans aucun de ses inconvénients.
DonCj été comme hiver, faites à vos enfants des affusions froides. S'ils sont robustes et résistants, donnez-leur d'emblée le tub froid, l'immersion rapide dans de l'eau à 15° centigrades, la douche froide légèrement prolongée sur les pieds. S'ils sont nerveux et plus sensibles, donnez-leur un tub tiède (32° environ), à l'eau salée, quitte à les asperger, pour finir, avec un peu d'eau froide, ou, mieux encore, faites-leur par tout le
corps une friction au gant de crin, friction immédiatement suivie d'un lavage de la peau rougie avec un linge trempé dans un mélange d'eau de Cologne et d'eau, à parties égales.
Cela suffira pour les aguerrir, pour les empêcher de s'enrhumer facilement, pour les rendre plus résistants.
Je crois encore qu'il ne faut point leur mettre de foulard, et que l'Iuibitude d'aller le cou nu les préservera des maux de gorge, que prennent tant d'enfants, au moindre courant d'air.
Mais, d'une façon générale, ne laissez point vos lils aller jambes nues en hiver. Pourquoi pas, tant qu'à faire, bras nus et torse découvert? Ils feront aisément la réaction de leur douche brève ou de leur bain froid; ils ne réagiront pas à la morsure continue de la bise. Gardez doiu* pour la saison d'été les chaussettes do fil, et, pour riiiver, gainez leurs jambes de bas de laine
dont ils changeront tous les jours, après le tub, les lainages et le linge de corps ne s'opposant plus bien à la déperdition du calorique humain, aussitôt qu'ils sont tassés par l'usage et la transpiration. Le blanchissage leur rend cet état floche, un peu velu, qui emprisonne dans les mailles du tissu une couche d'air éminemment propice à la conservation de la chaleur naturelle.
Aucun tissu mieux que la laine ne remplit cette condition. 11 faut assurément la préférer à la flanelle pour la confection des gilets et des caleçons portés au contact de la peau. On fabrique des tissus à mailles miparties laine et coton, qui s'adaptent bien à la forme du corps, n'entravent en rien l'amplitude des mouvements de la respiration, et satisfont à pou près à tout ce qu'on peut souhaiter. On y taillera, pour la nuit, ces
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vêtements si en honneur chez les Anglais, qui unissent d'une venue le gilet et le caleçon, et qu'on nomme combinaison {cornbination).
Pour l'été, nos enfants porteront, au contact direct, de la toile, et non point de la batiste fine, mais une toile un peu grossière — le tissu de Kneipp n'est rien d'autre — dont la rudesse sera un perpétuel et salutaire stimulant des nerfs, de la peau, et de la circulation périphérique.
Les garçons auront des bretelles, afin que la ceinture du pantalon, bien lâche, ne leur comprime pas l'estomac. Ne leur mettez point de jarretières, mais bien des jarretelles; évitez que l'élastique du bas de leurs culottes courtes comprime leur jambe et y entrave la circulation veineuse; rien ne sérail (ihis projirc àleurjtréjiarer des varices.
Enfin, puisqu'il est entendu que nos garçons doivent aller vêtus d'une manière d'uniforme, suivons le conseil que nous donnent MM. Bergeron et d'Heilly, et, pour une fois, suivons aussi la mode qui est, ici, hygiénique et sage : habillons nos gamins non en soldats, mais en marins. L'uniforme de nos lycées, avec son affreux képi, sa tunique de facteur et son drap militaire, est ridicule, malcommode et malsain. L'uniforme de matelot, avec ses jerseys souples, ses pantalons amples, ses blouses bouffantes, et le col dégageant le cou, est, au contraire, élégant, confortable, parfaitement hygiénique. Pour les heures de jeux, il est mieux de substituer la culotte courte au pantalon long et évasé du bas.
Quant aux filles, ayez grand soin de leur épargner d'inutiles refroidissements, surtout à l'heure délicate de la formation.
Pas de corset avant la puberté. Quand vous leur permettrez d'en porter un, faites que ce ne soit pas uniquement un objet de coquetterie et un instrument de torture, un de ces appareils à déformation continue qui compriment l'estomac et refoulent en bas le foie, les reins, l'intestin et la rate. C'est à ce corset-là que nous devons tant d'altitudes viciées, et ces descentes d'organes si fréquentes chez les jeunes femmes, et si pénibles.
Faites faire, toujours sur mesure, de ces corsets longs et droits de devant, qui prennent leur point d'appui principal sur les hanches, respectent l'estomac, maintiennent en place toutes choses et laissent à la gorge son libre développement. La rare ne peut qu'y gagner en force et en beauté.
Sommaire. — Choix de la chambre des enfants. — Le besoin de lumière. — Le cubage d'air. — Le mobilier; le chauffage. — Le lit. — Les heures de sommeil.
Quand on appelle un médecin au chevet d'un enfant, dans une famille aisée ou riche, habitant le plus bel appartement d'une de ces maisons, à la fois somptueuses et médiocrement confortables, qui furent construites en si grand nombre à la fin du second Empire et au commencement de la troisième République, il lui arrive souvent de trouver son petit malade logé dans une pièce étroite, donnant sur une cour grise,
triste, sans soleil et sans facile renouvellenîent d'air. Si l'appartement est celui de l'entresol ou du premier étage avec façade au midi, les chambres de second ordre sont exposées au nord, au fond d'un puits dont les hautes parois ne laissent voir qu'une mince bande de ciel.
Or, c'est une coutume admise, et que personne ne discute, de loger les enfants dans les chambres de second ordre. 11 est légitime, en effet, que le père et la mère détiennent les pièces les plus belles. Je sais des parents qui voient là comme une des prérogatives de l'autorité palernelle.- C'est au nom du respect du au chef de famille qu'ils mettent leur progéniture dans des chambrettcs d'arrière-plan, et l'idée ne leur viendra pas de se demander si les petits auront à dose suffisante ces deux choses si nécessaires aux impérieux besoins de leur croissance : l'air fréquemment renouvelé et la saillie hiinii're.
LA CHAMBRE A COUCHER. — LE SOMMEIL 7o
Par lumière, j'entends, non la lumière diffusée et réfléchie par le mur d'en face, mais la pénétration directe, dans la pièce entière, des rayons mêmes du soleil, avec leurs triples qualités caloriques, lumineuses et chimiques, indispensables à la vie.
a Mais, direz-vous, mon fils ne vient ici que pour dormir; le jour, il travaille dans une autre pièce, à moins qu'il ne soit à jouer sous les arbres des Tuileries ou des Champs-Elysées. » Il ne manquerait plus que ça qu'il dût y passer la journée! Mais les huit ou dix heures du séjour de nuit suffisent amplement à l'en faire souffrir.
Donner pour logement à un enfant une pièce où le soleil n'entre jamais, c'est, sinon le vouer fatalement, du moins le prédisposer fortement au rachitisme, à la scrofule, aux pâles couleurs, à l'anémie, à la neuras-
thénie, à la dépression mélancolique. C'est préparer un bon terrain pour la phtisie. Une des causes incontestables de l'effroyable mortalité par tuberculose à Paris (11 000 sur un total annuel de oO 000 décès), c'est la fréquence de ces chambres d'enfant donnant sur des cours sombres et glaciales, et de ces invraisemblables logements d'arriôre-bouiique, où des ménages, souvent nombreux, vivent entassés dans des chambres éclairées par un jour de souffrance, par une vitre opaque donnant sur un corridor, ou par un simple vasistas qui prend jour sur une autre salle. A Londres — il faut toujours en revenir au confortable anglais — presque tous les ménages ont leur toit, leur chez eux, leur home, leur maisonnclle pour eux seuls. Ici, . nous sommes empilés en six ou sept couches d'appartements superposées, de sorte que la capitale anglaise, qui n'est pas deux fois plus peupli'c (|uc larapilah' de la France, est près de cinq fois plus étendue en superficie.
LA CHAMBRE A COUCHER. — LE SOMMEIL il
Plus que nous ne l'imaginons, la lumière solaire est une source de vitalité forte et de vaillance à vivre. Si elle nous procure cette bonne allégresse qu'ont connue presque toutes les créatures de tous les temps et de tous les climats à voir se dissiper les noirs nuages et reparaître l'astre superbe, l'éblouissant flambeau dont nos pères faisaient un dieu, c'est que, mieux que tout, elle éveille les cellules de notre cerveau, c'est qu'elle avigoure nos muscles, hausse noire tonus, élève la pression du sang dans nos artères, et nous donne, par suite, ce sentiment d'aisance et de légèreté du corps, cette démarche vive, cette tendance à espérer, cet optimisme, que les Grecs désignaient du mot eiiplioria, et qui sont l'essentiel de ce que nous nommons la joie.
Ne privons pas nos enfants de soleil, puisque notre pays a cette chance d'en avoir, et d'en avoir modérément. On nous dit qu'il s'agit de tendre à égaler l'Anglo-Saxon ; « son-
geons, en remerciant Dieu, qu'ils n'en ont pas en Angleterre », et gardons-nous de laisser nos petits, même pendant les heures du sommeil, dans une pièce qui ne reçoit pas longuement chaque jour, la vivifiante visite de Phoïbos purificateur.
Une chambre à coucher d'enfant doit avoir un cubage minimum de lo à 20 mètres par tète. Autant qu'il vous sera possible, faites que chacun ait son petit logis individuel, bien à lui. En tout cas, cela va de soi, jamais deux dans le môme lit.
Pas de tentures, pas d'éloffes drapées, nids à poussières, réservoirs de microbes. Pas de rideaux au lit, pas de tapis par terre, ou, du moins, un lapis mobile, qui sera battu chaque jour, battu loin de la chambre et non à la fenêtre.
La croisée devra demeurer ouverte la plus
grande partie du jour. En hiver, on la fermera un peu avant la disparition du soleil. A ce moment il sera bon de faire dans la cheminée — point de poêles mobiles ni de calorifères — un bon feu de bois qu'on laissera s'éteindre une heure avant le moment du coucher. Il est mieux, en effet, pour qui n'est pas malade, de dormir dans une chambre sans feu. A condition d'y accoutumer progressivement les enfants, je vois de sérieux avantages à placer à leurs fenêtres une ou deux vitres percées de trous en nombre suffisant pour que l'air se renouvelle continuellement et pour que la pièce, au matin, n'ait pas cette abominable odeur de transpiration, de renfermé, d'air vicié, qui n'est pas sans de sérieux inconvénients. Songez que nos aïeux vivaient dans des chambres immenses, beaucoup moins calfeutrées que les nôtres, qu'il passait de Fair sous leurs portes, et que notre époque est assurément celle ou Ion aura respiré le
moins d'air vif, grâce à rencombremenl des maisons, aux appartements trop restreints, à la multiplicité des calorifères et aux fermetures modernes ultra-perfectionnées.
Pour que l'aération de jour se fasse largement, l'enfant devra jouer et travailler dans une pièce autre que celle où il couche.
Meublez-la d'un mobilier simple et luisant : chaises de paille, armoire, toilette et table de pitchpin.
Au chevet du lit, près de quelque pieuse image, le portrait des parents. Partout ailleurs, les vives, riantes et charmantes lithographies en couleurs de Jules Chérct.
Le lit, très long, pour qu'on s'y étire et qu'on y grandisse à l'aise, aura l'élroitesse suffisante pourijuc l'on ne puisse gjièrc s'y replier, comme on dit, en chien de fusil.
Ce sont de bonnes conditions pour pousser droit.
Choisissez-le en fer ou en cuivre verni. Un sommier à ressorts visibles, commode à nettoyer, un matelas de crin et de laine mêlés, un traversin de crin en forme de pupitre bas. Point d'oreillers de plumes, ni de ces couettes trop douillettes et chaudes où s'amollit le corps.
Pas d'édredon, non plus ; des couvertures de laine ou de coton, en nombre modéré. Un enfant trop couvert transpire, ou passe des nuits nerveuses, des nuits de mouvements, de cris, occasionnés par des rêves pénibles. N'oublions pas, pourtant, que, de trois à cinq heures du matin, notre organisme, tombé au minimum du taux de ses oxydations, et subissant le contre-coup du refroidissement de l'atmosphère, éprouve une baisse de température d'un bon demidegré. On peut placer au pied du lit un couvre-pied supplémentaire que l'enfant,
Lr CORPS ET LAME DE LKNFANT.
automatiquement et quasi sans se réveiller, peut très bien s'habituer à tirer sur lui quand il éprouve obscurément la sensation de fraîcheur matinale.
Point de boules d'eau chaude. Si votre fils a froid aux pieds, donnez-lui tous les soirs, un peu avant son dîner, un petit bain de pieds, chaud d'abord, puis brusquement refroidi à la fin. Vous éviterez de la sorte cet état de transpiration glaciale des extrémités qui est l'indice d'une faiblesse organique, qu'elle contribue, du reste, à entretenir.
Et maintenant, dans la journée de nos petits, combien d'heures devons-nous abandonner à la réparation des forces par le sommeil ?
Nous inspirant de celte lui de natiirt» par où le nouveau-né dort presque constammenl, et le vieillard fort peu, nous établirons une
échelle décroissante , à mesure que les enfants s'avanceront vers l'âge adulte.
Un enfant de cinq à huit ans doit dormir de huit heures du soir à sept heures du matin, soit onze heures;
Un enfant de huit à douze ans doit dormir de neuf heures du soir à sept heures du matin, soit dix heures;
Un enfant de douze à quinze ans doit dormir de neuf heures et demie du soir à six heures et demie du malin, soit neuf heures.
Un peu plus tard, il sera bon de les entraîner peu à peu à se contenter de sept heures de sommeil, car c'est assurément une force dans la vie que de pouvoir rester en plein éveil dix-sept heures de suite.
Par contre, si vous avez affaire à des enfants malingres, maigrichons, énervés, trop remuants, donnez-leur, si cela est possible, l'habitude, excellente pour eux — pour eux seulement — de dormir une demi-heure ou une heure après le repas de midi.
Évitez avec soin de faire veiller vos enfants. Ne les conduisez au théâtre qu'en matinée, et encore! Couchez-les, soit immédiatement après la dernière bouchée du dîner, soit après une grande heure de jeu, l'hiver, et de promenade, l'été.
Donnez-leur l'habitude de s'endormir et de se réveiller toujours exactement à la même minute. Aussitôt éveillés, qu'ils se jettent à bas du lit et qu'ils commencent leur toilette. Ceci est un point important, non pas seulement d'hygiène, mais aussi de saine morale.