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CHAPITRE XXll

La Chasteté.

SojiMAiRE. — Nécessité d'en dire un mot. — L'avenir est aux nations qui ne seront pas dépravées. — Inconvénients sociaux et personnels de la dépravation précoce. — Faut-il élever nos enfants dans l'ignorance et le mystère, ou vaut-il mieux leur dire tout bonnement la vérité sur la façon dont ils viennent au monde? — Ce que l'on peut dire aux enfants. — Hygiène physique pour les filles et les garçons. — Choix d'une bonne école.

Au cours des deux ou trois chapitres qui précèdent, pour toucher à quelques questions importantes de sociologie et d'éducation, j'ai conscience d'avoir dépassé les limites de mon domaine d'hygiéniste et de médecin.

Il m'y faut rentrer maintenant, et d'assez brutale façon.

Je ne peux pourtant pas clore ce livre sans dire quelques mots, discrets et cependant précis, de la chasteté chez l'enfant. C'est un sujet trop grave et trop du ressort médical pour que je m'autorise commodément à l'éluder. D'ailleurs, on peut tout dire en termes fort décents. Et n'est-il pas une fois pour toutes entendu que, si j'écris sur les enfants, je n'écris pas pour eux, que je m'adresse à leurs parents, qui savent de quoi il retourne, et qui, je pense, me sauront gré de parler net, sans fausse pudeur ni détours, pour leur donner quelques conseils indiscutablement utiles.

Certes, je n'éprouve pas le besoin de voir nos jeunes gens de France devenir tous de grands niais, empotés, rougissants, gardant, avec leurs engelures, la candeur du (out premier Age, bons seulement à échanger cnlie

eux des coups de poing pour se donner contenance, et à égayer leurs discours de plaisanteries à la fois pudibondes et scatologiques. Cet idéal n'est point dans le goût de ce pays-ci, notre tempérament gaulois voulant un tour plus franc et des propos plus libres.

Pourtant, nous commençons — à Paris tout au moins et dans les grandes villes — à dépasser largement la mesure. L'impudeur de nos rues, la multiplicité croissante des images, des publications, des spectacles très immodestes, contribuent bien certainement à la précocité de la débauche : elle en est à ce point que nos petits bourgeois mettent leur bel orgueil à se montrer au sortir du collège tout las et blasés de luxures!... Quant à leurs sœurs, il leur arrive de tenir, dans les salons où on les mène à la recherche d'un mari, des conversations tout de même un peu vives. Et c'est là un mal social que je tiens pour inquiétant, en dépit des spiri-

I,E COlîP^ ET l'ami: IlE L ENFANT.

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tuelles revues de fin d'année qui ne se lassent pas de tourner en dérision les justes indignations de M. Bérenger.

Si je comprends bien l'état acluol de la lutte entre les nations et les races qui se disputent la conquête du monde, l'avenir est à celles qui ne seront ni déloyales ni profondément dépravées. Le goût répandu du mensonge et du vice sont des siirnes de décadence, et c'est tant pis j)0ur nous si les enfants d'Angleterre ou d'Allemagne sont plus purs que les nôtres.

Je sais qu'il ne faut rien exagérer de nos défauts, que, chez nous, l'impudeur est moins au fond (ju'à la surface, plus dans les mots que dans les actes, et qu'un Anglo- Saxon qui fait tant que de dégeler va tout de suite à des extrémités qui nous étonnent. Mais d'une façon générale et dans la masse de la population, je crains Ijicn qu'il n'y ait chez nous moins de maris strictement fidèles, et, pour rester dans mon sujet, moins d'en- !

fants tout à fait indemnes qu'il n'y en a chez les peuples du Nord à religion réformée.

iXotre devoir de médecins est d'inculquer dans les esprils celte notion capitale qu'un très grand nombre de maladies de la moelle épinière, de névroses et de folies, proviennent des intoxications de la débauche ou de l'empoisonnement par l'alcool. Or, de la pureté du premier âge dépend le plus souvent la dignité morale de toute la vie. Gardons le cœur de nos enfants.

Lorsque la première eau qu'on y verse est impure...

rappelez -vous Musset qui devait s'y connaître.

Recherchons donc ensem])le s'il est quelque moyen d'organiser, avec plus de méthode et de bonheur qu'on ne Ta fait jusqu'à ce jour, celle œuvre de préservation.

Et d'abord, devons-nous tenir nos tilles et nos fils dans l'ignorance de tout ce qui concerne la fonction de reproduclion de l'espèce? Faut-il attendre qu'au lycée la causerie plus ou moins louche d'un camarade vienne lui révéler, avec tout Tattrait du mystère et du fruit défendu, ce secret, attirant comme tout ce que nous pressentons sous un voile? Et jusque-là, répondrons-nous aux questions de nos enfants qu'ils sont nés sous un chou, que la cigogne est allée les chercher en un puits, connu d'elle seule, pour les porter à leurs parents ', ou bien encore que leur maman a dû faire pour les acheter un voyage si fatigant qu'il lui a fallu s'aliter —

1. Dans bon nombre de contrées de rAllcmaj.'ne( la légende usuelle est celle-ci : quand une femme veut un enfant, elle le demande a la matrone i|ui seule ■*ail parler la langue des cigognes. La sage-ftmme fait la commamle, et l'oiseau au long bec va clurclier le poupard pour l'apporter au logis désigné. En entrant dans la chambre et en déposant son fardeau, la cigogne avertit la mère en la blessant d'un coup de bec à la jambe ou au pied. Cl- qui contraint la pauvre ftniiuc a di'iiKMirer au lit l)our quelcjucs jours.

toutes niaiseries plus ou moins gracieuses, dont linvraisemblance sera tôt reconnue par ces petits esprits, curieux, futés et logiques, à qui n'échappent point nos contradictions? A ces mensonges consacrés par l'usage immémorial, j'ai peine à trouver avantage. Ils sentent si bien qu'on les trompe! quand ils sont tout bébés, le mieux doit être assurément de les prier d'attendre et de leur dire : (( Tu sauras tout cela plus tard ». Mais quand commence à sinstaller en eux, avec le désir de savoir, le pouvoir de comprendre, pourquoi ne pas leur donner, sommairement, mais bonnement et sans tant de mystère, la simple et belle vérité, à savoir que, du mariage des hommes, ainsi que de l'union des plantes et des animaux, dans la nature entière, naissent des rejetons, que la maman, bénie de Dieu, porte en elle et nourrit du meilleur de son sang le fruit de ses entrailles — c'est le mot même qu'ils répètent malin et soir en récitant : « Je vous salue, Marie,

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pleine de grâce », — et que nous devons à nos mères reconnaissance et grand respect pour les douleurs causées par notre venue en ce monde.

L'ignorance n'est pas un Lien : elle ne met pas en défense. A l'heure de la puberté, je sais bien des fillettes — celles surtout qui vivent pensionnaires au couvent — qu'alTole cet inattendu. Elles se croient blessées, atteintes de quelque mal mystérieux et plein de honte qu'il faut cacher comme une faute; de là mille iin|)rudences que l'on paye plus tard.

Et combien de pauvres gamins qui se sont trouvés désarmés devant la contagion du vice, pour n'avoir jamais été avertis ni mis en garde! Nous avons tous un singulier oubli (!<' noti'c propre jeunesse et un étrange pouvoir d illusion sur la purelé (]o nos

enfants. Nous nous obstinons commodément à les croire pleins d'innocence, alors que depuis longtemps ils languissent de quelque mauvaise habitude. Voilà ce qu'il faut à tout prix tenter d'épargner à nos fils, car je ne sais rien qui soit plus propre à les épuiser et à les énerver pour l'avenir, rien de plus asservissant, de plus bassement facile, de moins viril, de plus avilissant.

Au lieu de les laisser dans l'ignorance, pourquoi ne pas leur dire simplement que certains organes de leur corps sont d'une fragilité particulière, qu'il ne faut y porter la main que pour les nécessités de la vie et pour les soins de propreté, sous peine de s'exposer, comme beaucoup d'enfants, à de cruelles maladies? Pourquoi ne pas leur dire encore que si quelque polisson leur donne de mauvais conseils, il leur appartient de hausser les épaules et de répondre qu'ils savent bien tout ce qu'il en peut résulter?

Je supplie qu'on m'excuse de parler aussi

simplement de choses aussi délicates; mais la conscience que j'ai de donner un conseil utile, fait que plus rien de tout cela ne m'apparait inconvenant. En matière d'hygiène . physique et morale, rien, ce me semble, ne peut être odieux, sinon la fausse pudibonderie. Veuillez donc jusqu'au bout me lire, mères qui vous souciez d'écarler un grave danger du chemin de vos fils.

Rien ne prédispose un enfant à la dépravation comme l'iiérédité névropathique. Les tendances natives de certains petits dégénérés, fils d'alcooliques, de toqués ou d'intoxiqués, confondent l'imagination. Ces tares exceptionnellement graves se soignent cependant, et s'améliorent dans de notables proportions par une éducation physique et une culture mentale appropriée : changement de milieu, gymnastique médicale, accéléra-

tion de la nutrition cérébrale, chasse à l'idée fixe, travail bien dirigé.

Parfois aussi, plus souvent qu'on ne croit, ce triste vice, qui longtemps n'a paru relever que de la dépravation mentale et de la morale religieuse, n'a d'autre cause qu'un état local purement accidentel et maladif, et ne relève que de la thérapeutique la plus banale. Voici comment.

Récemment un chirurgien déclarait devant moi que la pratique de la circoncision devrait se généraliser, et qu'elle épargnerait à beaucoup de chrétiens, comme elle fait aux juifs, une enfance énervée, abîmée par les mauvaises habitudes. Je ne sais pas si les petits israélites sont en moyenne plus chastes que les nôtres, mais ce que je puis dire, c'est que, sans recourir nécessairement à l'opération sanglante, il est extrêmement utile de détruire — cela se fait en peu de temps et sans grande douleur — les <■<■ adhérences » qui se forment souvent chez les garçons,

empêchent les lavages, entretiennent d'une façon presque constante une irritation, et, pour tout dire, des démangeaisons, dont il vous est facile d'entrevoir le péril.

Même danger pour l'autre sexe, mais par un mécanisme différent. Mères, écoutez, je vous prie, ce conseil important. Ne laissez jamais vos fillettes coucher dans votre lit, à plus forte raison dans celui d'une nourrice ou d'une bonne. Rien n'est contagieux comme la « leucorrhée », comme ces flueurs Manches dont tant de femmes ont à se plaindre; il suflit de toucher les mêmes linges, de dormir dans les mêmes draps, pour que les bébés du plus bas âge les contractent; et c'est pour elles une source, le plus souvent ignorée, d'énervements, de colères, de larmes ou de mauvaises habitudes, invraisemblablement précoces, que rien n'explique, cl qui guérissent à mesure qu'agit le traitement local approprié.

Enfin, faisons pour nos enfanls choix d'une bonne école, car, il faut bien en convenir, au point de vue qui nous occupe, comme sous bien d'autres rapports, les classes et les études beaucoup trop nombreuses de nos lycées ou de nos collèoes libres ne nous donnent que bien peu de sécurité. C'est la promiscuité avec tous ses inconvénients, sous une surveillance fatalement insuffisante.

Ici encore, l'école nouvelle, telle que nous la proposent les récents ouvrages de M. Demolins, me paraît offrir de rares avantages. Chaque maître y connaît chacun de ses élèves dont le nombre est extrêmement restreint (de 8 à 10) et qu'il suit depuis les basses classes jusqu'à la fin de leurs études. La surveillance est donc de beaucoup plus facile. En outre, on y rencontre tout le jour, allant

et venant par la maison, des femmes, celles des professeurs ; on les voit, on leur parle, on dîne auprès d'elles; ainsi l'autre sexe cesset-il d'être cet attrayant et obsédant mystère, ce secret, ce troublant péché qu'il ne manque point de représenter pour rimagination de la plupart des élèves de nos maisons religieuses. A l'école nouvelle on est astreint de bonne heure aux soins de propreté; on y fait beaucoup d'exercice, et, loin de se coucher énervé par la vaine oisiveté des trop longues études, on s'endort vile et bien, sainement accablé par la vie au grand air et la fatigue musculaire.

Comme nous sommes loin, dans la plupart de nos collèges, de cette mise en pratique des lois du plus simple bon sens! Tant que nos enfants sont externes et vivent en famille, le danger, jo crois, n'est pas grand. Mais comme il faut plaindre ceux qui sont obligés de mettre leurs garçons ou leurs filles en (oiite pension, (buis dos établisse-

ments où l'on ne songe qu'à leur meubler, qu'à leur encombrer l'esprit de notions d'une utilité quelquefois contestable, sans le moindre souci de leur santé physique ni de leur propreté morale !

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