‹ Le corps et l'âme de l'enfantChapitre 31 sur 45 · CHAPITRE XXllI Gonclusions · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXllI Gonclusions

Résumé de ce qui précède; la médecine vis-à-vis de la morale et de l'éducation. — Névroses et modifications du caractère; hiérarchie des différents élats de l'activité cérébrale. — Ressources thérapeutiques dont nous disposons. — Choix d'une école. — Un dispensaire pour les enfants nerveux.

J'achève de relire les vingt et quelques causeries qui composent ce petit livre, et j'éprouve le sentiment de bonne conscience de n'avoir pas trop failli au programme modeste que je m'étais tracé : « ne dire que choses simples, toutes claires, un peu menues et puériles au besoin, mais d'intérêt immédiat, et tout à fai( pratique ».

320 LE COUPS ET L'AmE DE L'ENFANT

Ensemble, nous avons causé, bonnement, sans prélention, de la façon dont il convient de nourrir et do vêtir nos enfants, de leurs travaux et de leurs jeux, de leur repos, de leurs vacances, de l'art de leur faire les joues roses et les mollets durs. Dépouillant une fois pour toutes la manière hermétique et la langue fermée des médecins et des philosophes, nous avons fait, sans grands efforts d'attention, la connaissance suffisamment exacte et scientifique du cerveau de nos fils; nous avons appris à comprendre le mécanisme des facultés de l'âme et des émotions numaines.

Pénétrés de ce qu'il y a de véritablement essentiel dans les notions les plus modernes sur le fonctionnement du plus noble de nos organes, nous avons su nous faire une idée, beaucoup plus simple, plus ncllc, plus forte qu'on ne pouvait jusqu'à ces dernières années, des motifs profonds qui conduisent un enfant de trois à quinze ans ù se montrer

énervé et colère, timide et craintif, indolent et inaltentif, mélancolique, découragé, prompt au mensonge, enclin aux plus fâcheuses habitudes.

D'une intelligence plus avertie , mieux informée de ces maladies d'âme, oii le moral et le physique agissent de concert et se révèlent inséparables, nous avons pu tirer bien des conséquences pratiques qui élargissent incontestablement le sens du mot éducation, et mettent à la portée de tous des moyens d'amélioration jusqu'à présent peu ou mal employés. On entrevoit comme tout proche le jour où l'hygiène et la thérapeuthique médicales envahiront l'étroit domaine de la pédagogie , et en reculeront les bornes.

Comme n'a pas cessé de le comprendre et de le dire l'école issue de saint Thomas d'Aquin, l'esprit s'incarne étroitement, pendant la durée de la vie, dans le cerveau de

l'homme, à ce point de subir toutes les

oscillations de sa vitalité, de sa nutrition. Améliorer les conditions de vie de la substance grise — les médecins du système nerveux commencent à savoir le faire — c'est du même coup faciliter le libre jeu des facultés de Tâme, aider au bon fonctionnement de la Mémoire, de l'inlelligence, de l'Attention, du Jugement, et c'est au premier chef faire de la morale.

Sachons ne rien exagérer. Nous ne prétendons point à remplacer tous les systèmes antérieurement adoptés de culture physique, intellectuelle et religieuse : mais nous pouvons, je crois bien, nous vanter d'apporter une représentation plus lumineuse et plus précise de nos conditions de lutte pour le bien et le mal, et nous avons le devoir d'en tirer quelques enseignements pratiques en vue d'une direction plus rationnelle, plus efficace de l'esprit de nos lils. Le vasie ensemble de la pensée humaine rc(;oit de la pcience une orientation nouvelle, un rajeu-

nissement, auquel l'art de l'éducation doit commencer à prendre part.

Je sais fort bien que cela même que nous prétendons apporter de nouveau est vieux comme le monde, ou, tout au moins, comme ces règlements de vie oii s'asservissent les couvents, comme ces préceptes de la Thora précisant avec minutie le régime alimentaire du peuple d'Israël, et nous ne faisons guère que rabâcher le mens sana de nos pères latins. Pourtant nous apportons dans le détail beaucoup plus de précision, parce que nous connaissons infiniment mieux que les générations précédentes le fonctionnement du cerveau et quelques-unes des maladies du système nerveux.

C'est ainsi que, sans grande crainte de me tromper, je puis à l'heure actuelle affirmer

que la plupart des troubles du caractère chez l'enfant ne sont que de vagues ébauches, reconnaissables cependant, des trois grandes névroses du jeune âge : neurasthénie, hystérie, épilepsie. Tous les tempéraments quelque peu déséquilibrés portent, si peu profonde que ce soit, une de ces trois marques. De cette notion, qui se confirme chaque jour, découlent les plus importantes conséquences pratiques.

Et je ne peux que répéter ici ce que j'ai déjà (lit à ce propos.

« Il y a des méchancetés d'enfants, des insoumissions, des colères, des impulsions farouches, que le bromure, donné comme il convient et appuyé de douches, de bains statiques, d'injections de sérum, d'un régime alimentaire approprié, guérit le mieux du monde.

« Chez ces bambins étranges, distraits, absorbés, chez ces marmots impulsifs (pii sont (les hystériques en miniature, (juc le . I

moindre désir aveugle, affole, et ferme pour ainsi dire, au reste du monde, M. Pierre Janet nous enseigne à déceler l'idée fixe latente, à la pourchasser sans relâche et à la remplacer par une autre idée, utilisable et saine, celle-là; j'ai vu de lui des cures que je tiens pour de véritables petites merveilles d'ing-éniosité, de patience, d'habileté thérapeutique.

« Quant aux enfants neurasthéniques, chacun sait que l'on peut beaucoup pour ces pauvres cerveaux, mélancoliques, inaptes au travail prolongé, à l'attention soutenue, prompts aux colères, aux espérances vives et aux longs découragements, par un bon règlement de vie, un régime adapté, des stimulations méthodiques du système nerveux. Refaites à neuf leur nutrition, et du même coup vous verrez leur esprit prendre consistance, progresser leur mémoire, s'améliorer leur attention, s'égaliser leur caractère. 11 faut avoir assisté à de telles cures pour y croire; du

reste ça n'est pas maintenant chose rare : les observations concluantes, les cas saisissants d'amélioration se comptent par centaines.

C'est que le problème d'alleindrc les maladies de notre esprit par le cerveau où il s'incarne, est au total plus simple qu'on ne l'imaginait jusqu'à ce jour, un grand nombre d'étals intellectuels et de tendances d'âme ne faisant que traduire les oscillations du système nerveux le long de l'échelle de ses énergies, tels à peu près les hauts et les bas du mercure dans le tube d'un manomètre.

Voici, ci-contre, le schéma de cette hiérarchie des diiïérents degrés de l'activité cérébrale. Rien n'est plus instructif ni plus encourageant.

Aux enfants dont l'état mental correspond h une dépression de la tension nerveuse,

Tableau synoptique des différents états de l'activité cérébrale.

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