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CHAPITRE VI Les vacances

SoMJiAiRE. — La privation de vacances, comme punition. — Le séjour au bord de la mer; le bain de mer. — Séjour à la campagne. — Les colonies scolaires de vacances. — Le goût des voyages. — La vie à la campagne. — Les devoirs de vacances.

Où nos enfants doivent-ils passer leurs vacances et comment les faut-il régler ? C'est une question qui a, je crois, son importance.

Au lendemain d'une distribution de prix, une mère, de qui lorgueil avait été déçu, me disait, me montrant son fils, gamin de neuf ans poussé trop vile, maigre, veule et dénué d'entrain à vivre :

'( En voilà un qui n'a pas besoin de vacances ! Il n'a rien fait cette année. »

J'eus peine à lui faire comprendre quelle fâcheuse erreur elle commettait là. Avec nos routinières habitudes d'esprit, et notamment avec cette vieille croyance aveugle au libre arbitre, qui nous donne à envisager toutes les créatures humaines comme également responsables de leurs actes, nous nous empêchons de comprendre les causes vraies, et par conséquent le remède possible, d'un état d'âme aussi peu compliqué que la paresse d'un écolier.

Chez celui dont je parle ici, l'indolence d'esprit allait de pair avec l'indolence du corps, et non seulement avec une certaine nonchalance de tenue, indice d'une médiocre tonicité musculaire, mais encore — je pris soin de m'en assurer — avec un véritable ralentissement de la nutrition, avec tout un ensemble de signes de vitalité basse.

Je me gardai bien d'en rien dire à mon jeune collégien, qui eût pu trouver là de bons prétextes à justifier sa mollesse. Je lui

annonçai, cependant, qu'on allait l'aider à mieux faire. Sa mère, non sans hausser quelque peu les épaules, consentit à lui procurer des vacances fortifiantes, sans cesser de l'astreindre, sur ma requête, à deux heures par jour de travail surveillé. L'année scolaire qui vint après fut infiniment moins fâcheuse. Sans atteindre les premiers rangs, l'enfant sut se maintenir dans une moyenne honorable; son cerveau se meubla, cependant que s'atténuait sensiblement sa veulerie de corps, le nonchaloir de son allure.

Soyez convaincus qu'un gamin paresseux a, pour le moins, autant besoin de vacances que le petit garçon modèle et quasi remonté à la mécanique, qui ne manque pas un devoir, n'encourt pas une punition, conquiert tous les prix de sa classe et fait l'orgueil de ses parents, sans efforts, grâce à la naturelle vigueur et à la précoce harmonie de son intelligence. N'usons jamais, comme punition, de la privation des vacances.

Je n'écris point ici pour ces enfants, quasi parfaits, de qui le corps ni l'âme n'ont aucun besoin d'hygiène. Attachons-nous à qui nous pouvons faire quelque bien, à celte petite personnalité molle que nous venons d'envisager, ou à cette autre, turbulente, irascible, prompte à la violence, rebelle comme la première — mais pour des raisons opposées — à l'application intellectuelle, au travail attentif.

Comment allons-nous faire pour que leurs vacances soient bonnes, toniques et calmantes, réparatrices et préparatrices, pour qu'elles fournissent à ces petits cerveaux une jirovision do vigfueur, une réserve de santé?

Ne leur donnons pas de remèdes; les remèdes sont bons à la ville et pendant la saison du travail. En vacances, rien (juc deriiygiène, et de la plus simple.

Et d'abord, il faut changer d'air, il faut quitter l'endroit où Ion a coutume de vivre.

Vous qui n'êtes point riches, sachez que les lointains voyages et les coûteux séjours ne sont pas indispensables. Un enfant, à Paris, change d'air en passant deux mois sur les hauteurs du Mont-Valérien, de Meudon ou de Montretout. L'air y est vif, et le vent, qui souvent souffle de l'ouest, y vient avant d'avoir fait la provision de vilaines choses que lui versent toutes les fenêtres de la grande ville.

Mais vous qui pouvez sans dommage dépenser un peu plus d'argent, partagez vos vacances. Pendant les trois semaines les plus chaudes, fin d'août et commencement de septembre, menez vos enfants à la mer. Choisissez-leur une plage de sable oii, de longues heures durant, ils pourront jouer à creuser des fossés, à édifier des châteaux sur la grève mouillée, ou à piétiner dans les

petites vagues, cheveux au vent, chevilles encernées d'eau saline et d'écume.

Fuyez les endroits élégants et mondains. Demeurez avec vos petits. Jusqu'à un certain âge, donnez-leur la vie de famille. En hiver, leur collège ou leur couvent, vos affaires ou votre monde vous tiennent assez éloignés d'eux. Profitez des vacances pour les connaître mieux, pourqu'ils vous connaissent aussi, pour qu'ils vous aiment un peu plus. Mamans coquettes qui jamais ne vous reposez de plaire et ne vous fatiguez des compliments des hommes, craignez de donner à vos fils, et plus encore à vos (illes précoces, le spectacle de g-alanlories et de frivolités. Sachez qu'il y a des enfants, beaucoup d'enfants, qui comprennent obscurément (juc vous êtes hors du devoir, d'autres qui sont cruellement jaloux, et que le type de petite fille créé par Zola dans Une pn;ic cVainonr n'est pas de pure imagination.

J'ai reçu, à ce propos-là, de bouleversantes confidences. Je connais un petit garçon, déjà méditatif et triste — il a neuf ans — qui est près de haïr sa mère pour ses coquetteries.

En tout cas, si vous ne sauriez vivre sans passer vos soirées dans quelque casino ou « chez des gens très bien », auparavant, couchez et endormez vos petits de bonne heure, pour les faire lever à l'aube. Les veilles, le spectacle, même innocent, la musique, même dansante, ne valent rien pour eux.

Pour peu qu'ils soient nerveux, ne les baignez que peu ou presque pas, hormis dans une baie parfaitement paisible, sans vagues et sans lames de fond. L'enfant nerveux étouffe dans la mer dont le mouvement et le froid le stimulent trop vivement, le suffoquent, l'énervent. Contentez-vous de le tremper dans l'eau quelques secondes ou, mieux

encore, de lui donner tous les matins un bain d'eau de mer tiède, tranquillement, dans la baignoire. En revanche, il peut demeurer de longues heures les jambes nues dans le sable ou dans les vaguettes du bord.

En moyenne, le séjour au bord de la mer doit être de quinze à vingt jours, guère plus.

Vous les amènerez ensuite à la campagne, où vous pourrez, dans une maison saine, de préférence sur des coteaux boisés, ou bien à la montagne, entre GUO et 1000 mètres d'allitudo. Un Suisse, le pasteur Bion, et un Français, M. Collinot, administrateur de la caisse des écoles du neuvième arrondissement, qui ont imaginé et mis les premiers en pratique les colonies scolaires de vacances, ont obtenu du simple séjour à la campagne, ou dans les Alpes, des résultats vraiment intéressants. Leurs écoliers onsfraissent on

moyenne de cinq à sept livres en trois semaines ; au retour de la colonie, leur augmentation de poids dépasse de quatre à huit fois l'accroissement normal.

Passé quinze ans, confiez vos garçons à des caravanes scolaires, envoyez-les ou emmenez-les voir du pays, achever d'apprendre sur place une langue vivante; enseignez-leur à quitter aisément le toit paternel et le pays natal, donnez-leur l'amour du voyage, l'intérêt des pays ignorés, éloignez d'eux la crainte de s'expatrier pour un temps. xMais, pendant leur seconde enfance, tant que la croissance les rend fragiles et les fait accessibles aux maladies contagieuses, tâchez de rester auprès d'eux.

A la campagne, donnez-leur une grande liberté d'allures : tâchez surtout de leur laisser quelque initiative. Apprenez-leur à mener

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à bien beaucoup de cboses par eux-mêmes, à fabriquer une motte de beurre et à aller loucber un chèque à la ville, à atteler un cheval, à le conduire, et à distinguer le froment de l'avoine , un frêne d'un pommier.

N'abusez pas des excursions très variées et très multiples. Pour de jeunes cerveaux, les journées pareilles et un peu monotones ont de très réels avantages. S'ils sont débiles et maigres, obtenez qu'ils dorment une heure après leur déjeuner. Vers quatre heures, avant le goûter, donnez-leur un bon tub à l'eau salée tiède, progressivement refroidie.

Enfin, faites-les travailler.

Oh! pas beaucoup! Je vous propose une heure le matin, et le soir une demi-heure.

Tout juste ce qu'il faut pour leur faire comprendre que le repos est une chose qui s'achète, que le travail est une sorte de pain qjiotidien, et pour leur donner chaque jour la sensation, plus que toute autre néces-

saire, d'un devoir accompli, d'une récréation méritée.

Voici, d'ailleurs, comment je vous propose d'établir leur petit règlement de vie :

A 7 heures. — Lever, ablutions matinales, premier déjeuner.

De S à 9 — Travail au grand air, fenêtres ouvertes ou, mieux encore, sur une terrasse, dans un jardin, à l'ombre fraîche des grands arbres.

De 9 à 12. — Jeux et sports.

A midi très précis. — Déjeuner; puis, sieste d'une heure.

De 2 à 4. — Jeux dans une salle fraîche ou sous les arbres.

A A heures. — Tub et goûter.

De 4 h. 1/2 à o h. — Étude.

De o à 7. — Promenade.

A 7 heures. — Dîner.

A 8 heures. — Le lit.

Au cours d'une journée pareille, les enfants ne connaissent point cet ennui qui les prend parfois à ne jamais rien faire que jouer, et ils arrivent à la fin des vacances, refaits, avigourés et pourtant assez peu désaccoutumés de l'étude pour que la remise en train de leur jeune cerveau ne soit pas trop pénible.

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