CHAPITRE PREMIER
COMPARAISON SOMMAIRE DE l'orGANISATION ET DES FONCTIONS DES ANIMAUX ET DES VÉGÉTAUX.
C'est par une connaissance préalable des diverses branches de la physique et de la chimie que, d'ordinaire, on se prépare à l'étude de la Physiologie, science qui a pour objet de rechercher et d'expliquer les effets de l'organisation chez les végétaux et les animaux, et de montrer les divers changements qu'amènent dans leur structure l'action continue des agents extérieurs et l'exercice des Ibnctions vitales. Cette science considère donc tous les êtres organisés, depuis l'homme jusqu'aux animaux infusoires, depuis ces ébauches animales dont le microscope seul peut révéler l'existence, jusqu'aux colosses du règne végétal; elle étudie leurs formes, leur texture, leurs organes, leurs fonctions ; elle les compare dans leurs rapports, et cherche à saisir le lien qui les unit les uns aux autres.
On ne peut aborder avec sûreté l'étude des phénomènes de la vie, sans avoir apprécié, même dans un aperçu rapide, les lois générales qui la constituent. Si Fon ne prenait une semblable précaution, il pourrait arriver aux descriptions les plus méthodiques, aux développements les plus clairs de paraître confus ou obscurs. C'est pour éviter un pareil embarras que nous exposons ici, dans quelques notions générales sur la structure des corps de la nature, les faits dont la connais-
PArvTIE I. — DISTINCTION DES CORPS DE LA NATURE. 21
sance est le prélude ou la préface de tout enseignement physiologique.
Dès Torigine des sociétés, au moment où l'homme jetant^ autour de lui, les yeux sur l'univers, ouvrit son âme à l'intelligence des choses créées, le monde lui sembla se partager, de lui-même, en trois groupes d'êtres profondément distincts les uns des autres et que la science de la nature devait caractériser plus tard :
Les Minéraux, privés de vie, augmentant en volume, par la superposition de nouvelles molécules ;
Les Végétaux vivant, croissant, se propageant et mourant;
Les Animaux, unissant à ces propriétés des végétaux le sentiment de leur existence, la sensibilité.
Une définition courte, mais remplie de précision et de clarté, a posé les limites de ces trois règnes de la nature, comme on les a longtemps appelés :
Les minéraux croissent; les végétaux croissent et vivent, les animaux croissent, vivent et sentent ;
Mineralia crescunt ; vegeiabilia crescunt et vivunt ; animalia cresmnt, vivunt et seniiuni.
Dans cet aphorisme si plein de choses, Linnée constate une sorte de dégénérescence dans les êtres de la nature : les minéraux ne font que croître, les végétaux ont de plus la vie, ef, enfin, les animaux joignent à ces propriétés la faculté de sentir.
11 faut le reconnaître, cette manière d'envisager les œuvres de la Création est, à la fois, noble et imposante ; mais, pour peu qu'on y réfléchisse, on voit bientôt qu'il n'est pas possible d'en faire une application rigoureuse, parce que, d'une part, la jimite entre les végétaux et les animaux n'est pas assez tranchée pour faire de chacun de ces Règnes une division qui ait une importance égale ; que, d'une autre part, on ignore où commence et où cesse la sensibilité dans les êtres organisés, et, enfin, qu'il existe entre les végétaux et les animaux des liaisons beaucoup plus étroites et plus intimes que celles qui relient ces deux Règnes au troisième, le Règne Minéral. De là on a été conduit à diviser les corps de la nature en corps bruts, inertes ou inorganiques c'est-à-dire les Minéraux et
STRUCTURE ET PHYSIOLOGIE DE l'uOMME.
en êtres organisés ou vivants : les Animaux et les Végétaux,
Les principales différences qui existent entre ces deux grands groupes sont surtout dans leur nature chimique, leur structure, leur forme, leur origine, leur développement, leur fin.
La plupart des minéraux composent ce que l'on appelle des corps simples; les êtres organisés sont tout au plus des combinaisons quaternaires^ de carbone, d'azote, d'hydrogène et d'oxygène. Le carbone domine dans les végétaux, l'azote dans les animaux. Les êtres inorganiques n'ont pas de formes particulières vers lesquelles ils tendent; ils se forment par l'agglomération successive d'atomes, qui, placés dans des circonstances convenables, se réunissent.
Les Corps inorganiques n'ont pas de commencement ; leur origine remonte à la création du monde, sans que personne puisse dire quand cela a eu lieu et comment cela s'est fait.
Les Êtres organisés, au contraire, viennent d'un parent de leur espèce, vers la forme duquel ils tendent toujours ; ils sortent d'une particule de son corps, nommée œuf, germe, graine, bouture, qui s'en détache plus tard et, placée dans certaines circonstances, donne la vie à un nouvel individu. Ainsi, pour Vètre organisé il y a un moment où il n'existe pas, et un moment pendant lequel il vient au monde ; c'est ce dernier moment que l'on appelle la naissance.
Quant au développement, la séparation est encore parfaitement tranchée. Dans une de ces eaux courantes qui contiennent du carbonate de chaux, posez un objet quelconque, il se couvrira de carbonate de chaux ; laissez-le plusieurs jours, plusieurs mois, plusieurs années, le corps deviendra de plus en plus gros, mais il pourra se faire qu'il ne présente plus la même forme. Il se sera grossi par l'addition continuelle de nouvelles particules qui seront venues se placer à côté des autres : ce mode de développement se nomme juxtaposition.
Les êtres organisés tendent toujours vers la forme des parents qui leur ont donné la vie. Tout en obéissant à cette loi, ils se développent : un enfant qui ne pesait que 3 kilogrammes, à sa naissance, pèse huit et dix fois plus, à l'âge de