PARTIE II. — FONCTIONS DE NUTRITION
Le côlon fait suite au cœcum, remonte vers le foie, traverse Tabdomen, immédiatement au-dessous de l'estomac, (E'j E", p. 87) et redescend du côté gauche, pour gagner le bassin où il se continue avec le rectum, qui se termine à l'anus.
Les fibres charnues qui entourent l'anus, et qui forment le muscle sphincter de cette ouverture, sont continuellement contractées et s'opposent à la sortie des mati.ères accumulées dans le gros intestin. En général, pour que leur expulsion ait lieu, il ne suffît même pas de la contraction des fibres musculaires qui entourent cet intestin, il faut aussi que le diaphragme et les autres muscles de l'abdomen concourent au même but, en comprimant la masse des viscères renfermés dans cette cavité,
Pendant la digestion, des gaz se développent dans toute la longueur du canal intestinal, indépendamment de l'air avalé, dont une partie est convertie en acide carbonique dans l'estomac. La nature de ces gaz dépend de celle des aliments et de l'état des organes digestifs. Quelquefois inodores, ils exhalent, la plupart du temps, une odeur fétide ; souvent ils sont inflammables. On peut y trouver de l'hydrogène, du gaz hydrogène carboné, du gaz hydrogène sulfuré.
Quoique la formation de ces gaz suppose un mouvement pu tréfactif exclusif de la vie, cette décomposition peut commencer par des matières déposées dans les gros intestins, tubes devenus presque inertes. Ce ne serait pas, au reste, le seul exemple de l'accomplissement d'un effet chimique dans le conduit intestinal, malgré la résistance de cet organe. Mais, si l'on y fait attention, c'est effectivement hors du domaine de la vie que ces actions chimiques s'accomplissent, car les matières déposées dans le réservoir intestinal en attendant que leur excrétion s'achève, sont déjà en quelque sorte éliminées. L'action contractile de la tunique musculaire des intestins s'exerce sur elles, soit pour les expulser, soit pour empêcher l'expansion trop considérable des gaz, absolument comme les muscles soumis à l'empire de la volonté, lorsqu'on les emploie à surmonter une résistance extérieure.
Les gaz intestinaux sont un produit des réactions chimiques
qui servent à la digestion, et ils remplissent aussi dans cette fonction un rôle mécanique important. Par eux, par le coussin d'air que représente leur masse, les organes de l'abdomen sont maintenus dans leurs rapports respectifs et les pressions qu'amènent les divers mouvements du corps sont amorties et réparties sur tous les points avec égalité. Ajoutons qu'ils maintiennent le calibre du canal digestif dans un état de distension qui favorise le travail absorbant des vaisseaux chylifères et des capillaires sanguins du système veineux.
Chyle.
Le chyle est le premier état que présente Taliment arrivé au point de pouvoir réparer les pertes de l'organisme; tous les produits de la digestion sont représentés dans ce liquide assimilable qui, chez les animaux inférieurs, ne diffère pas du sang proprement dit; mais cet aspect et cet état ne sont que temporaires chez les animaux plus parfaits, dont le chyle ne tarde pas à se convertir en sang.
La connaissance du chyle se lie à celle des vaisseaux qui le contiennent : la coloration qu'il donne à leurs parois favorisa leur découverte; mais il fallut de nombreux tâtonnements pour que leurs usages fussent déterminés.
SU est vrai qu'Aristote ait entrevu les vaisseaux chylifères ou lactés, si Érasistrate et Hérophile les aperçurent réellement, on peut avancer du moins que la nature de leur contenu ne fut pas soupçonnée, puisque Galien lui-même a prétendu que les substances alimentaires étaient absorbées dans le tube intestinal par les veines mésaraïques, opinion qui régna dans les écoles jusqu'au milieu du seizième siècle et qui devait être, de nos jours, remise en honneur, par les belles expériences de Magendie.
La théorie de Galien touchant Tabsorption de la substance alimentaire par les veines était tellement enracinée, qu'Eustachi, dominé par son influence, considéra comme une veine le canal thoracique qu'il avait découvert chez le cheval. En 1622, Gaspard Aselli, professeur à Pavie, reconnut, le premier.