MEMBRE SUPÉRIEUR
à l'olécràne que s'insère le tendon du triceps brachial, principal extenseur de Tavant-bras ; nous verrons plus loin quelle analogie cette apophyse présente avec la rotule.
Les mouvements de V avant-bras multiplient singulièrement ceux du bras dans leur application. Le radius et le cubitus peuvent se rapprocher de l'humérus par la flexion ; de plus, le radius tourne sur son axe sans que l'humérus ni le cubitus prennent part à ce mouvement, que l'on nomme supination ou pronation^ suivant que la paume de la main regarde en haut ou en bas.
Mais ce qui fait du membre thoracique un organe parfait, ce qui motive ses mouvements si variés, si étendus, et leur donne toute leur valeur, c'est la main, mstrument admirable qui, dans sa perfection, n'apparientt qu'à Tespèce humaine.
La mam est d'une forme élégante et belle. Son isolement, ses contours arrêtés mais sans roideur, la délicatesse de son modelé, la mobilité de ses différentes parties et la variété de leur coloris en font comme un être à part dans le corps humain et lui donnent de l'expression et de la physionomie. Complètement développée dans ses détails dès la première enfance, elle présente alors une ravissante miniature, source inépuisable d'étude pour l'artiste. La structure de la main a même conduit plusieurs philosophes à penser que l'homme lui devait uniquement sa supériorité sur les animaux, et à lui attribuer la plus grande influence sur les facultés intellectuelk s. L'étude de l'homme montre qu'il faut renverser la proposition. La main n'est que l'instrument de l'intelligence, la perfection de l'une est nécessairement liée à celle de l'autre, et la main de
Thomme, comme tout son être, n'a rien d'égal dans le règne animal.
Quant à voir dans la perfection plus ou moins grande de la main un signe du degré plus ou moins élevé de l'intelligence, au point de distinguer la main d'un homme d'esprit ou de génie de celle d'un sot ou d'un homme médiocre, c'est une thèse qui, présentée d'une manière spécieuse, peut être accueillie comme un sujet de rapprochements curieux, mais seulement à ce titre. En effet, si chez Tidiot la main est mal développée de même que le cerveau, si l'on a cru voir dans l'arrêt de développement des doigts ou dans la présence de doigts surnuméraires un signe de dégénérescence de la race, peut-on en conclure que la perfection des membres thoraciques soit de règle, comme on Ta dit, chez les hommes éminents? Il n'est pas besoin de remonter à Esope pour trouver un grand esprit dans un corps difforme : Condé, Luxembourg, Pope et d'autres hommes célèbres ou illustres étaient atteints de rachitisme, et l'on sait qu'une main trop longue et noueuse est un des signes les plus constants de cette affection. Si l'homme d'une intelligence inférieure a souvent la main épaisse et dénuée de souplesse, c'est que souvent aussi, né dans des conditions qui lui iuiposent un rude labeur, il a reçu comme héritage, avec le métier de son père, cette lourdeur de formes qui en est la conséquence. L'homme que sa condition n'oblige pas à un travail manuel a toujours la main plus fine et plus souple que celle de l'ouvrier; il transmet à ses enfants ce détail de conformation aussi bien que sa ressemblance en général. La finesse des extrémités, élément principal de leur élégance, est donc un signe de race bien plutôt que
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d'intelligence; elle appartient en propre aux Orientaux. La main d'un Européen ne peut pénétrer dans la garde d'un sabre ou d'un poignard deTInde; en conclura-t-on que TAnglo-Saxon ou le Normand ont moins d'intelligence que l'Arabe ou Tlndou !
Il nous souvient d'avoir entendu raconter à de Blainville que Récamier attachait une certaine importance à la forme de la main et avait coutume d'examiner à ce point de vue celle de ses élèves. La mienne, ajoutait-il, dut, comme les autres, se soumettre à l'appréciation du maître, et cet examen ne me fut pas défavorable. Récamier était présent et confirma le récit de l'ancien élève de l'Hôtel-Dieu, devenu un grand naturaliste; or la main de de Blainville n'était ni fine ni très-élégante, c'était une main assez bien faite, vigoureuse et musclée comme le corps dont elle dépendait, également habile du reste à tenir l'épée, le crayon et le scalpel.
Vaî'ticalation du poignet, qui unit la main à l'avantbras se rapproche par son mécanisme de celle de l'épaule. Huit os, déformes différentes et très-compliquées, constituent le poignet ou carpe ; trois de ces os servent à l'articulation de la main avec i'avant-bras, les autres s'articulent avec les cinq os du métacarpe, paume ou partie moyenne de la main, auxquels viennent s'attacher les doigts, composés de deux phalanges pour le pouce et de trois phalanges pour l'index, le médius, l'annulaire et l'auriculaire.
Les trois premiers os du carpe sont groupés de manière à présenter du côté de I'avant-bras une masse ellipsoïde, un condyle que reçoit la cavité elliptique formée parles extrémités mférieures du radius et du cubitus. La tête hémisphérique de l'humérus peut tourner sur
son, axe dans la cavité glénoïde; ce mouvement de rotation, la forme allongée du condyle carpien ne le permet pas à la main, mais la rotation du cubitus y supplée €t la main tourne, avec Tos qui lui donne attache, dans
Fig. 16. — La main, face palmaire.
A Muscle court abducteur du pouce,
au-dessus et en dehors duquel on
voit l'opposant.
iB ('ourt fléchisseur du pouce..
G G Tendons du lléchisseur superli-
ciel des doigts.
D Gaine des tendons.
lE E' Tendons du fléchisseur profond.
Fig. 17. — La main, face dorsale.
A Ligament annulaire du carpe.
B B Tendons de l'extenseur commun
des doigts.
G G Expansions tendineuses reliant les tendons.
la supination et la pronation ; de plus, elle se meut isolément dans la flexion en avant, en arrière et latéralement; dans la circumduction, elle décrit un cône et peut exécuter beaucoup d'autres mouvements d'ensemble ou de détail.
MOUVEMEiSTS DE LA MAIN. 59
Les muscles nombreux qui déterminent ces mouvements présentent un mécanisme fort compliqué. Leurs tendons sont ou entrelacés ou reliés entre eux par des bandelettes et des fibres aponévrotiques, d'où résulte une solidarité d'action plus ou moins complète. Aussi plusieurs mouvements sont-ils difficilement accomplis par un seul doigt sans que les autres y prenneut part, c'est ce qu'on observe dans l'exécution de la musique instrumentale ; mais l'exercice donne à ces mouvements une parfaite indépendance. Le mécanisme des mouvements de la main a été singulièrement éclairé par les travaux récents de M. Duchenne (de Boulogne), qui est parvenu à préciser, au moyen de l'électricité, l'action des différents ordres de muscles et de chacun d'eux en particulier.
Gerdy comptait trente-quatre mouvements distincts de la main ; si l'on tient compte des combinaisons de ces divers mouvements entre eux, on arrive à un chiffre bien plus élevé. L'opposition du pouce aux autres doigts réunis ou isolés est, de tous ces mouvements, celui qui caractérise surtout la main de Thomme, chez qui seulement il existe dans sa perfection. Cette fonction du pouce tient à sa longueur, à ce que le premier métacarpien n'est pas placé dans le même plan que les quatre autres, comme chez le singe, et à l'action d'un muscle, le long fléchisseur du pouce, particulier à la main humaine. Ce muscle complète l'action des autres moteurs du pouce et peimet à l'homme de tenir une plume, un burin, une aiguille ; il donne à sa main l'adresse nécessaire à l'exécution des travaux les plus délicats, il est comme l'attribut de son intelligence. La main de Thomme au repos se présente dans l'attitude d'une
demi-opposition du pouce : il n'en est pas ainsi de celle des singes, même les plus rapprochés de Tespèce humaine. Chez ces animaux le pouce est opposable, mais beaucoup moins parfaitement que chez l'homme, et les cinq os du métacarpe étant placés dans le même plan, tous les doigts peuvent se poser à plat sur le sol pendant la marche, à laquelle les quatre membres prennent toujours part. La main proprement dite appartient donc à riiomme seulement et sa conformation ne permet pas de la considérer comme un organe de locomotion normale. Elle peut tour à tour présenter une surface plane, s'arrondir en cylindre, se creuser en gouttière, faire des doigts écartés autant de rayons divergents, et constituer, suivant l'expression de de Blainville, un compas à einq branches; elle réunit ses doigts en cône, en sphéroïde, etc. ; enfin elle peut atteindre toutes les régions du corps.
La main est l'organe essentiel du toucher et de !a préhension. Ces fonctions sont dévolues principalement à sa face antérieure ou palmaire, pourvue de papilles nerveuses qui abondent surtout à l'extrémité des doigts et forment sous l'épiderme des sillons aux courbes élégantes. Les tendons y sont nombreux et réunis par des connexions multipliées; de fortes aponévroses, des gaines où glissent les tendons consolident le tégument et concourent à donner aux diverses parties de l'organe la solidarité dans les mouvements d'ensemble, l'indépendance dans les mouvements partiels. Une couche de tissu adipeux très-serré protège, sans atténuer sa force ou sa délicatesse, ce réseau de muscles, de vaisseaux et de nerfs, cet appareil qui tantôt effleure à peine les corps et tantôt les étreint sous une pression violente. La main
FONCTIO^S DE Li MAIN
peut, ea effet, devenir une pince délicate ou un élau puissant; elle conduit le burin du graveur, qui laisse derrière lui le trait le plus délié, et la bisaiguë du charpentier ou la cognée du bûcheron, qui frappe avec autant de force que d'adresse. Les doigts du matelot renouent de lourds cordages et ceux de l'opticien tendent, sans les rompre, les fils d'araignée d'un réticule. Le même organe peut tenir une baguette, un bâton, une épée, un marteau, une plume. Il se moule sur les corps pour en apprécier la forme, il vient en aide à l'œil en complétant ou rectifiant ses impressions^ et peut môme le suppléer à certains égards ; ainsi le doigt du médecin perçoit à la surface des organes les moindres détails du relief; ainsi la main de Michel-Ange suivait avec passion les contours du torse antique que les yeux du grand artiste ne pouvaient plus contempler.
Mais rien ne donne une idée plus complète de la perfection du mécanisme de la main que l'exécution de la musique instrumentale. Examinez un artiste qui joue du violon. Ses doigts appuient sur les cordes en leur laissant exactement la longueur nécessaire au son qu'elles doivent rendre. Un demi-millimètre en plus ou en moins altère beaucoup la justesse du son, un millimètre d'écart produit une note fausse à l'oreille la moins exercée. Mais les doigts tombent sur le manche préciment au point exigé, ils courent sur les cordes en se succédant avec une rapidité vertigineuse, suivant toutes les combinaisons imaginables, et cependant la main, glissant le long du manche, change incessamment de position ; tantôt un seul doigt fait entendre une note isolée, tantôt deux ou trois agissent simultanément pour produire un accord, pendant qu'un quatrième.
frappant la corde avec une rapidité croissante, fait retentir un trille qui défie ceux du rossignol. Ce n'est pas tout encore. L'autre main tient Farchet et il faut que les mouvements du bras droit soient d'accord avec ceux de la main gauche, il faut entre les mouvements de Tune et de l'autre main une coïcidence mathématiquement exacte. Ajoutez maintenant toutes les modifications de mouvement nécessaires pour produire les piano et les forte^ pour enfler ou laisser mourir le son, en un mot tout ce qui constitue l'expression musicale , et vous conviendrez que ce mécanisme tient du prodige et dépasse tout ce que l'art humain peut produire de plus parfait.
L'agilité, la souplesse des mains, la concordance et rindépendance de leurs mouvements ne sont pas moins remarquables dans le jeu du pianiste. Comment ne pas admirer ces deux mains occupées le plus souvent ensemble et dont l'action alterne ou coïncide avec tant de précision et de rapidité : toutes deux font en moyenne six à huit notes à la fois, s'éloignant, se rapprochant^ se croisant et mêlant sur le clavier leurs doigts qui se meuvent comme si chacun d'eux était complètement indépendant de tous les autres. Un pianiste habile fait dans les traits en gamme 640 notes par minute en vitesse moyenne, et 960 en vitesse extrême. Ces chiffres donnent une idée de la rapidité de mouvement à laquelle peut arriver la main de l'homme.
Serviteur dévoué du corps, la main qui le nourrit sait aussi le protéger. On dit que la nature a créé l'homme désarmé : qu'est-ce donc que la main, qui lui permet de construire et d'employer peur sa défense ces machines ingénieuses et terribles, la main qui peut au besoin se