PARTIE II. — ASPHYXIE
sîvemeni ; cependant, s'il est assez tôt ramené à l'air libre, il revient vite à son état ordinaire. Si la mort a lieu, on trouve le système artériel rempli de sang noir. Ce gaz est une des causes du plomh ou asphyxie des fosses d'aisances. Il se dégage dans les caves contenant des substances qui ont de l'affinité pour l'oxygène. Quelques chimistes qui se sont exposés à le respirer pur ou à peu près pur, sont à l'instant devenus pâles, verdâtres ; ont éprouvé du malaise, de l'anxiété, des syncopes.
Les phénomènes qui résultent de la respiration du gaz hydrogène sont à peu près les mêmes que les précédents. Les animaux succombent, tantôt en quelques minutes, tantôt dans un temps un peu plus considérable.
Selon Davy, l'inspiration du gaz oxydule d'azote produit d'abord une sorte de vertige, suivi de picotements à l'estomac ; la vue, l'ouïe semblent douées d'une énergie plus grande ; la force musculaire augmente; on sent un besoin irrésistible d'agir, de se mouvoir et, sans perdre le sentiment de ses actions, on éprouve un commencement de délire, caractérisé par une vivacité, une gaieté inaccoutumées ; si l'on cesse de respirer ce gaz, tous ces symptômes disparaissent en peu de temps. Les expériences du chimiste anglais n'ont pas eu pour tous ceux qui les ont répétées des résultats semblables.
Vacide carbonique formé, comme on le sait, de carbone et d'une certaine proportion d'oxygène, est, comme l'air, incolore à l'état de gaz, mais beaucoup plus pesant que ce fluide: il se produit pendant la combustion du charbon et la fermentation alcoolique. C'est de l'action de ce gaz sur l'économie que dépendent les accidents qui arrivent dans les puits, les mines, les souterrains, les cuves où fermentent le vin et la bière, les fours à chaux, et partout où se dégage de l'acide carbonique.
Dans une grotte située à Pouzzoles, il s'en dégage continuellement de l'intérieur de la terre, et ce gaz occasionne des phénomènes qui, au premier aperçu, paraissent très-singuliers, et excitent la curiosité de tous les voyageurs. Lorsqu'un homme entre dans cette caverne, il n'éprouve aucune gêne dans la respiration; mais s'il est accompagné d'un chien,
128 STRUCTURE ET PHYSIOLOGIE DE l'hOMME.
cet animal ne tarde pas à. tomber asphyxié à ses pieds^ et périrait promptement si on ne le portait au grand air. Cela dépend de ce que le gaz acide carbonique, étant plus lourd que i air, ne s'y élève pas, mais reste près du sol, et y forme une couche d'environ deux pieds d'épaisseur. Or, un chien qui pénètre dans la grotte se trouve à l'instant plongé tout entier dans ce gaz méphitique, et doit nécessairement s'y asphyxier; tandis qu'un homme, dont la taille est beaucoup plus élevée, n'a que la partie inférieure de son corps exposée à l'action de l'acide carbonique, et respire librement l'air pur qui se trouve au-dessus. Ce lieu remarquable est conau sous le nom de la Grotte du Chien.
Cette grotte, située sur le penchant d'une colline, en face et à peu de distance du lac d'Agnano, est extrêmement fertile. Elle a l'apparence d'un petit cabanon dont la voûte et les parois seraient grossièrement taillées dans le rocher. Sa largeur est d'environ un mètre, sa profondeur de trois mètres, sa hauteur d'un mètre et demi. L'entrée en est fermée par une porte dont un gardien a la clef. L'aire delà grotte est terreuse, noire, humide, brûlante. De petites bulles sourdent dans quelques points de sa surface, crèvent, et laissent échapper un fluide aériforme qui se réunit en un nuage blanchâtre audessus du sol. Ce nuage est formé de gaz acide carbonique, que colore un peu de vapeur d'eau. La présence de cet acide est facile à constater par les réactifs ordinaires :
Il rougit faiblement l'infusum bleu de tournesol.
Il blanchit l'eau de chaux. Si on laisse tomber de l'eau de chaux dans une éprouvette placée sur l'aire de la grotte, cette eau, transparente à sa sortie de la fiole, devient blanche en traversant la couche d'acide carbonique, et l'on ne reçoit plus dans l'éprouvette qu'une liqueur lactescente.
îl est impropre à la combustion. Une torche allumée qu'on plonge dans la couche s'éteint immédiatement. Le résultat est le même si, puisant de l'acide carbonique dans une éprouvette, on le renverse au-dessus de la torche. Le gaz, entraîné par son poids, retombe sur la flamme et l'éteint comme ferait un verre d'eau.