PARTIE II. — ASPHYXIE
Du phosphore, des allumettes chimiques, de la poudre ne s'enflamment point dans la couche du gaz.
M. le docteur James a complété les renseignements qu'on avait déjà sur les effets produits par le séjour des animaux dans la grotte, en déposant des lapins et des grenouilles dans la couche d'acide carbonique, et en tenant compte du temps qu'ils ont mi" à y mourir; il a compté pour
le Chien, 3 minutes. la Poule, 2 minutes,
le Lapin, 2 minutes. la Grenouille, 5 minutes, le Chai, 4 minutes. la Couleuvre, 7 minutes.
La durée différente de l'asphyxie chez ces animaux s'explique aisément. Un reptile est plus longtemps à mourir qu'un mammifère, parce qu'il lui faut moins d'air dans un temps donné, et que sa circulation est plus lente. De même, un animal fort et vigoureux oppose plus de résistance qu'un faible. Tout le monde sait combien le chat a la vie dure ; au. si voyons-nous le chat vivre dans la grotte une minute de plus que le chien.
Pour évaluer le temps qu'un homme mettrait à mourir dans la grotte, on ne peut prendre de point de comparaison dans l'asphyxie produite par la vapeur du charbon. En €ffet, la grotte contient une couche d'acide carbonique pur, dont l'action est immédiate et certaine, tandis que la combustion du charbon n'altère que peu à peu l'atmosphère. Par conséquent, les progrès de l'asphyxie ne suivent plus, dans ce dernier cas, une marche constante : ils sont lents ou rapides, selon le volume de gaz exhalé. S'il faut en croire une tradition qui ne mérite peut-être pas une entière confiance, l'expérienre aurait été faite, il y a trois siècles, par le prince de Tolède. Il fit étendre tout de son long dans la grotte un criminel dont on avait lié les pieds et les mains, de manière qu'il ne pût se soulever au-dessus de la couche d'acide carbonique. On l'y laissa dix minutes ; qu and onle retira, il é taitmort.
On a élevé bien des conjectures sur le mode de production et d'exhalation de l'acide carbonique de la grotte de Pouzzoles, En examinant les conditions géologiques de cette cavité,
!30 STRUCTURE ET PHYSIOLOGIE DE l'hOMME.
on* a constaté que le sol en est essentiellement volcanique ; les eaux thermales y abondent; elles contiennent, pour la plupart, du gaz acide carbonique en proportion notable.
I/aire de la grotte est humide, formée par une terre friable et poreuse. Sa température est de 38° cent. M. James, ayant creusé' un petit trou dans le sol, y plongea un thermomètre. Le mercure monta à 40°. La terre qu'il avait enlevée était plus imprégnée d*eau que celle de la surface. N'oublions pas que le gaz acide carbonique, au moment où il se forme dans la grotte, est chargé de vapeur aqueuse.
Il devient déjà très-probable qu'une source d'eau thermale gazeuse passe au-dessous de l'aire de la grotte, et qu'elle fournit l'acide carbonique.
A quelques pas de la grotte, et à 5 ou 6 mètres au-dessous de son niveau est le lac d'Agnano. Ses eaux bouillonnent en deux ou trois endroits, dans cette partie voisine du bord qui regarde la grotte. M. James y plongea la main ; l'eau était froide comme dans le reste du lac. Ce savant médecin ne douta pas que ce ne fût la source d'eau thermale gazeuse dont il avait soupçonné le passage dans la grotte, et qui perdait sa chaleur en se versant dans le lac. Le bouillonnement n'était autre chose que le gaz acide carbonique qui se dégageait de cette source. Pour le constater, il remplit d'eau une éprouvette, et la plaça, renversée, au-dessus d'un endroit bouillonnant. L'eau fut peu à peu chassée par le gaz, qui prit sa place. 11 plongea dans l'éprouvette une bougie allumée ; elle s'éteignit. Il chargea de nouveau l'éprouvette, et y versa de l'eau de chaux : cette eau blanchit.
Il est permis de conclure de ces diverses observations qu'une source d'eau thermale gazeuse passe au-dessous de la grotte du Chien, et qu'elle laisse échapper, à travers les porosités du sol, le gaz acide carbonique qui se renouvelle sans cesse, comme le courant qui l'alimente.
Près du volcan de Gerolstein, on trouve une caverne qui donne issue à un courant gazeux plus remarquable encore. Le gaz ne paraît pas différer notablement de l'air atmosphérique, car on le respire sans éprouver aucun embarras. Sa vitesse est