PARTIE II
— CHALEUR ANIMALE
Animaux à sang chaud et à sang froid.
On donne le nom d'animaux à sang froid à ceux qui ne produisent pas assez de chaleur pour avoir une température propre et qui soit indépendante des variations atmosphériques.
On appelle animaux à sang chaud ceux qui conservent une température à peu près constante, au milieu des variations ordinaires de chaleur et de froid auxquelles ils sont exposés, et qui présentent, même ordinairement, un excès sensible de chaleur sur les corps environnants. Nous avons vu que les oiseaux et les mammifères sont les seuls êtres qui appartiennent à cette dernière catégorie; tous les autres animaux sont des animaux à sang froid .
La température des animaux à sang froid est, en général, de beaucoup inférieure à celle des mammifères et des oiseaux. Leur chaleur suit ordinairement les variations de la température extérieure et n'en diffère que de deux ou trois degrés. Cependant les abeilles et les hannetons offrent des exceptions : la température des abeilles, si Ton en juge par celle des ruches, s'élève, en été, à 35° centigrades, et monte quelquefois à 40. Un thermomètre placé dans un boisseau de hannetons s'est élevé à 10° au-dessus de la température extérieure. Les reptiles en incubation élèvent, de 5 à 10 degrés, la température qui les environne ; mais, dans tous ces cas particuliers, on suppose, avec raison, que l'espace limité où se produisent ces phénomènes, s'échauffe par le rayonnement.
MM. Prévost et Dumas ont recherché quelle était la proportion des globules, de Talbumine et de l'eau dans des animaux de températures différentes, et ils ont constaté :
1° Que les oiseaux^ dont la température est plus élevée que celle des animaux des autres classes, sont aussi les animaux dont le sang est le plus riche en globules ;
2° Que les mammifères sont, après les oiseaux^ les animaux dont le sang est le plus riche en globules. Il semble môme résulter de leurs expériences que le sang des carnivores contient plus de globules que celui des herbivores.
140 ' STRUCTURE ET PHYSIOLOGIE DE l'hOMME.
3^ Que le sang des animaux appartenant à la classe des mammifères et des oiseaux conserve, dans toutes les vicissitudes des saisons, sa température, hors les cas d'un froid extrême, incompatible avec la vie ; mais cette température est sujette à une variation régulière que M. Ghossat a nommée diurne. Elle consiste dans un mouvement périodique et quotidien do la chaleur, au moyen duquel elle s'abaisse pendant la nuit et se relève ensuite pendant le jour, ce qui explique pourquoi, durant le sommeil, nous avons besoin d'enveloppes plus chaudes que celles qui nous suffisent dans l'état de veille.
Un petit nombre d'espèces, parmi les mammifères ^ susceptibles de s'engourdir par une basse température, subissent un refroidissement considérable. Ce phénomène, qui a reçu le nom hibernation^ a été bien souvent l'objet des recherches et des expériences des naturalistes. On a, tour à tour, cherché la solution de ce problème intéressant dans des explications physiologiques et chimiques empruntées soit à la nature de l'animal, soit à l'état de l'atmosphère dans laquelle il est plongé.
D'après la théorie de Spallanzani, connue dès 1789, l'hibernation serait produite par un accroissement très-sensible dans la rigidité de la fibre musculaire et, par conséquent, par la diminution de l'irritabilité.
Selon les remarques de Saissy, de Prunelle et de Mangili, publiées en 1807 et 1808, il suffirait que la température atmosphérique s'approchât de 0, et que l'animal fût placé de manière à n'éprouver l'action d'aucun courant d'air, ni même l'action de la lumière^ pour que le phénomène eût lieu. L'animal qui doit subir l'hibernation ferme son terrier, se contracte, se tient pelotonné, immobile, roide et les yeux fermés. Les fonctions les plus importantes de la vie se suspendent: la respiration, considérablement ralentie, est à peine perceptible ; le sang quitte les extrémités pour engorger les vaisseaux de l'abdomen. Il y a abstinence de toute espèce de nutrition et cessation complète de toute sécrétion. La sensibilité et l'irritabilité sont tellement suspendues, que l'on peut agiter l'animal, le rouler, le disséquer même, sans le