PARTIE III. — SYSTÈME NERVEUX
Sur ce que les premiers effets des passions, au lieu c^e porter sur le cerveau, comme ceux du travail intellectuel, portent sur les organes de la vie intérieure ; ainsi, sous l'influence de ces émotions morales, le cœur presse, ralentit et suspend ses battements; la respiration devient haletante, entrecoupée; la digestion se suspend ou est troublée par des vomissements ; la peau se couvre d'une sueur glacée, etc., etc. ;
30 Sur ce que le geste et le langage rapportent également les passions à ces organes de la vie intérieure : ainsi la main se porte sur la région précordiale. Les anciens avaient déjà eu cette idée, puisqu'ils avaient placé le siège des passions dans le centre épigas trique.
Entre autres objections faites à ce système, on a dit que placer le siège des passions dans les organes de la vie intérieure, parce que ceux-ci sont modifiés par elle, c'est prendre l'effet pour la cause. En effet, les jambes manquent dans la peur; devra-t on rapporter la peur à cette partie du corps?
On a cherché à expliquer toutes nos sensations par des vibrations dans la substance médullaire des nerfs et du cerveau. Cette explication mériterait de tenir une place dans la saine philosophie, si l'on avait jamais pu établir par des expériences directes que cette substance éprouve des vibrations ou qu'elle est susceptible d'en éprouver. On s'est servi de ces vibrations imaginaires pour expliquer toutes nos sensations, quoiqu'on n'ait jamais pu établir une relation entre la diversité des unes et celle des autres.
Les rayons lumineux produisent une impression sur le nerf optique, mais ils n'en produisent aucune sur les nerfs acoustiques ou olfactifs; les émanations odorantes des corps font une impression sur les nerfs olfactifs, mais elles n'en font aucune sur les nerfs optiques ou acoustiques. Les vibrations de l'air agissent sur les nerfs acoustiques, mais elles laissent insensibles les nerfs optiques et olfactifs.
Le galvanisme est l'un des plus puissants excitants du système nerveux. La manière dont se conduit cet agent offre même des traits d'analogie si frappants avec la manière dont se conduit l'agent nerveux, que quelques physiologistes ont cru
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pouvoir en conclure l'identité de ces deux agents. Mais cette identité est loin d'être prouvée.
Avant d'énumérer les principales conditions de l'action nerveuse, nous devons dire qu'on ne sait rien du mode et du mécanisme de cette action. Les esprits animaux ont depuis longtemps perdu leur vogue. Le fluide nerveux n'est qu'une conjecture qui s'accommode plus ou moins aux faits, et l'analogie avec le fluide galvanique, quelque frappante qu'elle soit, n'est pourtant encore qu'une analogie.
Les anciens supposaient que les fibres nerveuses sont de petits tubes remplis d'une vapeur très-subtile à laquelle ils donnaient le nom d'esprits animaux; que le cerveau est une glande qui sécrète ces esprits de la partie la plus déliée du sang, et répare continuellement l'énorme consommation qui s'en fait ; qu'enfin c'est par le moyen de ces esprits animaux que les nerfs remplissent leurs fonctions.
Descartes nous les montre parcourant sans cesse les canaux qu'ils se sont assignés, et produisant non-seulement les mouvements musculaires, mais la perception, la mémoire et l'imagination. Il a décrit leurs voyages et leurs opérations avec la même précision et le même détail que s'il en avait été le témoin oculaire.
Malheureusement, jamais œil humain n'a aperçu la structure tubulaire des nerfs, jamais les injections les plus fines n'ont pu la rendre sensible, et il se trouve que toutes les merveilles qu'on a racontées des esprits animaux, pendant plus de quinze siècles, n'étaient que de pures conjectures.
M. Helmholtz, professeur de physiologie à Kœnigsberg, s'est occupé de déterminer la vitesse de propagation de l'agent nerveux dans les nerfs rachidiens. Il a trouvé qu'il faut à l'irritation nerveuse, pour arriver du plexus sciatique au muscle gastrocnémien d'une grenouille, par exemple, un espace de temps qu'il a évalué à 43 mètres par seconde : il a constaté, en outre, qu'à des températures basses correspondaient de moindres vitesses de propagation de l'agent nerveux. Ces expériences constatent, pour la transmission de l'action nerveuse, une vitesse infiniment plus lente que celle de la lumière qui