PARTIE m. — SYSTÈME NERVEUX
ne s'est pas vu forcé de multiplier les facultés, par des décompositions hypothétiques, pour les accommoder au grand nombre de protubérances qu'il croyait avoir trouvées sur le crâne, et qui étaient pour lui autant d'indices d'organes cérébraux distincts.
2° La division des penchants, des passions et des simples aptitudes, juste à beaucoup d'égards, est également arbitraire sous beaucoup de^rapports ; elle admet des subdivisions et des décompositions qui n'existent que dans le langage et sont purement conventionnelles ; elle en établit d'autres qui ne sont qu'accidentelles et dépendent uniquement de circonstances locales 011 individuelles. Elle ne se prête donc pas plus que la division des facultés intellectuelles à une division physiologique fixe et invariable.
3° 11 n'est pas prouvé d'une manière certaine que le volume du cerveau et de ses différentes parties soit en raison de l'activité plus grande de la totalité ou d'une partie des facultés intellectuelles. C'est, par conséquent, une mesure peu fidèle et très-contestable de Fénergie de ces mômes facultés.
4° En admettant l'augmentation du volume des différentes parties du cerveau, proportionnellement à l'énergie des facultés intellectuelles supposées correspondantes, il est loin d'être prouvé que ces augmentations partielles soient assez considérables pour produire un enfoncement sensible dans la table interne du crâne; et, cet enfoncement eût-il lieu, la substance diploïque qui se trouve interposée entre cette table et la table externe du crâne empêcherait cet enfoncement de se produire, au dehors, par une bosse qui la traduisît parfaitement. Ajoutons que la couche d'eau qui existe dans la duplicature de la membrane arachnoïde, non-seulement dans le crâne, mais encore le long de la colonne vertébrale, opposerait à cette impression du cerveau sur la face intérieure du crâne une difficulté de plus.
0° En supposant même qu'il y eût dans le cerveau des parties assez développées pour se prononcer au dehors par des saillies ou protubérances placées à la face externe du crâne, on devrait en retrouver quelques traces sur le cerveau lui-
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même, après la mort. Or, jusqu'à présent, l'examen le plus aitenlif de cet organe n'a rien offert de semblable.
6*^ Enfin, en admettant, avec le docteur Gall, que les passions, les penchants et les aptitudes correspondent avec certaines dispositions organiques^ ce qui est au moins très-probable, il n'est pas prouvé que ces dispositions organiques soient toutes placées dans le cerveau et que le reste de Téconomie n'en recèle aucune autre.
Nous ne nions pas que le docteur Gall, en reprenant, de nos jours, les idées émises longtemps avant lui, ne leur ait donné des développements et une extension qui lui ont coûté beaucoup de temps et de recherches, et qui ont contribué à faire mieux connaître la structure du cerveau. Mais nous ne pouvons considérer comme un progrès scientifique le système qui a fait dépendre de sièges ou d'organes cérébraux particuliers, non-seulement les diverses facultés intellectuelles, mais encore toutes les passions, tous les penchants, toutes les dispositions morales et même industrielles qui peuvent se rencontrer chez les divers individus.
Quand on songe à l'engouement qu'a fait naître dans le monde des salons la doctrine du docteur Gall ; quand on se rappelle ces prétentions extravagantes que n'ont déroutées ni les échecs, ni les démentis, ni les déceptions, et qui, ne craignant pas de s'élever contre la puissance créatrice elle-même, s'attaquent à sa grandeur, en l'accusant de stérilité dans ses plans et dans ses moyens, on ne peut qu'applaudir aux efforts entés, dans ces derniers temps, par les esprits vraiment philosophiques, pour effacer de la physiologie du cerveau jusqu'aux dernières traces d'un système aussi aventureux.
Le jour où l'on voudra ne chercher dans les faits que ce qu'ils portent avec eux, et n'y voir que la vérité dont ils sont l'expression, on en finira de cette tentative déplorable faite par Gall, pour rattacher les facultés de l'esprit à certains sièges ou organes cérébraux distincts. Cette doctrine, qui aura passé dans la science avec un peu plus de fracas que celles qui l'ont précédée, n'en aura pas moins la destinée réservée à toutes les idées fausses, et disparaîtra, comme elles et pour les