‹ Le corps humain [electronic resource]Chapitre 257 sur 265 · PARTIE III. — ORGANES DE LA VISION · texte numérisé non relu

PARTIE III. — ORGANES DE LA VISION

concavité que forme cette membrane nerveuse la rend apte à se présenter au foyer propre de chaque pinceau lumineux. La terminaison de la rétine a lieu à la circonférence externe du corps ciliaire ; c'est là que cessent ses éléments nerveux.

Nous voyons les objets hors de nous, quoique leur image soit sur la rétine. L'expérience nous apprend, ici, comme pour le son, que la cause de l'impression est hors de nous. Il en résulte que l'idée d'impression et l'idée d'une situation de l'image, extérieure à nous, finissent par être inséparables. On a remarqué, en effet, que pour les aveugles nés, chez lesquels l'habitude n'a pas produit cette simultanéité d'effets, le sentiment de ladistance n'existe pas, et, quand onleur donnela vue par une opération, ils disent que les objets touchent leurs yeux. On a cherché à expliquer de bien des manières pourquoi, les images se peignant renversées sur notre rétine, nous voyons Jes objets droits et dans la position qu'ils affectentréelment au dehors de nous. Cette question difficile, pour laquelle on a invoqué l'éducation du sens de la vue par l'habitude et l'expérience qui nous apprend que tel point doit être placé sur telle direction, pour être dans une relation naturelle avec le corps que nous voyons, n'a pas encore reçu de solution. Voici comment Berkeley, évêque de Cloyne, a rendu compte de ce phénomène ;

« Quoique l'image de l'objet soit effectivement tracée, au fond de l'œil, dans une situation renversée, cependant l'âme doit naturellement, et sans le secours d'aucune expérience, la redresser, c'est-à-dire voir en haut l'extrémité supérieure et voir en bas l'extrémité inférieure. En effet, ces termes de haut et de bas sont des termes relatifs, et qui n'ont de valeur que par le terme auquel nous les comparons: c'est-à-dire, que nous jugeons en haut tout ce qui correspond à la voûte céleste, et en bas tout ce qui correspond à la terre. Or, il est bien évident que le ciel se peint dans la partie inférieure, et que la terre se peint dans la partie supérieure : dès lors, nous rapportons à la voûte céleste l'extrémité de l'objet qui se peint dans la partie la plus supérieure ; c'est-à-dire que nous établissons naturellement, entre ces deux extrémités, la

relation qu'elles ont^ et que nous situons l'objet tel qu'il est réellement. »

L'image est double, et cependant nousla voyons simple. Quelques physiologistes expliquent ce phénomène par une disposition anatomique, rentre-croisementdes nerfs optiques. D'autres recourent à des explications physiologiques : ainsi Bu (Ton admet que l'on voit douT)le dans l'origine, mais que le toucher rectifie l'erreur. Gall prétend que l'on ne voit ordinairement qu'avec un seul oéil, et presque jamais avec les deux à la fois. D'autres, enfin, ont invoqué une loi par laquelle la sensation est toujours reportée à l'extrémité du corps lumineux qui cause l'impression, et par conséquent à l'objet unique qui est éclairé. Une autre loi, admise p^r quelques savants, c'est que, toutes les fois que les points lumineux frappent des points correspondants de la rétine, il n'y a qu'une seule image.

On a remarqué que la vision des objets qu'on aperçoit mal, lorsqu'on les regarde d'un œil, avec une lorgnette d'approche, pendant que l'autre œil est fermé, devient plus nette quand on ouvre ce dernier. Ce phénomène trouve son explication en ce que l'ouverture pupillaire est plus petite quand les deux yeux sont ouverts que lorsque l'un des deux est fermé. Quand la pupille est resserrée, les rayons venus des objets voisins de celui que l'on fixe arrivent en moins grand nombre sur la rétine. C'est ce dont on s'assure aisément, en regardant par un trou fait dans une carte un objet dont on voyait à peine les détails, à l'œil libre. La vision devient alors bien plus nette. Sans doute, alors, il arrive moins de rayons de l'objet lui-même, mais, comme il n'en vient presque que delui, il y a tout avantage à ouvrir l'œil dont on ne se sert pas.

Les différences que présentent les hommes, sous le rapport de l'aptitude qu'ils ont à distinguer un objet de près ou de loin, constituent la, myopie etlapirshytie.

La myopie tient à ce qu'une cornée trop saillante, ou un cristallin trop dense et trop convexe, rapprochent trop brusquement les rayons lumineux et les réunissent ayant qu'ils aient atteint la rétine. Le myope n'a une vision distincte des objets qu'à une distance moindre de 30 centimètres. Le

Page 1