‹ Le corps humain [electronic resource]Chapitre 79 sur 265 · APPAREIL LACRYMAL. — VISION · texte numérisé non relu

APPAREIL LACRYMAL. — VISION

causes et leur mécanisme, attendent du progrès des sciences une explication que la physiologie n'a pas encore donnée. Même pour ceux de ces phénomènes qui semblent, au premier abord, purement physiques, il ne faut pas oublier que les milieux réfringents de Tœil sont organisés et ne doivent être assimilés que par approximation aux corps inorganiques, sur la forme et la densité desquels les physiciens basent leurs calculs. De là résultent nécessairement des divergences dans les théories émises sur la vision ; car, si l'œil peut, à quelques égards, être considéré comme un inslrument d'optique, on ne saurâit arriver à des déductions rigoureuses en comparant des organes analogues ou même semblables dans leur construction, mais différents dans leur nature intime.

Les physiciens réclament, comme se rattachant à leurs études, les phénomènes de la vision qui se produisent de la cornée à la rétine; tout ce qui se passe au delà de cette membrane apparlient à la physiologie.

C'est par la rétine que l'œil est sensible à la lumière, on peut donc considérer cette membrane comme la partie essentielle de l'organe de la vision. Les autres parties ont pour fonction de conduire les rayons lumineux à sa surface et dans les conditions nécessaires à l'impression nerveuse, que toutes concourent à assurer mais qui s'accomplit dans la rétine seule. Des causes autres que le choc des ondes lumineuses peuvent exciter la rétine; ainsi, la pression d'un doigt sur l'œil, la commotion résultant d'une chute ou d'un coup sur la tête, Faction de l'électricité et certaines affections de l'œil ou du cerveau y font naître, en l'absence de la lumière naturelle ou artificielle, des images lumineuses

variables pour la forme et Tintensité. On nomme lumière profre de la rétine la lueur qui se produit dans ces conditions.

Comme le nerf optique et les autres nerfs particuliers aux organes des sens, la rétine a un mode de sensibilité spécial ; elle perçoit l'impression de la lumière et la transmet au cerveau, mais elle n'est pas douée de la sensibilité tactile. Aucune irritation mécanique n'y détermine la douleur. Dans l'état normal, l'action d'une lumière trop vive et, dans certaines affections de l'œil ou du cerveau, le moindre rayon lumineux peuvent causer une sensation douloureuse, mais cette douleur doit être rapportée soit à l'encéphale, soit aux nerfs du cercle ciliaire ou de l'iris indépendants de la rétine et du neif optique.

Punctum cxcum. Mariette a reconnu, le premier, que toutes les parties de la rétine n'étaient pas également sensibles; un espace limité de cette membrane, correspondant à la papille du nerf optique, est tout à fait insensible à la lumière, suivant la plupart des auteurs. Longet y admet une sensibilité très-obtuse. Ce point, qu'on nomme le pmictiim cœcum (point aveugle), est le seul de la surface interne de l'œil qui soit dépourvu de pigment.

Tracez deux figures, suivant une ligne horizontale^ sur une feuille de papier placée verticalement, puis fermant l'œil droit, fixez l'œil gauche sur la figure de droite, à certaines distances, les deux figures se voient plus ou moins distinctement; mais en éloignant ou rapprochant le papier, il arrive un moment où la figure sur laquelle l'œ.il est fixé se voit seule, l'autre dispa-

PUNCTUM C.ï:GUM. — ENTOPTIQUE. 211

raissant complètement, pour reparaître si on déplace le papier ou si l'œil cesse de regarder fixement. Plus les deux figures sont distantes entre elles, plus elles doivent être éloignées de l'œil pour qu'il cesse de voir Tune des deux.

Celle qui disparaît ainsi projette alors son image sur le point aveugle ; elle reparait quand , par le déplacement du papier, l'angle que ces rayons font avec ceux de l'autre figure devient plus ou moins ouvert.

Entoptique, L'œil peut voir nonseulement les objets extérieurs , mais certains détails de son organisation intérieure. On nomme enloptique ou vue intérieure cette partie des phénomènes visuels. Le froissement de la cornée à travers les paupières , un corps ou une cicatrice siégeant à sa surface , les rameaux vasculaires de la rétine et d'autres causes de ce genre, font quelquefois apparaître sur la rétine des images de formes différentes; ce sont des stries, des taches, des globules, des cercles lumineux ou ^ig. 37.

sombres, qui semblent se mouvoir dans l'œil. On a donné à certaines de ces images le nom de mouches volantes, parce qu'elles traversent le champ de la vision dans un sens ou dans Tau-

tre. Leur apparition n'a rien que de normal, et Ton ne peut les confondre, les fonctions visuelies ne présentant d'ailleurs aucun trouble, avec les signes analogues qui accompagnent et dénotent quelques maladies de l'œil ou du cerveau. Un mouvement latéral de l'œil suffit pour les déplacer ou les faire disparaître.

Images renversées. L'œil peut se comparer à l'instrument d'optique connu sous le nom de chambre noire. On sait que Timage des objets se présente renversée sur l'écran de la chambre noire; de même les rayons lumineux, qui partent de tous les points d'un objet que nous regardons, traversant, pour arriver à la rétine, la cornée, l'humeur aqueuse, le cristallin et le corps vitré, sont réfractés dans ce trajet, et l'image formée par leur ensemble se peint renversée sur le fond de l'œil.

En observant un œil de bœuf, dont la sclérotique a été préalablement amincie, ou les yeux des animaux albinos, du lapin blanc par exemple, qui sont dépourvus de pigment et dont la sclérotique et la choroïde sont transparentes, on peut, comme l'a fait voir Magendie, reconnaître que la flamme d'une bougie se peint renversée sur la rétine.

Comment donc pouvons-nous voir les objets dans leur position réelle? Buffon et d'autres auteurs ont dit que nous redressions par le raisonnement l'image peinte sur la rétine, que le toucher nous apprenait à rectifier ainsi la sensation visuelle. Mais Cheselden, ayant par une opération rendu la vue à un aveugle-né, n'a pas remarqué que ce jeune homme vît tout d'abord les objets autrement que dans leur position réelle, et les observa-

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