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UC GASTRIQUE. SA COMPOSITION ET SES PROPRIÉTÉS

— Le suc gastrique est un liquide filant, limpide, à réaction légèrement acide, qui est sécrété, au moment de la digestion, par les glandes en tube de l’estomac.

MM. Bidder et Schmidt ont pu recueillir, sur une femme atteinte de fistule stomacale, jusqu’à 500 grammes de suc gastrique par heure. Le nombre considérable des glandes gastriques, que M. Sappey évalue à plus de cinq millions, rend facilement compte de cette abondante sécrétion.

Diverses causes physiques et morales peuvent activer, diminuer ou meme suspendre la sécrétion du suc gastrique.

L’usage modéré des épices , la tranquillité de l’esprit , la gaieté activent cette sécrétion ; l’abus des liqueurs fermentées, la tristesse la diminuent ; enfin la fièvre, le froid peuvent la suspendre et déterminer des indigestions. Nous savons déjà que, lorsqu’on présente un morceau de viande à un chien muni d’une fistule stomacale, on voit en même temps sourdre à la surface interne de l’estomac des petites gouttelettes transparentes du suc gastrique. La même observation a été faite chez l’opéré de M. Yerneuil.

L’excitant principal de la sécrétion stomacale est l’aliment. Mais le contact de toute substance, même inerte, avec la muqueuse de l’estomac provoque aussi la sécrétion du suc gastrique ; c’est à cette particularité que la graine de moutarde blanche doit sa réputation d’excitant digestif. On sait que certaines peuplades de l’Orénoque, du Cassiquaire et de Rio-Negro ont l’habitude d’avaler des boulettes d’argile pour tromper leur faim ; d’où le nom de géophages terre ; çayeiv, manger) qui leur a été donné.

L’acidité du suc gastrique est due à la présence d’une certaine quantité d’acide chlorhydrique et d’une faible proportion d’acide lactique. Ce sont ces acides qui facilitent la digestion des os avalés par les chiens.

Le suc gastrique est un liquide antiputride, et il doit cette propriété à sa réaction acide; aussi a-t-il été employé par des chirurgiens italiens dans le pansement des ulcères atoniques.

Pendant les digestions laborieuses, il se développe d’autres acides, tels que l’acide butyrique et l’acide acétique. Ils donnent lieu à la sensation de brûlure dite fer chaud ou pyrosis (xupéw, je brûle), qui remonte de l’estomac dans la gorge et est accompagnée d’éructations d’une aigreur insupportable. Les aliments gras, les fromages avancés, les fritures qui produisent l’acide butyrique et les boissons fermentées

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comme le vin, dont l’alcool se transforme en acide acétique, sont les causes les plus fréquentes du pvrosis. On évite cet inconvénient par l’usage du bicarbonate de soude ou du sel de Vichy qui neutralise l’action irritante de ces acides.

L’analyse chimique démontre encore dans le suc gastrique la présence d’un ferment organique appelé pepsine coction) qui est à

ce liquide ce que la ptyaline est à la salive.

La pepsine, très-soluble dans l’eau acidulée, l’est peu dans l’acool faible ; aussi le vin et les liqueurs retardent-ils la digestion au lieu de l’activer, contrairement à l’idée répandue.

Cette substance organique possède encore la propriété de coaguler le lait : on a donc dit avec raison que quand on mange du lait on digère du fromage.

C’est à cette particularité que le quatrième estomac des ruminants doit son nom de caillette, parce que le suc gastrique qu’il renferme, grâce à l’action de la pepsine, a la propriété de faire cailler le lait : aussi l’em ploie- t-on, sous le nom de présure , dans la préparation des fromages.

De même que la ptyaline de la salive agit sur les aliments féculents, en changeant leur amidon en dextrine puis en glucose assimilable, de même la pepsine transforme les aliments azotés en une substance susceptible d’être absorbée, Yalbuminose ou la peptone. L’acidité du suc gastrique favorise cette métamorphose.

On administre la pepsine préparée avec des estomacs de mouton aux personnes qui digèrent avec peine les aliments azotés. Il paraît que dans les Pampas, les Indiens recueillent, pour le même usage, la pepsine contenue dans le suc gastrique des autruches. C’est à l’abondance de ce produit que l’estomac de ces animaux doit sa puissance digestive qui, on le sait, est passée en proverbe.

Pendant la vie, la couche épithéliale de la tunique muqueuse protège les parois de l’estomac contre l’action du suc gastrique ; mais après la mort, ce liquide peut attaquer et digérer en quelque sorte l’organe qui l’a sécrété; dans certaines conditions il peut même dissoudre le corps entier ainsi que le prouve le fait suivant :

Deux jeunes loups, rapporte M. Paul Bert, étouffés par leur mère après leur naissance, furent placés, le ventre et le thorax ouverts, dans un vase plein d’eau acidulée ; le même liquide fut introduit dans leur estomac ; puis le vase fut hermétiquement clos. Au bout d’une dizaine de jours, Scliiff, visitant ces animaux, fut stupéfait de voir qu’ils avaient disparu. Il n’en restait qu’un détritus d’os et de cartilages, avec les poils, les ongles et la graisse. Le liquide répandait une forte odeur de bouillon; il n’y avait pas trace de putréfaction; ces petits loups s’étaient digérés eux-mêmes tout entiers 1

LE CORPS HUMxYIN.

Voilà unte activité de suc gastrique qui justifie bien leur proverbial appétit.

F. — Intestin grêle.

Lo\GïiEm i>e L’intestin grêle. — La longueur de l’intestin grêle varie dans différentes classes d’animaux et suivant leur mode d’alimentation. Chez les carnivores, comme le lion, la longueur de l’intestin est à peu près trois fois celle du corps ; chez les herbivores, comme le mouton, elle mesure environ vingt-huit fois la longueur de l’animal. Quant à l’homme, qui tient, en sa qualité d’omnivore, le milieu entre les autres espèces, la longueur du tube digestif est cinq fois celle de sa taille : elle peut donc être estimée, en moyenne, à huit mètres.

La grenouille fournit l’exemple le plus frappant du rapport qui existe entre le tube digestif et le genre d’alimentation : à l’état de têtard, elle ne se nourrit que de plantes aquatiques, et son intestin mesure dix fois la longueur de son corps ; à l’état adulte, alors qu’elle mange de la chair et principalement des insectes, son intestin n’est que deux fois plus long que son corps.

Ces différents faits d’anatomie comparée prouvent que les matières végétales sont plus longues à digérer que les matières animales ; elles démontrent, en outre, que le régime de l’homme doit être à la fois animal et végétal.

Il serait intéressant de rechercher si l’intestin des habitants des climats chauds, qui se nourrissent surtout de végétaux, est plus long que celui des habitants des climats froids, qui font une grande consommation de graisses et de chairs d’animaux.

DIVISIONS DE L’INTESTIN GRÊLE. — 1° DUODÉNUM. — Dans

son parcours de l’estomac au gros intestin, l’intestin grêle se divise eu trois parties : le duodénum , le jéjunum et Y iléon.

Le duodénum (SwBsy.a, douze; od bcwXôç, doigt), est ainsi nommé à cause de sa longueur qui est d’un peu plus de douze travers de doigt. On l’appelle encore Yestomac secondaire , parce que sa capacité est de beaucoup supérieure à celle des autres portions de l’intestin grêle. La forme du duodénum est celle d’un C ou d’un fer à cheval dont la concavité embrasse la tête du pancréas (pl. III, G, 2). Vers sa partie inférieure, le duodénum présente une ouverture dite ampoule de Mater (9, fig. 335), qui donne simultanément passage à la bile venant du foie (I) et au suc pancréatique venant du pancréas (8).

2° JÉJUINO-ILÉOIV. COLIQUES DE MISERERE. — Le jèjUUUm

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et V iléon remplissent presque tout l’abdomen. On ne peut indiquer aucune ligne de démarcation entre ces deux portions. On a coutume d’appeler la partie supérieure jéjunum, parce qu’on la trouve toujours vide à l’ouverture des cadavres ; Yilêon, la partie inférieure, parce

1, Cellules du foîe. -—2, Origine des conduits biliaires dans les deux lobes du foie. — 3, Troncs des conduits biliaires. — 4, Canal hépathique. — 5, Canal cystique. — 6, Vésicule biliaire. — 7, Canal cholédoque. — 8, Pancréas. — 9, Ampoule de Vater. — 10, Tronc de la veine porte. — 11, Grande veine mésaraïque. — 12. Petite veine mésaraïque. — 13, Veine splénique. — 14, Tronc de l’artère hépatique.

qu’elle occupe principalement les régions iliaques. A l’exemple de la plupart des anatomistes, nous les décrirons simultanément sous le nom de jéjuno-iléon. Cette partie de l’intestin grêle forme un grand nombre de replis qui constituent les circonvolutions intestinales (pl. III, I).

Le jéjuno-iléon est plus ou moins distendu par les gaz et contribue de la sorte à donner à l’abdomen sa forme bombée. Si la distension augmente, comme dans la fièvre typhoïde et dans certaines névroses, elle détermine le ballonnement ou météorisme abdominal ; si, au contraire, elle fait défaut, la paroi de l’abdomen s’affaisse et donne lieu au ventre dit « en bateau », comme on l’observe dans la fièvre cérébrale. La présence permanente des gaz à l’intérieur de l’intestin explique pourquoi, dans les épanchements de l’abdomen, les circonvolutions intestinales flottent toujours à la surface des liquides épanchés dans cette cavité : si le sujet se couche sur un côté, elles passeront du côté opposé, et, dans le décubitus dorsal, elles occuperont la partie supérieure de l’abdomen.

Le jéjuno-iléon est fixé d’une manière très-lâche à la paroi postérieure du ventre par le mésentère (pi. III. J, G) qui, nous l’avons déjà dit, est une grande duplicature du péritoine : de là l’excessive mobilité des circonvolutions intestinales. Cette mobilité, qui est un des caractères principaux des deux dernières portions de l’intestin grêle, expose le jéjuno-iléon à s’engager dans toutes les ouvertures naturelles ou accidentelles des parois abdominales, en formant à l’extérieur

Fig. 336. — Invagination intestinale.

i. Portion de l’intestin dans laquelle s’est engagé le segment intestinal 5 placé an-dessus. — 2, Muqueuse retournée en doigt de gant. — 3, Portion ouverte pour montrer le segment supérieur invaginé. — 4, Oriflce de la portion invaginée. — 3, Bout supérieur de la portion invaginée.

une hernie plus ou moins volumineuse. Le jéjunum se rencontre surtout dans les hernies de l’ombilic, et l’iléon dans celles qui naissent au niveau de l’aine.

Un autre inconvénient de cette mobilité est d’exposer le jéjunoiléon aux occlusions intestinales , soit par une invagination (de in, dans, vagina , gaine) d’un bout de l’intestin dans la partie placée immédiatement au-dessous, comme le montre la figure 336 ; soit encore par un iléus ou un volvulus (s?Xe!v, et volvere , tourner), c’està-dire par un enroulement de l’intestin sur lui-même. Ces différents cas d’obstruction intestinale sont accompagnés de vomissements incoercibles, de constipation opiniâtre et de douleurs atroces appelées

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vulgairement coliques de miserere (impératif latin signifiant aie pitié). L’intestin grêle présente souvent sur son parcours des appendices ou diverticules en forme de doigt de gant, qui peuvent aussi s’enrouler autour d’une anse intestinale et déterminer une occlusion plus ou moins complète (fig. 337).

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