COLIQUES. FIÈVRE TYPHOÏDE
Les parois de l’intestin grêle sont formées de quatre tuniques emboîtées l’une dans l’autre (fig. 338), et qui sont de dehors en ^"par^divêrücifium^de6 n’nSf (dv dedans : une séreuse, une musculeuse, près m. Fort). une celluleuse et une muqueuse . Gomme
éléments accessoires, on trouve des vaisseaux et des nerfs.
La tunique séreuse est une dépendance du péritoine. Après avoir enveloppé toute la surface du jéjuno-iléon, cette membrane s’adosse à elle-même et se porte en arrière pour constituer le mésentère (fig. 311). Ce repli est pour l’intestin comme une sorte de ligament suspenseur qui favorise, en se développant, l’ampliation de cet organe et sert de support à ses vaisseaux.
La tunique musculeuse est formée de fibres superficielles longitudinales et de fibres profondes ou circulaires. En se contractant, ces fibres déterminent des mouvements lents dits vermiculaires , à cause de leur ressemblance avec ceux des vers de terre. « Gela grouille comme un tas de vers, » dit Burdach. On distingue ces mouvements en péristaltiques (Tûspt, autour; axIXXeiv, resserrer) et antipéristal- B tiques (àvit, contre), suivant qu’ils se propagent de haut en bas ou de bas en haut. Les premiers facilitent la progression des aliments pendant la digestion, et les autres se manifestent lors du reflux Fig. 338. — structure de des matières intestinales vers la bouche, par exemrintestin grêle. ple dans }es cas d’osbtruction intestinale.
A,gUud?aS— ^ B^Fibrês La contraction spasmodique des fibres muscu-
muscuiaires circulaires, laires de l’intestin est accompagnée de douleurs — plus ou moins vives appelées coliques intestinales
ventes- (xo'Xov, côlon).
Dans les cas de paralysie, ces fibres ne peuvent réagir et se laissent distendre par les gaz intestinaux. Telle est la cause du ballonnement que nous avons déjà signalé dans la péritonite, la fièvre typhoïde et dans certaines névroses.
La fatigue des fibres musculaires de l’intestin, à la suite des repas trop copieux ou trop fréquents, explique les troubles fonctionnels qui en résultent. Pour éviter ces inconvénients, on n’a qu’à suivre l’exemple du héron de la fable :
Il vivait de régime et mangeait à ses heures. „
C’est là un sage conseil d’hygiène et il en coûta la vie à plusieurs monarques pour s’en être écarté : les rois d’Angleterre Audebonte, Georges Ier et Henri Ier furent victimes de leur gloutonnerie ; l’empereur d’Allemagne Frédéric III et son fils Maximilien Ier, moururent tous deux pour avoir trop mangé de melon.
La TUNIQUE celluleuse, intermédiaire aux tuniques musculeuse et muqueuse, sert de support à l’une et à l’autre. Elle n’olfre d’ailleurs aucun caractère particulier.
La muqueuse intestinale présente à sa surface libre de nombreux replis désignés sous le nom de valvules conniventes (de connivere, fermer à demi), parce qu’elles forment un anneau incomplet dirigé perpendiculairement à l’axe de l’intestin. Ces replis (fig. 339) ont pour but d’augmenter l’étendue de cette membrane
Fig. 340. Fig. 341.
Fig. 340. — Villosités intestinales. — 1, Plan muqueux. — 2, Glandes de Lieberkuhn, — 3, Villosités.
Fig. 341. • — Coupe schématique d’une villosité. — 1, Couche d’épithélium de la surface interne. — 2, Petit plateau terminant la surface libre des cellules épithéliales. — 3, Réseau vasculaire. 4, Artériole. — 5, Veinule. — 6, Chylifère central.
et, par suite, de multiplier sa surface d’absorption. Grâce à leur forme, qui rappelle celle des diaphragmes de nos instruments d’optique, ces replis ont encore pour usage de retarder le cours des matières alimentaires, afin de rendre leur élaboration plus complète.
Ces valvules sont hérissées d’un nombre incalculable de petites
Fig. 339. — Valvules conniventes de l’intestin grêle.
SENS DE LA VISION
saillies, que Fallope a appelées villosités (de villus , velu), à cause de leur ressemblance avec le velours. Ces villosités (fig. 340) concourent aussi à augmenter la superficie de la muqueuse intestinale. Ainsi M. Sappey estime que la longueur de l’intestin grêle, qui, à l’état normal, est de 8 mètres, peut atteindre 13 mètres lorsque les valvules
Fig. 342. — Coupe d’une plaque de Peyer.
1, Tissu delà muqueuse. — 2, Follicules lymphoïdes de Peyer. — 3, Villosités intestinales.
conniventes sont déplissées, et il ajoute que cette dernière mesure serait doublée, s’il était possible d’étaler les villosités. D’après cet anatomiste, l’étendue réelle de la muqueuse serait de 20 000 centimètres carrés : elle serait donc supérieure à celle de la peau. Cette vaste surface explique, d’une part, la puissance d’absorption de l’intestin grêle et, de l’autre, l’abondance des déjections dans certaines affections intestinales.
Les villosités intestinales renferment un certain nombre d’artérioles et de veinules qui se ramifient autour d’un vaisseau lymphatique central (fig. 341). Les premiers vaisseaux président à la nutrition de l’intestin, et les autres servent à l’absorption du chyle, qui, nous le verrons, est composé de tous les sucs alimentaires assimilables.
La muqueuse intestinale est sans cesse lubrifiée par un mucus filant qui facilite la progression des aliments et leur fait subir des modifications particulières, que montrant une plaque de Peyer î. et nous signalerons dans l’étude de la digesdes follicules clos 2. tion. Le mucus de l’intestin grêle est sé-
crété par trois espèces de glandes qui sont renfermées dans l’épaisseur de la couche muqueuse : 1° des glandes en grappe ou de Brunner; 2° des glandes en tubes ou de Lieberkühn , et des glandes vésiculaires ou de Peyer. Les premières occupent exclusivement le duodénum. Dans les brûlures graves, on observe, sans les pouvoir expliquer, des ulcérations
de la muqueuse duodénale qui altèrent et même détruisent un certain nombre de ces glandes. Les glandes en tubes sont réparties uniformément sur toute l’étendue de l’intestin grêle. Enfin les glandes vésiculeuses ou follicules clos (fig. 343) appartiennent surtout à l’iléon, et elles sont d’autant plus abondantes qu’on se rapproche de son extrémité inférieure. A ce niveau, elles apparaissent sous la forme de plaques , dites de Peyer (fig. 343), plus ou moins étendues, que Cruveilhier appelait
Fig. 34 i. — Veine porte se rendant au foie.
1, Grande veine mésaraïque. — 2, Petite veine mésaraïque. — 3, Veine splénique venant de la rate. — 4, Veine gastro-épiploïque gauche. — 5, Estomac. — 6, Tronc de la veine porte. — 7, Canal cholédoque.
plaques gaufrées , parce qu’en les recouvrant la muqueuse présente des dépressions multiples.
Dans la fièvre typhoïde, ces plaques glandulaires sont toujours enflammées, souvent même ulcérées ; d’oii la diarrhée qui se produit dans cette maladie et la douleur que provoque la pression du flanc droit. La présence de cette lésion a valu à la fièvre typhoïde le nom de dothiénenthérie (ooôtVjv, bouton; è'ruepôv, intestin).
DE LA DIGESTION
VAISSEAUX ET HIEliFS DE L’IXTESTIM GRÊLE. — Les AR- TÈRES qui sont préposées à la nutrition des parois de l’intestin grêle . viennent de la mésentérique (pl. III. J, 10), ainsi appelée parce que ! ses rameaux cheminent entre les deux feuillets du mésentère.
Les veines partagent avec les vaisseaux lymphatiques l’absorption * des sucs nutritifs. Elles naissent de la muqueuse intestinale et forment la grande veine mésaraïque (1, fig. 344), qui constitue une des racines de la veine porte (6).
Les vaisseaux lymph atiques tirent leur origine du centre des villosités intestinales. On les appelle encore vaisseaux lactés ou chylifères, parce qu’ils sont chargés de transporter dans le canal thoracique (pl. III, P, 9) le chyle qui, pendant la durée de la digestion, prend l’aspect du lait. Il doit cette coloration à la grande quantité de globules graisseux qu’il contient.
Les nerfs de l’intestin émanent du grand sympathique. Les connexions de ce système nerveux avec l’axe cérébro-spinal rendent compte, d’une part, des influences physiques ou morales sur les fonctions digestives et, de l’autre, des ébranlements réflexes que ces dernières peuvent provoquer à leur tour dans l’organisme.
G. — Gros intestin.
Le gros intestin doit son nom à la grandeur de son calibre. Il décrit une courbe à concavité inférieure qui encadre les deux dernières portions de l’intestin grêle. Cette courbe a été comparée, avec raison, à celle d’un point d’interrogation.
Sa longueur est de lm,65, c’est-à-dire le cinquième environ de celle de l’intestin grêle.
Pour la facilité de la description, on lui considère trois parties : le cæcum, le côlon, le rectum .
1° CŒCUM. B ARRIÈRE DES APOTHICAIRES. — Le CœCUïïl
(de cæcus , aveugle) a été ainsi appelé parce qu’il forme une sorte de cul-de-sac logé dans le flanc droit. Il communique avec l’iléon par un orifice connu sous le nom de valvule iléo-cœcale (pl. III, J, 8). Cette valvule est limitée par deux replis membraneux, disposés à la façon d’une soupape à double clapet, qui s’oppose au reflux des matières stercorales (de stercus , excrément) dans l’intestin grêle. Les lavements ne peuvent pas non plus franchir cette valvule ; aussi lui at-on donné le nom de « barrière des apothicaires » .
L’air ou l’eau de Seltz que l’on introduit par l’anus, dans les cas d’obstruction intestinale, ne dépassent pas non plus cette limite. Ces
agents n’agissent donc qu’in directement et en provoquant de proche en proche les contractions intestinales, lorsqu’ils réussissent à déplisser l’intestin grêle invaginé ou à le dérouler s’il est noué. C’est ainsi que se comportent les corps étrangers, tels que les bouts de poireau, les morceaux de savon, etc., que l’on fait pénétrer dans l’anus des nouveau-nés pour vaincre leur constipation.
Le cæcum (lîg. 345) est muni d’un diverticule en doigt de gant, dit appendice ver mi forme, à cause de sa ressemblance avec un ver. Cet
Fig. 345. — Cæcum.
i, Tcrmiuaison de l’intestin grêle. — 2, Ouverture de l’intestin grêle et valvule de Bauhin. — 3, Valve supérieure. — 4, Valve inférieure. — 5. Ouverture faite au cæcum. — 6, Fibres circulaires. — 7, Bosselures du cæcum et du côlon ascendant qui lui fait suite. — 8, Fibres longitudinales. — 9, Appendice vermiculaire.
appendice, qui peut être considéré comme le vestige du cæcum double des herbivores, est creusé d’une cavité très-étroite (pl. III, J, 8) dans laquelle s’engagent quelquefois des corps étrangers d’un petit volume comme des pépins de raisins, des noyaux de cerises, qui provoquent l’inflammation du cæcum on lijphlite (tjçXoç, aveugle). Si cette maladie se propage au tissu cellulaire ambiant, elle détermine une périty phlite (keç>1, autour ; tuçâo;, aveugle). « L’appendice iléo-cæcal, a dit le professeur Lasègue, est un petit organe dont l’utilité et les fonctions ne sont nullement connues, qui sert à collectionner les noyaux de ce-
Î)E LA DIGESTION
rises et les épingles à cheveux qu’on lui envoie, lesquels ne servent qu’à l’embarrasser et le perforer, ce que les plus malins reconnaissent tout juste à l’autopsie, mais jamais, au grand jamais, pendant la vie. Mais de ce qu’il était apte à recueillir les épaves de la digestion, les hommes forts se sont empressés de dire qu’il avait une action préponrante ; d’autres, non moins forts que ceux-ci, ont dit que ce n’étaient pas les objets collectionnés qui l’avaient rendu malade, mais qu’il l’était déjà auparavant. La vérité est que, avant ou après, nous n’en savons rien. »
2° colov. scybades. ENTÉROL9THES. — Le côlon comprend la plus grande partie du gros intestin. C’est à la direction ascensionnelle de son origine et aux sinuosités de sa terminaison qu’il doit sa dénomination de côlon (xwXùw, je retarde) ; et en effet cette conformation ralentit le cours des matières excrémentiti elles engagées dans sa cavité. Parfois ces matières se fixent dans un point du côlon et forment des dépôts endurcis et arrondis appelés scybades, qui sont pris souvent pour des tumeurs de mauvaise nature.
On rencontre encore dans le côlon de l’homme des concrétions calcaires ou entérolithes (è'vvepôv, intestin; Xt0oç, pierre). Chez les ruminants, on trouve souvent dans les voies digestives des boules feutrées, formées de poils que l’animal a avalés en se léchant, et l’on donne à ces amas laineux le nom de égagropiles (atyaypoç, chèvre sauvage ; rctXôç, balle de laine), ou encore celui de bêzoards. Ces derniers étaient autrefois regardés comme alexipharmaques (àXs^eiv, repousser; ©ap venin), c’est-à-dire douées de prétendues vertus toniques, excitantes et sudorifiques. L’ ambre gris qui flotte sur les mers et que l’on emploie comme parfum n’est qu’une excrétion morbide des voies digestives du cachalot.
On a subdivisé le côlon en quatre parties distinctes : 1° le côlon ascendant ou droit ; 2° le côlon transverse ou arc du côlon ; 3° le côlon descendant ou gauche ; 4° le côlon iliaque. Cette dernière partie est placée dans le flanc gauche : elle est encore appelée l’S iliaque , à cause de la double courbure qu’elle décrit. C’est surtout dans le côlon iliaque que les excréments s’accumulent avant d’être éliminés au dehors ; aussi le considère-t-on comme « le régulateur de la défécation ».
La pression habituelle que la dernière partie du côlon exerce sur les vaisseaux du membre inférieur gauche (pl. III, P, 14, 15) explique la fréquence de l’œdème et des varices de ce côté.
Le côlon manque ou est peu important chez les carnassiers ; il a, au contraire, des dimensions considérables chez les herbivores. Le développement du côlon dans l’espèce humaine est un argument qu’tn^
LE conrs HUMAIN.
voquent les partisans du régime de Pythagore pour prouver que la nourriture de l’homme doit être essentiellement végétale.
3° rectum, ses courbures. — La direction du rectum (de rectum , ligne droite) n’est pas rectiligne, comme semble l’indiquer son nom; mais, au contraire, curviligne. Aussi cet intestin serait-il i plus justement appelé curvum (de curvus , courbe), ainsi que le proposait Lisfranc. Le rectum présente, en effet, deux courbures en S, Tune latérale et l’autre antéro- postérieure. Cette dernière suit dans scs deux tiers supérieurs la concavité du sacrum et du coccyx; elle est donc dirigée en avant ; mais dans son tiers inférieur elle change brusquement de direction et se porte en arrière pour se terminer à l’anus.
La double courbure du rectum indique le trajet que doivent suivre les instruments, tels que sonde, canule, spéculum, introduits dans cet intestin. L’ignorance de ce fait explique comment les infirmiers maladroits ont pu injecter des lavements dans le bassin après avoir perforé le rectum au niveau de son coude inférieur. Cet accident est surtout à redouter avec les seringues dont le bout est pointu ; aussi fera-t-on bien d’en rejeter l’emploi ou d’y adapter un embout mou et flexible.
de e’aiwes. sa DBEÆ’T/k.sMiLiTÉ. — La nature a placé l’orifice anal loin des organes des sens « afin que, selon la remarque de Fénelon, ils n’en soient incommodés ». Cet orifice est contractile, et il doit cette propriété à la présence du sphincter anal, qui s’oppose à l’écoulement continuel et involontaire des matières excrémentitieiles.
Le sphincter anal peut subir une dilatation considérable et admettre des corps étrangers volumineux. On voit au musée Dupuytren la choppe que Velpeau a retirée du rectum d’un individu, qui se l’était introduite à la suite d’une gageure. Désormeaux a extrait une bouteille introduite dans les mêmes conditions.
On cite encore l’exemple d’une autre personne qui, pour se guérir d’une colique, se mit dans le fondement une bouteille d’eau de la reine de Hongrie. Après de nombreuses tentatives, toutes infructueuses, un enfant de sept ans finit par retirer la bouteille, en entrant la main entière dans le rectum.
Il est fréquent de voir dans les prisons et dans les bagnes des individus se servir de cet organe pour y cacher des limes, des bijoux ou des pièces de monnaie. Aussi les gardes-chiourmes appellent-ils le fondement, dans leur argot, « le coffre-fort des forçats » .
La facilité avec laquelle l’anus se laisse distendre explique comment des chirurgiens ont proposé et pratiqué l’exploration directe de la cavité abdominale en introduisant la main dans l’intestin.
de i>a fistule a. l’awus. — On observe au voisinage de l’anus des abcès qui s’ouvrent soit à l’extérieur, soit à l’intérieur de Tintes-
DE LA DIGESTION
tin. Mais par suite des tiraillements répétés du sphincter anal, les parois de ces foyers purulents ne peuvent s’accoler entre elles et il en résulte un trajet anormal permanent appelé fistule (fig. 346). Celle-ci
est dite borgne , lorsqu’elle n’a qu’un orifice, soit interne, soit externe ; complète , lorsque ayant deux orifices, l’un s’ouvre dans le rectum et l’autre à l’extérieur. Dans ce cas, elle donne continuellement issue à du pus, à des gaz et à des excréments.
La guérison des fistules anales est rarement spontanée ; elle ne s’obtient d’une façon définitive qu’en réunissant le trajet fistuleux à l’anus. Cette opération ne présente aucun danger, et l’on a tort de croire qu’elle peut développer la phthisie.
Fig. 346. — Coupe schématique des trois sortes Ce qui donne lieu à ce préjugé, c’est de fistules à l’anus. ■, « , ,
„ „ , que les fistules résultant d abcès tu-
A, Anus. — R, Rectum. — F, Fistule corn-
plète faisant communiquer le rectum avec berCUleUX de la marge de lanUSSOnt
chez les Poitrinaires;
Fistule borgne externe n’ayant qu’un orifice mais On ne doit pas Opérer les fis-
a 1 exteneur. tules ^ ce^e nature>
Les causes les plus fréquentes des trajets fistuleux de l’anus sont, avec la tuberculose pulmonaire, les inflammations chroniques de l’intestin, les chutes sur le siège, l’abus des purgatifs et des lavements. C’est sans doute à ce dernier abus qu’il faut attribuer la fistule de Louis XIY, car l’un de ses médecins, Ch. Bouvard, lui infligea en une seule année 215 médecines, 212 lavements et 47 saignées. On sait qu’à la cour de Louis XIV un grand nombre de courtisans feignirent d’être atteints de la dégoûtante infirmité du roi soleil. « J’en ai connu plus de trente, dit Dionis dans son Cours d'opérations de chirurgie , qui voulaient qu’on leur fit l’opération, et dont la folie était si grande, qu’ils paraissaient fâchés lorsqu’on les assurait qu’il n’y avait point de nécessité de la faire. »
Ces courtisans étaient les dignes successeurs de ceux qui simulaient la myopie de Denys de Syracuse, la difformité d’épaule d’Alexandre le Grand et les « vapeurs » de Louis XIII. C’est encore pour complaire à leur maître que les disciples d’Aristote imitaient son bégayement, et ceux du rhéteur Portius Latro, la pâleur de son visage.
de iaaiwj» comtre nature. — Si l’anus est imperforé ou si un obstacle quelconque s’oppose au cours des matières excrémentitielles, on est obligé de pratiquer, sur un point de l’enceinte abdomi-
nale, une ouverture permanente de la peau et de ^sïin’ .?“ ^
Quelle s’effectuera le passage de ces matières. Selon le sie&e ue l’obstacle, l’ouverture sera faite dans l’un des flancs ou dans la région lombaire (fig. 347). Parfois l’anus contre nature se forme SP^^ ment à la suite d’une plaie, d’un abcès, ou de la gangrène de 1 testin.
structure du GROS intestin, dtssbnterie. - Les
parois du gros intestin sont, comme celles de l’intestin grele, formées de quatre tuniques: une séreuse, une musculeuse, une fibreuse et
La tunique séreuse est une dépendance du péritoine ; elle enveloppe à peu près en entier le côlon transverse, l’S iliaque et la PartieJuP®'
^ rieure du rectum. Elle ne fait que
passer au-devant du cæcum et des côlons lombaires: de là la possibilité d’établir, comme l’indique Amussat, les anus artificiels dans la région des lombes (fig. 347) sans blesser le péritoine. La partie inférieure du rectum est entièrement dépourvue de séreuse, et c’est pour cela qu’on peut l’extraire sans danger de péritonite, lorsqu’elle est affectée de cancer.
La tunique musculeuse se compose de deux ordres de libres : les superficielles ou longitudinales, et les profondes ou circulaires. Vers
Pj„ 347, — Établissement d’un anus artificiel ^ CA>1(lutulBW ^
iSi^i'^ta^ " circulaires présentent deux anneaux épais ou sphincters emboîtés en partie l’un dans l’autre et qui servent par leur tonicité, à fermer l’orilïce anal.
Les fibres superficielles ou longitudinales ne forment une coucl continue qu’au niveau du rectum et de l’S iliaque. Sur les autres portions du gros intestin, elles se réunissent en trois faisceaux qui, ayan moins de longueur que l’intestin, déterminent le froncement et le bosselures de ses parois. Cette action des rubans musculeux est évidente. car leur section permet au côlon de se déplisser et d acquéri une longueur trois fois plus considérable.
Les contractions lentes et successives des fibres musculaires du gr intestin produisent, comme celles de l’intestin grêle, des mouvemen péristaltiques et antipéristaltiques qui facilitent le cours des matière alimentaires.
DE LA DIGESTION
On cite le cas d’un forçat qui, pour cacher un gros étui de 630 grammes, rempli d’objets destinés à son évasion, se l’introduisit dans le rectum. Par suite des mouvements antipéristaltiques du gros intestin, cet étui vint se loger dans le côlon transverse où il détermina une péritonite mortelle.
Les contractions spasmodiques et douloureuses des fibres musculaires du gros intestin déterminent, comme pour l’intestin grêle, les coliques intestinales, de nature venteuse, inflammatoire, saturnine ou autre. Le ténesme anal (xeivetv, tendre), caractérisé par un sentiment pénible de tension et par des envies fréquentes, mais infructueuses, d’aller à la selle, est aussi produit par les contractions spasmodiques du sphincter rectal.
La paralysie de la tunique musculeuse détermine fréquemment la rétention de matières fécales chez les vieillards. La vie sédentaire diminue l’activité de cette membrane et donne lieu à la constipation que l’on observe communément chez la femme.
La tunique muqueuse du gros intestin est dépourvue de villosités et de valvules conni ventes. L’absence de ces organes explique la faiblesse de son pouvoir absorbant. Cette membrane ne tient que faiblement à la tunique fibreuse sous-jacente, ce qui rend compte de la fréquence de son relâchement ou prolapsus (de pro , en avant; labi , tomber). On l’appelle encore, mais improprement, la chute du rectum. C’est à la même cause qu’est dû le bourrelet plus ou moins saillant que forme, chez les chevaux, la partie inférieure de la muqueuse rectale au moment de la défécation.
Près de l’anus, la muqueuse du rectum se continue avec la peau et présente, à ce niveau, un certain nombre de plis radiés. Ces duplicatures anales sont parfois le siège de petites excoriations dites fissures à Vanus , qui déterminent des douleurs intolérables quelques instants après la défécation. On guérit facilement cette affection par la dilatation forcée de l’anus.
La muqueuse du gros intestin est souvent affectée d’inflammation, et celle-ci prend le nom de typhlite , colite ou redite , suivant qu’elle est localisée dans le cæcum, les côlons ou le rectum. La dyssenterie (8uç, difficilement; èVcspov, intestin) est caractérisée par l’ulcération et même par la gangrène de cette muqueuse, qui se détache alors par lambeaux et est expulsée sous forme de débris membraneux blanchâtres, que l’on a comparés à des « raclures d’intestin » . De là la présence de pus et de sang dans les évacuations des dyssenteriques.
La muqueuse du gros intestin renferme dans son épaisseur des glandes folliculeuses qui, d’après la remarque de Peyer, « sont aussi nombreuses que les étoiles du firmament ». Ces glandes sécrètent un liquide qui contribue à former le mucus intestinal.
■IJCU8 BIVFESTIIVAI,. IIVFL1JEKCE8 QUI Hï OD1FIEIVT SA SÉ- CRÉTION. — Le mucus de l’intestin ou suc intestinal est fourni par toutes les glandes de l’intestin grêle et du gros intestin. Il lubrifie les parois intestinales et facilite ainsi le glissement des substances alimentaires ; de plus, il dissout par une action chimique tous les aliments féculents, azotés ou gras, qui ont échappé à l’action de la salive, du suc gastrique et du suc pancréatique.
La sécrétion du mucus intestinal peut augmenter ou diminuer selon 1 les circonstances : dans le premier cas, elle produit la diarrhée (Siappeïv, ; couler de toutes parts), et dans le second la constipation (de consti- \ pare , resserrer). Elle augmente dans les états inflammatoires de la j muqueuse intestinale, comme Y entérite (svxepôv, intestin), la dyssen - | terie, la fièvre typhoïde et le choléra. Cette dernière maladie doit son nom à l’abondance des évacuations qui semblent couler comme par une gouttière ()roXépa, gouttière). Chez les sujets impressionnables la peur excite aussi la sécrétion intestinale ; « la peur extrême, dit Montaigne, trouble le ventre et lelasche». Tout le monde connaît l’effet que produit sur l’intestin des conscrits « le baptême du feu » . Charlet l’a bien dépeint dans son tableau : Le premier coup de feu. Henri IY, parait-il, ressentait vivement cette influence. « Quelque brave qu’il fût, écrit Tallement des Réaux, on dit que quand on lui venoit dire : « Voilà les ennemis, » il lui prenoit toujours une espèce de dévoiement, et que, tournant cela en raillerie, il disoit : « Je m’en vais faire bon pour eux. » Le maréchal de Luxembourg avait le flux de ventre à toutes les batailles ; quand il faisait l’aveu de cette faiblesse intestinale, il disait que « dans ces circonstances il fallait laisser faire au corps tout ce qu’il voulait, pour conserver tout son esprit à l’action. »
A chaque orage César avait le dérangement de corps.
Certains individus sont naturellement disposés à la diarrhée : Voltaire et Haller étaient sujets à cet inconvénient.
Les médicaments appelés purgatifs , ont la propriété d’activer la sécrétion du mucus intestinal. On les divise, selon leur mode d’action, en drastiques (Spaw, j’opère), dialytiques et Xuetv, séparer) et mécaniques. Les premiers agissent en provoquant une irritation plus ou moins violente de la muqueuse intestinale : tels sont l’huile de croton, l’aloès, la coloquinte, la gomme-gutte, le jalap, la scammonée, le colchique et le turbith végétal. Les seconds déterminent la dialyse , c’està-dire la séparation d’une partie de l’eau que contient le sang des vaisseaux de l’intestin. Parmi les purgatifs de ce groupe, nous signalerons le sulfate de soude et le sulfate de magnésie, qui représentent l’élément actif des eaux de Sedlitz, de Pullna, de Birmenstorf, d’Epsom, d’Hunyadi Janos, de Frederishchall, d’Ivanda, de l’eau verte de Montmirail et d’Aulus ; puis le calomel ou protochlorure de mercure, l’hy-
DE LA DIGESTION
drocarbonate de magnésie ou magnésie anglaise, le tamarin, la casse, le séné, la rhubarbe, le nerprun, la manne, le miel, les pruneaux et la cassonade.
Quant aux purgatifs mécaniques, ils agissent à la façon de corps étrangers, c’est-à-dire qu’ils activent la sécrétion de l’intestin et provoquent les contractions de sa tunique musculeuse. Les plus employés de ces médicaments sont les graines de lin et de moutarde blanche, le charbon et les huiles végétales, qui, à haute dose, ne sont pas digérées, Le seigle et le son doivent leurs propriétés laxatives et rafraîchissantes à la grande quantité de résidus non assimilables qu’ils contiennent. L’antimoine était autrefois employé à la confection de pilules dites éternelles , parce qu’après avoir été avalées elles étaient recueillies dans les selles pour servir de nouveau.
Le mercure et les grains de plomb que l’on fait avaler dans les cas d’obstruction intestinale, agissent à la façon des purgatifs mécaniques.
La sécrétion intestinale diminue dans les névroses, dans la paralysie de l’intestin et dans la fièvre cérébrale. Certains médicaments ont aussi la propriété de suspendre cette sécrétion et de produire la constipation. Tels sont l’opium et ses alcaloïdes, le sucre de canne, les noix et les coings. Le sous-nitrate de bismuth, le phosphate de chaux, le riz et l’amidon, que l’on administre habituellement contre la diarrhée, modèrent la sécrétion intestinale en agissant sur la muqueuse enflammée, à la façon des poudres de riz, de lycopode et de fécule employées contre les irritations de la peau.