‹ Le corps humainChapitre 105 sur 144 · A. — DU PANCRÉAS · texte numérisé non relu

A. — DU PANCRÉAS

sa forme ex ses RAPPORTS. — Le pancréas (tu av7 tout; xpéaç, chair) est un organe glanduleux de couleur grisâtre, qui présente une extrémité droite volumineuse ou tête , une extrémité gauche effilée ou queue et une partie intermédiaire aplatie ou corps. Winslow, en raison de sa forme, l’a comparé à une langue de chien, et Gruveilhier à un marte iu.

Cet organe est dirigé transversalement au-devant de la colonne

vertébrale ; il est en rapport en avant avec l’estomac, en arrière avec l’artère aorte, en haut avec le diaphragme et à droite avec le duodénum (pi. III, K, 2). Les mouvements fréquents de ces différents organes se communiquent au pancréas et rendent plus active la sécrétion de cette glande. Aussi lorsqu’on attire l’estomac au dehors de l’abdomen, la sécrétion pancréatique diminue-t-elle sensiblement.

structure ou pavcréas. — La texture du pancréas est à peu près semblable à celle des glandes salivaires. Son conduit excréteur, dit canal de Wirsung, du nom de l’anatomiste bavarois qui l’a

Fig. 355. — Pancréas, duodénum et appareil biliaire.

a, Vésicule biliaire. — b. Canal hépatique. — c. Embouchure du canal pancréatique accessoire. — d. Embouchure du canal cholédoque et du canal pancréatique. — Duodénum. — f. Canal cholédoque. — p. Pancréas.

découvert, occupe, par une exception unique dans le système glandulaire, l’épaisseur même de l’organe. Il reçoit de tous côtés de nombreuses divisions transversales, qui lui donnent, selon la remarque de Cruveilhier, Tapparence de l’insecte connu sous le nom de mille-pattes (fig. 355). D’autres anatomistes comparent, avec non moins de justesse, les divisions et les granulations de cette glande au pédicule d’une grappe de raisin.

Ce conduit s’ouvre dans le duodénum au fond d’une petite cavité ou ampoule de Vater , qui lui est commune avec le canal cholédoque venant de foie.

On rencontre souvent dans la tête du pancréas un autre conduit dit azygos (a, privatif ; £uyoç, pair), accessoire ou supplémentaire , qui vient aussi s’ouvrir dans le duodénum, mais par un orifice distinct du précédent.

suc pancréatique. — Le pancréas sécrète un suc limpide, visqueux et légèrement salé. L’analogie de ce liquide avec la salive et aussi l’identité de structure du pancréas et des glandes salivaires ont fait donner à cet organe le nom de glande salivaire abdominale.

De même que la salive, le suc pancréatique jouit de la propriété de transformer les substances amylacées en dextrine, puis en glucose assimilable; mais il en diffère par la présence d’une matière organique albumineuse spéciale, qui lui permet en outre, avec le suc gastrique, de dissoudre les aliments azotés ou albuminoïdes et de dédoubler rapidement les graisses neutres en glycérine et en acides gras. Les matières grasses que l’on retrouve intactes dans les excréments des animaux qui ont subi l’ablation du pancréas prouvent l’action du suc pancréatique sur ces substances.

La sécrétion du suc pancréatique est continue ; mais c’est au moment des repas qu’elle est le plus active. Chez un chien de taille moyenne, M. Claude Bernard a trouvé que la sécrétion était de 5 à 6 grammes par heure.

B. — Du FOIE.

situation! et rapports ou eoie. — D’après Robin et Littré, le foie a pour étymologie le mot latin ficatum, nom que les anciens donnaient à une préparation culinaire où le foie était accommodé avec des figues, ficus .

Le foie est l’organe sécréteur de la bile. C’est la glande la plus volumineuse et la plus pesante de l’économie. Il occupe l’hypochondre droit et une partie de l’épigastre. En raison de sa situation, Hippocrate donnait au foie le nom à’hypochondre. De là, sans doute est venue la dénomination d ’hypocliondriaque, que l’on applique aux individus atteints de mélancolie (j/iXaç, noir ; ypM, bile). On a, en effet, de tout temps attribué à la bile une certaine influence sur le moral. Ainsi nous savons que les anciens avaient logé la colère dans le fiel (felle irascuntur), et chez tous les peuples on s’accorde à regarder la bile comme le siège des mouvements irascibles. Les mots colère et courroux viennent d^ailleurs de xôX'q, bile ; et le terme vulgaire « se faire de la bile » est souvent employé pour exprimer le chagrin. Du reste, les sujets acrimonieux sont presque toujours atteints d’une affection des voies digestives.

Le foie présente une coloration brune, et les chimistes donnaient autrefois son nom aux substances de même couleur que cet organe et composées en partie de soufre : certains de ces produits chimiques s’appellent encore foie d’antimoine, foie d’arsenic, foie de soufre, etc.

Le foie, dont le tissu est si friable, est protégé contre les chocs extérieurs par les sept ou huit dernières côtes droites. A l’état normal, en effet, cet organe, bien que logé dans l’abdomen, ne doit pas déborder la base du thorax. Dans certaines affections, le foie peut descendre jusque dans la fosse iliaque droite. Goste a vu un foie tuberculeux qui remplissait plus de la moitié de la cavité abdominale et pesait vingthuit livres. Ordinairement le poids du foie est chez l’adulte de quatre livres environ.

j Par l’usage des corsets cet organe peut encore dépasser le rebord cartilagineux des côtes. Quelquefois ce déplacement est si considérable que des médecins le prennent pour une maladie et le traitent comme tel. Un autre inconvénient du corset est d’empêcher les libres mouvements de la partie inférieure du thorax. Nous n’en finirions pas si nous voulions énumérer tous les désordres attribués aux corsets, mais ces reproches ne sont justifiés que pour ceux qui sont trop serrés ; quand, au contraire, ils ont une certaine élasticité, ils offrent plus d’avantages que d’inconvénients. C’est pour combattre l’abus des corsets trop étroits et trop longs que Joseph II d’Autriche en a interdit, par un décret, l’usage dans ses États. De même Ambroise Paré, s’élevait, avec raison, à la cour de Henri II contre la mode des corsets bardés de fer qui emprisonnaient le corps à la façon d’une cuirasse.

La glande hépatique présente une face supérieure et une face inférieure. La face supérieure du foie est convexe et se moule sur le diaphragme, qui la sépare de la base du poumon droit. C’est là ce qui rend compte de l’abaissement du foie par suite des épanchements de la plèvre droite. Le foie s’abaisse aussi pendant l’inspiration, et les médecins qui veulent explorer le bord inférieur de cet organe font prolonger ce temps de la respiration.

Le rapport du foie et du poumon droit explique encore comment le pus d’un abcès hépatique peut être évacué par la bouche, après avoir perforé le diaphragme et la face inférieure du poumon droit. Si au lieu de suivre cette voie, les collections purulentes du foie s’ouvrent dans la cavité abdominale, elles déterminent alors une péritonite mortelle. C’est ainsi que mourut Racine.

? Un repli du péritoine, dit ligament suspenseur ou falciforme, partage la face supérieure du foie en deux lobes inégaux : un gauche et un droit. Ce ligament contribue, ainsi que son nom l’indique, à sus- ■ pendre le foie ; il sert, en outre, à protéger la veine ombilicale qui va de l’ombilic au foie. D’autres replis, les ligaments triangulaires et coronaires 3 concourent, avec le précédent, à maintenir le foie en position. On pense généralement que le tiraillement de ces ligaments est 1 la cause de la douleur sourde que provoque le décubitus latéral gauche.

DE LA DIGESTION

La face inférieure du foie (fig. 356) est à peu près plane ; elle est en contact avec le rein droit, avec l’angle droit du côlon et avec l’estomac; ces différents organes laissent sur la glande hépatique une empreinte plus ou moins profonde.

Le rapport du foie avec l’estomac, sur lequel il flotte pour ainsi dire, a fait penser que la rétraction de ce dernier organe, dans l’état de va-

1, Lobe droit. — 2, Lobe gauche. — 3, Lobe de Spigel. — 4, Facette rénale du lobe droit. — 5, Facelle surrénale de ce lobe — 6, Facette colique. — 7, Lobe car^é. — 8. Vésicule hilaire. — 9, Canal cystiqne. — 10, Conduits biliaires. — 11, Canal hépatique. — 12, Artère hépatique. — 13, Veine porte. — 14, Une veine sus-hépatique. — 15, 18, Veine cave inférieure. — 16, Cordon de la veine ombilicale oblitérée. — 17, Canal veineux d’Aranzi. — 18, Fusion du canal veineux, des veines sus-hépaliques et de la veine cave inférieure.

cuité, entraînait le foie avec lui et déterminait sur le diaphragme un tiraillement qui provoquait le sentiment de la faim. De là est venue l’habitude de calmer ce besoin, en soutenant le foie à l’aide d’une constriction plus ou moins énergique de la taille ; ainsi est justifiée l’expression vulgaire « se serrer le ventre » employée comme synonyme de se passer de nourriture. C’est aussi à la pression du foie sur l’estomac qu’on attribue les troubles digestifs et les cauchemars qui accompagnent le décubitus sur le côté gauche. Ces inconvénients se rencontrent surtout chez les enfants qui, proportionnellement aux adultes, ont le foie beaucoup plus volumineux.

En raison du contact du foie et de l’estomac, il n’est pas rare d’observer la propagation des affections cancéreuses de l’un à l’autre organe.

On remarque sur le milieu de la face inférieure du foie un sillon transversal, appelé hile , par lequel passent le canal hépatique, la veine

porte et l’artère hépatique. En avant et en arrière de ce sillon, on voit deux petits lobes dont l’antérieur a reçu le nom de lobe carré, le postérieur celui de lobule de Spigel.

structure ou foïe. — Le foie présente : 1° des enveloppes ; 2° un tissu propre ; 3° des vaisseaux ; 4° des nerfs ; 5° du tissu cellulaire interposé à tous ces organes.

1° enveloppes ou FOIE. — Ces enveloppes sont au nombre de deux : le péritoine et une membrane fibreuse.

La tunique péritonéale recouvre toute la surface du foie à l’exception de son bord postérieur, qui en est seul dépourvu ; de là l’innocuité relative des blessures de cette dernière région.

En se réfléchissant du diaphragme sur le foie, la tunique péritonéale forme les replis ou ligaments falci forme, coronaire et triangulaire, que nous avons déjà signalés. La surface lisse et humide de l'enveloppe péritonéale facilite le glissement du foie sur les organes voisins.

La membrane fibreuse est recouverte par le péritoine, qui lui adhère intimement. La transparence de ces deux membranes permet de voir la couleur rouge brun du foie.

Après avoir tapissé toute la surface du foie, la membrane fibreuse s’enfonce au niveau du hile dans l’épaisseur de cet organe et fournit des espèces de gaines cylindriques à tous les vaisseaux qui s’y ramifient ; de là le nom de capsule hépatique donné par Glisson à cette membrane.

Page 1