TISSU PROPRE OU FOIE ET CONDUITS BILIAIRES
On peut assimiler le foie à une glande en grappes dont les lobules, gras comme des grains de millet, donnent au tissu de cet organe l’aspect granulé qu’il présente à la coupe. Ce sont des granulations qui croquent sous la dent lorsqu’on mange du foie de porc.
De ces lobules partent des petits canaux, les conduits biliaires, qui, par convergence successive, viennent aboutir à un canal unique, le canal hépatique. Celui-ci débouche sous le nom de canal cholédoque (yoVq , bile: loyoq, qui contient), dans la seconde portion du duodénum, par un orifice qui lui est commun avec le canal pancréatique. Le canal hépatique change de nom au moment où il reçoit l’embouchure d’un petit canal sinueux, dit cystique (xuaxtç, vessie), qui part d’une sorte d’ampoule pyri forme adhérente à la face inférieure du foie et dans laquelle la bile s’accumule pendant l’intervalle des digestions. Cette poche a reçu le nom de vésicule biliaire (pl. III, L, 1). Suivant la remarque de Glisson, l’ensemble des trois conduits cholédoque, cystique et hépatique figure assez bien la lettre Y (fig. 357).
A l’étude de la bile, nous parlerons plus longuement de l’appareil biliaire.
DE LA DIGESTION
3° vaisseaux ou foie. — On rencontre dans le foie les ramifications de trois vaisseaux sanguins : Partère hépatique, préposée, comme l’indique l’exiguïté de son calibre, à la nutrition des éléments constitutifs du foie et non à la sécrétion de ses produits ; la veine porte, qui charrie dans le foie les sucs alimentaires puisés par ses racines dans tous les viscères abdominaux concourant à la digestion, et
Fig. 357. — Schéma de la structure du foie et des voies biliaires.
1 , Lobules ou cellules du foie. — 2, Origines des ronduits biliaires dans les deux lobes du foie. 3, Troncs des conduits biliaires. — 4, Canal hépatique. — 5, Canal cystiqne. — 6, Vésicule biliaire. — 7, Canal cholédoque. — 8, Pancréas. — 9, Ampoule de Vater. — 10, Tronc de la veine porte. — 11, Grande veine mésaraïque. — 12, Petite veine mésaraïque. — 13, Veine splénique. — 14, Tronc de l’artère hépatique.
qui fournit aux lobules hépatiques les matériaux de leur sécrétion ; enfin, les veines sus- hépatiques, qui sont chargées de porter du centre des lobules hépatiques à la veine cave inférieure (pl. III, L, 5) le sang modifié de l’artère hépatique et de la veine porte.
Les parois des veines sus-hépatiques ne sont pas, comme celles de la veine porte, séparées du tissu hépatique par la capsule de Glisson ; elles sont, au contraire, adhérentes à ce tissu : aussi les divisions des veines sus-hépatiques restent-elles béantes quand on pratique une coupe du foie, tandis que celles de la veine porte s’affaissent.
4° TISSU CELLULAIRE ET GRAISSE. CIRRHOSE. — Le tîSSU
cellulaire du foie est représenté par les innombrables prolongements de la capsule de Glisson autour des lobules hépatiques, des canaux biliaires et des vaisseaux sanguins. Lorsque ce tissu s’enflamme, il pro-
duit les abcès du foie; s’il s’épaissit comme dans la cirrhose (ouppoç, jaune roux), ainsi qu’on l’observe surtout à la suite d’abus alcooliques, les lobules s’atrophient et compriment les ramifications de la veine porte. De là un ralentissement de la circulation abdominale et une hydropisie du ventre ou ascite (àaxoç, outre), qui justifie cet aphorisme médical : « Quiconque boira trop de vin périra dans l’eau. » i Le tissu hépatique renferme toujours une assez grande quantité de graisse. On sait que les foies de morue, de raie, de squale produisent une huile journellement utilisée en médecine.
Les vésicules graisseuses s’accumulent facilement dans le foie chez des gallinacés, tels que les oies ; aussi obtient-on des foies dans lesquels la graisse est si abondante, qu’elle semble avoir pris la place des éléments du tissu hépatique; ils sont naturellement très-recherchés des gourmets. C’est avec ces foies gras que l’on confectionne les pâtés de Strasbourg et de Toulouse, ainsi que les terrines de Rufïec et de Nérac, dont la réputation est universelle.
Certains états pathologiques, tels que la phthisie et les empoisonnements par le phosphore, l’arsenic et les composés de Lantimoine, rendant également le foie graisseux. Ainsi, dans plusieurs contrées de l’Allemagne, on engraisse les oies en leur administrant chaque jour une certaine dose d’oxyde blanc d’antimoine.
5® iverfs ou foie, mal oe mer. — Les nerfs du foie viennent du grand sympathique et du pneumogastrique gauche. L’anastomose de ce dernier avec le plexus cervical et les connexions qu’il présente avec l’appareil vocal rendent compte de la douleur de l’épaule gauche et de celle du larynx qui, d’après Boyer, accompagnent les plaies de la face supérieure du foie.
Le bord postérieur du foie reçoit encore quelques filets du nerf phrénique droit , qui constitue une des branches profondes du plexus cervical : de là naît la douleur à l’épaule droite, qui se manifeste souvent dans les affections du foie.
Il est probable que le mal de mer est produit par le tiraillement du pneumogastrique à la suite de l’ébranlement du foie. Les oscillations de cet organe sont plus fréquentes dans le tangage, ou mouvement longitudinal, que dans le roulis ou mouvement latéral. C’est pour cela sans doute que le premier mouvement provoque beaucoup plus la naupathie que le second.
La ceinture abdominale recommandée pour prévenir le mal de mer agirait surtout en immobilisant le foie. Ce moyen était déjà en usage du temps de Montaigne, car il dit dans ses Essais : « Les médecins m’ont ordonné de me presser et cengler d’une serviette le bas du ventre, ce que ie n’ay point essayé. » On sait que Sénèque trouva plus simple d’échapper au mal de mer en se jetant à l’eau.
DS LA DIGLSTION.
usages ou foie. — D’après les recherches de Cl. Bernard, on peut attribuer au foie trois fonctions principales : la sécrétion de la bile, la production du sucre et celle de la graisse. Mais, en raison de son volume considérable et de la faible proportion des produits élaborés, il est probable que le foie joue dans l’économie un autre rôle que les physiologistes n’ont pu encore déterminer.
1° DE LA BILE. SES CARACTÈRES PHYSIQUES. — La bile
humaine fraîche est un liquide filant, limpide, légèrement visqueux, d’un vert plus ou moins foncé et d’une amertume très-prononcée. Cette saveur fait donner communément le nom d 'amer à la vésicule du fiel, et l’on sait avec quelles précautions les cuisinières vident une volaille pour éviter de « crever l’amer ». Sous l’influence de la chaleur, la bile dégage une odeur spéciale qui se rapproche de celle du musc. Dissoute dans l’acide sulfurique concentré, elle présente à un haut degré le phénomène de la fluorescence, c’est-à-dire que sa dissolution est douée de la propriété de modifier la couleur des rayons qui tombent sur sa surface et qui sont réfléchis par elle. Ainsi la coloration de cette dissolution est rouge par transparence et verte par réflexion.
composition oe la bile. — De tous les liquides du corps, la bile est celui qui renferme le plus de matières solides : de là vient sa consistance sirupeuse. Outre l’eau et le sel marin que l’on rencontre dans toutes les humeurs de l’économie et qui justifient la grande consommation que nous faisons journellement de ces deux substances, la bile contient deux éléments essentiellement caractéristiques : le glycocholate et le taurocholate de soude. C’est à ces deux sels que la bile doit son alcalinité et son action saponifiante sur les corps gras. Les teinturiers tirent profit de cette propriété pour dégraisser les étoffes.
L’amertume de la bile est encore due à la présence du tauro et du glycocholate de soude. La faible quantité de ces sels que renferme la bile des enfants explique la recherche de leurs excréments par les chiens.
L’acide cholique des sels biliaires a la faculté de ralentir les battements du cœur en agissant directement sur cet organe, et non comme la digitale, en exerçant son action sur le nerf pneumogastrique : d’où la lenteur du pouls dans la jaunisse. Cette maladie est due, nous le verrons bientôt, à la rétention et à l’accumulation dans le sang des matériaux qui auraient dû servir à la sécrétion biliaire.
On constate encore dans la bile la présence d’une substance incolore, cristallisable, la cholestérine , qui compose la plus grande partie des calculs biliaires. Enfin la bile renferme deux principes colorants, la bilifulvine (rouge) et la biliverdine (vert). Les matières brunâtres que l’enfant rend presque immédiatement après sa
naissance doivent aussi leur coloration au pigment biliaire; elles constituent le méconium (jjl^xwv, pavot), ainsi appelé à cause de l’analogie de sa couleur avec le suc qu’on fait découler du pavot à l’approche de sa maturité. Plus tard, le lait mélangé à la bile, donne aux excréments de l’enfant à la mamelle une couleur jaune clair qui rappelle celle du bouton d’or. Cette coloration est regardée justement comme un signe de santé.
D’après les auteurs, la matière colorante de la bile proviendrait du pigment sanguin que produit la destruction d’une certaine quantité de globules rouges du sang. C’est elle qui, dans la jaunisse, colore toutes les humeurs et tous les tissus de l’économie.
L’acide nitrique exerce une action singulière sur la matière colorante de la bile ; quelques gouttes de ce réactif, versées dans une solution qui contient même une faible quantité de bile, déterminent au contact des deux liqueurs une zone verte qui, à l’exception de l’indigo et de l’orangé, passe par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel : le bleu, le violet, le rouge et le jaune. On conçoit quel parti les médecins tirent de cette réaction pour reconnaître la présence de la bile dans les liquides de l’organisme, tels que l’urine et le sérum du sang.
OSCILLATIOXS QUANTITATIVES DE LA SÉCRÉTION BI- LIAIRE. — L’homme adulte sécrète en moyenne de 1200 à 1800 grammes de bile dans les vingt-quatre heures. La sécrétion de ce liquide est surtout abondante trois ou quatre heures après le repas, c’est-à-dire au début de la digestion intestinale. Le régime animal augmente d’une façon sensible la production de la bile, et l’abus de ce régime peut à la longue développer des maladies congestives du foie, par suite de la suractivité fonctionnelle de cet organe. L’institution du maigre par la discipline de l’Église catholique et, dans la loi mosaïque, la défense de manger de la chair « impure » du porc ont leur utilité hygiénique, surtout dans les pays chauds, où la sécrétion biliaire est déjà si active.
L’usage du bicarbonate de soude peut diminuer la quantité totale de la bile ; aussi l’administre-t-on contre tous les états du foie ou des fonctions digestives qui produisent la polycholie (tcôXùç, beaucoup ; */oXy;, bile).
MÉCANISME DE LA SÉCRÉTION ET , DE L’EXCRÉTION BI- LIAIRE. — La bile se forme dans les lobules hépatiques à l’aide des matériaux charriés par le sang de la veine porte ; c’est pour cela que l’oblitération ou la ligature de ce vaisseau supprime instantanément la production du fluide biliaire. Des lobules hépatiques, la bile s’engage dans les canalicules biliaires qui la conduisent dans le canal hépatique ; de là elle passe dans le canal cholédoque , puis, par une sorte de mouvement rétrograde, elle reflue par le canal cystique dans
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