‹ Le corps humainChapitre 107 sur 144 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

la vésicule biliaire, où elle se tient en réserve jusqu’à la prochaine digestion. La présence des aliments ou de corps étrangers, l’influence des purgatifs ou des vomitifs, un état inflammatoire aigu ou chronique, ainsi qu’on l’observe chez les grands buveurs ; en un mot, toutes les causes d’irritation du duodénum provoquent, par action réflexe, la contraction de la vésicule biliaire, qui déverse aussitôt la bile dans le canal cholédoque et de là dans l’intestin.

Le cheval, l’àne et en général les vertébrés dont la nourriture est exclusivement végétale et qui ne mettent pas de longs intervalles entre leurs repas, sont dépourvus de vésicule du fiel. Chez ces animaux, ce fluide s’écoule d’une manière continue dans l’intestin. On a signalé aussi chez l’homme l’absence du réservoir biliaire, et les sujets qui présentaient cette anomalie n’en avaient été nullement incommodés.

calculs biliaires. — Quelquefois la cholestérine se précipite dans la vésicule biliaire sous forme de sable, de gravier ou de calculs. La formation de ces concrétions est favorisée par la situation déclive du fond de la vésicule, par les sinuosités de son col et aussi par les loges alvéolaires que forme le plissement de sa membrane muqueuse et qui a fait comparer celle-ci à un gâteau de miel ou à une gaufre. L’obésité, la vie sédentaire et l’usage du corset ne sont pas non plus étrangers à la production des calculs biliaires. Aussi les femmes y sontelles plus sujettes que les hommes. Chez les vaches, les concrétions biliaires sont plus fréquentes en hiver qu’en été, à cause du séjour prolongé que ces animaux sont obligés de faire à l’étable pendant la saison froide.

Les calculs biliaires ont généralement la grosseur d’une petite noisette, et comme ils sont le plus souvent multiples, ils présentent des facettes résultant de leur pression mutuelle. Leur nombre est parfois considérable : la collection d’Otto possède une vésicule renfermant 7802 petits calculs. Lorsqu’ils sont nombreux, ils distendent les parois de la vésicule biliaire, dont le fond dépasse alors de beaucoup le niveau du foie ; on peut, dans ce cas, la sentir par la palpation au-dessous du rebord cartilagineux de la neuvième côte droite. En malaxant cette vésicule, on éprouve, comme le remarque J.-L. Petit, la même sensation qu’en remuant un sac de noisettes.

Les calculs biliaires se présentent surtout avec une coloration brune ; mais il n’est pas rare d’en rencontrer de noirs, de blancs, de bleus, de verts ou de rouges. Quoique d’une extrême légèreté, ils ne surnagent pas dans l’eau.

des coliques hépatiques. — Les calculs hépatiques peuvent séjourner un temps plus ou moins long dans la vésiculaire biliaire sans occasionner d’accidents qui révèlent leur présence ; mais dès que l’un d’eux se déplace et tend à s’engager dans les conduits biliaires, la

disproportion qui existe entre le calibre de ces derniers et le volume du calcul détermine les douleurs atroces désignées sous le nom de coliques hépatiques ; ces douleurs sont souvent prises pour de violentes crampes d’estomac, parce qu’elles sont surtout perçues dans la région épigastrique. La crise se prolonge jusqu’à la chute du calcul dans le duodénum ou jusqu’à sa rentrée dans la vésicule : dans le premier cas, le corps du délit est expulsé avec les garde-robes, ou bien il est rejeté par le vomissement. L’expulsion des calculs peut encore se faire soit par l’ombilic, en suivant le trajet de la veine ombilicale, soit par l’abdomen, en perforant cette paroi au niveau du point où correspond le fond de la vésicule biliaire. Enfin, s’il faut en croire Realdus Columbus, chez Ignace de Loyola, trois calculs hépatiques passèrent de la vésicule biliaire dans le tronc de la veine porte.

Saint-François Xavier était aussi sujet aux coliques hépatiques et, à son autopsie, on trouva de nombreux calculs dans sa vésicule biliaire. On prétendit, après sa mort, que son fiel s’était changé en pierre .

de l’ictère ou JAUNISSE. — Tout obstacle qui, placé sur le trajet des voies biliaires, s’oppose au libre écoulement de la bile dans le duodénum, fait refluer ce liquide dans le foie. De cet organe, les éléments de la bile pénètrent dans la circulation générale et colorent en jaune tous les tissus et toutes les humeurs de l’économie. De là les noms de bile répandue , de jaunisse ou d’ictère donnés à cette maladie. Parmi les obstacles les plus fréquents qui empêchent l’excrétion de la bile, nous signalerons l’obstruction des canaux biliaires par des calculs; leur compression par quelque tumeur du voisinage; le boursouflement de leur muqueuse par propagation de l’inflammation du duodénum, qui suit communémentles excès de table et les libations copieuses; enfin, le spasme de la tunique musculeuse de ces conduits, à la suite d’une vive contrariété ou d’une grande frayeur : c’est ce qui constitue Yictère émotionnel. Deux jeunes gens, raconte Villeneuve, étant allés sur le terrain pour se battre en duel, l’un d’eux devint subitement jaune et son adversaire fut tellement impressionné de ce changement, qu’il laissa tomber son épée.

Les carottes et la brique pilée passent, depuis longtemps et à tort, pour un spécifique de la jaunisse, parce que leur couleur ressemble à celle de la peau dans cette maladie. C’est ce que l’on appelle la médecine des signatures. Cette doctrine empirique fonde l’emploi des médicaments sur des circonstances secondaires de formes, de couleurs, etc. Ainsi, le lichen et le capillaire sont employés dans les affections de poitrine par suite de leur ressemblance grossière avec les bronches; l’anacarde a joui d’une grande réputation dans les maladies du cœur, parce que sa forme rappelait celle de cet organe. Dans les provinces du centre de la France, on fait boire les enfants atteints de coqueluche

DE LA DIGESTION

, dans le vase où un âne s’est abreuvé, à cause de l’analogie qui semble exister entre les quintes de toux de cette maladie et le cri de cet animal.

usages de la BiLE daas l’orgawisiie. — Pendant la jaunisse, l’absence de la bile dans l’intestin donne lieu aux symptômes digestifs suivants : constipation plus ou moins opiniâtre, décoloration des matières excrémentitielles, qui prennent l’aspect de la terre glaise, odeur plus pénétrante de ces matières et élaboration incomplète des corps gras qui se retrouvent en grande partie dans les selles.

Nous pouvons donc conclure de ces divers troubles intestinaux, produits par la rétention de la bile, que ce liquide facilite le cours des matières alimentaires, empêche leur putréfaction et concourt à la digestion des graisses.

De tous les agents de la digestion, la bile est celui que Ton considère comme le moins indispensable à l’entretien de la vie, puisque des chiens auxquels on avait pratiqué une fistule biliaire pour faire écouler la bile au dehors ont pu vivre plusieurs années.

La bile joue encore un rôle important dans l’élimination des médicaments et des poisons. Les préparations mercurielles et plombiques, fiodure de potassium, le phosphore, l’arsenic, l’alcool et les sels de cuivre, sont les principaux agents absorbés par la veine porte et déposés dans le foie. Aussi dans les cas d’empoisonnement, les médecins légistes recherchent-ils surtout dans cet organe les substances que nous venons de nommer. On sait que Moreau, l’herboriste de Saint- Denis, a été condamné à mort parce qu’on avait retrouvé une certaine quantité de cuivre dans le foie de ses deux femmes. Cependant, depuis cette exécution, plusieurs physiologistes, parmi lesquels M. Vulpian, ont entrepris des expériences qui leur ont permis d’affirmer la nontoxicité des sels de cuivre.

La quinine traverse aussi le foie et y séjourne un certain temps ; c’est pour cette raison que les médecins administrent ce médicament à haute dose dans les fièvres miasmatiques dont le foie semble le siège pathologique.

2° production ou sucre. — Claude Bernard a trouvé dans le foie des suppliciés jusqu’à 25 grammes de sucre de fécule ou glucose ; il en a conclu qu’indépendamment de la bile, le foie fabriquait encore du sucre. C’est la présence de ce produit dans le foie qui donne à cet organe le goût sucré que nous lui connaissons.

Le sucre hépatique ne s’écoule pas comme la bile, dans l’intestin ; il est versé directement dans le torrent circulatoire par l’intermédiaire des veines sus-hépatiques et se transforme au milieu des tissus de l’économie, où il est brûlé, en acide carbonique et en eau. On peut expérimentalement activer la production du sucre en excitant le plancher

SENS DE LA VISION

du quatrième ventricule, et la suspendre par la section du nerf pneumogastrique.

ou diabète sucré. — Lorsque le sucre du foie est produit en trop grande quantité, il est éliminé par les urines et donne lieu au diabète sucré ou glycosurie. On a vu des diabétiques qui urinaient jusqu’à 500 grammes de sucre dans les vingt-quatre heures.

Le diabète est caractérisé par un appétit vorace ( polyphagie ), par une soif ardente (polydipsie), et par une sécrétion urinaire abondante {polyurie). Il n’est pas rare de voir les diabétiques manger dans les vingt-quatre heures une masse d’aliments évaluée au tiers du poids de leur corps et boire de 5 à 8 litres de liquide pendant le même temps. Et cependant, malgré la grande quantité d’aliments et de boissons que les diabétiques consomment chaque jour, s’ils ne veulent pas se soumettre à un régime spécial, ils ne tardent pas à maigrir et à perdre leurs forces. Le corps de ces malades a été, avec raison, comparé au tonneau des Danaïdes, et l’étymologie du mot diabète , qui vient de §i«6afvetv (passer à travers), justifie cette comparaison.

3° production re la graisse.— En analysant, chez les herbivores, le sang qui sort du foie par les veines sus-hépatiques et celui qui entre dans cet organe par la veine porte, les physiologistes ont constaté que le sang de la veine porte était dépourvu de vésicules graisseuses, tandis que ces dernières étaient très-abondantes dans le sang des veines sus-hépatiques. Ils en ont conclu nécessairement que le foie avait encore pour fonction de fabriquer de la graisse. Telle serait l’origine des corps gras du lait de vache et celle de la graisse des animaux herbivores.

G. — De la rate.

situation ex forme RE la rate. — Bien que cet organe soit situé du côté opposé au foie, c’est-à-dire dans l’hypochondre gauche, on a l’habitude, depuis Aristote, de considérer la rate comme une annexe de la glande hépatique. Aussi Lieutaud a-t-il pu dire « que la rate est au foie ce que le vicaire est au curé » . Or, le seul lien qui existe entre ces deux organes, est représenté par la veine splénique (<7tcXy)v, lien) qui vient de la rate et qui constitue une des trois racines de la veine porte, laquelle, on le sait, se distribue au foie (fig. 344).

Dans les cas de transposition complète des viscères, la rate et le foie occupent la position que leur assigne Sganarelle dans le Médecin malgré lui: le premier organe est à droite et l’autre à gauche. Cette anomalie, d’ailleurs fort rare, n’apporte aucun trouble dans les fonc-

DE LA DIGESTION

tions de l’économie. Le docteur Denis-Dumont rencontra cette particularité chez une jeune fille de dix-sept ans, morte dans son service de l’Hôtel-Dieu de Caen. Un invalide qui présentait une semblable anomalie tératologique inspira au grand Leibnitz cet innocent quatrain :

La nature peu sage et sans douje en débauche,

I Plaça le foie au côté gauche.

Et de même, vice versa ,

Le cœur à la droite plaça.

La rate est quelquefois divisée en plusieurs compartiments indépendants les uns des autres, qui ont fait croire à l’existence de rates multiples. C’est ainsi qu’on a compté jusqu’à vingt-trois rates surnuméraires chez le même individu.

La rate a la forme d’un croissant à concavité droite. Cette conformation lui permet de se mouler sur la grosse tubérosité de l’estomac, lorsque cet organe est dans l’état de distension.

volume de la rate. — A l’état normal, l’extrémité inférieure de la rate ne doit pas dépasser le rebord des côtes. Mais dans certains cas d’hypertrophie, elle peut remplir la totalité de l’abdomen.

Toutes les conditions physiologiques ou pathologiques qui déterminent un afflux sanguin dans la rate produisent la tuméfaction de cet organe. C’est ce que l’on observe dans la course, le rire et les fièvres intermittentes. La gêne, connue sous le nom de « point de côté », que l’on ressent à la suite d’une course forcée ou d’un accès de rire prolongé, est due à la turgescence extrême de la rate et à sa compression par les mouvements accélérés du diaphragme. Aussi dit-on des personnes qui, dans la course, n’éprouvent pas cette douleur, « qu’elles courent comme des dératées ». -

L’arsenic et la quinine ont la propriété d’affaisser la rate ; de là, l’emploi de ces médicaments dans les fièvres intermittentes.

Page 1