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TEXTURE DE LA RATE. DE L’ATRABILE OU HUMEUR

moire. — Les parties constituantes de la rate comprennent : ses enveloppes,, son tissu propre, ses vaisseaux et ses nerfs.

Les enveloppes de la rate sont au nombre de deux : l’une séreuse ou péritonéale, l’autre fibreuse dite capsule de Malpighi. De la surface intérieure de cette coque fibreuse partent d’innombrables filaments, qui s’enchevêtrent dans tous les sens et limitent des aréoles analogues à celles d’une éponge.

Outre l’élément fibreux, les cloisons des alvéoles spléniques renferment encore dans leur épaisseur des fibres musculaires et des fibres élastiques. Ces dernières permettent à la rate de reprendre son état primitif lorsqu’elle a été considérablement distendue; et les premières

expliquent la diminution de volume que l’électricité fait éprouver à cet organe.

Les aréoles de la rate sont remplies d’une sorte de pulpe semi-fluide appelée boue splénique , qui lui donne sa couleur lie de vin. La boue splénique est composée : 1° d’un liquide extravasé des vaisseaux ; 2° de petits grains grisâtres, les corpuscules de Malpighi , visibles à l’œil nu ; 3° de cellules microscopiques, assez semblables aux globules blancs du sang, à la fabrication desquels on a fait quelquefois, pour cette raison, participer la rate.

Ce qui donne quelque crédit à cette assertion, c’est que le sang qui sort de la rate par la veine splénique contient trois fois plus de globules blancs que celui qu’elle reçoit de l’artère splénique. De plus, dans la leucocythémie (Xeuxoç, blanc; xùtoç, cavité; a^a, sang), qui est caractérisée par l’augmentation des globules blancs du sang, la rate est toujours hypertrophiée.

Hippocrate considérait la boue splénique comme une des quatre humeurs cardinales. Il lui donnait le nom d’atrabile ou bile noire et lui attribuait la tristesse mélancolique.

De là le mot de spleen , qui veut dire rate et qui est la maladie nationale des Anglais ; de là aussi l’expression française « se faire de la bile ou de l’humeur noire », comme synonyme d’hypocondrie. Avant Molière, qui a fait tomber sous le ridicule l’atrabile, les médecins faisaient jouer à cette prétendue humeur un rôle important dans les sentiments humains. Voltaire en fait la remarque :

C’est dans le foie, et surtout dans la rate,

Que Galien, Nicomaque, Hippocrate,

Tous gens savants, placent les passions.

Les vaisseaux delà rate comprennent Yartèree tla veine spléniques (pl. III, K, 6). L’artère splénique a la même origine que l’artère hépatique, mais son calibre est beaucoup plus considérable. Elle est encore remarquable par ses nombreuses flexuosités. La veine splénique est, nous l’avons déjà dit, une des racines de la veine porte.

Les nerfs de la rate viennent, comme ceux de l’intestin, du grand sympathique. Ils sont volumineux, et cependant la sensibilité delà rate est très-obtuse, puisque des chiens ont dévoré leur propre rate qui avait été attirée au dehors de l’abdomen pour une expérimentation.

usages de la daxe. — Des théories nombreuses ont été proposées pour expliquer les usages de la rate. Leur multiplicité est une présomption du peu de valeur de chacune d’elles. On sait seulement que l’extirpation de cet organe n’est pas incompatible avec la vie.

La structure spongieuse de la rate et la grande quantité de sang qu’elle reçoit font admettre généralement l’opinion de Haller, qui con-

DE LA DIGESTION

sidère cet organe comme un diverticulum de la circulation abdominale. D’après Cruveilhier, la rate remplirait, dans l’appareil circulatoire, l’office du tube de sûreté de Wolf dans les appareils chimiques.

M. Schiff pense que la rate prépare le ferment qui, entrant avec le sang dans le tissu du pancréas, transforme dans cette glande une substance spéciale en paner éatopepsine, matière propre à digérer les corps albuminoïdes. Ce physiologiste a, en effet, remarqué qu’après l’extirpation de la rate, le suc pancréatique perdait une partie de son influence sur les aliments albuminoïdes, tout en conservant ses autres propriétés digestives.

Les bonnes femmes accordent aux rates de mouton les vertus antifébriles qu’elles attribuent aussi aux pigeons coupés tout vifs en deux et qu’elles appliquent à la plante des pieds des fébricitants. Il est inutile de dire que cette pratique est aussi peu efficace contre la fièvre que le veau cru contre le cancer, les osselets de mouton contre les douleurs, les pattes de taupe et les têtes de vipère contre les convulsions.

Des morceaux de rate appliqués sur la peau ont aussi servi, comme l’a souvent observé Ambroise Paré, à imiter un ulcère. Pigray, dans son Epitome de chirurgie , cite le fait suivant : « J’ai vu, dit-il, une femme qui se présenta au feu roi pour être touchée avec les malades, (les anciens rois de France passaient pour faire des miracles), qui semblait avoir un chancre au tétin fort grand et de mauvais aspect, le mieux simulé et contrefait qui se puisse voir. Mais, quand j’eus considéré la femme être jeune, assez belle et bien formée, de bonne habitude et non cacochyme, je pensai qu’il y avait quelque simulation et tromperie dans son faict, sachant bien qu’un tel mal ne pouvait se loger en un corps de telle nature ; ce voyant, je touche le mal, assez difficile à recognoitre ; enfin je trouve que c’était un morceau de rate renversée et collée par le poli sur le tétin, qui rendait une matière séreuse et rougeâtre comme font les chancres. Je lui ôtai le chancre, puis le tétin demeura beau, blanc et bien sain. »

ARTICLE II

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