‹ Le corps humainChapitre 110 sur 144 · I. — LA FAIM ET LA SOIF · texte numérisé non relu

I. — LA FAIM ET LA SOIF

A. — De la faim.

nature ex causes de la faim. — Les éléments anatomiques de nos tissus puisent clans le sang les matériaux nutritifs nécessaires à leur développement. Dès que ces matériaux commencent à s’épuiser, il se produit une sensation particulière, Vappétit , qui nous invite à combler le déficit par l’alimentation. Si ce désir n’est pas satisfait, il devient bientôt un besoin et constitue la faim. On a donc eu raison d’assimiler la faim à « un pavillon de détresse que hisse l’organisme, appelant l’aliment à son secours et invoquant la digestion comme port ».

Dès que le sentiment de la faim est éveillé « toutes les puissances digestives, dit Brillat-Savarin, se mettent sous les armes, comme des soldats qui n’attendent plus que le commandement pour agir ».

MODIFICATIONS DE EA FAIM. 1° lAFLUEXCK DE L’AGE. —

Toutes les circonstances, telles que l’àge, les conditions hygiéniques, les influences morales, physiques ou pathologiques qui accélèrent ou ralentissent la nutrition, augmentent ou diminuent le besoin des aliments réparateurs. Ce besoin se fait vivement sentir dans l’enfance, parce que les mouvements nutritifs sont très-actifs à cet âge. C’est pourquoi les nouveau-nés ne font que dormir et teter. « On ne doit pas, dit Hippocrate, refuser des aliments à un enfant qui en demande, quelle que soit la maladie. » A plus forte raison ne doit-on pas, comme on le fait trop souvent dans les pensionnats, mettre la privation de nourriture au nombre des punitions.

2° INFLUENCE DES CONDITIONS HYGIÉNIQUES. — Les exer-

cices musculaires éveillent fréquemment, par les pertes organiques qu’ils nécessitent, le sentiment de la faim. Au contraire, le repos et le sommeil le diminuent; d’où l’aphorisme « qui dort dîne ».

Les saisons froides réveillent encore l’appétit. Et si, comme le remarque Plutarque dans les Symposiaques , on mange plus en automne que dans les autres saisons, ce fait ne doit pas être attribué, ainsi que le veut ce philosophe, à une plus grande liberté du ventre, ni à l’usage de fruits acides, ni à la concentration de la chaleur naturelle par l’air plus froid de l’atmosphère, mais plutôt, comme l’estime M. Fonssagrives, à cette simple raison qu’on a moins mangé en été.

On connaît l’influence de l’état valétudinaire sur la faim. C’est l’appétit impérieux que l'on éprouve dans la convalescence de la fièvre

i)E LA DIGESTION. 509

typhoïde qui, en entraînant à des écarts de régime, constitue un des plus grands dangers de cette maladie.

3° ixfllexces mob iles. — Chacun a pu constater sur soimême les modifications que le moral imprime à l’appétit. Une mauvaise nouvelle le détruit et une bonne le fait renaître. Il s’émousse sous l’influence de la tristesse et s’éveille sous celle de la gaieté. « La bonne humeur, dit avec justesse Lussana, est la meilleure médecine à recommander en dînant. » C’était en vertu de ce précepte, qu’autrefois les princes faisaient assister à leurs repas les fous et les bouffons. A Lacédémone, on plaçait dans la salle des festins une statue du rire. Les Égyptiens avaient au contraire l’habitude de faire passer aux convives, vers la fin du repas, l’image d’un mort en disant : « Bois et réjouis-toi, car à ta mort tu seras seul » (1). Une certaine préoccupation, comme le fait remarquer Marchai deCalvi, peut aller jusqu’à faire oublier le repas. Témoin ce mathématicien, qui, devant dîner en ville, entra dans sa chambre pour changer de vêtements, se déshabilla et se coucha.

L’attrait de la causerie est comme le rire, un puissant aiguillon de la faim ; on sait qu’un appétit languissant se réveille à l’arrivée d’un convive. « Les morceaux caquetés, dit Piron, se digèrent mieux. » Telle est aussi l’utilité des lectures pendant les repas. Devenu vieux, Voltaire se faisait lire Massillon quand il était à table : « Les anciens en usaient ainsi, disait-il, et je suis très-ancien. »

Dans certains cas, on stimule l’appétit par la musique. Les anciens, écrit M. Noirot dans Y Art d'être malade , avaient l’habitude de mêler la musique et le chant aux plaisirs des festins. Les convives chantaient alternativement ou en chœur, tenant à la main une branche de myrte ou de laurier. — On a remarqué que les troupeaux paissent plus longtemps et avec plus d’activité au son du flageolet ou de la cornemuse, ce qui fait dire aux Arabes que la musique les engraisse. — On a raconté qu’un des médecins les plus célèbres de notre époque, le docteur Récamier, envoyait tous ses dyspeptiques et ses gastralgiques à la colonne Vendôme, pour y entendre chaque soir la retraite et suivre les tambours. C’est le même praticien qui, consulté pour une dyspepsie grave par une très-noble dame, écrivit la prescription suivante : L'estomac aime le rhythme. Madame la marquise prendra ses repas au son du tambour. La prescription fut ponctuellement exécutée. La malade loua deux tambours de la garde nationale qui, le matin à déjeuner et le soir au dîner, vinrent pendant deux mois exécuter des roulements sous les fenêtres de la salle à manger.

C’est sans doute en activant ou en diminuant la sécrétion des sucs digestifs que les influences morales agissent sur l’appétit. Nous savons,

(i) G. Husson, U alimentation animale .

en effet, que la vue d’un mets agréable fait affluer la salive dans la bouche et que, chez les chiens munis d’une fistule stomacale, la présentation d’un morceau de sucre fait aussitôt sourdre à la surface de la muqueuse de l’estomac d’abondantes gouttelettes de suc gastrique.

Claude Bernard a de plus observé, chez un chien muni d’une fistule biliaire, que la bile s’écoulait en plus grande quantité s’il était flatté que s’il était battu.

40 IKFLUEVCES PHYSIQUES. DES APÉRITIFS. — L’appétit

est encore excité par le passage de corps étrangers dans le tube digestif. Ils agissent, nous le savons, en provoquant les contractions et les sécrétions intestinales. Parmi ces agents mécaniques, les plus connus sont les graines de lin et de moutarde blanche. L’appétit insatiable que produit quelquefois la présence du ver solitaire dans les intestins peut tenir à la même cause.

On donne communément le nom d 'apéritifs (de aperire , ouvrir) à des liqueurs aromatiques et plus ou moins amères, telles que l’absinthe, le vermouth, le bitter, le curaçao, qui ont la réputation, peu justifiée d’ailleurs, de réveiller l’appétit.

Les véritables apéritifs, dans l’état de santé, sont l’exercice musculaire, le repos intellectuel et la sobriété.

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