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ACTION DES BOISSONS ALCOOLIQUES SUB I/ÉCONOMIE

— Étendues d’eau, les boissons alcooliques exercent une action stimulante sur les fonctions de la nutrition. Bien que « les grands buveurs

LE cours HUMAIN.

mangent peu », les boissons alcooliques ne peuvent pas être considérées comme un aliment. En effet, la plus grande partie de l’alcool qu’elles renferment n’est pas décomposée dans l’organisme, il est éliminé en nature par les poumons, les reins et la peau. L’alcool semble soutenir sans nourrir.

A l’origine, l’eau-de-vie était surtout administrée aux blessés sur le champ de bataille ; elle relevait le physique et le moral des soldats souffrants, affaiblis et découragés. Son nom lui est venu, de cette salutaire application. Mais depuis, l’abus qu’on en fait journellement, sous prétexte de « tuer le ver » et de « chasser le mauvais air », l’a fait appeler « l’eau-de-mort » et vulgairement « le casse-poitrine » .

Depuis plusieurs années la méthode de Bentley Todd, qui consiste à administrer le rhum à haute dose dans les fluxions de poitrine, s’est généralisée en France ; elle a heureusement remplacé l’ancienne i.iédication dépressive que Molière a critiquée et résumée dans cette formule bien connue: purgare, vomire, saignare et clysterium donare.

Chez les gens qui s’adonnent habituellement aux boissons alcooliques, les organes sont imprégnés d’alcool et peuvent s’enflammer au contact d’un foyer, comme le fait une omelette au rhum à l’approche d’une allumette. On a donc tort de citer ces cas, qui d’ailleurs sont rares, parmi les exemples de combustion spontanée.

Les boissons alcooliques sont aussi un puissant stimulant des facultés intellectuelles, et un certain nombre d’artistes et d’hommes de lettres y ont puisé avec le germe de leur mort, leurs plus belles inspirations. Eschyle, rapporte Athénée dans le Banquet des savants , avait toujours une pointe de vin lorsqu’il composait ses tragédies. Nous savons, ajoute le même auteur, qu’Alcée, le poète lyrique, et Aristophane, le comique, écrivaient leurs poèmes dans l’ivresse. On peut citer, dans les temps modernes, le compositeur Haendel, Gérard de Nerval, Alfred de Musset, Mürger et différents artistes dramatiques tels que Champmeslé, Brécourt, Blainville, François Arnould, Casaciello célèbre acteur de Naples, Taconet, Kean, Frédéric le Maître, Mademoiselle Dumesnil et Mademoiselle Laguerre de l’Opéra, qui puisaient leur inspiration dans les boissons alcooliques. Le jésuite Louis Maimbourg ne prenait, parait-il, jamais la plume sans avoir échauffé son imagination par le vin. De même Gluck aimait l’argent, le vin et la gloire. Pour expliquer cette graduation dans ses goûts, il disait : « avec de l’argent, j’achète du vin ; le vin m’inspire, et l’inspiration, me rapporte de la gloire. » On sait qu’il fut subitement frappé d’apoplexie après avoir vidé, à la fin d’un dîner au champagne, le contenu d’un grand flacon d’eau de vie.

Quand les boissons alcooliques sont prises à doses élevées, l’excitation cérébrale augmente et détermine l’ivresse. Le début de cet état se traduit par un surcroît d’activité des fonctions d’innervation ; de là,

DE LA DIGESTION

l’accroissement de la force musculaire, la volubilité de la parole, l’animation des traits, l’expansion et la sincérité de la pensée justifiées par l’adage : in vino veritas ; l’exaltation des facultés affectives, qui explique pourquoi les uns ont « le vin méchant » et les autres « le vin bon ». Si la mesure a été dépassée, à la période d’excitation succède une période de dépression qui se traduit, sur le système musculaire, par l’embarras de la parole, l’incertitude et même l’impossibilité de la marche ; sur le système nerveux, par un anéantissement plus ou moins complet de l’intelligence et par le défaut de sensibilité pouvant aller jusqu’à l’anesthésie. C’est ainsi que des individus enivrés, s’étant fracturé la jambe, essayent encore de marcher sans éprouver de douleur. On peut aussi, sous l’influence de l’ivresse, pratiquer les opérations les plus graves sans provoquer de souffrance. Il paraît même que certains rebouteux obtiennent la résolution musculaire qui facilite la réduction des luxations en enivrant leurs clients.

Le chloroforme produit d’ailleurs un effet analogue.

Les différentes phases d’excitation, d’exaltation et de dépression morales et physiques de l’ivresse ont fait comparer assez justement un homme ivre à un mouton dans le premier degré ; à un lion, dans le second; et à un cochon, dans le troisième.

L’action excitante que les boissons alcooliques exercent sur le cerveau explique pourquoi il est dangereux de les administrer aux enfants, malgré le préjugé qui attribue au vin la propriété de favoriser l’éruption dentaire. Il paraît même qu’à Laybach il est passé en proverbe que, pour faciliter la dentition, il faut donner du vin aux enfants, « dût la mère vendre pour cela jusqu’à sa dernière jupe ». Or, le résultat le plus clair de cet usage est de provoquer des indigestions et de3 convulsions.

L’abus répété des boissons alcooliques et fermentées produit les accidents de l’alcoolisme, dont les plus graves sont la dyspepsie ou difficulté de digestion, la dégénérescence du foie, l’hydropisie, les vertiges, le tremblement des membres et la démence. C’est peut-être à la consommation, chaque jour progressive, des boissons spiritueuses, qu’il faut attribuer l’augmentation considérable des cas d’aliénation mentale dans ces dernières années. Ainsi, depuis cinquante ans, le nombre des aliénés a augmenté en France dans la proportion de 1 à 8.

Les législateurs et les philanthropes se sont de tout temps préoccupés de remédier à l’abus desboisssons alcooliques. Mais «qui a bu boira », dit le dicton, et toutes les tentatives sont restées infructueuses. A Lacédémone, pour inspirer aux jeunes Spartiates le dégoût de l’ivresse, Lycurgue faisait enivrer des esclaves sur la place publique, et à Athènes, la loi de Dracon punissait de mort les ivrognes.

Avant ces lois, les Athéniennes, à en croire Aristophane, éprouvaient une véritable passion pour le vin, « Qui m’empêcherait de raconter,

fait-il dire à l’un de ses personnages, comment, prenant en main le strigil pour faire croire que nous allons aux bains, nous montons au cellier et faisons jouer le siphon. » Les maris en étaient même venus à mettre leur vin sous clef, car le personnage d’Aristophane s’écrie avec regret : « Aujourd’hui, ce sont nos maris qui ont les clefs des provisions, de petites clefs de sûreté, faites avec beaucoup d’art, qui se fabriquent en Laconie et qui sont à trois dents ; autrefois, nous savions ouvrir clandestinement la porte au moyen d’un petit crochet, dont à l’aide du marteau et de la lime nous faisions une fausse clef; mais, maintenant nos maris mettent le scellé sur l’orifice de la serrure. » Tout en faisant la part de l’exagération de ce récit, on comprend la rigueur des lois draconiennes pour la répression de tels abus.

A Rome, sous la république, il était aussi interdit aux femmes de boire du vin, et Caton dit que les Romains avaient l’habitude d’embrasser leurs parentes pour s’assurer si elles ne sentaient pas le vin. Ignatius Mécénius tua sa femme qu’il trouva en train de boire au tonneau : il fut acquitté.

Mais, à la décadence de l’empire romain, l’usage des boissons spiritueuses fut poussé à la dernière limite. César faisait distribuer du vin au peuple pour célébrer ses victoires. Novellus Torquatus obtint le consulat pour avoir bu d’une traite trois conges de vin (environ di\ litres) sous les yeux de Tibère, qui se pâmait d’admiration. Néron, le père de ce tyran, s’adonnait aussi à l’ivrognerie ; et, pour ce motif, son nom de Tiberius fut changé en Riberius.

On sait que Mahomet a fait disparaître de l’Arabie le vice de l’ivrognerie en dénonçant, dans le Coran, le vin « comme une abomination inventée par Satan » .

En Angleterre, aux États-Unis et en Norvège, il s’est formé des Sociétés de tempérance, dont les membres s’interdisent l’usage des boissons fermentées. La Société de tempérance, instituée en France, distribue des récompenses aux individus de la classe ouvrière qui ont renoncé à leurs habitudes d’ivrognerie et à ceux qui ne se sont jamais enivrés. Tous les ans elle met au concours un certain nombre de sujets à traiter pour combattre les progrès de l’intempérance.

on vi\. — Le vin est le produit de la fermentation du jus de raisin. Pour 100 parties, cette boisson renferme en moyenne 8 à 10 d’alcool, 2 à 5 de résidu et 85 à 90 d’eau. Le résidu se compose surtout de matières colorantes, qui font défaut dans le vin blanc ; de tannin, auquel le vin doit ses propriétés astringentes et toniques ; de bitartrate de potasse, qui lui donne son acidité et qui, à raison de sa faible solubilité, se précipite peu à peu en entraînant la matière colorante du vin. Ainsi s’explique la teinte pâle, dite pelure d’oignon, des vins vieux. On rencontre encore quelquefois dans le vin du sucre qui a échappé à la

DE LA DïfiESTTON.

fermentation alcoolique. Si cette fermentation est incomplète, comme pour les vins de Champagne, ceux-ci renferment une grande quantité d’acide carbonique qui les rend mousseux. Nous signalerons enfin la présence de l’éther œnanthique qui contribue à former le bouquet des vins. En général, les vins rouges contiennent plus de tannin et de matières colorantes que les vins blancs.

Les vins sucrés diffèrent des précédents par la présence du sucre et d’une plus grande quantité d’alcool. Les vins de Bourgogne se distinguent des vins de Bordeaux par une plus forte proportion d’alcool et une plus faible quantité de tannin ; aussi les derniers sont-ils plus toniques et moins excitants. On les recommande de préférence aux malades et aux convalescents.

M. Bouchardat a classé les vins, suivant le principe qui y domine, en : 1° alcooliques secs (Madère, Marsala), sucrés (Malaga, Lunel), de paille (Arbois, Hermitage) ; 2° astringents tanniques sucrés (Saint- Raphaël, Bagnols), non sucrés (Gahors) ; 3° acides avec bouquet (vin du Rhin), sans bouquet (de Gouais, d’Argenteuil) ; 4° mousseux (Champagne).

Dans une seconde classe, le même auteur a rangé les vins mixtes , c’est-à-dire ceux qui renferment en proportion normale les principes essentiels du vin. Il divise ces derniers en deux ordres : 1° vins avec bouquet , Bourgogne (Clos-Yougeot, Montrachet), Médoc (Château- Larose, Sauterne), côtes du Rhône (Hermitage), Midi (Langlade, Saint-Georges) ; 2° vins sans bouquet, comprenant le Bourgogne et le Bordeaux ordinaires.

Les vins acidulés, dits vins de pays, comme ceux d’Argenteuil et de Suresnes, renferment peu d’alcool ; aussi ont-ils la réputation de faire plus de mal au ventre qu’à la tête.

La matière colorante et le tannin sont sans doute des correctifs fonctionnels de l’alcool ; car les vins blancs, même les moins alcooliques, comme ceux de Chablis, qui sont en grande partie privés de ces substances, alourdissent beaucoup plus rapidement que les vins rouges.

Nous en dirons autant du Champagne mousseux qui renferme aussi peu d’alcool, parce que, nous l’avons vu, ce vin est mis en bouteille avant la fin de la fermentation.

On falsifie souvent les vins, soit en les coupant d’eau, soit en les mélangeant avec d’autres vins de qualité inférieure, soit par l’addition de sucre, de matières colorantes plus ou moins nuisibles, comme la fuchsine, d’essences propres à simuler les bouquets des différents crûs et enfin d’alcool. On a même été jusqu’à fabriquer des vins qui n’avaient de ceux-ci que le nom. C’est en raison des fréquentes falsifications auxquelles sont exposés les vins rouges que l’on n’emploie que le yin blanc pour la messe.

L'abondance des lycéens se compose d’une partie de vin pour trois d’eau; c’est, comme on le voit, une boisson inoffensive et bien appropriée au jeune âge.

On peut dire d’une manière générale que le vin, pas plus que les autres boissons fermentées, n’est indispensable à l’homme. Si le phylloxéra, l’oïdium et le mildew détruisaient toutes les vignes, la fortune publique, il est vrai, en souffrirait, mais l’hygiène n’aurait rien à perdre.

On a donc beaucoup exagéré en disant que le vin est du « sang en bouteille », ou encore que c’est « le lait des vieillards, comme le lait est le vin des enfants » . Le vin retarde, en effet, la digestion plutôt qu’il ne l’active, ainsi que le prouvent le séjour prolongé du vin pur dans l’estomac et les fréquents rapports qu’il provoque.

L’eau remplit, au contraire, toutes les conditions favorables à la nutrition, et ce sont les amateurs de boissons alcooliques qui ont dit que les « méchants sont buveurs d’eau ». Démosthènes, Charles XII, Milton, Newton, Balzac et tant d’autres étaient abstèmes (de ab9 privatif, temetum, vin), et ne s’en sont pas moins bien portés. Personne d’ailleurs, comme le fait justement observer le docteur Noirot, ne conteste les avantages de l’eau ; mais on se garde bien d’en faire usage ; aussi l’a-t-on comparée avec raison à la modestie « que l’on vante volontiers, mais que personne ne veut pour soi » . Buvez de Veau , répétait souvent le célèbre Dubois aux jeunes gens qui le consultaient. Et Dumoulin disait en mourant : Je laisse deux grands médecins : la diète et Veau.

3.-3. Rousseau, dans son Émile , proscrit aussi l’usage du vin, parce qu’il voit en cette boisson un besoin contraire aux vues de la nature, qui n'a rien créé de fermenté. Si le conseil est bon, l’argument sur lequel il repose est faux; car, suivant la judicieuse remarque de M.Fonssagrives, dans ses j Entretiens familiers sur V hygiène, il faudrait aussi supprimer de l’alimentation une foule de substances de première nécessité, comme le pain.

Il ne faut donc tenir aucun compte de ce précepte de l’École de Salerne :

L’estomac refroidi devient méchante meule Si l’on s’obstine à boire, aux repas, de l’eau seulo.

»e la bière. — Cette boisson est une décoction d’orge germée et de houblon soumise à la fermentation ; c’est, disait Royer-Collard, un « vin de grain » . Les bières de qualité inférieure sont aussi composées des graines de diverses céréales, telles que le froment ou l’avoine pour le faro des Belges ; le seigle, pour le quass des Russes ; le riz, pour Yavach des Arabes ; le maïs, pour la chica des Américains, et le millet pour le bonza des Tartares.

La germination développe dans chaque grain un principe, appelé

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diastase (SiaffTaaiç, séparation), qui a la propriété de transformer Famidon de ce grain d’abord en dextrine, puis en sucre. Cette dernière substance, sous l’influence de la fermentation alcoolique, se dédoub e, comme le sucre du jus de raisin, en gaz acide carbonique qui fait pétiller la bière, et en alcool qui se retrouve dans la préparation, aux proportions de 2 à 8 pour 100. Selon la quantité d’alcool que renferment les bières, on les divise en fortes ou faibles. Les premières comprennent l’ale supérieur de Londres (8 pour 100), le porter (6), le pale ale (5 à 6), l’ale ordinaire de Londres et la bière forte de Lille (5), la bière forte de Strasbourg (4 à 5) ; les autres, la bière ordinaire de Bavière et le bock bier de Munich (4), la bière blanche de Louvain (3 à 4), le faro de Bruxelles (2 à 3).

La bière doit au houblon son arôme et son amertume. Certains fabricants de porter, pour donner à leur bière de l’amertume en économisant le houblon, emploient de la strvchine qui est un poison trèsviolent. A Paris, on obtient le même résultat avec la gentiane, la coque du levant et l’acide picrique, substances qui sans être aussi dangereuses que l’alcaloïde de la noix vomique employé à Londres, ne sont pas cependant inoffensives.

La faible quantité d’alcool que renferme la bière explique son peu d’action sur le cerveau, et cet organe n’est alourdi que lorsqu’elle est prise en excès. Dans ce cas, elle produit une ivresse moins expansive et plus taciturne que l’ivresse alcoolique. Quant à la remarque d’Aristote, qui prétend que les buveurs de vin tombent en avant et les buveurs de bière en arrière, elle mérite à peine d’être rappelée.

La bière est une boisson très saine, lorsqu’elle n’est pas sophistiquée. Elle est tonique par son houblon, elle stimule l’estomac par son acide carbonique, elle étanche la soif et augmente la sécrétion urinaire par sa grande quantité d’eau; enfin elle est nutritive par la forte proportion de substances azotées qu’elle renferme, et, prise en excès, elle dispose à l’obésité. L’École de Salerne l’a dit :

Elle épaissit l’humeur, dans les veines serpente En longs ruisseaux de sang, nourrit la chair, augmente La force et l’embonpoint ; l’urine accroît son cours ;

Et du ventre amolli se gonflent les contours.

Les peintres flamands, comme le fait remarquer le docteur F. Brémond, connaissent bien l’action nourrissante de la bière et ils représentent exactement la nature, quand ils donnent à leurs buveurs une corpulence caractéristique qui fait plaisir, sinon à porter, du moins à voir. C’est aux résidus de la fermentation dont se nourrissent les chevaux des brasseurs que ces animaux doivent leur embonpoint et leur vigueur.

LE CORPS UVV. ATN.

II. poissons acïdïjïæs. — Toutes les eaux gazeuses naturelles ou préparées sont rendues acidulés par l’acide carbonique qu’elles contiennent. Les autres boissons acidulés sont composées d’eau ordinaire et de sucs de fruits, tels que ceux de citron, d’orange, de groseille, de cerise, de framboise, de grenade ; ou bien des acides citrique, tartrique et sulfurique.

I/eau aiguisée de quelques gouttes de vinaigre est une excellente boisson. C’est à ce mélange que les soldats Romains donnaient le nom de posca. Ils en faisaient un usage journalier.

Les boissons acides sont très-agréables pour apaiser la soif pendant les chaleurs de l’été : elles sont rafraîchissantes et stimulantes ; mais, prises en trop grande quantité, elles fatiguent l’estomac et troublent les fonctions digestives.

III. boissons aromatiques. — Parmi ces boissons, les plus employées sont le café, le thé de Chine, le chocolat, le quara, na , le coca ou thé du Pérou, et le maté ou thé du Paraguay. Cette dernière substance, qui possède des propriétés analogues à celles du thé et du café, tient une place importante dans l’alimentation des peuples de l’Amérique méridionale.

du chocolat. — C’est un aliment composé de sucre et d’amandes cle cacao légèrement torréfiées, que l’on réduit par la chaleur en une sorte de bouillie qui se solidifie en se refroidissant. Suivant Chéruel, ce fut la reine Marie-Thérèse qui, après son mariage avec Louis XIV, répandit en France le goût du chocolat. D’après une autre version, il fut introduit par des moines qui le conseillèrent à Richelieu « pour modérer les vapeurs de sa rate » .

Le chocolat est un aliment complet, grâce aux matières azotées, sucrées et grasses (beurre de cacao) qu’il renferme. Il peut aussi être considéré comme un stimulant de l’estomac par la présence d’un alcaloïde, la tliéobromine.

Son action est plus active lorsque l’on ajoute au chocolat des aromates comme la vanille et la cannelle.

La spirituelle boutade de madame de Sévigné sur la double propriété, alimentaire et excitante du chocolat est bien connue : « Je pris avanthier, dit-elle dans une de ses lettres, du chocolat pour digérer mon diner, afin de bien souper; et j’en ai pris hier pour me nourrir et pour jeûner jusqu’au soir : voilà de quoi je le trouve plaisant, c’est qu’il agit selon l’intention. »

du café. — Le café est une infusion des semences torréfiées et moulues du caféier. On distingue plusieurs variétés de café d’après leur provenance : le Moka, le Rourbon, le Martinique, le Zanzibar, etc. Le premier est, de tous, le plus apprécié.

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L’introduction du café en France est due à Soliman-Aga, ambassadeur de la Sublime-Porte ; elle remonte à l’année 1659. Le Sicilien Procopio Cultelli fonda le premier un établissement public convenable où l’on débitait cette liqueur ; de là le nom de cafés , qui est resté depuis aux établissements de même genre. Le café Procope, qui existe encore, était situé vis-à-vis de la Comédie-Française, dans la rue des Fossés-Saint-Germain, actuellement rue de TAncienne-Comédie. C’était le rendez-vous des beaux esprits du xvne siècle.

Le café renferme un alcaloïde, la caféine , qui se compose d’un principe aromatique et d’un principe amer. La torréfaction développe le premier et donne l’arome au café. Le principe amer est un tonique, l’autre un excitant de la digestion, de la circulation et de l’innervation.

Son action sur la digestion justifie l’habitude du café à la tin des repas. L’accélération qu’il produit sur la circulation le fait interdire aux personnes affectées de maladies du cœur. On peut cependant leur permettre Fusage du café bouilli et non infusé, car l’ébullition chasse le principe aromatique qui est excitant, et respecte le principe amer ou tonique.

« L’action principale du café, a dit Trousseau, consiste en ce qu’il stimule ou plutôt qu’il éveille le cerveau, sans réchauffer comme le font les alcooliques. Il diffère de ceux-ci en ce que cette excitation est bienfaisante et ne ressemble pas aux accidents de l’ivresse. »

L’alcool et le café n’exercent pas, sur les conceptions de l’esprit, une influence semblable ; ainsi les œuvres de Voltaire, de Fontenelle, de Delille, de Balzac, qui étaient de grands amateurs de café et celles d’Hoffmann, d’Edgard Poë, de Gérard de Nerval et même d’Alfred de Musset, qui préféraient les boissons alcooliques, portent des caractères différents.

L’insomnie déterminée par Fusage du café est encore due à l’action excitante de cette boisson sur le cerveau ; ce qui lui a valu le nom de « boisson intellectuelle » . Les effets psychiques du café ont été trèsbien décrits par Delille dans ce passage :

Il est une liqueur au poëte plus chère,

Qui manquait à Virgile et qu’adorait Voltaire.

C’est toi divin café, dont l’aimable liqueur,

Sans altérer la tête, épanouit le cœur.

A peine j’ai senti ta saveur odorante,

Soudain de ton climat la chaleur pénétrante Réveille tous mes sens sans trouble et sans cahots.

Mes pensers, plus nombreux, accourent à grands flot:".

Mon idée était triste, aride, dépouillée;

Elle rit, elle sort, richement habillée,

Et je crois, du génie éprouvant le réveil,

Boire dans chaque goutte un rayon de soleil.

Berchoux, dans son poème de la Gastronomie , traite le même sujet ï sur le ton badin qui caractérise son œuvre :

Le café vous présente une heureuse liqueur | Qui d’un vin trop fumeux chassera la vapeur.

Vous obtiendrez par elle, en désertant la table,

Un esprit plus ouvert, un esprit plus aimable.

Bientôt mieux disposé par ses puissants effets,

Vous pourrez vous asseoir à de nouveaux banquets.

Elle est du Dieu des vers honorée et chérie.

On dit que du poète elle sert le génie;

Que plus d’un froid rimeur, quelquefois réchauffé,

A dû de meilleurs vers au parfum du café.

11 peut du philosophe égayer les systèmes.

Rendre aimables, badins, les géomètres mêmes.

Par lui l’homme d’Etat, dispos après dîner.

Forme l’heureux projet de mieux nous gouverner.

Il déride le front de ce savant austère,

Amoureux de la langue et du pays d’Homère,

Qui, fondant sur le grec sa gloire et ses succès,

Se dédommage ainsi d’être un sot en français.

Il peut de l’astronome, éclaircissant la vue,

L’aider à retrouver son étoile perdue.

Au nouvelliste enfin, il révèle parfois,

Les intrigues des cours et le secret des rois ;

L’aide à rêver la paix, l’armistice, la guerre,

Et lui fait, pour six mois, bouleverser la terre.

Pris en trop grande quantité, le café produit des symptômes de dépression après une période plus ou moins longue d’excitation. Il ne faut cependant pas prendre à la lettre l’impression de madame de Sévigné, lorsqu’elle dit : « Le café m'abêtit. » Barthez, qui en faisait un usage modéré, disait : « Cette liqueur me débêtise. » On connaît d’ailleurs l’antipathie de la célèbre marquise pour le café ; dans une de ses Lettres, en parlant de l’auteur d "Athalie, elle écrit : « Il en sera de Racine comme du café, qui l’un et l’autre passeront de mode. » Le temps n’a confirmé aucune de ces prévisions.

Le café est non-seulement une liqueur agréable, mais encore les médecins en retirent de grands avantages contre certaines maladies. Ils l’administrent dans les hernies étranglées, les fièvres typhoïdes à forme dépressive ou adynamique, les empoisonnements par les narcotiques. Son emploi est surtout utile dans la céphalalgie ou mal de tête. Buchoz a depuis longtemps constaté ses heureux effets dans cette dernière maladie: « Il soulage, dit-il, infailliblement tout le monde du mal de tête, quelque furieux qu’il soit. » Et il ajoute, dans son enthousiasme: «. Il y en a des exemples surprenants jusque sur des personnes qui étaient près d’être trépanées. » Linné se guérit, par l’emploi du café, d’une céphalalgie qui avait résisté à tous les traitements. On l’a aussi préco-

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nisé dans les hydropises, dans la goutte, la gravelle, et c’est au grand usage qui s’en fait en Turquie et chez tous les peuples du Levant qu’on attribue la rareté de ces maladies. Il serait plus exact, pensons-nous, d’en chercher la cause dans l’abstinence des boissons alcooliques recommandée par le Coran.

Le café a trouvé des détracteurs : Tissot, Boerhaave, Hanneman, le père de l’homoeopathie, et tant d’autres, le proscrivaient sous prétexte qu’il conduisait insensiblement au tombeau. A quoi Fontenelle répondait malicieusement : « Il faut croire que le café est un poison bien lent , car fen bois plusieurs tasses par jour depuis près de quatrevingts ans , et ma santé rien est pas sensiblement altérée. » Tissot disait que le café tue en caressant.

Mélangé au lait, le café, dit-on encore, produit la chloro-anémie. C’est une erreur : en Belgique, tous les habitants font journellement usage de café au lait et n’éprouvent aucun des inconvénients attribués à cette préparation. C’est aussi à tort que l’on rapporte à l’usage excessif de cette liqueur la mort de Balzac.

Le café est l’objet de falsifications nombreuses. La plus fréquente est l’addition d’une certaine quantité de racine de chicorée sauvage pulvérisée. Il est facile de reconnaître cette fraude en jetant la poudre dans L’eau : le café surnage et la chicorée gagne le fond. On y introduit aussi le gland de chêne, l’orge, les pois chiches, l’avoine, les haricots blancs, le petit-houx, le caroube, après leur avoir fait subir la torréfaction. Tous ces produits n’exercent d’ailleurs aucune influence funeste sur l’économie.

Le génie de la fraude est allé jusqu’à fabriquer des grains de café artificiels avec un mélange de chicorée, de marc de café et de colle forte. On vend souvent aussi comme neufs des grains qui ont déjà servi à préparer l’essence de café. Nous signalerons enfin les grains de café vert simulés avec de l’argile ; mais la fraude est trop grossière pour qu’elle passe inaperçue.

ou thé. — Cette boisson s’obtient en faisant infuser quelques grammes de thea sinensis dans un litre d’eau ; c’est donc une véritable tisane. On distingue deux sortes de thés : les thés verts (hyson, impérial, poudre à canon), et les thés noirs (pekoe, souchon). Mais ces deux variétés, bien que n’ayant pas les mêmes propriétés, proviennent de la même plante et ne diffèrent entre elles que par leur mode de préparation.

Le thé renferme un alcaloïde analogue à la caféine : c’est la théine, qui se compose, comme la caféine, de deux principes, l’un amer et l’autre aromatique.

Le premier donne au thé sa saveur particulière, et le principe aromatique est un stimulant de l’estomac : de là son emploi fréquent pour

activer les digestions pénibles. Le thé vert est plus aromatique que le thé noir et par conséquent plus excitant que ce dernier. Aussi dans le commerce sont-ils généralement mélangés.

Le thé exerce encore une action excitante sur l’encéphale et, comme le café, il détermine l’insomnie chez les personnes qui n’ont pas l’habitude d’en faire usage. C’est grâce à cette action stimulante sur le cerveau qu’il sert, chez les Chinois, à neutraliser les effets déprimants de l’usage immodéré de l’opium.

Les Anglais font aussi une grande consommation de thé, et ils coupent cette boisson avec du lait. Les Hollandais et les Japonais l’emploient pour corriger la saveur désagréable des eaux viciées qu’ils boivent.

Le thé est sujet à de nombreuses sophistications. Les plus dangereuses sont les matières colorantes, comme le bleu de Prusse, qui, mêlé au chromate de plomb, sert à donner une plus belle teinte au thé vert. 11 paraît aussi que, comme pour le café, l’on revend des thés qui ont déjà servi ; on se contente de donner un certain vernis aux vieilles feuilles en les trempant dans une solution gommée. Chevalier signale encore, dans son Dictionnaire des falsifications, l’excrément des vers à soie comme employé par les fraudeurs de thé.

En Chine, le thé est fréquemment falsifié avec des feuilles de saule; pour s’opposer à l’extension de cette industrie le gouvernement de la province de Fokien a pris un arrêté dont voici le passage principal :

Nous sommes informé que certains individus sachant qu’il est difficile de distinguer un mélange de feuilles de thé et de jeunes feuilles de saule, attendent l’arrivée du thé de la saison nouvelle pour opérer ce mélange et réaliser de déshonnêtes profits ;

Notre but, en faisant paraître cette proclamation, est de dévoiler la fraude au public et d’avertir les coupables qu’il seront sévèrement punis.

Nous pardonnons à ceux qui, se repentant, ne se livreront plus à cet acte malhonnête ; mais si, après que cette proclamation aura paru, il se trouve des gens assez audacieux pour continuer à mal faire, ceux-là seront punis avec la plus grande rigueur.

Toute personne qui conduira à mon tribunal un de ces individus, en accompagnant de preuves son accusation, aura une récompense de cent piastres.

Ceux qui, dans le but de gagner quelque argent, feront de fausses dénonciations, seront sévèrement punis.

Que tous tremblent et obéissent !

Proclamation importante !

Le 24 de la quatrième lune de la quatrième année du règne de l’empereur Kouang-Sin (25 mai 1878).

BuA thermalitè des boissoms. — Les effets des boissons sur

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l’économie varient avec leur température. Chaudes, elles accélèrent la circulation et exagèrent les fonctions de sécrétion, surtout celle de la sueur. C’est pourquoi l’eau chaude est le meilleur des sudorifiques et les tisanes si renommées de sureau et de bourrache ne doivent-elles leur vertu qu’à celle de leur véhicule.

I. actïok des boissons chaudes. — Les boissons chaudes sont d’une digestion difficile, parce que l’ébullition les a en grande partie privées de l’air qu’elles contenaient. Aussi recommande-t-on de se servir de l’eau non bouillie pour couper le lait des enfants et d’élever ensuite la température de ce mélange au bain-marie.

Tièdes, les boissons deviennent nauséeuses : de là leur emploi comme auxiliaires des vomitifs. C’est à l’aide de l’eau tiède et de la titillation de la luette avec une plume de faisan, placé à côté de chaque convive, que les Romains, au commencement de l’empire, provoquaient les vomissements qui leur permettaient de faire plusieurs repas de suite. Avec ce régime ils faisaient régulièrement cinq repas par jour : le déjeuner, jentaculum ; le dîner, prandium ; le goûter, merenda ; le souper, cœna; et la collation, comissatio .

On sait qu’Ésope employa ce moyen pour prouver son innocence lorsqu’il fut accusé par son maître d’avoir mangé ses figues ; il rendit l’eau claire telle qu’il l’avait avalée, puis il força les véritables coupables, qui l’avaient injustement dénoncé, à en faire autant ; ils se gardèrent bien d’enfoncer le doigt trop avant dans la bouche, et cependant « l’eau ne laissa pas d’agir, dit La Fontaine, qui raconte l’histoire, et de mettre en évidence les figues toutes crues encore et toutes vermeilles » .

II. action de§ boissons froides. — Les boissons froides exercent sur le système nerveux une action sédative qui justifie l’emploi de l’hydrothérapie dans les névroses, et celui de la glace pilée ou des boissons frappées contre les vomissements nerveux. Elles ont encore pour effet de modérer l’activité de la circulation et d’abaisser la température du corps ; aussi les utilise-t-on dans les hémorrhagies et dans les fièvres.

Il n’y a aucun inconvénient à donner des boissons froides aux malades, même dans la rougeole, la variole et les bronchites, pourvu, comme le veut Huxham, qu’on les prenne en très-petite quantité à la fois ou mieux avec un chalumeau.

Enfin les boissons froides, prises en grande quantité, activent sensiblement la sécrétion urinaire, et si l’eau chaude est le sudorifique le plus efficace, l’eau froide est le diurétique le plus certain.

Les boissons froides, lorsque le corps est en sueur, peuvent produire des accidents intestinaux et pulmonaires plus ou moins graves. M Fonssagrives a vu une pleurésie se manifester cinq minutes après

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l’usage d’un verre d’eau frappée. Plutarque attribue l’extinction de voix du roi Cléomène à l’eau froide qu’il avait bue après une marche forcée. Nous savons que quelques auteurs attribuent la mort de François II à une pleurésie contractée à Tours, en 1536 ; ce prince aurait bu un verre d’eau froide pendant une partie de jeu de paume, et Montecuculli, qui lui avait versé le fatal breuvage, avoua dans les tortures avoir empoisonné le Dauphin avec de l’arsenic, à l’instigation de Charles-Quint. Thibault Lespleigney , apothicaire qui tenait boutique à Tours à la même époque, se fait l’écho de cette accusation, dans ce passage de son Promptuaire des médecines simples en ritlime joyeuse , avecques les vertus et qualités d'icelles. Il dit en parlant de l’arsenic.

C’est une chose fort bruslante,

Aiant effect très vénimeux,

Le poil en cliet, et les cheveux,

Par quoy aulcun n’y ayt fiance ;

Et est de si terrible effect,

Qu’il gecte soudain l’homme mort,

Le primogénite de France,

Francoys Daulphin, de Francoys fils,

En cest an mil trente et six,

En mourut

Nous avons déjà fait observer que le fils de François Ier succomba vraisemblablement aux suites d’une carie du rocher.

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