III. — Des différents actes de la digestion
but e>e la digestion, le chyle. — Les actes de la digestion ont pour but la formation et l’absorption d’une matière nutritive, assimilable, appelée chyle , qui renouvelle le sang et reconstitue nos organes.
Le chyle est le résultat de la transformation des aliments albuminoïdes en peptones, des féculents en glucose et de l’émulsion des corps gras. Les agents qui concourent à ces métamorphoses sont, en commençant par les plus énergiques : pour les aliments albuminoïdes, le suc gastrique, le suc pancréatique, le suc intestinal ; pour les féculents, le suc pancréatique, la salive, le suc intestinal; enfin pour les graisses, le suc pancréatique, le suc intestinal, la bile.
Les substances qui n’ont pas été attaquées par les sucs intestinaux, soit parce qu’elles ont été ingérées en trop forte quantité, soit parce qu’elles résistent à l’action chimique de ces sucs, traversent le tube digestif sans être altérées et forment les excréments.
Les divers actes de la digestion sont : la préhension des aliments ,
DE LA DIGESTION
la mastication, Vinsalivation , la déglutition, la chymification ou digestion stomacale, la chylification ou digestion intestinale , la digestion dans le gros intestin et la défécation .
préhei\ sion des aliments. — Pour saisir les aliments solides, l’homme, le singe, le castor et d’autres animaux se servent des membres supérieurs ; l’éléphant se sert d’une trompe, le chat de dents, le cheval de lèvres, le bœuf de la langue et les insectes de suçoirs. Le caméléon projette une langue démesurément longue sur sa proie, à la façon d’un dard.
La préhension des substances liquides s’effectue en faisant le vide dans la bouche où la pression atmosphérique suffit alors pour les faire pénétrer.
Dans la succion, qui permet aux jeunes mammifères d’extraire le lait du sein de leur mère, la sortie de ce liquide est favorisée, d’nn côté par l’effet du vide, et de l’autre par les pressions répétées des lèvres et de la langue qui se moulent sur le mamelon.
Il est encore une façon de boire dite à la régalade, fort usitée chez les cultivateurs et les ouvriers du Midi, qui consiste à renverser fortement la tête et à laisser tomber le liquide d’une certaine hauteur au fond de la bouche, toute grande ouverte. C’était de cette manière et avec un entonnoir que buvaient ceux qui étaient condamnés par le tribunal de l’Inquisition au supplice de l’eau.
L’action de vider d’un seul coup le contenu d’un verre s’appelle sabler ; cette coutume est familière aux viveurs en buvant du Champagne.
2° mastication. — Cet acte de la digestion est un des plus importants. Son utilité est démontrée par ce fait que les aliments, comme le raisin, les haricots, les lentilles, dont l’enveloppe ligneuse n’a pas été brisée par les dents, résistent à l’action dissolvante des sucs intestinaux et sortent intacts du tube digestif.
La mastication s’accomplit avec les dents, aidées des muscles masticateurs. Les incisives coupent, les canines déchirent et les molaires broient.
• A chaque mouvement de mastication la mâchoire inférieure, qui seule est mobile, s’applique énergiquement sur la supérieure, à la façon du marteau sur l’enclume. Dans le cas d’ankylose de l’articulation du maxillaire inférieur avec l’os temporal, les mouvements de mastication ne peuvent être exécutés. Pour permettre le passage des aliments, on a recours alors à la dilatation des mâchoires avec un instrument spécial (fig. 358).
L’insuffisance de la mastication est une causé fréquente de maladies d’cstomac chez les personnes qui ont de mauvaises dents ou qui mettent trop de précipitation à manger. Napoléon Ier, qui ne restait à table
que dix minutes, est mort d’un cancer stomacal. Ses convives, plus soucieux de leur santé, prenaient l’habitude de dîner une première fois avant l’empereur.
On a donc eu raison de comparer une bouche sans dents à un moulin sans meules. Aussi les personnes édentées devront-elles faire usage
Fig. 353. — Dilatateur des mâchoires. Fig. 359. — Fourchette à triturer la viande
pour l’alimentation des personnes dépourvues de dents.
d’un râtelier. Cet appareil prothétique est non-seulement utile à la santé, mais il conserve encore la régularité des traits et facilite l’articulation des sons.
Si l’on n’avait pas le soin de diviser la nourriture des vieux chevaux privés de dents, ils ne tarderaient pas à mourir.
M. Lemaire, du Havre, a imaginé une espèce de fourchette, composée de cinq dents taillées en scie sur leur face dorsale (A,fig. 359). Cet appareil sert à triturer la viande et supplée de la sorte à la mastication, chez les personnes qui ne peuvent pratiquer cet acte. Pour se servir de cet instrument, on le tient de la main droite et l’on fait passer les dents entre celles d’une fourchette ordinaire, maintenue de la gauche, sur le morceau de viande destiné à être trituré.
Lorsqu’on injecte directement dans l’estomac des liquides alimentaires* comme chez l’opéré de M* Verneuil* la bouche exécute aussitôt
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des mouvements de mastication. Cette remarque prouve l’étroite corrélation qui existe entre les actes de la digestion.
3° tusALTVATiow. — Cet acte digestif s’accomplit, comme le précédent, dans la bouche. Il consiste à imprégner et à enduire de salive les aliments broyés par les dents. Nous avons déjà indiqué à l’étude de la salive le rôle mécanique et chimique de ce liquide. Nous rappellerons seulement que, par l’intermédiaire de la ptyaline ou diastase salivaire qu’elle contient, la salivp partage avec le suc pancréatique, mais à un degré moindre, le pouvoir de transformer les aliments féculents en dextrine, puis en glucose. Cependant le rôle essentiel de la salive dans la digestion est plutôt mécanique que chimique, comme le prouve l’absence des glandes salivaires chez les animaux aquatiques.
4° déglutition. — L’ensemble des phénomènes qui accompagnent le passage des aliments de la bouche dans l’estomac comprend l’acte de la déglutition (de dcglulire , avaler). Ce passage s’effectue en trois temps qui se succèdent rapidement. Dans le premier temps, les aliments, réunis en une masse plus ou moins volumineuse que l’on appelle bol alimentaire , sont dirigés vers l’isthme du gosier par la langue, qui fait « gros dos » de la pointe à la base. Dans le second temps, le pharynx subit un raccourcissement général qui lui permet de s’appliquer sur le bol alimentaire, de le saisir et de l’entrai ner dans l’œsophage. La rapidité de ce temps est telle que Boerhaave le considérait comme une véritable convulsion. Ce mouvement n’est pas volontaire ; il est d’ordre purement réflexe, et toute excitation inflammatoire ou mécanique des bords de l’isthme du gosier le provoquera instantanément. De là la difficulté que l’on éprouve à examiner la gorge chez certaines personnes ; de là les mouvements fréquents de déglutition qui accompagnent les angines ; de là enfin le danger des gageures qui consistent à dissimuler dans la cavité buccale des objets d’une grande longueur, tels que fourchette, couteau, porte-plume, etc.
Après avoir franchi l’isthme du gosier, les aliments tendraient à refluer dans les fosses nasales et à s’introduire dans le larynx si, d’un côté, le voile du palais, en se relevant, ne fermait pas toute communication entre la bouche et les fosses nasales, et si, d’un autre côté, le larynx, entraîné par le mouvement ascensionnel du pharynx, ne faisait pas basculer sous la base de la langue l’épiglotte qu’elle applique sur l’ouverture laryngée. Lorsque cette soupape membraneuse reste levée, par suite d’un rire intempestif ou d’une inspiration mal combinée, les parcelles alimentaires s’introduisent dans les voies respira^ toires et provoquent des accès de suffocation qui peuvent entraîner la mort. On dit alors communément qu’on « s’enoue » ou qu’on « avale de travers » . Ces accidents sont fréquents chez le s vieillards, à cause
de l’ossification do l’épiglotte qui, ayant perdu son élasticité, n’exécute plus régulièrement ses mouvements de bascule. Cependant l’absence de cette soupape membraneuse n’empêche pas la déglutition de s’effectuer librement, et dans ce cas, c’est, comme nous l’avons déjà dit, la base de la langue qui ferme l’entrée des voies respiratoires. Ainsi le général Murat reçut à la bataille d’Aboukir une balle qui lui coupa la partie llottante de l’épiglotte et cette mutilation ne gêna en rien les mouvements delà déglutition.
Si, pendant l’accomplissement de cet acte, le voile du palais reste abaissé par suite ou de paralysie, ou d’un accès de rire, les parcelles alimentaires refluent par les fosses nasales et provoquent l’étcrnument : c’est ce que l’on appelle vulgairement « faire du vin de Nazareth ».
Enfin, dans le troisième temps de la déglutition, le bol alimentaire s’engage dans l’œsophage et est entraîné par les contractions de ses parois jusque dans l’estomac. L’action de la pesanteur agit très-peu dans ce mouvement de progression à l’intérieur du canal œsophagien, car un grand nombre d’animaux l’exécutent la tête inclinée vers le sol. Tout le monde a vu des saltimbanques boire et manger la tête en bas.
Nous répétons les mouvements de déglutition une douzaine de fois par minute pour avaler notre salive. Cet acte s’accomplissant à notre insu, il est dangereux de garder entre les lèvres des aiguilles ou des épingles qui peuvent être avalées à la moindre distraction. La présence d’un liquide salivaire ou autre dans la bouche facilite l’exercice de la déglutition. De là la difficulté d’avaler une poudre quelconque comme la farine et de faire coup sur coup plusieurs mouvements de déglutition à vide ; delà aussi l’impossibilité presque absolue de la déglutition des gaz. Cependant Gosse, de Genève, Bichat et d’autres physiologistes, voulant étudier les différentes phases de la digestion stomacale, sollicitaient le vomissement à volonté, en avalant une certaine quantité d’air. C’est par le même procédé qu’un certain soldat, dont Magendie raconte l’histoire, pouvait simuler une tympanite de l’estomac.
Comme nous venons de le voir, l’habitude permet d’arriver à pratiquer cette déglutition gazeuse, mais généralement il est difficile d’obtenir ce résultat. Il ne faut donc pas croire que la fumée de cigarette pénètre dans l’estomac; chez ceux qui hument cette fumée, elle s’engage dans les bronches au moment de l’inspiration et elle en sort à l’expiration suivante.
5° DIGESTION STOMACALE OU CIIYMÏFICATIOIV. — Après
avoir traversé l’œsophage, la masse alimentaire franchit le cardia et pénètre dans l’estomac. Elle est aussitôt pétrie par les fibres musculaires de cet organe et elle y séjourne jusqu’à ce qu’elle ait été trans-
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formée, par le suc gastrique, en une pâte rosée et grisâtre, constituant le chyme (yyixôq, suc).
M. Réclam a démontré expérimentalement l’action des contractions ) de l’estomac, en ouvrant cet organe chez un chien auquel il venait de donner du lait. On voyait à la surface de ce liquide coagulé des sillons déterminés par l’impression des fibres contractiles de cet organe.
I Le suc gastrique, nous le savons, n’a aucune action sur les féculents ni sur les matières grasses, qui peuvent séjourner dans l’estomac sans être sensiblement altérés. Les aliments azotés ou albuminoïdes sont seuls attaqués par le ferment du suc gastrique, la pepsine , qui les transforme en une substance soluble et assimilable appelée peptone coction). Quant aux liquides, ils sont en grande partie absorbés pas l’estomac.
DURÉE DE LA DIGESTION STOMACALE. — Les aliments sé~
journent dans l’estomac pendant un temps qui varie avec la nature des aliments, l’énergie des contractions stomacales et l’activité de sécrétion du suc gastrique. La tranquillité de l’esprit et l’exercice musculaire favorisent ces deux dernières conditions. Tissot a eu raison do dire que l’homme qui pense le plus est celui qui digère le plus mal, et celui qui pense le moins est celui qui digère le mieux. C’est pourquoi il est sage de ne se livrer à aucun travail intellectuel au sortir de table. « On soupe quelquefois, écrit Voltaire à Frédéric II, sans avoir mis d’intervalle entre le travail et le repas ; on se relève le lendemain avec une digestion laborieuse. On travaille avec la tête moins nette, on s’efforce, et l’on tombe malade. »
Un exercice modéré facilite aussi la digestion. « Bien mâcher et bien marcher, disait d’autre part Bocquillon, médecin de l’Hôtel-Dieu, sont les deux plus grands secrets que je connaisse pour vivre longtemps. » De même Chôme! assurait qu’on « digère autant avec les jambes qu’avec son estomac ». On sait que l’apologue politique de Mcnénius Agrippa repose précisément sur l’étroite relation qui existe entre les membres et l’estomac.
Cependant la méridienne , après le repas, ne saurait entraver la digestion, pourvu que ce repos soit de courte durée, ainsi que le recommande l’École de Salerne : Sit brevis aut nulliis tibi somnus meridianus. Ce précepte est le complément de cet autre aphorisme de la même école : Post prandiam staf après le repas repose-toi. L’enfant nouveau-né s’endort aussitôt après avoir pris le sein et la même tendance existe chez les animaux. Elle est surtout manifeste chez les serpents qui sont plongés dans une véritable torpeur pendant le travail digestif, aussi est-ce le moment le plus propice pour les attaquer. Si l’on en croit l’expérience suivante, attribuée à un empereur romain, le sommeil après le repas semble plus favorable à la digestion que l’exercice. Ce
prince cruel donna un déjeuner copieux à trois esclaves de même âge et de même taille ; puis il lit promener l’un, lire l’autre et dormir le troisième. Quelques heures après, il les fit mettre à mort, et en ouvrant leur estomac, on vit que chez l’esclave qui avait fait sa sieste, la digestion était beaucoup plus avancée que chez les autres. Ces exemples de vivisections étaient assez fréquents dans l’antiquité (1).
Claude Bernard et Robin firent à Alfort une expérience analogue et tout aussi concluante : Après avoir fait manger à deux chiens de même race et de même force une pâtée identique, ils en laissèrent un se reposer tandis que l’autre fut promené. Puis, au bout d’un certain temps, les deux animaux furent tués et leur estomac fut ouvert. On constata alors que celui qui était resté en repos avait terminé sa digestion quand l’autre ne l’avait faite qu’à moitié.
La durée moyenne du séjour des aliments dans l’estomac est de quatre heures; mais la digestion stomacale est surtout active pendant la première moitié de ce temps ; aussi ne doit-on pratiquer la saignée ni prendre de bains dans les deux heures qui suivent l’ingestion des aliments. Il est quelquefois utile en médecine légale de déterminer le degré de digestion. C’est ainsi que M. Oré a fait acquitter un jeune homme poursuivi pour meurtre d’une jeune fdle, en établissant que le crime avait été commis cinq ou six heures après le repas du soir. Or l’accusé pouvait prouver qu’il était à cette heure loin du lieu du crime.
La digestion stomacale terminée, la pâte chymeuse est évacuée dans l’intestin grêle par le pylore. M. Charles Richet a observé sur l’opéré de M. Verneuil que cette évacuation se fait en bloc et non progressivement, comme on le croyait jusqu’alors.
digestibilité des alimexts. — On dit ordinairement qu’un aliment est digestif ou léger, indigeste ou lourd, suivant que la durée de son séjour dans l’estomac est courte ou prolongé- . Cette durée varie avec les individus, et tel aliment d’une digestion facile pour l’un sera digéré difficilement par un autre. Ainsi le Canadien atteint d’une fistule stomacale, dont nous avons déjà raconté l’histoire, et chez lequel on pouvait vérifier l’état de la digestion de l’estomac, digérait le veau frais bouilli en quatre heures; le pain de froment en 3 heures 15 minutes; le lait bouilli et le boudin en 3 heures; le bœuf bouilli en 2 heures 45 et les pieds de cochon marinés en une heure seulement.
M. Ch. Richet a fait des expériences sur l’opéré auquel M. Yerneuil
(1) « Et même Hérophile et Erasistrate ont mieux fait, en ouvrant tous vivants les criminels que les rois leur abandonnaient au sortir des cachots, afin de saisi) sur le vif ce que la nature leur tenait caché, et d’arriver à connaître la situation des organes, leur couleur, leur forme, leur grandeur, leurs dispositions, leur degré de consistance ou de mollesse l’état poli de leur surface, leurs rapports, leurs saillies et leurs dépressions; de voir enfin qu’elles sont les parties qui s’insèrent aux autres, ou qui au contraire les reçoivent au milieu d’elles. * {Celse, Traité de ia médecine , I.)
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a pratiqué une bouche stomacale et il est arrivé à des résultats bien différents de ceux obtenus par le chirurgien Beaumont sur son serviteur Canadien, mais qui concordent avec les idées généralement admises; ainsi il a remarqué que la durée minimum de la digestion appartenait au lait et la durée maximum à la graisse.
La digestibilité d’un aliment varie du reste d’un individu à l’autre et ces variations expliquent la difficulté d’appliquer un régime uniforme à différentes personnes atteintes de la même maladie. « Si quelqu’un vient me demander de quel aliment il doit user et en quel temps il doit le prendre, disait Ramazzini, je le renvoie à son estomac, qui est plus capable que qui que ce soit de lui donner là-dessus un bon conseil. » C’était aussi l’opinion de Trousseau.
La difficulté et la lenteur de la digestion constituent la dyspepsie (Suc, difficilement; digestion). Cette maladie est très-commune de nos jours. Chomel, qui fut un des médecins les plus occupés de Paris, disait que de tous ses clients un quart étaient dyspeptiques. N’est-ce pas le cas de s’écrier avec Berchoux :
Hélas ! nous n’avons plus l’estomac de nos père3.
voiiïssEMEMT. — Au lieu de s’engager dans l’intestin grêle, il peut arriver que les substances alimentaires rétrogradent et soient rejetées au dehors : c’est ce qui constitue le vomissement. Cet acte s’effectue par la contraction du muscle diaphragme et par celle des parois de l’abdomen, qui exercent simultanément sur l’estomac une compression directe plus ou moins énergique.
Une expérience célèbre, dans laquelle Magendie parvint à faire vomir un chien après avoir injecté de l’émétique dans les veines et remplacé l’estomac de cet animal par la vessie d’un cochon, établit clairement le rôle peu actif de cet organe dans le vomissement.
Comme nous venons de le dire, une solution d’émétique injectée dans la circulation provoque le vomissement avec la même rapidité que si elle avait été introduite dans l’estomac. On voit bien par là que cet acte est placé sous la dépendance du système nerveux.
Le vomissement est donc un acte d’ordre réflexe : il peut être provoqué sous diverses influences morales ou physiques, comme la peur, le dégoût, le froid, les affections de l’estomac, celles du foie, des reins, des méninges et l’ingestion d’aliments trop copieux ou de mauvaise qualité.
Il est facile d’acquérir par l’exercice la faculté de vomir à volonté, soit en avalant de l’air, comme le faisaient les physologistes que nous avons déjà signalés ; soit en mettant le doigt dans le gosier, à l’exemple de la reine Blanche qui fit rendre ainsi à son fils le lait qu’il avait pris
au sein d’une dame de la cour; ou encore en buvant de l’eau tiède, comme le faisaient les Romains au commencement de l’empire. « Ils prennent un vomitif, dit Sénèque, afin de mieux manger, et ils mangent de manière à recourir au vomitif. » Suétone raconte que Yitellius pouvait accepter plusieurs repas par jour grâce à l’habitude et à la facilité qu’il avait de vomir. Cicéron nous apprend que César pratiquait souvent cette sale coutume.
Les enfants à la mamelle vomissent souvent sans effort une partie du lait qu’ils ont bu. Schultz attribue ce fait à la direction presque verticale de l’estomac de l’enfant. Quoiqu’il en soit de cette explication, chez lui le vomissement n’a aucune gravité ; ce qui justifie pleinement le dicton des nourrices : « enfant vomissant, enfant bien venant. » Le seul danger possible est l’introduction du lait dans les voies respiratoires pendant le sommeil, surtout chez les enfants qui dorment sur le dos et la tête basse. M. Parrot a publié l’observation d’un enfant de deux mois mort dans ces conditions. Ce sont donc surtout les nouveau-nés qu’il importe, suivant le conseil que nous avons déjà donné à l’étude du foie, de coucher sur le côté droit et la tête élevée.
éructations. — On désigne sous le nom éructations (de ruetus , rot), l’émission sonore de gaz insipides provenant de l’estomac. Ces renvois annoncent généralement une digestion laborieuse. On les observe fréquemment chez les personnes atteintes de spasmes appelés vulgairement vapeurs. Louis XV y était sujet et nous savons que les courtisans de ce prince se plaisaient à simuler son affection.
Lorsque, au lieu d’être insipides et inodores, les éructations rappellent la saveur et l’odeur des aliments, on leur donne le nom de rapports.
régurgitation. — On désigne par ce nom un acte qui a une grande analogie avec le vomissement. Il consiste dans l’émission lente et sans effort des aliments de l’estomac dans la bouche. C’est ainsi que certains oiseaux nourrissent leurs petits et que les abeilles alimentent leurs larves.
Chez l’homme, la régurgitation dépend le plus souvent d’une névrose de la digestion ; parfois, elle est volontaire, et ceux qui la recherchent éprouvent une véritable satisfaction à mâcher une seconde fois des aliments incomplètement chymifiés ; elle constitue alors le mérycisme je rumine). Édouard Damies, d’après les observations de Velsch et de Slégel, avait contracté l’habitude de ramener les aliments dans la bouche, deux heures après le repas, afin de rejeter ceux qui n’avaient subi aucune altération, puis l’inspection terminée, il avalait de nouveau les autres.
rumihation. — La rumination (de rumen, panse) est une sorte
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de régurgitation dont le mécanisme est plus complexe. Les ruminants, tels que le bœuf, le mouton, la chèvre et le chameau, ont quatre poches stomacales : la panse ou rumen , le bonnet , le feuillet et la caillette. Les aliments font d’abord un séjour plus ou moins long dans les deux premières poches, ils remontent ensuite dans la bouche, qui les soumet à une nouvelle mastication ; et après cette opération, ils descendent dans les deux dernières poches pour y être élaborés.
6° DIGESTIOX IXTESTIXALE OU CHYLIFICATIOX. — Les
aliments cliymifiés franchissent le pylore, s’engagent dans l’intestin grêle et parcourent successivement les trois portions de ce canal. A leur passage dans le duodénum, ils s’imprègnent de bile et de suc pancréatique. Ces deux liquides ont pour effet de compléter l’action de la salive sur les féculents et celle du suc gastrique sur les aliments azotés. De plus ils concourent à émulsionner les graisses, c’est-à-dire à les diviser en particules très-fines, susceptibles d’être absorbées par les parois de l’intestin.
Le suc intestinal peut être considéré comme l’agent auxiliaire de tous les autres liquides de la digestion, c’est-à-dire qu’il complète l’élaboration des substances alimentaires qui ont échappé à l’action de ces derniers. Il jouit donc de la propriété d’émulsionner les corps gras, de transformer les féculents en glucose et les aliments azotés en peptone ou en albuminose. C’est à l’ensemble de ces produits assimilables que l’on donne le nom de chyle (yu\ôq, suc).
Les chylifères ou vaisseaux lymphatiques de l’intestin et les ramifications de la veine porte, contenus dans les villosités intestinales (fig. 341), sont chargés d’absorber le chyle qui baigne ces petits prolongements charnus. Les chylifères transportent tous les éléments du chyle dans un canal placé le long de la colonne vertébrale, le canal thoracique (pl. III, P, 9), qui lui-même les dirige ensuite au point de réunion des veines jugulaire interne et sous-clavière du côté gauche
(pl. III, P,
Quant aux ramifications de la veine porte, à l’exception de la graisse, elles conduisent tous les autres matériaux du chyle à l’intérieur du foie, qui les déverse dans la veine cave inférieure (pl. III, L, 4), par l’intermédiaire des veines sus-hépatiques (pl. III, L, 5).
Introduit par deux voies différentes dans le torrent circulatoire, le chyle se mélange au sang et contribue à sa formation.
L’absorption du chyle dans l’intestin se fait par imbibition et non par succion, comme on l’enseignait autrefois. Elle est favorisée par les contractions intestinales qui brassent, sans cesse, les aliments chylifiés. Les exercices musculaires agissent de la même façon, et l’on sait que Louis XIY mit en vogne le billard parce que ce jeu lui fut conseillé pour « régulariser ses digestions » ,
7° digestion dans iæ gros iNïXEsxsra. — Après s’être dépouillés dans l’intestin grêle de la plus grande partie de leurs produits nutritifs, les aliments passent dans le cæcum par la valvule iléo-cœcale (pi. III, J, 8), puis ils parcourent successivement le côlon ascendant, le côlon trans verse, le côlon descendant et viennent s’accumuler dans le côlon iliaque. De ce réservoir, ils s’engagent dans le rectum, où leur présence provoque, par action réllexe, les contractions de la tunique musculeuse de cet intestin et donnent lieu aux «envies » d’aller à la garde-robe.
A leur passage dans le gros intestin, les aliments contiennent encore une certaine quantité de chyle qu’ils abandonnent à l’absorption peu active des parois de ce canal. Ils prennent en outre de la consistance et acquièrent une odeur d’autant plus forte que l’alimentation est plus azotée. Aussi les excréments des herbivores répandent-ils une odeur moins désagréable que ceux des carnivores.
L’odeur pénétrante que prennent les excréments dans le gros intestin se communique aux parois de ce canal. De là le goût particulier des andouilles faites avec le gros boyau du porc et que Henri IV appelait le « goût de terroir » .
mécanisme de la défécælXsonî. — L’expulsion des matières fécales est désignée sous le terme de défécation. Cet acte peut être considéré comme un vomissement inférieur; il s’exécute, en effet, par un mécanisme analogue à celui qui détermine le vomissement ordinaire, c’est-à-dire sous l’influence des contractions simultanées du rectum, du diaphragme et des parois abdominales. La position accroupie est plus favorable à l’accomplissement de cet acte que la station assise ou couchée et elle expose moins que ces dernières aux hernies.
Astruc prétendait que la défécation s’opérait par les seuls efforts du rectum. Pitcairn lui répondit par cette plaisanterie : Ast credo Astruccium nunquam caccisse.
des excdémenxs. — Le résidu de la digestion comprend deux parties : d’un côté, les sécrétions du tube digestif qui composent exclusivement les selles des individus soumis à l’abstinence complète et qui forment les selles vertes des enfants nouveau-nés atteints d’entéro-colite, et de l’autre, les matières impropres à l’absorption, comme l’épisperme, l’enveloppe celluleuse des pois, des lentilles, des haricots (1) et des grains de raisin ; les ligneux, tels que le chiendent qui doit son nom à l’habitude qu’ont les chiens de se purger avec cette
(1) L'examen des excréments fournit parfois d’utiles renseignements à la justice. L’assassin Rillouis, dit Tambour, avait laissé dans la chambre de sa victime dei excréments où l’on remarqua des enveloppes de haricots. Or il fut prouvé qu’il avait, le jour de son crime, mansré des haricots de même nature que ceux que Von venait de retrouver. Ce fait suffit pour établir sa culpabilité et Üillouis lut con« damné à mort par le jury de la Vienne.
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plante, les féculents crus, les ligaments, les huiles de nature végétale et enfin les os. Les chiens cependant digèrent la partie organique du tissu osseux et rejettent la partie inorganique qui prend alors la forme de petites masses blanchâtres ; on l’utilisait dans l’ancienne pharmacopée sous le nom d'album grœcum. On se servait aussi d’excréments de souris, que l’on administrait sous le nom d'album nigram ou stercus nigrum (excrément noir). (Voir Pharmacopée stercorale de C. F. Paullini.)
L’ambre gris et les entérolithes, les égagropiles et les bézoards se rencontrent encore, ainsi que nous l’avons vu, dans les excréments (ex, hors ; cernere , séparer) de certains animaux.
Quelquefois les selles renferment du sang ; s’il conserve son aspect rutilant, il provient généralement du gros intestin, comme dans la dyssenterie, les hémorrhoïdes, les polypes du rectum ; tandis qu’une coloration noirâtre est un symptôme d’une lésion des voies digestives supérieures. Ce flux sanguin évacué par l’anus a reçu le nom de mélœna (^/iXaç, noir).
Les préparations ferrugineuses, le charbon et le sous-nitrate de bismuth donnent aussi aux selles une coloration noirâtre plus ou moins foncée. Le safran et la rhubarbe les colorent en jaune.
Si la masse alimentaire ingérée est trop considérable ou la sécrétion des sucs intestinaux insuffisante par suite de troubles fonctionnels locaux ou généraux, une certaine quantité d’aliments se retrouvent dans les selles à demi digérées. C’est ce qui caractérise la lienterie (XeTsç, glissant; èVcspsv, intestin). Cette affection justifie pleinement le dicton : « On est nourri par ce qu’on d igère et non par ce qu’on mange. »
On voit souvent des individus, atteints de perversion du goût, manger leurs propres excréments. Le trésorier Paparel, cité par Voltaire, recherchait, parait-il, les déjections des laitières. On sait que le prophète Ézéchiel reçut du Seigneur l’ordre de manger pendant trois cent quatre-vingt-dix jours du pain d’orge, de froment et de millet, couvert d’excréments humains.
i>e la corcsTiiv^Tioiv. — Le passage des excréments à travers le gros intestin s’effectue généralement en une dizaine d’heures. Chez certaines personnes, surtout dans le sexe féminin, la durée de leur séjour dans ce canal peut se prolonger plusieurs jours ; elle donne lieu alors à la constipation, (de constipare, resserrer). Quelquefois la rétention des matières exerémentitielles a persisté pendant plusieurs années. Le fait suivant, que nous empruntons à la Physiologie de M. Lepelletier (de la Sarthe), et qui a été observé par J.-M. Smith, en est un exemple remarquable. « Une darne âgée de trente ans, valétudinaire depuis quatre années révolues, olfre les symptômes indéterminés d’une gastro-entérite; après avoir épuisé tous les secours de la
pharmacie, elle prend de la liqueur de genièvre, sent des picotements à l’anus et rend successivement par cette voie, en 1821, plusieurs tasses de coquilles d’œuf pilées ; quelques cuillerées de brique pulvérulente, administrée en 1818 contre la jaunisse; beaucoup de magnésie, de l’oxyde ferrugineux, une chopine de semences de moutarde commençant à germer; une grande quantité de graines de coing; du mercure revivifié, pris en 1817 ; enfin un demi-litre de débris de noix et de noisettes. »
La Gazette des Hôpitaux a publié le cas d’un capitaine au long cours qui prétendait partir de Marseille, aller aux grandes Indes, et J revenir au port sans avoir rien eu à déposer sur la terre étrangère, ni ' sali son bord.
Les causes les plus fréquentes de la constipation sont celles qui diminuent la sécrétion et la contractilité intestinales, telles que les maladies du cerveau et de la moelle, les névroses, la jaunisse, les professions sédentaires, l’usage des aliments sucrés, etc.
Entre autres inconvénients de la constipation, nous signalerons les troubles fonctionnels que cet état produit dans le cerveau, tels que le mal de tête, les étourdissements, la somnolence. C’est pour la même raison qu’une constipation prolongée exerce aussi une influence plus ou moins accusée sur le moral ; mais Voltaire a été trop loin en disant qu’elle conduit souvent au crime : il cite comme exemples, Cromwell, Henri III et Charles IX qui, parait-il, étaient sujets à la constipation.
On a l’habitude de remédier à la constipation par l’usage des lavements tièdes et des purgatifs ; mais ces moyens ne doivent être employés que dans les cas pressants, parce qu’au lieu de diminuer la constipation, ils tendent à l’augmenter.
Nous en dirons autant de toutes ces préparations purgatives, élixirs ou pilules, vantées par la réclame et dont les médecins constatent chaque jour les funestes effets.
La volonté et l’habitude doivent arriver à vaincre la constipation la plus opiniâtre. Il sufffit de suivre le conseil de Locke, c’est-à-dire de se présenter à la selle tous les jours et à heure fixe. Ce moyen sera certainement plus pratique que celui qu’employait un prince de Venouse, cité par Thomas Campanella : pour vaincre sa constipation, il se faisait vigoureusement fouetter par son valet de chambre.
Un régime alimentaire approprié sera aussi d’un grand secours pour favoriser la liberté du ventre. « Quand on n’a pas le ventre libre, dit Plutarque dans ses Préceptes de santé , rien n’est meilleur pour le relâcher doucement et en provoquer l’évacuation que certains aliments qui sont familiers à tout le monde et dont l’usage ne cause aucune douleur. » Tels sont le miel, la cassonade, les pruneaux, les pommes cuites, le pain d’épices, l’oseille et le pain de son, une once par livre, selon la formule préconisée par Trousseau.
DE LA DIGESTION
gaz intestinaux. — Les gaz contenus dans le tube digestif proviennent : 1° de l’air extérieur qui pénètre dans le bol alimentaire et les boissons ; 2° des aliments, surtout de ceux qui renferment du soufre en grande proportion, comme les plantes de la famille des légumineuses et des crucifères, tels que les haricots, le cresson, les radis, etc. ; 3° du sang, qui, d’après Leven, est la source principale de ces gaz. Ce praticien a de plus remarqué que, si, en bloc, le charbon absorbe les gaz, en poudre, il a perdu cette propriété. Il semble donc inutile de leur opposer le charbon de peuplier ou de Belloc, comme on l’a fait jusqu’ici.
Les gaz contenus dans l’estomac sont en grande partie composés d’azote, d’hydrogène et d’acide carbonique : aussi sont-ils le plus souvent inodores; ceux qui se développent dans l’intestin, et principalement dans le gros intestin, renferment une certaine quantitéd’hydrogène sulfuré : de là leur odeur d’œufs pourris. C’est en formant des sulfures d’argenterie et de bismuth quel’hydrogène sulfuré noircit les pièces d’argent, ainsi que les préparations de bismuth introduites dans l’intestin.
Les gaz intestinaux favorisent, d’une part, la progression des aliments, et de l’autre, amortissent les secousses des mouvements imprimés au corps.
Les bruits qu’ils font entendre dans l’abdomen, surtout à jeun, par suite de leur déplacement au milieu de la bouillie alimentaire, sont appelés borborygmes , murmure) et vulgairement gar-
gouillements.
Lorsque les gaz s’accumulent en grande quantité dans l’estomac ou dans l’intestin, ils dilatent considérablement les parois de ces organes, déterminent des douleurs dites crampes d'estomac ou coliques venteuses, et gênent la respiration en refoulant le diaphragme.
Dans certains cas de distension excessive de l’abdomen, on est obligé de ponctionner l’intestin pour prévenir l’asphyxie. Ce développement exagéré* des gaz intestinaux constitue la pneumalose vent), la
tympanite (tég.7uavûv, tambour) ou le météorisme (p.£T=ü)pô;, élevé). On l’observe fréquemment chez les vaches qui ont mangé trop de fourrages verts. Les coliques violentes que le ballonnement intestinal détermine chez les animaux sont désignées sous le nom de tranchées par les vétérinaires.
Résumé de la digestion.
1° digestion des aeiments. — Sous l’influence de la ptyaline qu’elle renferme, la salive convertit, dans la bouche, une partie des matières féculentes (amidon) en glucose .
Dans l’estomac, le suc gastrique , grâce à la pepsine , transforme les composes albuminoïdes ou azotés (chair des animaux, fibrine, albumine) en pcptone. Les substances albuminoïdes digérées forment, avec les substances grasses intactes et les féculents qui ont déjà subi une élaboration partielle, une pâte semi liquide appelée chyme.
Au niveau du duodénum la bile et le suc pancréatique é mulsionnent les corps gras et attaquent les matières azotées que le suc gastrique a épargnées. De plus le suc pancréatique transforme en glucose les féculents qui ont échappé à l’action de la salive. Le produit de la digestion duodénale a reçu le nom de chyle.
Enfin, dans les autres portions de l’intestin grêle, tous les aliments féculents azotés ou gras qui ont échappé à l’action de la salive, du suc gastrique, de la bile et du suc pancréatique, sont finalement digérés par le suc intestinal.
Le chyle, ce produit définitif de la digestion, est absorbé par les chylifères et les veines de l’intestin, qui le déversent dans le torrent circulatoire, pour être distribué ensuite à tous les tissus de l’économie.
Quant au résidu de la digestion, il est expulsé au dehors par le gros intestin.
2° digestion des boissoxs. — Les boissons sont en grande partie absorbées par les veines de l’estomac et passent directement dans le sang, dont elles augmentent la fluidité et le volume ; puis elles sont éliminées de l’organisme par la transpiration cutanée, l’exhalation pulmonaire et la sécrétion urinaire.
Une faible partie des boissons aide à la confection du chyme et n’est absorbée que dans l’intestin grêle avec le chyle.
L’absorption des liquides est très-rapide, surtout à jeun. Ainsi, en mélangeant une certaine quantité de ferrocyanure de potassium aux boissons, on peut constater la présence de cette substance dans la vessie, une minute après son ingestion, si celle-ci a lieu onze heures après le repas, et seulement au bout de trente minutes, si elle a été ingérée aussitôt le repas terminé.
La rapidité que mettent certaines substances à passer dans les urines avait fait penser, autrefois, qu’il existait une communication entre l’estomac et la vessie. Or nous savons que ces deux organes n’ont aucun rapport entre eux et que de l’estomac les liquides passent dans le système sanguin et de là dans les reins.
MAXIMES ADIIODISTÏQÏJES SUD L^IYGIÈNE DE LA DIGES- TION. — Qui abslinens est , adjiciet vitam. La sobriété prolongera la vie. — Modicus cibi} mcclicus sibi. Celui qui est frugal est son propre médecin. (Ecclésiaste.) — Plures occidit gula quam gladius. La gourmandise fait plus de victimes que l’épée. (Salomon.)
— Romains, vous vous plaignez de la multitude de vos maux : chassez vos cuisiniers 1 (Sénèque.)
— Mes amis, disait le médecin Hecquet aux chefs d’office de ses malades opulents, je vous dois de la reconnaissance pour tous les bons services que vous nous rendez, à nous autres médecins. Sans votre art empoisonneur, la Faculté irait bientôt à l’hôpital.
Lorsque je vois, disait Addison, ces tables modernes couvertes de toutes les richesses des quatre parties du monde, je m’imagine voir la goutte, l’hydropisie, la fièvre, la léthargie et la plupart des autres maladies, cachées ‘en embuscade sous chaque plat.
Les gros mangeurs se creusent une tombe avec leurs dents. (James Eyre.)
Celui qui boit sans soif et qui mange sans faim,
Va tirer le cordon chez trente médecins,
Qui lui tirent bientôt celui du dernier train. (Ràoux.)
Ce qu’on laisse d’un dîner profite souvent plus que ce qu’on en a pris. — Il faut rester sur son appétit. — Le repas qu’on fait ne doit jamais nuire à celui qu’on doit faire.
— Ede ut vivas , ne vivas ut edas. Mange pour vivre, ne vis pas pour manger.
— N’ayez jamais d’indigestions et vous ne serez jamais malade. (Sanctorius.)
Aliment bien mâché est à moitié digéré. — Quiconque mange vite digère lentement. — Il en est de l’estomac comme d’un fusil : forcer la charge, c’est s’exposer à le faire éclater. (J. Gérard.)
Cuisine raffinée mène à la pharmacie. (Franklin.)
Dans le monde, il existe deux classes d’hommes en opposition habituelle par leur profession : les cuisiniers , qui travaillent à la production des maladies, et les médecins , qui font tous leurs efforts pour en effectuer la guérison. (Tissot.)
Voici trois médecins qui ne se trompent pas :
Gaîté, doux exercice et modeste repas.
Les deux plus grands médecins sont la diète et l’eau. (Dumoulin.)
La tempérance a pour racine le contentement de peu, et pour fruits la santé et le calme. (. Proverbe arabe.)
Qui boit et mange sobrement Vit de coutume longuement.
Diogène disait qu’il en est d’un corps que l’on gorge d’une quantité surabondante d’aliments comme d’un grenier dans lequel on accumule des victuailles. Les maladies pullulent dans l’un et les rats dans l’autre. (Noirot, L'art de vivre longtemps.)
L’appétit est le meilleur des cuisiniers. — Il n’est sauce que d’appétit. — Bon appétit ne trouve jamais le pain dur.
L’appétit fait le bon repas et non le mets friand, dit le proverbe. G^est l’histoire du petit Savoyard, faisant l’éloge de son cabaret, en disant avec admiration qu’on y mangeait cinq sortes de viande, à savoir : du cochon, du porc, du lard, du jambon et du salé. ( Mémoires d3un estomac.)
On digère bien ce qui se mange avec plaisir. Quod sapit nutrit.
Après un repas copieux, prenez du repos; après un repas léger, faites une courte promenade. (. Proverbes anglais).
DE LA DIGESTION
De trop bien souper, mauvaise nuit. — Voler à un vieillard son souper, c’est l’obliger. ( Proverbes espagnols.)
Denys, tyran de Syracuse, voulut enrichir sa table du brouet noir des Spartiates. A cet effet, il fit venir un cuisinier de Lacédémone et lui ordonna de ne rien épargner. Le brouet fut servi : le roi en goûta et le rejeta avec indignation. — Seigneur, lui dit l’esclave, il y manque un assaisonnement essentiel. — Et quoi donc ? répondit le prince. — Un exercice violent avant le repas, répliqua l’esclave. (G. Husson, U a limentation animale.)
Les bons estomacs font les bons caractères.
Fat paunches hâve lean pâtes. A gros ventre, maigre intelligence. (Shakespeare.)
Les grands mangeurs et les grands dormeurs sont incapables de grandes actions. (Henri IV.)
Le gros ventre fait le gros entendement. Il y a pourtant des exceptions, parmi lesquelles il faut compter Diderot. Malgré la fougue de son imagination et les travaux de la méditation, son embonpoint était passable. On sait que Marivaux en ayant fait la remarque à une dame, celle-ci lui répondit : « En effet, ces philosophes ne ressemblent pas mal aux bécassines qui s’engraissent dans les brouillards. » (. Mémoires d'un estomac.)
; Jamais homme aymant sa gorge et son ventre ne fist belle œuvre. — La tempérance est la médecine la plus seure et qui faict vivre le plus longuement. (Charron.)
Les Grecs ont nommé la sobriété Sophrosyne, comme si elle assaisonnait l’intelligence. (Aristote.)
La qualité des aliments contribue à la délicatesse de l’esprit. (Cicéron.) — La sobriété est la santé de l’esprit. (Socrate.)
L’art de bien vivre est l’art de s’abstenir. (Alibert.)
Je n’ai guère vu de gens mourir de faim ; mais de trop manger cent mille. — La mangeaille a tué plus de gens que n’en a guéri Avicenne. (Proverbes espagnols.)
Dis-moi ce que tu manges, je te dirais ce que tu es.(Brillat-Savarin.)
Un mauvais estomac accompagne les gens de lettres comme l’ombre suit le corps. (Amatus Lusitanus.)
La bonne humeur est la meilleure médecine à recommander en dînant. (Lussana.)
On ne doit causer à table qu’avec son esprit de tous les jours. (Montesquieu). — Yarron a dit que les convives d’un repas doivent au moins égaler les Grâces et ne pas dépasser les Muses.
Les morceaux caquetés se digèrent mieux. (Piron.)
Quand après le repas et assis au milieu de ses amis, les chapelains de Saint-Louis lui offraient de lui lire quelqu’un de ses livres favoris : « Non, disait— il avec un sourire, il n’est si bon livre qui vaille après manger une causerie. »
La digestion est meilleure,
Lorsque l’on conteste un quart d’heure Un moment après le repas. (Scarron.)
DE LA RESPIRATION