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CHAPITRE II

DE LA RESPIRATION

importance de cette foivctiox. — La respiration est la fonction la plus essentielle à la vie. Aussi, dans toutes les langues le mot vivre et respirer sont-ils synonymes.

C’est le libre exercice de la fonction respiratoire en plein air qui contribue surtout à donner la vigueur au cultivateur, tandis que son insuffisance dans les ateliers est la cause principale de la débilité physique des ouvriers des grandes villes.

La respiration parait plus nécessaire à l’organisme que la digestion ; car s’il est possible de passer plusieurs jours et même plusieurs semaines sans prendre de nourriture, il est impossible de rester plus de quelques minutes sans respirer.

Ainsi les meilleurs plongeurs ne séjournent que trois minutes sous l’eau ; et, après cinq minutes, on ne réussit que rarement à rappeler un noyé à la vie, à moins qu’une syncope n’ait retardé l’asphyxie. Bourdon cite, dans sa Physiologie, la force étonnante d’un plongeur napolitain, surnommé Pisce (de piscis , poisson), dont on raconte des choses extraordinaires. Un roi de Sicile, Frédéric, fut curieux de le voir manœuvrer. Pour exciter davantage l’émulation du plongeur, le prince fit jeter, près du gouffre de Charybde,un vase d’or d’une grande valeur. Pisce , recueillant toutes ses forces, calcula qu’il lui fallait au plus deux minutes pour descendre au fond des eaux, se débattre contre leurs vagues et remonter à leur surface. Pisce se jeta donc à la mer plein d’espérance ; mais on ne le revit jamais.

Hérodote rapporte que, sous le règne d’Artaxerxès Memnon, le Macédonien Scyllias porta aux Grecs la nouvelle du naufrage de leur flotte en parcourant six stades sous les eaux de la mer. On raconte de même que pendant le siège de Byzance par Mahomet II, un Grec, porteur de dépêches, traversa le Bosphore à la nage et entre deux eaux, pour ne pas être aperçu de l’ennemi.

Pour admettre ces récits, il faut supposer que ces habiles nageurs sont venus faire provision d’air à la surface de l’eau, toutes les trois ou quatre minutes. Quant aux hommes marins et amphibies dont parlent quelques auteurs, leur existence est encore à démontrer.

Les jeunes sujets supportent plus facilement que les adultes la suppression de la respiration : ou a pu ramener à la vie des nouveau-nés

qui étaient restées plusieurs minutes au fond des pièces d’eau ou dans les fosses d’aisances. Les petits chats que l’on veut noyer, donnent encore signe de vie au bout d’une demi-heure de submersion, tandis que leur mère succombe en quelques minutes.

but de la respiration . — Elle joue un rôle important dans l’émission de la voix et l’exercice du sens olfatif; mais sa fonction principale est de transformer le sang noir ou veineux, impropre à la nutrition, en sang rouge ou artériel éminemment nutritif et réparateur. Cette conversion, dite hématose (aT^a, sang), s’accomplit dans les poumons sous l’influence de l’air atmosphérique. Nous aurons donc à étudier sucessivement : 1° les organes de l’appareil respiratoire; 2° l’air atmosphérique; 3° le mécanisme de la respiration. Nous signalerons chemin faisant l’hygiène et les troubles de cette importante fonction.

ARTICLE ï

DE l’appareil respiratoire.

division. — Chez l’homme, l’appareil respiratoire se compose d’une cage osseuse, le thorax (fig. 70), que nous avons déjà décrit, et de V arbre respiratoire, constitué par une série de tuyaux membraneux dont le calibre va en diminuant de haut en bas.

Ces tuyaux comprennent le larynx , la trachée, les bronches et les poumons.

1° larynx. — Le larynx (pi. I, fig. 2) est l’organe principal de la production des sons ; il a été décrit en détail à l’étude de la phonation.

2° trachée, sa FORME ex ses rapports. — La trachée (pl. III, N, 5) est placée entre le larynx et les bronches. Sa forme est celle d’un tuyau aplati en arrière (fig. 334). Elle est composée d’une série d’anneaux cartilagineux, en forme de croissant, qui s’opposent à l’affaissement du conduit sur lui-même. Ces anneaux sont reliés entre eux par des membranes élastiques qui permettent à la trachée de s’allonger sans exercer de traction sur sa partie inférieure, étroitement unie aux vaisseaux de la base du cœur (pl. III, D).

La trachée tire son nom du mot grec xpa/uç, âpre, à cause de la rudesse que ses anneaux cartilagineux présentent au toucher. On lui donne la dénomination de trachée-artère, (à-qp, air; Tvjpéïv, conserver), parce qu’elle livre passage à l’air de la respiration.

La partie supérieure de la trachée est recouverte, en avant, par une

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glande vasculaire sanguine de couleur rouge sombre (pl. I, fig. 2, A), appelée corps thyroïde , à cause des rapports de cette glande avec les cartilages de même nom.

Les usages du corps thyroïde sont encore inconnus. On ne connaît bien que les maladies de cet organe. Ainsi nous avons déjà dit que son hypertrophie constitue « le gros cou » ou goitre (fig. 161), si commun dans les vallées des Alpes et sur les plateaux des Gordillières.

La partie antérieure de la trachée est recouverte d’un riche lacis veineux qui est incisé dans la trachéotomie (fig. 167). L’hémorrhagie qui en résulte est très-abondante chez l’adulte ; aussi cette opération présente-t-elle plus de gravité à cet âge que dans l’enfance.

La partie postérieure ou aplatie de la trachée est en contact avec Y œsophage (pl. III, 0); ce rapport explique les accès de suffocation

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Fig. 360. — Coupe du cou au niveau de la quatrième vertèbre cervicale.

1, Quatrième vertèbre cervicale. — 2, Trachée. — 3, Œsophage. — 4, Corps thyroïde. — 5, Moelle épinière. — 6, Sterno-cléido-mastoïdien. — 7, Omoplato-hyoïdien. — 8, Sterno-thyroïdien. — 9, Sterno-cléido-hyoïdien. — 10, Scalène antérieur. — 11, Scalène postérieur. — 12, 13, 14, Aponévroses cervicales superficielle, moyenne et profonde. — 15, Veine jugulaireexterne. — 16, Veine jugulaire interne. — 17, Artère carotide primitive. — 18, Veines jugulaires antérieures. — 19, Veinules non constantes. — 20. Artère vertébrale. — 21, Nerf récurrent. — 22, Nerf pneumogastrique. — 23, Nerf grand sympathique. En arrière on voit la coupe des muscles de la nuque et leurs aponévroses d’enveloppe. (Figure tirée de Y Anatomie de M. Fort).

déterminés par l’arrêt d’un corps étranger dans le canal œsophagien, et l’asphyxie produite par l’introduction dans la trachée d’ascarides lombricoïdes venus des voies digestives.

3° bronches. LEUR COMFORMATIOM et LEURS rap‘ ports. — Au niveau delà troisième vertèbre dorsale, la trachee se bi-

Fig. 361. — Rapports de la trachée et des bronches.

1, Aorte thoracique. — 2, Tronc brachio-céphalique. — 3, Artère sous-clavière droite. — 4, Tronc commun aux artères thyroïdienne inférieure et scapulaire supérieure. — 5, Carotide primitive droite. — 6, Carotide primitive gauche. — 7, Sous-clavière gauche. — 8, Mammaire interne divisée. — 9, Thyroïdienne inférieure. ■ — 10, Scapulaire supérieure. — 11, Aorte abdominale. — 12, Tronc cœliaque. — 13, Artères rénales. — 14, Trachée-artère. — 15, Bronche droite. — 16, Bronche gauche. — .17, Œsophage. — 18, Grande veine azygos. — 19, Canal thoracique. — 20, Nerfs et vaisseaux intercostaux. — 21, Pilier droit du diaphragme. — 22, Reins. (Figure tirée de Y Anatomie de M. Fort.)

furque pour former les deux bronches (^poy/ua, gosier), l’une droite et l’autre gauche, La bronche droite est plus courte et plus volumineuse

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que la bronche gauche. Cette différence de calibre a pour conséquence d’augmenter l’intensite du bruit que fait l’air en pénétrant dans le poumon droit. Lorsqu on ignore cette particularité, on peut prendre, à l’auscultation, ce bruit normal pour un souffle pathologique.

La bronche gauche est plus longue et plus étroite que la bronche

Fig. 362. — Larynx vu en arrière. Fig. 364. — Disposition générale des divisions

bronchiques et des lobules pulmonaires.

Fig. 362. — 1, Orifice postérieur des fosses nasales. — 2, Pharynx. — 3, Luette. — 4, Langue. — 5, Epiglotte. — 6, Cartilage aryténoïde. — 7, Muscle arytnéoïdien. — 8, Muscle cricoaryténoïdien postérieur. — 9, Artère thyroïdienne inférieure. — 10, Nerf récurrent.

Fig. 363. — 1, Trachée. — 2, Œsophage. — 3, Crosse de l’aorte. — 4, Tronc brachio- céphalique. — 5, Artère carotide primitive gauche. — 6, Artère sous-clavière gauche. — 8, Nerfs pneumogastriques. — 9, 10, Nerfs récurrents.

droite, parce qu’avant de pénétrer dans le poumon elle passe sous la crosse de l’aorte qui dévie légèrement à droite l’extrémité inférieure de la trachée. La bronche gauche est séparée de l’artère aorte par l’anse du nerf récurrent gauche (fig. 363) qui émane du pneumogas-

trique et remonte vers le larynx pour animer les muscles de la moitié ^correspondante de l’appareil vocal (fig. 362). Ce rapport explique la compression du nerf récurrent gauche, dans le cas d’anévrysme de la crosse de l’aorte et par suite la paralysie des muscles laryngiens du côté correspondant ; d’où résultent l’aphonie et la gêne respiratoire que l’on observe dans cette affection. On comprend aussi que la poche anévrysmale puisse à la longue ulcérer les parois de la bronche et s’ouvrir dans ce conduit, en donnant lieu à une hémorrhagie qui s’échappe à flots par la bouche. G’est vraisemblablement ainsi que mourut Molière.

Les bronches sont entourées de petits renflements ovoïdes, dits ganglions bronchiques , qui peuvent s’hypertrophier et compriment alors les conduits bronchiques. De là vient la gêne de la respiration ou dyspnée (oùç, difficulté; tcvsTv, respirer), qui accompagne cette maladie.

RAMIFICATIONS BRONCHIQUES ET LOBULES PULMO- NAIRES. — Les bronches pénètrent dans les poumons en se subdivisant à l’infini pour se terminer par de petites vésicules appelées lobules pulmonaires (fig. 364). Les extrémités des ramifications bronchiques qui supportent les lobules pulmonaires ont reçu le nom de canalicules respirateurs ou bronche lobulaire (Sappey).

Chaque lobule présente à sa surface interne des cloisons incomplètes.

Fig. 365. — Montrant la conpe d’an groupe de lobules, pendant l’inspiration.

1, Canalicule respirateur ramifié. — 2, Lobules pulmonaires dilatés.

F)g. 366. — Montrant le même groupe de lobules pendant l’expiration.

1. Canalicule respirateur ramifié. ■*- 2, Lobules revenus sur eux-mêmes.

quelquefois bifurquées, qui divisent la cavité lobulaire en autant de loges appelées vésicules ou cellules pulmonaires, communiquant toutes entre elles ; M. Sappey les désigne encore sous le nom d'alvéoles pulmonaires.

Les canalicules respirateurs et les lobules pulmonaires ont la même structure. Ils sont formés de trois membranes superposées qui sont, de dedans en dehors : 1° une couche d’épithélium pavimenteux;

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2° une couche de tissu cellulaire renfermant un réseau de vaisseaux capillaires, d’une richesse telle que Malpighi lui a donné le nom de rete admirabile (réseau admirable) ; 3° une enveloppe extérieure de nature élastique.

L’enveloppe élastique offre une résistance considérable ; aussi est-il fort difficile de la rompre par l’insufflation. C’est elle qui permet aux lobules pulmonaires de revenir sur eux-mêmes au moment de l’expiration (fig. 366) et de chasser ainsi l’air qui les a distendus pendant l’inspiration (fig. 365). Lorsqu’ils ont perdu leur élasticité, soit par l’effet de l’âge, soit sous l’influence ou d’une prédisposition héréditaire ou des professions qui nécessitent des efforts violents et répétés, les lobules ne reviennent qu’incomplètement sur eux-mêmes, et l’on est obligé de compenser ce défaut d’énergie fonctionnelle par une accélération plus grande des mouvements respiratoires. De là l’essoufflement, « le vent court », qui accompagne la maladie désignée sous le nom d 'emphysème pulmonaire (sv, dans; <j?üa-a, souffle).

Cette maladie est, en effet, caractérisée par la dilatation permanente d’un certain nombre de lobules pulmonaires. Quelquefois l’air rompt les parois des lobules et s’infiltre dans le tissu cellulaire du poumon en produisant l 'emphysème interlobulaire.

Le réseau de capillaires sanguins n’est séparé de l’air extérieur que par une faible couche épithéliale. Nous verrons que c’est dans les mailles de ce riche réseau vasculaire que se passe le phénomène de P hématose, c’est-à-dire la conversion du sang noir en sang rutilant, par un échange entre les gaz du sang et ceux de Pair.

Ce réseau tapisse tous les replis de la paroi interne des lobules pulmonaires dont les nombreuses cloisons ont pour but d’augmenter l’étendue de ce réseau capillaire et par suite de multiplier la surface d’absorption et d’exhalation des lobules pulmonaires. En supposant tous les lobules déplissés, M. Sappey estime la surface de leur nappe sanguine à près de 150 mètres carrés. On conçoit, par cette richesse vasculaire, la puissance d’absorption des poumons. Ainsi, on a pu introduire dans les poumons d’un cheval jusqu’à 20 litres d’eau sans déterminer l’asphyxie, et on a observé que cet accident n’était occasionné que par l’injection, en un seul coup, d’une quantité de liquide au moins double de la précédente. La simple respiration de l’éther et du chloroforme détermine plus rapidement l’anesthésie que leur introduction dans l’estomac. Il en est de même des vapeurs alcooliques des celliers qui produisent l’ivresse bien plus promptement que l’alcool lui-même.

STRUCTURE DES BRONCHES. ASTHME. — Les divisions

bronchiques renferment dans leurs parois des fibres musculaires de la vie organique (muscles de Reisseissen) et des cerceaux incomplets de

nature cartilagineuse, qui, comme ceux de la trachée, ont pour but d’empêcher ces conduits membraneux de s’affaisser pendant l’inspiration. Lorsque le calibre des ramifications bronchiques ne mesure plus qu’un demi-millimètre de diamètre, les lamelles cartilagineuses disparaissent et les parois de ces conduits ne sont plus constituées que par des fibres musculaires. C’est la contraction spasmodique de ces fibres qui, oblitérant les dernières divisions bronchiques, détermine les accès de suffocation et la dyspnée que l’on observe dans Y asthme (au, j’aspire). D’où le nom de crampe des bronches que l’on donne encore à cette maladie. Comme l’asthme s’observe surtout chez les vieillards, on a coutume de dire que cette maladie est « un brevet de longévité. »

Les bronches sont tapissées intérieurement d’une membrane muqueuse de même structure que celle des parois des autres parties de l’appareil respiratoire.

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