VAISSEAUX. ET XERES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
Les vaisseaux du larynx, de la trachée et des bronches concourent $ la nutrition de ces différents organes. Ils se distribuent à la muqueuse laryngo-bronchique et forment dans son épaisseur un lacis vasculaire à mailles très-serrées. Aussi, les poussières atmosphériques, les vapeurs irritantes et principalement l’air froid, provoquent-ils des congestions fréquentes de cette membrane, surtout chez les individus prédisposés aux affections catarrhales. C’est pourquoi ces personnes se trouvent bien de passer l’hiver dans les pays chauds. Les cache-nez ou un mouchoir maintenu devant les narines et la bouche préservent de même la muqueuse respiratoire de l’inflammation, en tamisant l’air extérieur et en élevant sensiblement sa température. Nous avons déjà vu que les replis multiples des fosses nasales agissent à la façon de cache-nez.
Notre savant confrère, le docteur Decaisne a fait observer que, contrairement à l’opinion répandue, « la chute des feuilles » était moins préjudiciable aux phthisiques que le printemps, par suite des brusques variations de température qui surviennent à cette époque de l’année. Ce savant a, en effet, démontré qu’à Paris la mortalité par phthisie est maximum en avril et minimum en octobre. La statistique serait donc en contradiction avec la fameuse élégie de Millevoye ;
Bois que j’aime, adieu, je succombe,
Et dans chaque feuille qui tombe Je vois un présage de mort.
Les nerfs de l’appareil respiratoire sont fournis par le pneumogastrique et le grand sympathique. L’origine du pneumogastrique correspond à la partie du bulbe que Flourens a appelée le nœud vital ; les physiologistes lui ont encore donné le nom de centre respiratoire , parce que cette région paraît être le centre réflexe des mouvements respiratoires. En effet, ces mouvements sont suspendus et la mort survient par asphyxie rapide, dès que l’on divise le nœud vital. C’est ce que font les bouchers qui, au lieu d’assommer les bœufs avec une masse en fer, leur enfoncent un stylet dans la nuque jusqu’au bulbe rachidien. La loi juive, paraît-il, recommande ce procédé pour tuer les animaux de boucherie.
La muqueuse des voies respiratoires doit son extrême sensibilité à la présence de ces rameaux nerveux dans son épaisseur. Dès qu’un corps étranger est en contact avec cette membrane, l’excitation qu’il détermine sur les filets du pneumogastrique est aussitôt transmise par ce nerf au bulbe, et de là elle s’irradie vers tous les nerfs des muscles expirateurs. Elle produit alors un accès de toux, qui chasse au dehors le corps étranger. Bourdillat a rapporté l’observation d’un homme qui garda pendant trois mois dans les bronches un noyau de cerise. La
DE LA RESPIRATION
toux opiniâtre que ce corps étranger provoquait fit croire au début d’une phthisie pulmonaire.
4° POUMONS, VOLUME ET COULEUR. — LeS ÿOUMOUS (lU VfiW,
1, Trachée-artère. — 2, Corps thyroïde. — 3, Artère pulmonaire. — 4, Artère-aorte. — 5, Veine cave supérieure. — 6, 6, Tronc veineux brachio-céphalique. — 7, 7, Carotides primitives et jugulaires internes. — 8, Veine sous-clavière. — 9, 9, Oreillettes. — 10, Diaphragme. H, Vésicule biliaire. — 12, Côlon ascendant. (Figure tirée de T Anatomie de M. Fort).
respirer) occupent le plus grande partie de la cavité thoracique. Ils sont au nombre de deux : un droit et un gauche. Avicenne appelait les poumons « le lit du cœur », parce qu’ils reçoivent cet organe
dans une loge creusée aux dépens de leur face interne (fig. 368).
Les deux poumons n’ont pas les mêmes dimensions. Le poumon droit est plus court et plus large que le poumon gauche, parce que le diamètre vertical du premier est refoulé en haut par le foie et que le diamètre transversal du second est diminué par la projection du cœur vers le côté gauche.
L’un des poumons peut s’atrophier, comme on l’observe à la suite des épanchements chroniques (fig. 371), ou encore dans le thorax déformé des rachitiques (fig. 68) ; le poumon sain augmente alors de volume et supplée de la sorte à l’insuffisance fonctionnelle de l’autre poumon.
C’est ce système de compensation qui permet de vivre avec un seul poumon.
La surface des poumons est sillonnée d’incisures plus ou moins profondes, qui divisent ces organes en un certain nombre de lobes. On en compte trois pour le poumon droit et deux pour le poumon gauche.
La couleur des poumons diffère avec l’âge. Chez l’enfant, elle est rose comme le « mou de veau » , qui, on le sait, n’est autre que le poumon de cet animal. Les poumons de l’adulte ont une coloration gris cendré et sont marbrés de taches noirâtres qui augmentent avec l’âge.Ainsi chez le vieillard ces taches recouvrent presque toute la surface des poumons. Cette matière noire pulmonaire ou anthracosis (àv6p «y.oüv, transformer en charbon), est formée de charbon qui traversent les voies respiratoires et viennent se déposer dans les interstices qui séparent les lobules pulmonaires. Ce sont ces poussières qui colorent en noir les crachats du matin.
poids spécifique ou poumon. — Le poumon d’un enfant qui n’a pas respiré s’enfonce lorsqu’on le plonge dans l’eau ; si, au contraire, une seule inspiration a été faite, cet organe se remplit d’air, il augmente de volume et surnage, parce qu’alors sa pesanteur spécifique est moindre que celle de l’eau.
Les médecins légistes ont souvent recours à ce procédé pour savoir si un enfant nouveau-né a respiré ou non avant de mourir. Cette distinction a son importance : car, dans le premier cas, il est apte à recueillir une succession et à la faire transmettre à ses héritiers. On peut reconnaître de la même façon si un enfant est mort-né ou a été victime d’un infanticide.
STRUCTURE DES POUMONS. PMEÏJMOMIE. PHTHISIE. — LeS
poumons sont formés : 1° des ramifications bronchiques et des lobules pulmonaires que nous venons de décrire ; 2° de tissu cellulaire abondant ; 3° de vaisseaux et de nerfs. Enfin nous considérerons comme une dépendance des poumons leur enveloppe séreuse, appelée plèvre.
1° tissu cellulaire nu poumon. — Ce tissu sert à relier
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entre elles les ramifications bronchiques. Il renferme un grand nombre de fibres élastiques.
C’est grâce à ces fibres que le poumon peut revenir sur lui-même et chasser l’air qu’il contient lorsqu’on l’insuffle fortement. Dans l’hydropisie générale, résultant d’une affection des reins ou du cœur, le tissu cellulaire du poumon est souvent infiltré de sérosité et donne lieu à Yœdème pulmonaire. Lorsque du sang s’épanche dans les mailles de ce tissu par suite de la rupture d’un ou de plusieurs vaisseaux bronchiques, ainsi qu’on l’observe presque toujours dans les lésions organiques du cœur gauche, il se forme des foyers plus ou moins étendus
Fig. 369. — Tubercules pulmonaires. (Fort.)
i. Feuillet pariétal de la plèvre. — 2, Feuillet viscéral. — 3, Divisions bronchiques^ — 4, Caverne communiquant avec une bronche. — 5, Granulation tuberculeuse au début de la phthisie. — 6, Tubercule en voie de ramollissement.
qui constituent Y apoplexie pulmonaire. L’inflammation du tissu cellulaire produit la pneumonie (-veu^wv, poumon) ou fluxion de poitrine. Quant à la phthisie pulmonaire («pOwdjjwci, je me consume), elle résulte de la désorganisation plus ou moins complète d’une partie du poumon, le plus souvent le sommet. Cette maladie débute par le développement de petites granulations grisâtres, dites tubercules , qui se ramollissent et ulcèrent le tissu pulmonaire en formant des cavités ou cavernes (fig. 369). Tels sont les trois degrés de la tuberculose pulmonaire. Les crachements de sang ou hémoptysie (a!y.2, sang; ïïïusiç, crachement) qui accompagnent cette maladie, proviennent de l’ulcération des vaisseaux du poumon, et l’abondance de cette hémorrhagie est en rapport avec le calibre des vaisseaux ouverts.