‹ Le corps humainChapitre 125 sur 144 · PROPRIÉTÉS CHIMIQUES DE L’AIR. COMPOSITION DE · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS CHIMIQUES DE L’AIR. COMPOSITION DE

l’air. — Les anciens regardaient l’air comme un des quatre éléments aristotéliques ; les trois autres éléments étaient la terre, l’eau et le feu. Or l’analyse chimique a démontré que l’air n’est pas un corps simple, mais un mélange gazeux composé d’environ une partie d’oxygène pour quatre d’azote. Il renferme en outre une faible quantité d’acide carbonique et une proportion variable de vapeur d’eau. Enfin, à part les substances gazeuses qui proviennent de la décomposition des matières végétales et animales, comme l’hydrogène protocarboné ou gaz des marais, l’hydrogène phosplioré qui concourt à former les feux follets, on trouve encore dans l’air [des poussières minérales et organiques qu’il est impossible d’analyser.

oxygène et ozoaie »E l’air. — L’oxygène est la partie la plus importante de l’air. C’est lui qui, absorbé par les poumons, entretient la respiration et se transforme dans l’économie en acide carbonique et en vapeur d’eau. L’absorption de ce gaz se fait toujours

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dans les mêmes proportions, quelle que soit la composition de Fair ambiant ; c’est ce qui explique l’insuccès des inhalations d’oxygène comme agent thérapeutique.

Lorsqu’on soumet l’oxygène à une série d’étincelles électriques, il prend une odeur particulière qui lui a valu le nom d 'ozone (oçsw, avoir de l’odeur). A l’état normal, l’atmosphère terrestre renferme toujours une certaine quantité d’ozone. Il est plus important à la campagne que dans les villes, au printemps qu’en hiver, au nord qu’à l’équateur, sur terre que sur mer. La faible proportion d’électricité que renferme l’atmosphère maritime rend compte de la rareté des orages en pleine ' mer et de leur fréquence au voisinage des côtes.

A l’état d’ozone, l’oxygène acquiert des propriétés oxydantes si énergiques, qu’on lui a attribué le pouvoir de détruire les miasmes de l’atmosphère. D’après certains physiologistes, il donne à l’air de la campagne son action salutaire sur la santé. On a voulu voir aussi une coïncidence entre l’apparition de certaines maladies épidémiques (choléra, grippe) et la diminution ou la disparition de l’ozone. Mais il est démontré aujourd’hui qu’il n’existe aucun rapport entre les conditions osonométriques de l’air et ces maladies.

azote del’air. — L’azote ( a privatif ; Çü)yj, vie), ainsi que l’indique son étymologie, est un gaz impropre à la vie. Il n’a aucune propriété toxique par lui-même, mais il est insuffisant à entretenir la respiration. L’azote semble avoir pour usage d’atténuer l’activité comburante de l’oxygène et de remplir, à l’égard de ce gaz, le rôle de véhicule.

Combiné avec l’oxygène par parties égales, l’azote donne lieu à un corps gazeux, 1 e protoxyde d'azote , dont les effets anesthésiques sont utilisés dans l’extraction des dents. Ce composé est le premier anesthésique connu. Sa découverte remonte à l’année 1799 ; elle est due à H. Davy qui après avoir respiré ce gaz, s’endormit et éprouva une sorte d’ivresse des plus agréables. De là les noms de gaz hilariant , de gaz du paradis qui lui ont été donnés.

i acide carbonique de — La pellicule de carbonate de

chaux qui se forme à la surface de l’eau de chaux exposée à l’air libre démontre l’existence de l’acide carbonique dans l’atmosphère.

1 De même que l’azote, l’acide carbonique ne possède aucune propriété délétère, et si les animaux plongés dans une atmosphère chargée de ce gaz succombent rapidement, c’est qu’il ne peut entretenir la vie. L’homme éprouve les premiers symptômes de l’asphyxie lorsque l’air contient un centième de ce gaz. Nous verrons bientôt que l’acide carbonique est exhalé des poumons en grande abondance et que c’est à sa présence qu’il faut attribuer les dangers auxquels expose un air trop confiné.

Ce même gaz se dégage aussi des cuves de raisins au moment de la fermentation alcoolique et détermine des symptômes d’asphyxie dans les celliers peu aérés. Il se développe encore au fond de certains puits et produit les mêmes accidents lorsqu’on y pénètre sans avoir pris la précaution de se faire précéder d’une lumière. Celle-ci, en s’éteignant, signale le danger, parce que de l’acide carbonique ne peut entretenir la combustion. Dans le royaume de Naples, près de Pouzzole, existe une grotte célèbre dans laquelle se dégage sans cesse de l’acide carbonique. En raison de sa grande densité, ce gaz n’occupe que les couches inférieures de l’atmosphère, de sorte qu’un homme debout peut y respirer à l’aise et qu’un chien y meurt rapidement : d’où le nom de grotte du chien , qui lui a été donné.

Une cause semblable tue sans doute les animaux qui approchent d’une carrière, près des eaux minérales, en Westphalie. De même une source minérale de Bibar, en Hongrie, au voisinage des monts Krapacks répand une vapeur aussi délétère. M. Boussingault a observé un fait analogue à Tunguravilla, non loin du volcan de Tunggurangua, en Colombie. « Nos chevaux, dit-il, nous indiquèrent bientôt que nous approchions ; ils n’obéissaient plus à l’éperon, levaient la tête par saccades et de la manière la plus déplaisante pour le cavalier. La terre était jonchée d’oiseaux morts, parmi lesquels se trouvait un magnifique coq de bruyère que nos guides s’empressèrent de ramasser. Il y avait aussi dans l@s asphyxiés plusieurs reptiles et une multitude de papillons. La chasse fut bonne, le gibier ne parut pas trop faisandé. Un vieil Indien, Quinchua, qui nous accompagnait, assurait que lorsqu’on voulait dormir longtemps et paisiblement, il fallait faire son lit sur le Tunguravilla. »

Quant à la vallée du Poison qui existe à Java, elle doit son nom aux gaz irrespirables qui se dégagent d’anciens cratères de volcans éteints.

L’acide carbonique existe encore dans la vapeur de charbon; mais les accidents asphyxiques que celle-ci détermine sont dus seulement à l’oxyde de carbone, qui se dégage en même temps que ce gaz et qui est lui-même un agent toxique. C’est l’oxyde de carbone qui occasionne les maux de tête, les étourdissements et les nausées auxquels sont souvent exposées les cuisières et les personnes qui ferment la clet de leur poêle ou font usage de chaufferettes et de fers à repasser contenant des charbons incandescents. On a proposé d’asphyxier les chiens à la fourrière avec du charbon, afin de leur éviter les souffrances de l’agonie ; mais l’administration, peu sensible, trouve plus d’économie à se servir d’une seule corde pour les pendre tous à la fois.

Un jeune ouvrier, nommé Deal, qui, à la suite de grandes déceptions, s’est asphyxié par la vapeur de charbon, a décrit tous les symptômes qu’il ressentit de dix minutes en dix minutes, avant de mourir. « J’ai pensé, écrivait-il, qu’il serait utile de faire connaître, dans l’in-

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térêt de la science, quels sont les effets du charbon sur l’homme... Je place sur une table une lampe, une chandelle et une montre, et je commence la cérémonie... Il est 10 h. 15 m. : je viens d’aliumer mes fourneaux ; le charbon brûle difficilement. — 10 h. 20. : le pouls est calme et ne bat pas plus vite qu’à l’ordinaire. — 10 h. 30 m. : une vapeur épaisse se répand peu à peu dans ma chambre ; ma chandelle parait près de s’éteindre ; je commence à avoir un violent mal de tête ; nés yeux se remplissent de larmes ; je ressens un malaise général; le )ouls est agité. — 10 h. 40 m. : ma chandelle s’est, éteinte ; ma lampe ôrûle encore ; les tempes me battent comme si les veines voulaient se rompre ; j’ai envie de dormir, je souffre horriblement de l’estomac ; le pouls donne 80 pulsations. — 10 h. 50 m. : j’étouffe ; des idées étranges se présentent à mon esprit... je puis à peine respirer... je n’irai pas loin... j’ai des symptômes de folie. — 10 h. 60 m. : je ne puis presque plus écrire... ma vue se trouble... ma lampe s’éteint... je ne croyais pas qu’on dût autant souffrir pour mourir. — 10 h. 62 m... (ici sont quelques caractères illisibles). »

vapeur d’eau atmosphérique. — L’humidité de l’atmosphère est indispensable aux végétaux et aux animaux, qui, sans elle, se dessécheraient rapidement. Aussi l’air, en quelque lieu qu’on l’observe, est-il toujours plus ou moins chargé de vapeur d’eau. Celle-ci devient apparente dès qu’elle se condense en nuages ou en brouillards. C’est elle qui se dépose sur les parois d’une carafe que l’on monte de la cave. Le même phénomène se produit dans nos habitations quand la température de l’air devient plus élevée que celle des murs : la vapeur d’eau atmosphérique se condense sur leurs parois refroidies et détermine un suintement qui fait croire que l’humidité sort des murailles.

La quantité de vapeur d’eau contenue dans l’air est plus grande l’été que l’hiver, parce que l’élévation de la température recule le point de saturation de cette vapeur et augmente, par suite, la sécheresse de l’air. De là l’utilité de maintenir sur un poêle un vase rempli d’eau.

L’air est aussi plus chargé de vapeur à l’approche de la pluie que par un beau temps. La propriété qu’ont certains corps, comme les cheveux, les cordes à boyau, le chlorure de calcium, de varier de poids et de dimensions sous l’influence de l’humidité, a fait utiliser ces substances dans la confection d’instruments appelés hygromètres (uypoç, humide ; piupôv, mesure), destinés à indiquer Vétat hygrométrique de l’air, c’est-à-dire, le rapport existant entre la quantité de vapeur d’eau actuellement contenue dans l’air et celle qui s’y trouverait s’il en était saturé.

Les hygroscopes (uypôg, humide ; ay.cTrsa), j’examine) sont des appareils peu précis, fondés sur le même principe, mais qui n’indiquent

que d’une manière approximative les variations de l’état hygrométrique de l’air. Les plus connus représentent des capucins dont le capuchon est fixé à un bout de corde à boyau qui, se rétrécissant ou s’allongeant, selon que l’air est sec ou chargé de vapeur, abaisse ou relève le capuchon.

POUSSIÈRES DE L’ATMOSPHÈRE. MIASMES. — Les pOUS-

sières contenues dans l’air sont de nature minérale ou organique. Parmi les premières, les plus importantes sont le phosphate de chaux qui est un excellent engrais et le sel auquel Y air marin doit ses vertus bienfaisantes. On rencontre aussi des particules de grès, de charbon, de métaux et de sels métalliques qui abondent surtout dans l’air des ateliers où on les emploie, et qui, absorbés par les poumons, peuvent produire des intoxications plus ou moins graves.

Les matières organiques sont de différentes sortes : les unes sont inertes, comme les débris de laine et de coton ; les autres sont organisées, comme les grains de pollen qui servent à féconder les fleurs femelles isolées et les germes qui sont l’origine incontestable des prétendues générations spontanées. On attribue la plupart des maladies infectieuses à la présence, dans l’air, des substances organiques provenant de la décomposition des matières animales ou végétales et désignées sous les noms de miasmes (^atvetv, souiller) et d’ effluves ( effluere , s’écouler). Il semble démontré que la fièvre intermittente est déterminée par l’absorption des spores d’une variété d’algues (les palmellœ), qui se trouvent en suspension dans l’air des marais.

Les substances organiques en décomposition étant très-abondantes lorsqu’il y a une agglomération d’individus expliquent la fréquence de l’infection purulente sur les opérés des villes et des hôpitaux. Cet accident ne s’observe jamais à la campagne.

Afin d'empêcher les miasmes d’imprégner les rideaux et les meubles des salles d’hôpital, à Genève, on n’utilise à tour de rôle qu’une moitié des salles de l’établissement. La partie inoccupée est remise à neuf chaque année.

En Amérique, les hôpitaux militaires contiennent au plus une cinquantaine de lits qui sont détruits tous les dix ans.

F. -Y. Raspail dans son Manuel de la santé a émis l’idée, quelque peu fantaisiste, que le choléra, la fièvre jaune, la fièvre typhoïde, la variole, la rougeole, la scarlatine et une foule d’autres maladies étaient produites par des miasmes ou molettes qui émanent des dépôts souterrains et se répandent dans l’atmosphère sous l’influence de certaines apparitions de comètes visibles ou invisibles à l’horizon. « Quand vous verrez, dit-il, la sécheresse persister en dépit de l’abaissement du baromètre et des phases et points lunaires qui coïncident avec la pluie en temps ordinaire, quand vous verrez chaque jour une vapeur sèche

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monter et raser le peu de nuages apparaissant, par une vapeur horizontale, vous pouvez prononcer qu’il existe sur l’horizon une comète que l’éloignement ou la proximité apparente du soleil empêche de distinguer ; et alors attendez-vous à l’irruption des maladies épidémiques du caractère le plus effrayant. »

t La propriété que possède le coton de retenir les poussières contenues dans les gaz qui le traversent, l’a fait employer dans le pansement des plaies, pour les mettre à l’abri des ferments atmosphériques. MM. Bœrhaave, À. Guérin et Lister (d’Edimbourg) sont les promoteurs de ce mode de pansement.

D’autres substances, comme l’alcool, l’acide phénique, le tannin, le chlore, sont dites antiseptiques (ont, contre; cvjtkç, putréfaction), parce qu’elles neutralisent ou détruisent les matières organiques qui vicient l’atmosphère ; aussi les emploie-t-on avec succès dans les opérations chirurgicales.

ARTICLE III

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