AIR CO\FL\É. ÇFFETS RE L’ALTÉRATIOU DE L’AIR PAR
la respiration. — Étant donné qu’un homme adulte exhale en une heure 15 à 20 litres d’acide carbonique et qu’une atmosphère qui contient huit à dix millièmes de ce gaz peut déterminer la mort, on conçoit que l’air d’un espace clos, dans lequel séjournent un certain nombre de personnes, devienne bientôt impropre à l’entretien de la vie ; et J.-J. Rousseau a pu dire que « l’haleine de l’homme est mortelle à l’homme. » .
Les exemples d’empoisonnements par l’air confiné ne sont pas rares. On a signalé des cas nombreux d’asphyxie chez les coolies , ou émigrants chinois, et chez les nègres que l’on empilait au fond des cales. On connaît le fait des assises d’Oxford et d’Old-Bailey, dans lesquelles juges, auditeurs, accusés, gardes, enfin tous les assistants, furent frappés d’asphyxie mortelle.
De même, sur trois cents prisonniers autrichiens entassés dans une cave, après la bataille d’Austerlitz, deux cent soixante succombèrent en un court espace de temps. Un fait analogue s’est passé dans les Indes: cent quarante-six prisonniers anglais furent renfermés dans une chambre de 7 mètres carrés où l’air ne se renouvelait que trèsdifficilement par deux petites fenêtres; au bout de huit heures on ne trouva plus que vingt- trois survivants. En 1805, à la bataille d’Auster-
litz, sur trois cents prisonniers autrichiens entassés dans une cave, deux cent soixante périrent en une nuit. Un grand nombre d’émeu tiers enfermés dans les caves des Tuileries, en 1848, furent tous asphyxiés au bout, de quelques heures.
C’est encore l’acide carbonique qui rend l’atmosphère des salles de théâtre insalubre. Bien que ce gaz soit plus lourd que l’air, il ne s^accumule pas, comme dans la grotte du chien, dont nous avons déjà parlé, vers les couches inférieures ; mais en raison de l’élévation de la température du lieu et des nombreux courants qui s’établissent dans la salle, il est à peu près également réparti à tous les étages.
L’air des étables est aussi vicié par une grande quantité d’acide carbonique ; aussi ne faut-il pas conseiller aux phthisiques le séjour dans ces lieux malsains, comme on le fait quelquefois.
de la ventilation. — La ventilation a surtout pour but d’empêcher l’accumulation de l’acide carbonique dans l’air que nous respirons. Le renouvellement de l’air autour de nos habitations est assuré par les vents. Quant à l’air de l’intérieur, il doit être purifié à l’aide d’une ventilation spéciale.
Pour nos appartements, la cheminée se charge de ce soin. Mais le renouvellement de l’air dans les lieux publics, salles de spectacle, hôpitaux, etc., où l’encombrement peut être considérable, exige une ventilation plus active.
En tenant compte de la quantité d’oxygène enlevée à l’air ambiant à chaque inspiration et de celle de l’acide carbonique exhalée à chaque expiration, les hygiénistes regardent, comme logement insalubre, toute chambre où chaque habitant ne peut disposer de 14 mètres cubes d’air pour sa consommation pendant douze heures.
Or, les divers procédés de ventilation employés dans les hôpitaux de Paris permettent de fournir 60 mètres cubes par heure et par malade. Pour se rendre compte de l’amélioration apportée dans l’hygiène hospitalière, il est bon de consulter le rapport fait par Bailly, Tenon et Lavoisier sur l’ancien Hôtel-Dieu de Paris. « Les commissaires ont remarqué, y est-il dit, que la disposition générale de l’Hôtel-Dieu, disposition forcée par le défaut d’emplacement, est d’établir beaucoup de lits dans les salles et d’y coucher quatre, cinq ou neuf malades dans un même lit. Ils ont vu les morts mêlés avec les vivants, des salles où les passages sont étroits, où l’air croupit faute de pouvoir se renouveler, et où la lumière ne pénètre que faiblement et chargée de vapeurs humides. »