MODIFICATIONS ÉPROUVÉES PAR LE SANG. — NOUS
avons vu qu’en traversant les poumons, le sang veineux ou noir se débarrasse de l’acide carbonique qu’il renferme, et devient artériel ou rutilant en remplaçant ce gaz impropre à la vie par de l’oxygène qu’il
DE LA R KSP1 DATION.
emprunte à l’air inspiré. Cette transformation peut se démontrer expérimentalement : en agitant du sang veineux dans un flacon rempli d’oxygène, on voit que ce liquide se transforme en sang artériel et que l’oxygène a été remplacé par de l’acide carbonique. Cette expérience rend pour ainsi dire visibles les phénomènes qui s’accomplissent dans la profondeur des poumons. Le changement du sang veineux en sang artériel s’opère avec une grande rapidité, attendu que, comme nous le verrons à l’étude de Ta circulation, le sang fait soixante-dix fois le tour du corps en une minute et passe par conséquent le même nombre de fois par les poumons. On remarquera que la circulation est beaucoup plus active que la respiration, puisque, dans le même espace de temps, l’homme ne fait que dix-huit mouvements inspiratoires. Mais, le volume d’air expiré ne représentant que le septième de la capacité des poumons, la nappe sanguine sera toujours en contact avec une quantité suffisante d’air.
Lorsqu’en traversant les poumons le sang n’a pu se débarrasser de l’acide carbonique qu’il contient, ce liquide retourne dans l’économie sans changer de couleur, et il devient incapable d’entretenir la vie. Il détermine alors des troubles fonctionnels qui produisent l 'asphyxie (a, privatif; <tçù?iç, pouls). Ainsi s’expliquent les effets funestes de la vapeur de charbon et des émanations des cuves en fermentation. Il en est de même de la mort par suffocation, à laquelle succombaient les esclaves qui, pour échapper au supplice, suspendaient volontairement leur respiration. C’est encore ainsi que William Burk et ses complices étouffaient leurs victimes avec un masque de poix, pour vendre ensuite leurs corps aux écoles d’anatomie. La suffocation, dans la strangulation et dans la submersion, arrive par le même mécanisme. On croit généralement que les noyés meurent par suite de la grande quantité d’eau qui obstrue les ramifications bronchiques, tandis qu’en réalité il n’en pénètre que la valeur d’une cuillerée. C’est de cette erreur que vient l’habitude de pendre les noyés par les pieds, pour leur faire rendre l’eau qu’ils ont absorbée. Or, il faut bien se garder de cette manœuvre, qui peut déterminer une congestion cérébrale. Le mieux est, comme nous le dirons bientôt, de pratiquer la respiration artificielle.
La mort, dans la pendaison, n’est pas seulement déterminée par l’arrêt de l’air à Centrée des poumons ; elle est due aussi à l’apoplexie cérébrale produite par la constriction énergique du lien sur les vaisseaux du cou. Le fait suivant, cité par Louis, en est une preuve convaincante : « Un chirurgien de Londres, Chowel, eut l’idée de pratiquer la trachéotomie préventive contre la pendaison. Un boucher de Londres ayant été condamné à être pendu, il lui fit à la gorge une petite incision et il y introduisit un petit tuyau. Il espérait que ce tuyau permettrait de respirer malgré la constriction du cou. Après
être resté suspendu quelque temps, le boucher fut apporté chez Chowel, qui le saigna; mais, après avoir ouvert les yeux et poussé un profond soupir, il expira. »
absorptiom pulmonaire. — En traversant les poumons, le sang ne prend pas à l’air seulement de l’oxygène, il absorbe aussi la plupart des substances étrangères qui s’y trouvent mélangées. Ainsi, c’est par les poumons que pénètrent dans l’économie les vapeurs des anesthésiques ; les effluves paludéennes ; les miasmes des maladies infectieuses ; les gaz méphitiques, comme l’hydrogène carboné ou gaz d’éclairage et l’acide sulfhydrique qui se dégage des fosses d’aisance, les poussières toxiques, soit arsenicales comme celles des tentures vertes, soit plombiques comme celles qui produisent l’intoxication saturnine chez les peintres. Lorsqu’on a séjourné seulement quelques instants dans une imprimerie ou dans un appartement fraîchement peint, les urines ont une odeur de violette qu’elles doivent à l’introduction de l’essence de térébenthine par les voies respiratoires. G^est. aussi l’absorption de la nicotine par les poumons qui rend insalubre l’atmosphère des estaminets.
L’embonpoint de ceux qui manipulent des produits alimentaires et vivent au milieu d’émanations animales, comme les bouchers et les charcutiers, s’explique encore par l’absorption pulmonaire des particules nutritives répandues dans l’air ambiant. L^anatomiste Mascagni attribuait sa corpulence au séjour prolongé qu’il faisait dans son amphithéâtre de dissection.
On utilise en médecine le pouvoir absorbant des poumons en administrant certaines substances médicamenteuses sous forme d^inhalations ou de fumigations.
ASPHYXIE. RESPIRATION ARTIFICIELLE. — NOUS VenOOS
de voir que Yasphyxie peut dépendre de deux causes principales : 1» de l’insuffisance d’air respirable ; 2° de sa viciation par la présence de gaz méphitiques. Dans les deux cas, on combat les effets pernicieux de l’asphyxie, par l’introduction dans les poumons d’une quantité suffisante d’air pur, en pratiquant la respiration artificielle.
On obtient ce résultat, ou bien en éloignant et rapprochant alternativement du thorax les bras du patient, comme dans le procédé Syl— vester, ou encore en insufflant de l’air dans la poitrine, soit avec un soufflet, soit avec le tube laryngien de Chaussier, soit bouche à bouche, comme le fit le prophète Elisée pour rappeler à la vie le fils de la Sunamite.
Le spirophore (fig. 385) du docteur Woillez donne les mêmes résultats. Cet appareil se compose d’un soufflet puissant T qui est adapté à un cylindre en tôle contenant le corps de l’asphyxié, à l’exception de la tête. La suppression et le rétablissement alternatifs de la pression
DE LA RESPIRATION
atmosphérique autour du corps déterminent tour à tour Fappel de l’air dans la poitrine et son expulsion de cette cavité. On obtient ainsi une respiration artificielle énergique qu’on peut entretenir pendant longtemps.
respiration cutanée. — A l’étude du toucher, nous avons déjà parlé de la respiration cutanée ; nous n’en dirons donc ici que quelques mots. Gomme le poumon, la peau absorbe de l’oxygène et
Eig. ü8o. — Spirophore du Dr Woillez.
élimine de l’acide carbonique et de la vapeur d’eau ; mais, malgré l’étendue de la surface cutanée, qui, d’après M. Sappey, est estimée à 15,000 centimètres carrés, les échanges respiratoires sont peu importants chez l’homme.
Chez les animaux inférieurs, la respiration cutanée est très-active ; c’est ce qui explique pourquoi les grenouilles survivent à l’extirpation de leurs poumons.
DE LA CHALEUR ANIMALE. ROLE DE LA RESPIRATION DANS SA PRODICTION. — VIVRE C’EST BRULER. — On
donne le nom de chaleur animale à celle que développent tous les êtres animés. La source principale de cette chaleur est la combinaison de l’oxygène absorbé dans la respiration avec les éléments constitutifs de nos tissus. Cette oxygénation peut être assimilée à une véritable combustion, puisqu’elle consiste dans la transformation du carbone et de l’hydrogène de nos tissus en acide carbonique et en vapeur d’eau qui sont éliminés par les poumons. Ainsi l’homme peut être assimilé à une machine qui consomme une certaine quantité de combustible (8 à 10 grammes de charbon par heure) et qui, en échange, produit de la chaleur et du travail mécanique. Toujours simple dans ses conceptions, la nature se sert du même appareil, d’une part, pour intro-
duire dans l’économie l’air et son principe vivifiant, l'oxygène, qui doit activer les combustions organiques, de l’autre, pour expulser les produits de combustion qui en résultent, c’est-à-dire l’acide carbonique et la vapeur d’eau. On peut donc dire que la vie n’est qu’une combustion permanente, et les expressions poétiques « le flambeau de la vie, la vie s’éteint » correspondent à des vérités physiologiques.
La comparaison du corps de Fhomme avec une machine à vapeur est d’autant plus juste que, chez l’homme, toute cause qui augmente l’apport de l’oxygène dans l’organisme élève la température du corps; de même que dans la machine l’intensité de la vapeur est en rapport avec la force du tirage, c’est-à-dire de la quantité d’air introduite dans le foyer. C’est pourquoi toute accélération du pouls, ainsi qu’on l’observe dans la fièvre, se traduit par une élévation plus ou moins notable de la chaleur animale ; de là le nom de pyrexie (mjp, feu) sous lequel on désigne encore la fièvre. Les exercices prolongés ou violents, comme la course, les efforts, produisent le même résultat en accélérant la circulation. Un thermomètre placé dans un muscle qui se contracte accuse toujours une élévation de température.
C’est Lavoisier qui le premier a vu dans la respiration un phénomène de combustion ; mais il limitait le foyer de cette combustion aux poumons, tandis qu’en réalité il existe dans toute l’économie. « La respiration, dit cet illustre chimiste, n’est qu’une combustion lente de carbone et d’hydrogène, en tout semblable à celle qui s’opère dans une lampe ou dans une bougie qui brûle. Sous ce rapport, les animaux qui respirent sont de véritables combustibles qui brûlent et se consument.
Les partisans de cette opinion, généralement adoptée jusque dans ces dernières années, voyaient, dans la coloration noire que prennent souvent les crachats, la confirmation de ce principe. Ils pensaient qu’elle était due à un dépôt de charbon qui avait échappé à la combustion organique : nous avons vu que ces crachats doivent leur coloration foncée à la présence des poussières de charbon provenant de l’air extérieur.
Tous les animaux ne produisent pas la même quantité de chaleur. On peut s’en rendre compte par la sensation différente que l’on éprouve en touchant un poisson et un oiseau. La production de la chaleur est, nous l’avons dit, en rapport avec l’activité de la circulation et de la respiration, et par suite de la nutrition ; aussi divise- t-on les animaux en deux classes : les animaux à sang chaud , qui sont les mammifères et les oiseaux, et les animaux à sang froid qui comprennent les poissons, les reptiles et la plupart des invertébrés. La température des animaux à sang froid subit les variations du milieu ambiant, tandis que celle des animaux à sang chaud est invariable, quels que soient le climat et la saison.
DE LA RESPIRATION
L’équilibre de la température du corps est surtout obtenu à l’aide de la transpiration cutanée. On sait que l’évaporation de la sueur produit du froid comme celle de tous les liquides ; aussi toutes les causes qui tendent à élever la chaleur animale activent-elles en même temps la sécrétion sudorale. En régularisant la chaleur animale, la sueur permet au corps de résister aux variations de température de l’atmosphère ; mais lorsque ces variations sont considérables, la transpiration cutanée devient insuffisante pour protéger l’économie et il en résulte des pertubations fonctionnelles souvent funestes. Le missionnaire Gaubil rapporte que, du 14 au 23 juillet 1743, la température s’étant maintenue au-desSus de 40 degrés à Pékin, il mourut 11,400 personnes dans les rues de la ville.
Grâce à nos vêtements, il est plus facile de résister à un froid excessif qu’à une température trop élevée. Ainsi les explorateurs des pôles supportent facilement des températures de — 49 et même — 56 de-
Fig 386. — Accès de fièvre intermitte.ite commençant à une heure, terminé à six heures.
Fig. 337. — Marche de la température dans un cas de pneumonie, terminée le neuvième jour par guérison.
grés. Les effets désastreux de la retraite de Russie en 1812 doivent être surtout attribués à l’insuffisance des vêtements, de la nourriture et aux grandes fatigues, car le thermomètre ne baissa pas au-dessous de — 35 degrés.
OES COURBES THERIIOMÉTRIQLES DAH IS LGS MALADIES.
— A l’état normal, la température de notre corps est constante. Elle est de 37°, 2 à 37°, 5. Dès qu’elle atteint 38 degrés, elle indique un état fébrile. Les plus hautes températures observées chez l’homme ont été
de 44°, 470 et même 50°. Dans la scarlatine, elle s’élève souvent à 42°, 8, et dans la période algide du choléra elle descend à — 12 et — 14 degrés. Après la mort, la température du corps tend à se mettre en équilibre avec le milieu ambiant. C’est pourquoi les cadavres que nous touchons nous paraissent moins froids en été qu’en hiver.
Les médecins retirent d’utiles indications du thermomètre dans le pronostic et le diagnostic des maladies. Les renseignements que cet instrument fournit sur la fièvre sont plus certains que ceux du pouls. Ainsi, dans une consultation de trois médecins auprès d’un malade
Fig. 388. — Marche de la température dans un cas de fièvre typhoïde, du premier au vingtdeuxième jour.
atteint de fièvre typhoïde, le pouls, examiné par chacun de nous, donnait autant de résultats différents. C’est surtout chez les enfants que le thermomètre sera utile, car leur indocilité rend toute constatation du pouls impossible.
En prenant matin et soir la température, soit dans l’aisselle, soit dans le rectum, on construit une courbe thermométrique qui représente graphiquement les diverses périodes d 'invasion, d'état et de déclin des maladies. Nous donnons ci-dessus quelques-uns de ces tracés, que nous empruntons à la Pathologie générale de M. Moynac.
Voici quelques aphorismes de thermométrie : Lorsque dans une ma* ladie aiguë la température se maintient à 40 degrés, sans rémission matinale, la mort est certaine. — La guérison est toujours annoncée par une décroissance brusque ou graduelle. On peut affirmer que toute maladie qui, à sa période d’invasion, offre une température de 40 degrés n’est pas une fièvre typhoïde et qu’il en est de même pour toute maladie qui, au soir du quatrième jour, n’a pas atteint 39°, 5*
:s::sKr;h^7i5^5^:^sf sr:
\mm mai
aasa^aaaaa aaaa
iMSIB
I B— MB M BU
sa J
bbbhi
ssassBasgaaaaasaggga
mmm
Dhwùi
DE LA CIRCULATION