CHAPITRE III
DE LA CIRCULATION
La circulation est caractérisée par le mouvement continu et pour ainsi dire circulaire du sang , qui se porte du cœur aux organes et retourne des organes au cœur. Le transport du sang aux organes s’effectue par les artères et son retour au cœur par les veines. Les artères et les veines communiquent entre elles par le réseau des vaisseaux capil laires.
A ces différents canaux est annexé un système de vaisseaux lymphatiques qui puisent dans nos tissus la lymphe , destinée à régénérer le sang.
Le cœur et les nombreux vaisseaux qui en dépendent constituent
l 'appareil circulatoire.
ARTICLE I
De l’appareil circulatoire.
L — Du SANG.
usages ou sasig. — Semblable à la sève des végétaux, le sang concourt à former, à nourrir et à réparer tous nos organes ; de là le nom métaphorique de chair coulante que lui a donné Bordeu. L’importance que le sang joue dans l’économie justifie l’expression de Moïse : « L’àme de la chair est dans le sang. » C’est pourquoi la ici judaïque défend de manger le sang.
M. Brown-Séquard a démontré qu’on peut ramener à la vie un membre ou une tête séparés du tronc depuis un quart d’heure en faisant circuler dans ces organes du sang emprunté à un animal vivant.
Qu’un obstacle passager ou permanent s’oppose à la distribution du sang dans un organe quelconque, les fonctions et même la vie de ce dernier sont aussitôt suspendues ; telle est la cause de la perte de connaissance par arrêt de la circulation cérébrale et celle de la gangrène
spontanée des extrémités (lig. 389, 390), due à l’obstruction des vaisseaux des membres inférieurs.
De tout temps, on a attribué au sang sorti des vaisseaux des propriétés vivifiantes qu’il ne possède certainement point. Le sang de bouc avait, autrefois, la réputation de dissoudre la pierre dans la
Fig. 389. — Gangrène spontanée des extrémi- Fig. 390. — Sphacèle du membre ou dernier tés. Premier degré. degré de la gangrène.
vessie et le sang humain passait pour guérir l’épilepsie. Les Romains atteints de cette affection se précipitaient dans l’arène des cirques et buvaient avec avidité le sang des gladiateurs tombés. En Égypte, il paraît que les rois atteints d’éléphantiasis prenaient pour se guérir des bains de sang humain. Dès la plus haute antiquité, les navigateurs et les marins font usage du sang de tortue contre le scorbut.
De nos jours, le sang est appliqué au traitement de l’anémie et des débilités musculaires ou articulaires ; on l’emploie sous forme de pilules ou de bains, et l’on va jusqu’à le boire tout fumant à l’abattoir: mais, il faut bien le dire, toutes ces pratiques sont inutiles, car, sorti de l’organisme, le sang n’est plus qu’une substance inerte et un aliment indigeste.
Autrefois, on considérait le sang de certains animaux comme doué de proprétés malfaisantes , par exemple le sang de taureau ; ainsi Plutarque raconte que Thémistocle s’empoisonna avec du sang de de cet animal. Voltaire contribua beaucoup à détruire ce prpjugé en buvant de ce meme sang.
DE LA CIRCULATION
Après la mort, le sang devient un agent des plus virulents, mais son action toxique s’affaiblit avec le temps ; aussi est-il moins dangereux de se faire une piqûre anatomique sur un sujet dont la mort remonte à plusieurs jours que sur celui qui vient de succomber.
composition dïj s,i\G. — Le sang est un liquide alcalin, d’une couleur rouge éclatante dans les artères et rouge sombre dans les veines.
Tel qu’il circule dans les vaisseaux le sang se compose d’une partie liquide, le plasma (? cXacrceiv, donner une forme), et d’une partie solide représentée par les globules sanguins .
1° plasma. — Ce liquide renferme une grande quantité d’eau, qui tient en dissolution des substances albuminoïdes (albumine, fibrine), des principes sucrés (glycoses), des matières grasses (oléine, margarine, stéarine), et des sels (phosphate de chaux, chlorure de sodium).
Le plasma contient de plus des éléments accessoires qui proviennent de la décomposition des tissus (acide carbonique, urée, acide urique, créatine) et qui doivent être éliminés par les poumons, la peau ou les reins.
Enfin, dans certains états morbides, le plasma sert encore de véhicule à [des organismes microscopiques que l’air tient en suspension et qui donnent au sang des propriétés virulentes. Ainsi MM. Davaine et Pasteur ont démontré que le charbon est dû à la présence dans le sang d’un infusoire du genre bacterium , et, d’après ces savants, le charbon doit être appelé la maladie de la bactéridie , comme la trichinose est la maladie de la trichine , comme la gale est la maladie de Yacarus.
eau ou savg. choléra. — L’eau entre pour les trois quarts dans la composition du plasma. Elle donne au sang sa fluidité, sans laquelle le fluide nourricier ne pourrait circuler librement. Quand la proportion d’eau perdue par le plasma est très-importante, le sang s’épaissit et cesse de circuler, comme dans le choléra. Aussi a-t-on cherché à guérir cette maladie en injectant directement de l’eau dans l’appareil circulatoire.
Nous savons que toute cause qui enlève au sang une certaine quantité d’eau, par exemple la fièvre, la diarrhée, les transpirations et les hémorrhagies abondantes, produit le sentiment de la soif.
albumine ou sang, albuminurie. — L’albumine du plasma sanguin possède les propriétés du blanc d’œuf, qui n’est autre que de l’albumine à peu près pure. C’est pourquoi le sang se coagule sous l’influence de la chaleur et peut servir aux mêmes usages que les blancs d’œuf dans la clarification des vins et des sirops.
L’albumine donne au sang sa plasticité. Cette substance empêche, en effet, la transsudation du sang à travers les parois des vaisseaux. Aussi, dès que la quantité de l’albumine diminue d’une manière sensible dans le sang, le plasma s’épanche dans les tissus et détermine les hydropisies, qui prennent le nom d'œdème (otèeîv, grossir) si l’enflure est localisée, et celui d ’anasarque (àva, autour ; aàp?, chair) si elle est généralisée. Cette dernière forme de l’hydropisie s’observe dans l'albuminurie, maladie qui est caractérisée par le passage de l’albumine du sang dans les urines, par suite d’une lésion des reins.
feorine osj samg. cæ.ieeo'f. — Le sang tiré des vaisseaux d’un animal vivant ne tarde pas à ,se séparer en deux parties : l’une solide, de couleur rouge, le caillot ; l’autre liquide et jaunâtre, le
Fig. 39i . ~ A, Artère divisée. — 1, 2, 3, Tuniques externe, moyenne et interne. — 4, Caillot formé de deux parties: l'une formant bouchon (5) et s’enfonçant dans l’artère; l’autre formant couvercle (4) en dehors de l’artère. Sang infiltré entre les tuniques artérielles.
Fig. 392. — 4, Tunique externe de l’artère qui se dilate pour former seule la poche anévrysmale. 2, 3, Tuniques interne et moyenne dont la rupture a permis la formation de 1 anévrysme; aussi voit-on qu’elles s’arrêtent sur les limites du sac. — 4, Caillots fibrineux d’un blanc grisâtre, disposés en couches stratifiées. • — 5, Caillots mous et noirâtres. Dans les cas de guérisons naturelles, ces coagulations remplissent complètement la poche. — 6, Sang fluide. 7, Artere rétrécie au-dessous de l’anévrysme.
sérum. Le caillot comprend la fibrine coagulée emprisonnant dans sa trame les globules sanguins; le sérum est formé de tous les autres éléments du sang.
C’est grâce à la coagulation de la fibrine que bon voit souvent les hémorrhagies s’arrêter spontanément dans un vaisseau ouvert, par suite de la formation d’un caillot obturateur (fig. 391).
Sous l’influence de certaines maladies qui ralentissent le cours du
Fig. 391. — Manière dont s’effectue l’arrêt d’une hémorrhagie.
Fig. 392. — Coupe d’un anévrysme.
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sang, la fibrine peut se coaguler, même pendant la vie, à l’intérieur des vaisseaux, comme dans la phlébite, ou inflammation des veines, dans Yathérome des artères, qui produit la gangrène des extrémités chez les vieillards (fig. 389) et enfin dans les anévrysmes artériels (fig. 392). La compression permanente que l’on exerce sur l’artère malade, pour la cure de cette dernière affection, ne sert qu’à ralentir le cours du sang et de favoriser la production d’un caillot dans la poche anévrysmale. On arrivait autrefois au même résultat en pratiquant la ligature de l’artère.
Pendant la vie, la fibrine existe donc à l’état de dissolution dans le sang. Normalement elle s’y trouve dans la proportion de 3 pour 1000. Elle diminue dans la fièvre typhoïde, le scorbut et le purpura ; elle augmente, au contraire, dans le rhumatisme articulaire aigu et la fluxion de poitrine.
MATIÈRES SUCRÉES OU SAATG. DIABÈTE. — On Constate
encore dans le sang la présence du sucre glycose. Il existe normalemènt dans la proportion de 2 gr. par 1000 gr. de sang. Ce sucre, nous l’avons déjà dit, est élaboré par le foie et il est consommé à mesure de sa production, principalement dans les poumons où il forme de l’acide carbonique. Si, pour une cause quelconque, la production du sucre augmente, l’excès de cette substance passe par les urines et donne lieu au diabète sucré.
L’abbé Riche voit dans le sucre du sang le symbole naturel de la bonté et dans le fer, qui est un autre élément de ce fluide, celui de la force. « Et la force, dit-il, ne s’incarnerait-elle pas dans le fer comme la bonté s’incarne dans les matières douces, et surtout dans le sucre du sang? » (Les merveilles du cœur, étude religieuse d'anatomie et de physiologie humaines.)
principes minéraux ou saxg. — Parmi les nombreuses substances minérales contenues dans le sang, les plus importantes sont le chlorure de sodium, ou sel marin, le phosphate et le carbonate de chaux.
Le sel marin donne au sang sa saveur salée. On le retrouve dans toutes les humeurs et dans tous les tissus de l’organisme. Aussi cette substance est-elle, comme nous l’avons déjà dit, un aliment minéral de premier ordre. Barbier rapporte que des seigneurs russes ayant retranché le sel à leurs vassaux, ceux-ci devinrent pâles, chétifs et eurent de l’œdème des membres inférieurs. Peut-être ne faut-il pas attribuer ces effets exclusivement à la privation du sel, car la nature a eu la prévoyance d’en placer en quantité suffisante dans les végétaux et dans la chair des animaux dont nous faisons notre nourriture.
Le phosphate et le carbonate de chaux concourent surtout à la nutrition et à la réparation du tissu osseux.
Dans la vieillesse, le tissu osseux, se raréfiant, ne peut employer qu'une faible proportion des substances minérales qui lui sont destinées ; c’est pourquoi ces matériaux tendent alors à se déposer dans d’autres tissus dont ils troublent les fonctions. Ces dépôts calcaires s’observent principalement dans les parois des artères, qui offrent au toucher une dureté comparable à celle des tuyaux de pipe.
PRODUITS RESTBNÉS A ÊTRE ÉLIMINÉS I>U SANG. — En
outre de ses principes constituants, le sang charrie vers les organes chargés de leur élimination les résidus provenant des combustions organiques qui se passent dans nos tissus. Parmi ces produits de combustion, les principaux sont l’acide carbonique, l’urée et l’acide urique. Si ces éléments viennent à s’accumuler dans le sang, soit par l’insuffisance de leur élimination, soit par l’augmentation de leur production, ils donnent lieu à différents états morbides : l’acide carbonique, à Y asphyxie ; l’urée, à Yurêmie ; l’acide urique, à la goutte et à la gra velle rouge.
Lorsqu’on plonge un fil dans du sang de goutteux, on voit au bout d’un certain temps des cristaux d’acide urique et d’urate de soude s’y fixer. Ce sont ces cristaux qui forment chez les goutteux des concrétions articulaires (1), dites tophys (toçôç, tuf), et déterminent des douleurs intolérables. « Voulez-vous, disait Alexandre Dumas père, avoir une idée des souffrances que l’on endure ? Prenez un manche à gigot, introduisez votre doigt dans le trou, serrez la vis très-fort, vous ressentez une atroce douleur. Donnez un tour de plus, voilà la goutte ! »
2° globules sanguins. — En examinant une goutte de sang au microscope, on voit nager dans ce liquide deux sortes de corpuscules : ce sont les globules rouges ou hématies (a!p,a, sang) et les globules blancs ou leucocytes (Xeuxoç, blanc, xjtoç, cavité).
I. globules rouges. — Le sang doit sa coloration aux globules rouges. Leur nombre est considérable ; on en compte de cinq à six millons par millimètre cube, c’est-à-dire par goutte de sang. Leur forme est celle d’un petit disque excavé sur ses deux faces (fig. 393). Cette disposition leur permet de s’empiler les uns sur les autres, à la façon des pièces de monnaie (fig. 394).
Tous les mammifères, à l’exception du chameau, ont des globules circulaires et biconcaves comme ceux de l’homme. Les oiseaux, les reptiles et les poissons, à l’exception de la lamproie, ont des globules elliptiques et biconvexes. Ces caractères aident souvent les médecins légistes à déterminer la nature des taches de sang qui recouvrent certaines pièces à conviction.
(1) Lucien parle, dans ses Dialogues des morts , d’un certain Babylas dont les concrétions uriques étaient si nombreuses qu’il s’en était fait construire un tombeau.
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Le diamètre des globules est en moyenne de sept millièmes de millimètre ; or, les plus petits capillaires de l’économie mesurent, comme nous le verrons bientôt, quatre millièmes de millimètre : ils ne pour-
Fig. 393. Fig. 394.
Fig. 393. — Globules sanguins. (Grossissement, 400.) — 1, Globules rouges de l’homme vus de face; l’un d’eux paraît elliptique, parce qu’il est vu presque de profil. — 2, Globule blanc ou leucocyte. — 3, Deux globules rouges vus de profil. — 4, Trois globules de grenouille. — 3, Les mêmes vus de profil.
Fig. 394. — Aspect que présente une goutte de sang dans la leucocythémie. Les leucocytes sont très-nombreux, et les globules rouges sont empilés les uns sur les autres comme à l’état normal.
raient donc pas traverser ces vaisseaux s’ils ne possédaient pas une grande élasticité qui leur permît de s’allonger en tout sens.
Les dimensions des globules sanguins ne sont pas en rapport avec celles du corps, puisque les globules de la grenouille sont doubles de ceux de l’homme et présentent un volume plus considérable que ceux de la baleine.
COMPOSITION! DES GLOBULES SANfGCINTS. — Les globules du
sang sont composés d’une substance organique analogue à de l’albumine demi-solide, la globuline 3 qui est teintée en rouge par une matière colorante appelée hématosine ou hémoglobine.
Cette matière possède une grande affinité pour l’oxygène ; elle perd son éclat sous l’influence de l’acide carbonique : de là vient la différence de la coloration du sang artériel et veineux.
Cl. Bernard a démontré qu’en se combinant avec l’hémoglobine l’oxyde de carbone détruit la faculté capitale du globule sanguin, qui est d’absorber l’oxygène, et explique ainsi les effets toxiques de la vapeur de charbon.
L’hématosine contient une certaine quantité de sesquioxyde de fer. On a cherché à établir la proportion de fer renfermée dans tout le corps de Tliomme et l’on admet, avec Lehmann et Weber, qui ont fait leurs expériences sur des décapités, que la quantité de sang contenue
dans les organes représente environ la huitième partie du poids du corps (1) : un homme pesant 127 livres aura donc 8 kilogrammes de sang (2). Or, étant donné que le sang renferme 1 gramme de sesquioxyde de fer hydraté par kilogramme, ce qui représente environ 5 grammes de fer métallique pour toute la masse sanguine, il est difficile, avec cette faible proportion de fer, de forger des clous, des épées, des bagues, comme l’espérait Menghinus, ou de frapper des médailles avec le sang des hommes célèbres, suivant le vœu de Deyeux et de Parmentier. Toutefois on raconte que, pendant une maladie très-grave, Andral et Récamier tirèrent plusieurs palettes de sang à Orfila et que Lesueur put en extraire une quantité de fer suffisante pour fabriquer une bague que madame Orfila a toujours portée depuis.
i>e l’auiémïb. — Lorsque la matière colorante du sang diminue en notable quantité, les tissus se décolorent et la peau prend une teinte verdâtre plus ou moins accentuée : de là les noms de pâles couleurs, de chlorose (/Xcopoc, vert) ou d’ anémie (a, privatif, aTp.a, sang) donnés à cette maladie.
D’après Cl. Bernard, la chloro-anémie serait due à une diminution appréciable du nombre des globules rouges, tandis que, d’après M. Hayem, cette affection résulterait d’un affaiblissement du pouvoir colorant du sang. Ainsi, ce savant a remarqué que sous l’influence des préparations ferrugineuses le nombre des globules varie peu, que souvent même il diminue, mais que le pouvoir colorant du sang augmente progressivement, parce que les globules redeviennent normaux et sont plus riches en hémoglobine : ce qui justifie l’emploi du fer dans la chloro-anémie. Il faut cependant reconnaître que, si autrefois les médecins abusaient des saignées, de nos jours ils ont une tendance non moins exagérée à prescrire les préparations martiales. On peut, à cet abus, appliquer le fameux alexandrin des Orientales :
» Du fer, partout du fer, du fer, du fer encore.
M. Gubler pense, comme Trousseau, que les préparations ferrugineuses agissent surtout en exerçant une stimulation puissante sur les fonctions de l’économie. Il fait remarquer que les plantes étiolées reprennent de la vigueur dès qu’on les arrose avec une solution de sulfate de fer.
La lumière solaire concourt aussi à augmenter la vitalité des glo-
(1) Le corps d’un homme qui a succombé à une hémorrhagie surnage quand on le plonge dans l’eau, par suite de la diminution de poids que la perte de sang lui fait subir. Ainsi, on vit flotter sur l’Aveyron le corps de Fualdès, quelques heures après que ses assassins lui eureDt ouvert les carotides.
(2) Cette quantité est bien différente de celle indiquée dans l’aphorisme de Botal, qui, disait: « Le sang dans le corps humain est comme l’eau dans une bonne fontaine. Plus on en tire et plus il s’en trouve, »
DE LA CIRCULATION
bules sanguins et le proverbe espagnol a bien raison de dire que, là où le soleil n’entre pas , la maladie et le médecin ne tardent pas à entrer.
C’est l’obscurité qui donne lieu à V anémie des mineurs.
L’influence de la lumière sur la coloration des tissus organiques est encore manifeste chez les plantes élevées à l’obscurité ; on sait que la barbe de capucin n’est autre chose que la chicorée sauvage cultivée dans les caves.
FONCTIONS DES GLOBULES ROUGES.RÉSERVOIBS D’OXY-
gèive. — De tous les éléments du sang, les globules rouges sont ceux qui en constituent la partie la plus utile. Aussi, comme nous le verrons bientôt, peut-on sans inconvénient faire la transfusion du sang, après avoir enlevé par le battage toute la fibrine qu’il contenait. Dieffenbach a de plus démontré que le sérum, introduit seul dans le torrent circulatoire, était incapable de ranimer les animaux privés de vie à la suite d’une hémorrhagie abondante.
Grâce à l’hématosine qu’ils renferment, les globules sanguins possèdent une grande affinité pour l’oxygène : ce sont eux qui puisent ce gaz régénérateur dans les poumons et le distribuent à tous nos tissus, en prenant en échange l’acide carbonique provenant de leur décomposition. Les globules sanguins représentent donc le véritable siège de cette importante fonction que nous avons décrite sous le nom d'hématose ou d'artérialisation du sang.
La présence de l’oxygène dans les globules rouges explique la possibilité de faire vivre des poissons dans du sang défibriné.
Si, par l’intermédiaire de l’appareil respiratoire, l’air exerce une influence salutaire sur le sang, il n’en est pas de même lorsqu’il est introduit directement à l’intérieur des vaisseaux ; dans ce cas il provoque rapidement la mort, parce que le sang mélangé à l’air ne peut traverser les capillaires des poumons ou du cerveau et suspend les fonctions de ces organes. Cet accident s’observe surtout dans les opérations pratiquées vers la partie supérieure du thorax ; l’air s’introduit alors spontanément par une veine ouverte en faisant entendre un sifflement particulier.
IL GLOBULES RLAXCS. LEUCOCYTHOSE. — GeS globules Oïlt
encore été appelés leucocytes , parce qu’ils sont incolores. Relativement aux globules rouges, les leucocytes sont peu nombreux. On compte à peu près un globule blanc pour mille hématies. Quelquefois le nombre des globules blancs augmente dans des proportions considérables; ils constituent alors la leucocythose (fig. 394). Cette maladie est le plus souvent symptomatique des engorgements chroniques du foie, de la rate et des ganglions lymphatiques.
Le diamètre des globules blancs est en moyenne d’un millième de
millimètre ; aussi ne peuvent-ils, comme les hématies, traverser les plus petits capillaires, qui, nous l’avons dit plus haut, mesurent quatre millièmes de millimètre.
Les leucocytes s’observent en très-grande abondance dans le chyle et dans la lymphe.
On pense aussi que ces corpuscules sont identiques avec ceux qui donnent au pus sa couleur et sa consistance.
Les fonctions des leucocytes sont encore inconnues. Cependant, les physiologistes s’accordent à leur reconnaître la faculté de se transformer en globules rouges ; Kôlliker assure même avoir observé cette métamorphose dans du sang de grenouille.