CARACTÈRES M3CROSCOPIQÏJES DU TISSU OSSEUX
Les os sont sillonnés en tous sens de canaux (fig. 15) auxquels l’anatomiste anglais Havers a donné son nom. Ces canaux reçoivent les vaisseaux qui se ramifient dans la substance osseuse.
En portant sous le champ du microscope une lamelle mince d'un os sec, on remarque, autour de chaque canal de Havers, des séries concentriques de petites cavités, appelées ostéoplastes (cgtsov, os ; tcXoœt formateur), parce qu’elles sont considérées comme les éléments fondamentaux du tissu osseux (fig. J 6). Toutes ces cavités communiquent entre elles par des canalicules ramifiés qui viennent s’ouvrir dans les
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canaux de Havers pour y puiser les principes nutritifs nécessaires à la vie de l’os.
composition chimique »Es os. — Si l’on plonge un os sec dans de l’acide chlorhydrique dilué, on obtient une substance organique molle, qui conserve la forme de l’os. Cette substance est isomère avec la gélatine (1) et a reçu le nom d’osséine ; elle a été utilisée pendant le siège de Paris pour la confection des bouillons. Une réaction analogue s’opère dans l’estomac, des chiens et leur permet, grâce à l’acidité du suc sécrété par cet organe, de digérer facilement les nombreux os qu’ils avalent. On profite, en chirurgie, de l’action dis-
Fig. 16. — Tranche osseuse horizontale prise sur le radius. On y voit la coupe d’un canal de Havers A, les osteoplastes B, B' et leurs canalicules.
solvante des acides sur la matière inorganique des os pour détruire une partie déterminée d’os nuisible à la santé : c’est ainsi que l’on provoque la chute d’un os qui fait saillie dans un moignon d’amputé, en l’entourant de charpie imbibée d’une solution acidulée. Mais on a dû renoncer à ce moyen trop long et trop douloureux.
Si, au lieu de traiter un os par l’acide chlorhydrique, on le calcine à l’air libre, la chaleur détruit l’osséine en répandant une odeur de corne brûlée, et il reste dans le foyer une matière inorganique calcaire, de couleur blanche, qui conserve la forme de l’os, mais qui tombe en poussière dès qu’on y touche. Quand la calcination s’effectue en vase clos, on obtient le noir animal employé dans les arts comme matière colorante et, dans l’industrie, au contraire, comme principe décolorant des solutions sucrées et autres.
Des deux expériences qui précèdent, on peut donc conclure que la matière fondamentale du tissu osseux est composée de deux parties distinctes : l’une organique ou animale, et l’autre inorganique ou mi-
(1) La gélatine on colle d'os est obtenue, dans l’industrie, en traitant d’abord les os par l’acide chlorhydrique, pour les débarrasser de leurs principes calcaires, puis en les faisant bouillir dans l’eau des chaudières autoclaves.
nérale. L’analyse chimique a démontré que ces deux substances étaient associées dans des proportions définies, fixées par N. Frémy à 32 pour la première et 68 pour la seconde, en expérimentant sur 100 parties de tissu osseux. Nélaton et Sappey ont, de plus, établi, contrairement à l’opinion de Bichat, que ces proportions sont constantes pour tous les os, quels que soient leur âge et leur forme. On croyait, en effet, avant ces recherches, que la matière organisée était plus abondante chez l’enfant que chez le vieillard, et on expliquait ainsi la rareté des fractures du jeune âge, malgré la fréquence de ses chutes. Or, il n’en est rien : le tissu osseux est un composé homogène, et, si les os des enfants sont, à l’état frais, plus élastiques que ceux des vieillards, ils le doivent au nombre plus considérable des éléments accessoires, celluleux et vasculaires, qui entrent dans leur organisation, et aussi à l’épaisseur de l’enveloppe élastique des os, le périoste.
La matière inorganique des os est formée de plusieurs sels minéraux qui sont : le phosphate de chaux, dont l’abondance permet d’utiliser les os pour la préparation du phosphore ; le carbonate de chaux ou craie; le phosphate de magnésie et des fluorures. En médecine, le phosphate de chaux s’administre dans toutes les affections du système osseux et dans la phthisie pulmonaire parce qu’on a attribué la rareté de cette maladie, chez le chien, à la grande quantité de phosphate de chaux qu’il absorbe en rongeant les os. Le lait de chienne renferme une forte proportion de ce sel ; aussi a-t-on imaginé d’en faire prendre aux rachitiques et aux phthisiques.
ostéomalacie. — Sous l’influence d’une mauvaise alimentation ou de trouble dans la nutrition, les sels calcaires peuvent disparaître des os ; alors r * épîphyses des os longs du ceux-ci se ramollissent et acquièrent une souplesse membre supérieur. qUj ]es ren(j impropres à remplir leurs fonctions. Cet état caractérise la maladie appelée ostéomalacie (ost éôv, os ; ^aXaxov, mou), maladie heureusement rare, car elle est au-dessus des ressources de l’art. Le cas le plus célèbre d’ostéomalacie est celui de la femme Supiot, dont Morand a tracé l’histoire en 1772; son squelette avait subi des déformations telles que « le pied gauche lui devint un coussinet pour appuyer sa tête » .
accroissement DES os. — Les os sont doués de vie comme
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tous les corps organisés, et comme eux ils s’accroissent en tous sens. Nous ne parlerons que des os longs, parce qu’il est plus facile de se rendre compte de leur mode d’accroissement par la démonstration expérimentale.
ACCROISSEMENT EM LONGUEUR. — LeS épîpkljSeS (fîg. 17) OU
extrémités des os longs sont séparées de leur corps ou diaphy se, comme nous l’avons déjà dit, par une membrane appelée cartilage épiphysaire. C’est cette membrane qui préside à l’allongement de ces os, ainsi que le prouve l’expérience suivante faite par Flourens. Ce physiologiste planta trois clous d’argent dans le corps d’un tibia de poulet vivant ; il tua l’animal quelque temps après, et il reconnut que la distance entre les clous était restée la même, bien que l’os se fût accru en longueur. Cette expérience démontre donc que l’accroissement de l’os s’est effectué à ses extrémités, par le dépôt de nouvelles couches osseuses au niveau du cartilage épiphysaire.
Voici une preuve, non moins concluante, du rôle physiologique attribué à ce cartilage ; dès qu’il s’ossifie, les épiphyses se soudent à la diaphyse et l’os cesse de croître. L’ossification de tous les cartilages épiphysaires est terminée à vingt-cinq ans chez l’homme, et, à partir de cet âge, le squelette a acquis son développement complet. Cependant la taille augmente encore jusqu’à trente ans, grâce aux parties molles qui s’interposent aux leviers osseux. Chez la femme, la soudure des épiphyses aux diaphyses est plus précoce : elle s’opère en moyenne à vingt-deux ans. Cette circonstance est une des principales causes delà différence de taille dans les deux sexes.
accroissement em épaisseur. — Duhamel du Monceau, se fondant sur la propriété que possède la garance, lorsqu’elle a été ingérée, de rougir la substance osseuse, administra la racine de cette plante à de jeunes animaux, en ayant soin d’en suspendre l’usage par intervalles réguliers. Il vit que leurs os présentaient à la coupe des stries concentriques superposées, alternativement rouges et blanches. Plus tard, Flourens reprit l’étude du même sujet en se servant d’un moyen différent. Ayant entouré l’os d’un anneau de platine, il retrouva celuici au bout de quelques mois dans le canal médullaire.
Ces expériences établissent que l’os s’accroît en épaisseur par superposition de couches nouvelles et que les couches anciennes ou profondes disparaissent insensiblement par résorption. D’où il résulte qu’en avançant en âge, le canal médullaire augmente de capacité dans les os qui sont pourvus de ce canal, et que, dans les autres, il se développe des cavités plus ou moins spacieuses, ainsi qu’on l’observe dans l’os du talon, dans le corps des vertèbres et au col du fémur (fig. 14). Cette particularité, désignée parles physiologistes sous le nom de raréfaction des os, explique, comme nous l’avons déjà dit, la fragilité des
os du vieillard et la diminution de sa taille par suite du tassement qui s’opère dans le tissu osseux.
UE PÉRIOSTE ET SA PROPRIÉTÉ GÉNÉRATRICE. — LeS
couches nouvelles qui se déposent à la périphérie d’un os long et qui augmentent son épaisseur sont exhalées par la couche profonde d’une membrane spéciale enveloppant tous les os, et qui, pour ce motif, a reçu le nom de périoste (irepl, autour ; octsov, os).
Cette membrane est de couleur blanche et de nature fibreuse ; elle est plus épaisse chez l’enfant que chez le vieillard : aussi les fractures du jeune âge sont-elles rarement accompagnées de déplacement des fragments. Le périoste est très-vasculaire, et les nombreux vaisseaux qu’il renferme pénètrent la substance osseuse pour la nourrir. C’est pourquoi un os, dénudé de cette membrane dans une grande étendue, tombe en mortification et détermine une nécrose (vexpôç, mort) partielle ou totale, selon l’importance de la lésion. Au contraire, l'inflammation du périoste exagère ses propriétés nutritives et produit à la surface de l’os des prolongements osseux, dits ostéophytes (ogtsôv, os, çueiv, croître), dont la réunion constitue une variété de tumeur, appelée périostose (fig. 18). C’est encore le périoste qui concourt pour une grande part à la formation du cal des os fracturés.
Le périoste ne se borne pas à protéger et à nourrir le tissu osseux dans l’enfance ; il a pour principale fonction d’exhaler un liquide organisable qui préside à l’accroissement des os en épaisseur, comme le prouvent les faits que nous venons de citer. Ce liquide possède même la propriété de reproduire de toutes pièces un os ^ détruit par la maladie ou par une opération, fte' C’est ainsi que M. Maisonneuve a pu présenter W à l’Académie de médecine un individu porteur de trois tibias, dont un de nouvelle formation et un autre atteint de nécrose qu’il tenait à la . main. Le chirurgien Ollier, de Lyon, a de plus
Tibia. — 3, Aspérités pro- prouvé qu’un lambeau de périoste, pris sur un
duiles par les ostéophytes. . . . . , . , ... . ,.
(Figure extraite de la Patho - animal vivant et place au milieu des tissus d un
logie externe de Fort). autre animal, peut reproduire un os de même dimension que celle du lambeau.
forsiationdes os. — Au début de la vie, il est impossible de distinguer les os des tissus ambiants, parce qu’ils présentent une consistance molle, muqueuse, sans contours définis. Cette première phase
Fig. 48. — 4, Péroné.
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du tissu osseux a été appelée pour cette raison V état muqueux. Bientôt, des cellules de cartilages (fig. 20) se déposent en certains points déterminés du corps, s’agglomèrent entre elles et revêtent la forme des os futurs. Cette période constitue Y état cartilagineux. En dernier lieu se développe Y état osseux , par l’envahissement progressif de sels calcaires qui se déposent dans la substance cartilagineuse.
Cette ossification s’opère d’une façon lente et irrégulière : elle apparaît tout d’abord sous forme d’îlots, appelés points d3 ossification, qui se montrent sur une ou plusieurs parties de l’os, d’où ils s’étendent ensuite pour en envahir la totalité. Le premier point d’ossification s’observe toujours sur la clavicule à la fin du premier mois de la vie embryonnaire, puis viennent ceux de la mâchoire inférieure et ceux des membres. L’ossification de tous les os du corps humain n’est complète que lorsque les épiphyses se sont soudées aux diaphyses correspondantes, c’est-à-dire, ainsi que nous l’avons établi ci-dessus, à vingtcinq ans pour l’homme et vingt-deux ans pour la femme. La connaissance des différentes époques auxquelles apparaissent les points d’ossification dans les divers os de l’économie, fournit de précieux renseignements au médecin légiste pour établir l’âge d’un individu.
L’irrégularité et la lenteur de l’ossification expliquent la faible résistance qu’offrent les os du jeune âge. De là nous pouvons conclure qu’il est nuisible de faire marcher trop hâtivement les enfants et qu’il vaut mieux s’en rapporter à leur instinct.
du rachitisme. — Lorsqu’il survient un retard ou un arrêt dans l’évolution du tissu osseux, comme on l’observe dans le rachitisme (pdfyiç, épine du dos), les os restent flexibles et présentent des déviations multiples ; la colonne vertébrale s’incurve et donne lieu à une gibbosité ; l’extrémité antérieure des côtes se renfle et produit le chapelet rachitique ; les os des membres s’incurvent en dedans et prennent la forme des pattes de chiens bassets, d’où le nom de cagneux (de l’ancien français cagne, chienne) qu’on donne à ceux qui sont affectés de cette infirmité; enfin les extrémités de ces mêmes os se gonflent et les nodosités qu’elles déterminent font dire que l’enfant est « noué » (fig. 19).
A l’époque de son apparition en Angleterre, le rachitisme fut appelé the rickets , d’où est venu le nom de « riquets » infligé aux enfants atteints de cette affection.