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IL — DU COEUR

Le cœur est le principal organe de l’économie ; c’est lui qui vit le premier et qui meurt le dernier : Primum vivens et ultimum moriens. Avec le cerveau et les poumons il forme le trépied vital des physiologistes, c’est-à-dire les trois organes essentiels à la vie.

Le rôle important que le cœur joue dans l’organisme l’a fait appeler par les anciens le soleil de l’homme. Harvey le proclame Yempereur ou le roi de notre économie, et Cl. Bernard le considère comme le principe de la vie.

VOLUME, SITUATION ET RAPPORTS OU CŒUR. — D’après

Laennec, le volume du cœur est égal à celui du poing. Le cœur de la femme est donc plus petit que celui de l’homme.

Sous l’influence des affections du cœur, cet organe acquiert souvent un développement considérable et constitue alors Y hypertrophie cardiaque; il atteint, dans certains cas, des dimensions telles qu’on l’a comparé à un « cœur de bœuf » .

Avoir le « cœur gros » est, on le sait, une locution familière que l’on emploie pour exprimer un grand chagrin; mais, en réalité, le volume du cœur ne varie pas sensiblement.

Le poids du cœur est, en moyenne de 2d0 grammes ; au contraire de tous les autres organes, il tend à augmenter avec l’àge.

Le cœur est situé dans le thorax (fig. 70), au-dessus du diaphragme, qui lui sert de coussin élastique et entre les poumons, dont la face interne est excavée pour le recevoir.

Sa forme est celle d’un cône aplati qui correspond par son sommet au quatrième espace intercostal, dans un point situé un peu en dedans et au-dessous du mamelon gauche. C’est à ce niveau qu’on voit et qu’on sent battre la pointe du cœur à l’état normal. Le cœur déborde

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donc le sternum à gauclie, mais moins qu’on ne le croit généralement. C’est en raison de cette erreur que les meurtriers ou les individus qui veulent se donner la mort, plongent le plus souvent leur arme dans le poumon sans atteindre le cœur. Cependant le poignard de Ravaillac pé-

Fig. 395. Fig. 396.

Fig. 395. — Face antérieure du cœur. — 4, Ventricule droit. — 2, Ventricule gauche. — 3, Auricule droite. — 4, Auricule gauche. — 5, 6, Artère pulmonaire. — 7, Crosse de l’aorte. — 8, Tronc brachio-céphalique. — 9, Artère carotide primitive gauche. — 10, Artère sousclavière gauche. — 11, Veine cave supérieur. — 13, Veines pulmonaires gauches. — 14, Artère et veines coronaires antérieures.

Fig 396. — Face postérieure du cœur. — 1, Ventricule droit. — 2, Ventricule gauche. — 3, Oreillette droite. — 4, Oreillette gauche. — 5, Orifice de la veine cave inférieure. — 6, Veine cave supérieure. — 7, Veines pulmonaires gauches. — 8, Veines pulmonaires droites. — 9, Artère pulmonaire. — 10, Aorte. — 11, 12, Veines et artères coronaires.

nétra entre la cinquième et la sixième côte, et vint couper le tronc de l’artère pulmonaire (5, fig. 397) après avoir perforé le poumon gauche d’Henri IY.

La pointe du cœur bat quelquefois à droite, soit que cet organe ait été refoulé par un vaste épanchement de la plèvre gauche soit encore dans le cas d’inversion de tous les organes du corps.

des plaies ou CŒUR. — La situation du cœur entre la colonne vertébrale et le sternum explique la rareté de ses blessures. Celles-ci ne sont pas nécessairement mortelles ; elles sont même relativement bénignes, surtout lorsqu’elles n’atteignent que les parois de cet organe. Ainsi Latour-d’Auvergne, qui passait pour avoir « le don de charmer les balles », est mort instantanément, non pas de la petite plaie que lui fit au cœur un coup de lance, mais de la syncope provo-

quée par la violence du coup reçu en pleine poitrine. Homère semblait connaître cette particularité, car il représente, dans l 'Iliade, le cœur d’Alcathoüs agitant, quoique transpercé, la pique d’Idoménée. On cite comme exceptionnelle la mort subite de ce seigneur de la cour de Sardaigne, auquel sa femme enfonça pendant son sommeil une épingle d’or dans le cœur.

Le'3 faits prouvant l’innocuité des blessures du cœur sont très-nom-

1, Ventricule droit. — 2, Ventricule gauche. — 3, Oreillette droite. — 4, Oreillette gauche. — 5, Artère pulmonaire. — 6, Artère aorte. — 7, Veine cave supérieure. — 8, Branche droite de l’artère pulmonaire. — 9, Bronche gauche. — 10, Veine cave inférieure. — 11, Poumon droit. — 12, Poumon gauche. — 13, Trachée-artère. (Figure tirée de Y Anatomie de M. Fort.)

breux. Nous ne rapporterons que les plus curieux. Hamilton a observé le cas d’un homme de quarante-quatre ans, qui avait reçu à quatorze ans une balle de mousquet dans le cœur et que l’on retrouva, à l’autopsie, enchâtonnée dans les parois de cet organe. Laugier a rencontré une épingle à cheveux dans le cœur d’un homme mort de gangrène des extrémités. « Un aliéné, raconte M. Tillaux dans son Anatomie topographique, s’était introduit dans la région du cœur une tige de fer mesurant 16 centimètres de longueur. Quand j’arrivai auprès de lui, le corps étranger avait disparu, mais on le sentait avec les doigts soulever vigoureusement la peau à chaque contraction du cœur. Le malade se rétablit complètement, si bien qu’il fit une nouvelle tentative de suicide. Il succomba l’année suivante. La tige de fer avait traversé les deux poumons et le cœur. La pièce est au musée de Glamart. »

CONFORMATION INTÉRIEURE OU COEUR. — Le CCCUT peut

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être considéré comme formé de deux organes distincts : le cœur droit ou antérieur et le cœur gauche ou postérieur (fig. 398). Le premier est encore appelé cœur noir , veineux ou pulmonaire, parce qu’il reçoit le sang veineux ou noir du corps et le projette dans les poumons ; l’autre a reçu le nom de cœur rouge, artériel ou aortique , parce qu'il

CD, Cœur droit. — CG, Cœur gauche. — S, Veine cave supérieure. — I, Veine cave inférieure.

— 0, Oreillette. — V, Ventricule. — AP, Artère pulmonaire. — VP, Veine pulmonaire. —

A, Artère aorte. — PC, Poumon.

lance dans tous les organes le sang rouge ou artériel qu’il a reçu des poumons.

Chaque cœur est divisé en deux cavités : l’une supérieure, X oreillette; l’autre inférieure, le ventricule. Ces deux cavités communiquent entre elles par un orifice muni d’une soupape membraneuse ou valvule, analogue aux clapets de nos pompes et disposée de telle façon, qu’elle favorise l’accès du sang dans le ventricule et s’oppose à son reflux dans l’oreillette. La valvule du cœur droit présente sur ses bords trois festons, et celle du cœur gauche n’en a que deux : d’où les noms de tricuspide (très, trois; cuspis , pointe) et de mitrale (fig. 399), c’està-dire semblable à une mitre d’évêque, donnés à l’une et à l’autre.

1° vEKTîticuLEs. — Les deux ventricules diffèrent entre eux par des caractères qui sont en rapport avec leur rôle physiologique. Ainsi, les parois du ventricule gauche (fig. 400) sont plus épaisses que celles du ventricule droit, parce que le premier est destiné à projeter le sang artériel dans tout l’organisme, tandis que le ventricule droit ne fait que lancer le sang veineux dans les poumons. Cette différence d’épaisseur

explique pourquoi le ventricule droit d’un cœur placé sur une table s’affaisse, tandis que le ventricule gauche conserve sa forme.

Les parois des cavités ventriculaires sont recouvertes d’un grand

Fig. 399. — Coupe schématique du cœur gauche.

1, Valvule mitrale séparant l’oreillette du ventricule. — 2, Valvules sigmoïdes de l’artère aorte qui s’ouvre dans le ventricule. — 3, Orifice mitral ouvert.

nombre de filaments, appelés colonnes ou piliers du cœur , qui s’entrecroisent dans tous sens. Les plus importantes de ces colonnes se terminent par de petits cordages tendineux qui vont se fixer au bord

Fig. -400. — Coupe schématique du cœur, destinées à montrer la différence de la forme et d’épaisseur de ventricules.

1, Ventricule gauche. — 2, Ventricule droit. — 3, Paroi du ventricule droit. — 4, 5, Vaisseaux cardiaques.

flottant des valvules auricnîo- ventriculaires. Ces prolongements ont encore reçu le nom de muscles tenseurs des valvules, parce qu’ils régularisent le jeu de ces soupapes membraneuses. Lorsque ees filaments charnus viennent à se rompre, il en résulte un trouble plus ou moins grave dans la circulation ; leur rupture a déterminé la moit

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d’un courrier qui, au dire de Gorvisart, fit mille lieues à cheval sans prendre de repos.

Outre l’orifice auriculo-ventriculaire, chaque ventricule est encore pourvu d’un orific artériel ; celui du ventricule droit communique avec V artère 'pulmonaire (fig. 398), et celui du ventricule gauche avec P artère aorte. Ces orifices sont munis de trois valvules, dites sigmoïdes

Fig. 401. — Origine de l’aorte étalée pour montrer les valvules sigmoïdes.

1, Orifice des artères coronaires destinées à nourrir le cœur. — 2, Petits noyaux cartilagineux situés au milieu du bord libre des valvules. — 3, Valvules sigmoïdes.

ou semi-lunaires (fig. 401) qui, en raison de leur forme, ont été comparées à des nids de pigeon. Elles permettent au sang de passer du ventricule dans l’artère correspondante et s’opposent à son retour dans la cavité ventriculaire.

2° oreillettes. — Les oreillettes ont des parois plus minces que celles des ventricules, parce qu’elles ont moins de force à déployer que ces dernières. En effet, les cavités auriculaires ont pour unique fonction de faire passer l’ondée sanguine dans les cavités ventriculaires. Au début de la vie, l'oreillette droite communique avec l’oreillette gauche par un orifice auquel Botal a donné son nom. Si cet orifice persiste à la naissance, il établit une communication directe des deux cœurs et produit le mélange du sang artériel et du sang veineux. La peau prend alors une teinte bleuâtre, qui a valu à cette maladie le nom de maladie bleue ou cyanose (xuavoç, bleu). On sait que ce mélange des deux sangs est normal chez les reptiles ; mais, chez l’homme, il est incompatible avec la vie.

Les oreillettes sont surmontées d’un appendice flottant, à bords dentelés, qui a été comparé à une crête de coq ou à l’oreille d’un chien de chasse, d’où son nom d ’auricule. Chaque auricule s’ouvre par un or> rifice spécial dans l’oreillette correspondante.

Les oreillettes reçoivent encore l’embouchure de plusieurs veines importantes ; la droite reçoit les veines caves supérieure et inférieure (fig. 398), et la gauche les quatre veines pulmonaires.

anévrysmes ou cŒuo. — On rencontre parfois dans le cœur des cavités anormales qui se forment aux dépens des parois ventriculaires ou auriculaires et qui constituent les anévrysmes cardiaques (aveupüveiv, dilater) . Lorsque les parois de ces poches anévrysmales sont

amincies, elles peuvent se rompre sous l’influence du moindre effort et déterminer une mort subite. Parmi les causes des anévrysmes du cœur, les plus fréquentes sont, sans contredit, les émotions morales. On conçoit que cette affection se rencontre souvent chez les comédiens.

Fig. 402. — - Valvules et zones fibreuses de la base des veulricules.

1, Valvule mitrale. — 2, Valvule tricuspide. — 3, Valvules sigmoïdes de l’artère aorte. — 4, Valvules sigmoïdes de l’artère pulmonaire.

Ainsi Talma avait un anévrysme de la pointe du ventricule gauche (1), et Molière a succombé à la rupture d’un anévrysme de la crosse de l’aorte. Réveillé-Parise, dans ses Études de Vhomme , a donc eu raison de dire : « Il n’y a peut-être pas d’anévrysme au cœur qui n’ait une cause morale pour principe, et, quand le vulgaire dit qu’un violent

Fig. 403. — Os du cœur droit du bœuf (grandeur naturelle).

«, Angle antérieur. — bb, Angle postérieur. — c. Bord supérieur. — cl, Bord antérieur. — e , Bord postérieur. — f, Surface droite.

chagrin est un crève-cœur, c’est une vérité qu’il faut entendre au physique comme au moral. »

structure ou coeuo. — Le cœur se compose : 1° d'un squelette fibreux; 2° de fibres musculaires striées ; 3° de vaisseaux et de nerfs ; 4° de deux membranes séreuses, Y endocarde et \e péricarde.

1° squelette ou cœur. — La charpente du cœur est repré-

(1) Le modèle en cire du cœur de ce célèbre tragédien est exposé dans les vitrines du musée Dupuytren.

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sentée par des anneaux fibreux qui entourent les quatre orifices situés à la base des ventricules et qui peuvent être considérés comme formés par la soudure des extrémités tendineuses des fibres musculaires du cœur. Dans les points de contact de ces zones fibreuses, on observe, quelquefois chez l’homme et toujours chez le bœuf, des concrétions calcaires appelées os du cœur (fig. 403).

2° fibres musculaires ou coeur. — Le cœur a été justement comparé à un muscle creux ; cet organe est en effet composé d’un grand nombre de fibres musculaires qui toutes se fixent, par leurs deux extrémités tendineuses, aux zones fibreuses que nous venons de

Fig. 404. — Fibres des ventricules.

1 2, Fibres communes superficielles antérieures. — 3, 4, Oreillettes. — 5, Artères pulmonaires.

T — 6, Fibres propres du ventricule gauche. — 7, 8, Coupe des couches formées par les fibres communes superficielles et par les fibres propres du ventricule gauche. — 9, Partie réfléchie ou profonde des fibres communes. (Figure tirée de l 'Anatomie de M. Fort.)

signaler. Ces fibres sont disposées en anses dont la concavité est tournée vers la base du cœur. En se contractant, elles diminuent la longueur des ventricules et chassent, par l’orifice des vaisseaux qui s’y abouchent, le sang contenu dans ces cavités. Les fibres musculaires sont plus abondantes sur la face antérieure du cœur que sur la face postérieure, ce qui explique le redressement de la pointe de cet organe en avant et son choc sur la paroi thoracique, à chaque contraction.

Les fibres du cœur affectent des directions différentes : les unes, profondes, sont propres à chaque oreillette et à chaque ventricule, et les autres, superficielles, sont communes aux deux oreillettes ou aux deux ventricules; mais aucune ne s’étend d’un ventricule à une

oreillette ou réciproquement. De là l’indépendance des mouvements auriculaires et ventriculaires. La disposition des fibres du cœur a fait dire à Winslow que cet organe est composé de deux sacs musculeux renfermés dans un troisième également musculeux.

3° vaisseaux ou cœur. — Les vaisseaux qui président à la nutrition du cœur ont reçu le nom de coronaires, parce qu’ils forment deux cercles perpendiculaires, dont l’un occupe la base des ventricules et l’autre longe la ligne de séparation de ces cavités (fig. 408). En raison de leur disposition, Haller a comparé le premier cercle à l’équateur et l’autre à un méridien.

4° ixxervatiox ou cœur. — Le cœur reçoit des filets du pneumogastrique et du grand sympathique. Le premier est considéré comme le nerf modérateur des battements du cœur et l’autre comme le nerf accélérateur. La section du grand sympathique détermine la paralysie du cœur et celle du pneumogastrique fait battre cet organe d’une façon bruyante. Ces résultats, obtenus par l’expérimentation, justifient la comparaison que l’on a faite du sympathique avec l’éperon qui excite le cheval et celle du pneumogastrique avec la rêne qui le maintient. Le professeur G. Sée a aussi comparé Faction du pneumogastrique sur le cœur au frein d’une locomotive. Dans l’épaisseur même du cœur et sur le trajet de ses nerfs, des petits renflements ganglionnaires semblent jouer le rôle de centres condensateurs de Finflux nerveux. Ce sont ces glanglions qui permettent au cœur, même lorsqu’il est séparé du corps, de battre encore un certain temps. Bacon et Sénac virent le cœur d’un criminel se contracter pendant quelques minutes dans le feu, où cet organe avait été jeté par le bourreau. Templer a vu les mouvements du cœur persister deux heures après la mort chez un hérisson, et Castell assure que le cœur d’une grenouille, placé dans l’oxygène, peut battre pendant douze heures. C’est pour la même raison que les parties d’un cœur divisé en morceaux ont la même faculté de se contracter après la mort.

IXSEVSIBILIl'É DU CŒUR. AXG'sXE DE POITRIXE. —

Comme tous les muscles, le cœur est doué d’une faible sensibilité. Il peut être piqué sans provoquer de douleur, ainsi qu’Harvey le démontra devant Charles Ier en faisant toucher à ce prince le cœur du jeune fils de lord Montgomery, chez qui une blessure avait mis le cœur à découvert. Même à l’état pathologique, le cœur n’est pas douloureux ; c’est pour cela que les anciens pensaient que cet organe n’est jamais malade. Bien des personnes se croient atteintes d’affection du cœur, parce qu’elles rapportent à cet organe la douleur qu’elles ressentent dans la région correspondante de la paroi thoracique, et qui, le plus souvent, est due à une simple névralgie. Cependant, Y angine de poi -

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trine, qui semble être au cœur ce que les coliques sont aux intestins, donne lieu à une angoisse atroce. On sait que Hunter succomba à un accès de cette nature provoqué par une violente colère.

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