DES CIRCONSTANCES QUI MOOIFIE1VT LES MOUVEMENTS
ou cœur. — Les mouvements du cœur peuvent être ralentis ou accélérés suivant les circonstances. Le curare, l’upas antiar, le poison des flèches employé au Gabon et qui s’extrait de l’inée, la digitale et son extrait la digitaline, dont se servit l’homoeopathe Lapommeraye pour empoisonner madame de Pauw, sont des substances qui ont la propriété de ralentir les mouvements du cœur ; la bile, dans la jaunisse, agit de la même manière ; au contraire, le café et la nicotine, avec laquelle de Bocarmé empoisonna Gustave Fougniès, accélèrent les mouvements de cet organe.
L’appauvrissement du sang, soit en quantité, comme dans les hémorrhagies abondantes; soit en qualité, comme dans l’anémie, augmente aussi la fréquence des battements du cœur et produit des palpitations.
L’état fébrile et les influences morales exagèrent encore les contractions cardiaques. Gorvisart faisait jouer aux influences morales un rôle important dans la production des maladies du cœur. L’illustre médecin de Napoléon Ier pensait que la Révolution avait contribué pour une part considérable à augmenter les affections de cet organe. Mais il est probable que, si depuis cette époque, on a constaté un plus grand nombre de ces affections, c’est qu’elles sont mieux connues qu’autrefois ; il en est de même d’autres maladies, le diabète, par exemple.
La facilité avec laquelle les mouvements de l’âme réagissent sur le cœur nous porte à attribuer à cet organe tous les sentiments que nous éprouvons. Aussi retrouve*t-on, dans toutes les langues, des locutions populaires qui font du cœur la source de nos passions ; de là ces expressions : un homme sans cœur ou un cœur dur , un bon cœur , un brave et noble cœur , un cœur brisé , pour caractériser l’égoïsme, la bonté, le courage, la générosité et la douleur. Il ne faut pas non plus prendre à la lettre le dicton : Mauvaise tête3 bon cœur , qui s’applique à l’étourderie associée à la bonté. De même Vauvenargues assure que toutes les grandes pensées viennent du cœur, et, d’après saint Mathieu, Jésus-Christ a dit que c'est aussi du cœur que viennent les mauvaises pensées.
L’habitude de considérer le cœur comme le siège de l’âme a introduit l’usage, encore pratiqué de nos jours* d’inhumer à part le cœur des grands personnages. Entre autres exemples, nous citerons celui d’Henriette de France, reine de la Grande-Bretagne, dont le cœur reposait en l’église des religieuses de Sainte-Marie de Chaillot ; ce qui
explique ces mots de Bossuet, dans l’oraison funèbre de cette reine . « Grande reine, je satisfais à vos plus tendres désirs quand je célèbre ce monarque ; et ce cœur, qui n’a jamais vécu que pour lui, se réveille tout poudre qu’il est et devient sensible, même sous ce drap mortuaire, au nom d’un époux si cher. »
On sait l’histoire du cœur de différents personnages illustres. Au ve siècle, Gudruna, femme d’Attila, le roi des Huns, se vengea du meurtre de son frère Hagen, commis à l’instigation de son époux, en faisant manger à celui-ci le cœur de ses deux fils, dans un banquet somptueux. Plus tard, la populace de Paris dévora le cœur du maréchal d’Ancre et celle de la Haye, le cœur du grand pensionnaire de Witt. Celui de Voltaire passa aux mains du marquis de Villette qui s’en était emparé au moment de l’autopsie ; « après avoir été, dit J. Janin, un jouet dans la main des antiquaires, il est encore aujourd’hui une misérable épave entre les mains d’un évêque ennemi-né et juré du nom de Voltaire. » Le même auteur raconte que le cœur de Descartes fut plus heureux; il était contenu dans l’église de Saint-Olaf à Stockholm, et quand il fut rapporté en France, le roi de Suède ordonna de respecter ce tombeau vide où la Suède est encore agenouillée. Le cœur de Grétry faillit avoir le sort de celui de Voltaire. Confié à la diligence, il s’en fallut de bien peu que personne, en son pays natal, ne consentît à payer le port de ce précieux colis.
Si l’on en croit M. Labouchère, le cœur de Louis XIV serait en Angleterre, à Westminster-Abbaye. Voici comment : « Le cœur du monarque, ayant été transporté en Angleterre, fut montré au feu docteur Buckland. L’organe royal avait l’aspect vulgaire d’un petit morceau de cuir desséché. Le professeur l’examina attentivement, le flaira, puis même le mit entre ses dents, et enfin, il l’avala ! Malgré cet épouvantable sacrilège, les restes du docteur Buckland reposent à Pabbaye de Westminster, et par conséquent le cœur de Louis XIV y est aussi. »
Quant au cœur de Napoléon Ier, il eut un sort à peu près analogue, d’après Ch. Flor O’squar. Ce publiciste raconte que le 6 mai 1821, le docteur Automachi, assisté de M. Thomas Carswel, procédèrent à l’autopsie de Napoléon Ier. La nuit les surprit et l’opération fut interrompue. Quand elle fut reprise, nos médecins constatèrent que le cœur de l’empereur avait été mangé par les rats ; ils le remplacèrent par un cœur, de mouton, qui repose encore sous le dôme des Invalides dans la poitrine du vainqueur d’Austerlitz.