‹ Le corps humainChapitre 140 sur 144 · CIRCULATION DANS LES VAISSEAUX C AI»ISÆ, AIRES · texte numérisé non relu

CIRCULATION DANS LES VAISSEAUX C AI»ISÆ, AIRES

Le mouvement du sang dans les capillaires est lent et uniforme; il s’effectue suivant une direction déterminée qui va toujours des dernières ramifications artérielles aux premières divisions veineuses.

La force impulsive du cœur, qui est la cause la plus puissante du mouvement du sang dans les capillaires, ne se fait sentir qu’à un faible degré dans ces vaisseaux. C’est pourquoi l’ouverture des capillaires donne lieu à une hémorrhagie en nappe et sans saccades.

Le ralentissement du sang dans les capillaires est dû surtout à la multiplicité de leurs anastomoses et aux frottements considérables

Fig. 43o. — Tracés sphygmographiques du pouls.

1, Pouls normal. — 2, Pouls de l’insuffisance des valvules sigmoïdes de l’aorte. — 3, 4, Pouls de l’insuffisance de la valvule mitrale. — 5, Pouls de la dégénérescence graisseuse et calcaire des artères (athérome artériel).

qu’opposent leurs parois au fluide nourricier. De plus, les systèmes artériel et capillaire, considérés dans leur ensemble, représentent un cône dont le sommet part du cœur et dont la base occupe la périphérie. Le courant sanguin, se mouvant dans un espace de plus en plus grand, diminue peu à peu de vitesse. Harvey cite à ce propos l’exemple des fleuves dont le cours semble se ralentir à mesure que leur lit s’évase davantage. La comparaison faite par Küss du système capillaire avec un lac est de même justifiée par le rôle de modérateur qu’il remplit à l’égard du torrent circulatoire.

DE LA CIRCULATION

4° circulation daks les veines. — Le courant sanguin se meut dans les veines en se dirigeant des capillaires vers le cœur. Son mouvement est uniforme comme pour les capillaires, mais il est plus rapide que dans ces derniers, en raison du rétrécissement de plus en plus considérable que présente le cône formé par le système veineux à mesure qu’il se rapproche du cœur.

Les contractions du ventricule gauche et l’élasticité des parois artérielles qui reviennent sur elles-mêmes après avoir été distendues par l’ondée sanguine sont les principales causes de la progression du sang dans les veines. Comme l’impulsion qui détermine le cours du sang veineux se propage de la périphérie au centre circulatoire, on lui a donné le nom de vis à ter go (force par derrière). L’obstacle que les capillaires opposent à la circulation empêche les mouvements impulsifs du cœur de se faire sentir dans les veines. Aussi le sang s’écoulet-il d’une veine ouverte par un jet continu, tandis qu’il s’échappe d’une artère par saccades correspondant à la systole ventriculaire.

Le cours du sang veineux est de plus favorisé par les contractions musculaires ; c’est pourquoi la marche et les exercices prolongés activent la circulation.

Les mouvements respiratoires exercent aussi une influence manifeste sur la progression du sang veineux. En effet, à chaque inspiration les poumons aspirent, en se dilatant, le sang contenu dans le cœur droit, et, par suite, accélèrent le courant sanguin des veines qui s’y rendent. Ce mouvement d’aspiration est surtout sensible dans les veines qui avoisinent le cœur ; aussi la nature a-t-elle eu la précaution de faire adhérer leurs parois aux aponévroses qu’elles traversent, pour les empêcher de s’affaisser au moment de l’inspiration. C’est ce que l’on observe à la base du cou pour les veines jugulaires et au niveau du diaphragme pour la veine cave inférieure.

Mais l’adhérence des veines aux membranes fibreuses adjacentes a pour inconvénient de faciliter, lorsque ces vaisseaux sont ouverts pendant une opération, l’entrée de l’air dans le torrent circulatoire ; et le sifflement qui accompagne cet accident est produit par le mouvement d’aspiration dont nous venons de parler.

L’influence qu’exerce la respiration sur le cours du sang veineux est encore démontrée par le gonflement des veines de la tête et du cou pendant une expiration forcée, comme dans le phénomène de l’effort.

5° de la «dirculatioiv lymï*iiatique. — Les vaisseaux lymphatiques puisent, dans la trame de nos tissus, les matériaux nutritifs qui ont échappé aux combustions organiques et les déversent dans le système veineux au niveau de la jugulaire et de la sous-clavière du côté gauche.

La progression de la lymphe est favorisée par la capillarité de ses

vaisseaux, par la contractilité de leurs tuniques et par la vis a tergo qui résulte de l’absorption continuelle des éléments propres à la circulation par les réseaux lymphatiques.

bîe tka!¥§fïjsiom uæt smg. — Avant même la découverte d’Harvev, on avait essayé de rajeunir les vieillards en introduisant dans leurs vaisseaux du sang d’hommes jeunes et vigoureux (1). C’est ainsi, qu’au dire de Sismondi, on transfusa au pape Innocent VIII, vers

Fig. 436. — Transfusion ancienne par l’animal. (D’après Heisterj.

latin du xv° siècle, le sang de trois jeunes gens sains et robustes, auxquels cette tentative coûta la vie sans qu’on pût prolonger les jours du pontife.

Dès que le mécanisme de la ciculation fut connu, la transfusion du sang commença à devenir une opération régulière. Jean-Baptiste Denys, médecin et conseiller du roi, fit en France, vers l’année 1662, et avec un succès complet, la première transfusion sur un jeune homme atteint d’une grave maladie; il infusa dans ses veines neuf onces de sang artériel emprunté à un agneau (fig. 436). Mais cet heureux début eut de funestes conséquences : on crut pouvoir guérir par cette opération une foule de maladies, et l’on en fit un véritable abus. Les résultats furent si malheureux que l’autorité dut intervenir. En avril 1668, le Châtelet rendit une sentence qui interdisait de pratiquer la transfusion sans l’approbation préalable de la Faculté de Paris.

(1) Ovide émet déjà cette idée dans ses Métamorphoses ; il fait dire à Médée, s’adressant aux fils du roi Pélops, qu’elle voulait rajeunir : « Tirez vos épées, faites couler ce sang de vieillard, et je le remplacerai ' dans ces veines par un sang jeune. »

DE LA CIRCULATION

De nos jours, on réserve la transfusion du sang pour toutes les hémorrhagies graves et pour certaines anémies qui menacent la vie.

Cette opération se pratique à l’aide de divers instruments nommés transf useurs. Celui que représente la figure 437 se compose 1° d’une cuvette en forme d’entonnoir qui reçoit le sang veineux, défibriné ou

non, fourni par une personne saine à laquelle on a pratiqué une saignée du bras ; 2° d’un corps de pompe dont le piston refoule le sang de la cuvette dans un tube élastique qui porte à son extrémité un trocart enfoncé dans la veine du sujet affaibli.

Les deux seuls dangers de la transfusion sont la projection de caillots et l’introduction de l’air dans les veines. Mais la perfection des instruments que l’on emploie de nos jours rend ces dangers presque impossibles.

Le Dr Voisin entretient les forces des aliénés qui refusent toute nourriture, par des injections sous-cutanées de sang de mouton.

(fig. 441) s’engagent dans les petites cavités dites calices, qui s’ouvrent à leur tour dans une poche membraneuse, le bassinet. Celte cavité

Fig. 439. — Figure schématique destinée à donner une idée générale de la structure du rein.

1, Veine rénale. — 2, Artère rénale. — 3, Uretèie se continuant avec le bassinet ouvert. — 4, Surface coupée. — 5, Surface du rein. — 6, Substance corticale. — 7, Une pyramide de Malpighi avec ses artères. — 8, 8, Mamelons de pyramides. — 9, Calice divisé embrassant un mamelon. — 10, Branches de l’artère rénale entre deux pyramides. — 11, Giomérule de Malpighi grossi quarante fois. — 12, Vaisseaux du centre du giomérule. — 13, Vaisseau efférent du giomérule. — 14, Réseau capillaire. — 15, Tube tortueux de la substance corticale grossi vingt fois. — 16, Flexuosités des tubes tortueux. — 17, Quelques tubes tortueux grossis quarante fois. — 18, 18, Plusieurs glomérules grossis de dix à vingt fois. — 19, Tubes tortueux grossis vingt à vingt-cinq fois. — 20, Quelques tubes coupés. (Figure extraite de V Anatomie de M. Fort.)

sert parfois de réceptable à des calculs plus ou moins volumineux, ainsi qu’il advint au pape Innocent XI.

uretère, coliques NÉï»niRÉxiQUEs. — Ce conduit établit une communication directe entre le bassinet et la vessie. Sa longueur est en moyenne de 25 centimètres.

Le calibre de l’uretère est relativement très faible, car il n’admet

DE L’URINATION.

dans son extrémité supérieure, qui est la plus évasée, qu’une plume d’oie. Les parois de ce conduit sont cependant susceptibles d’une certaine distension, et on les a vues, dans plusieurs cas de rétention urinaire, atteindre le diamètre du gros intestin. C’est aussi en distendant les parois des uretères que les calculs formés dans le bassinet peuvent franchir ces conduits pour pénétrer dans la vessie. Si le volume du

Fig. 440. Fig. 441.

Fig. 440. — Ün glomérule du rein du cabiai. — 1, Canalicule tortueux et son épithélium. — 2, Epithélium tapissant la face interne de la capsule de Bowmann. — 3, Vaisseaux capillaires du glomérule. — 4, Vaisseau afférent ; on voit à côté le vaisseau efférent.

Fig. 441. — Deux lobes du rein du dauphin (grossissement, 2). — 1, Surface bosselée. — 2, 2, Tubes flexueux de la substance corticale. — 3, 3, Mamelon ou papille. — 4, 4, Deux pyramides de Malpighi.

calcul est trop considérable, sa progression détermine des douleurs atroces, dites coliques néphrétiques (veçpéç, rein), qui se produisent par un mécanisme analogue à celui des coliques hépatiques. Il arrive souvent que la membrane muqueuse des uretères est déchirée par les aspérités du calcul, ce qui donne lieu à un écoulement de sang ou hématurie (atpuc, sang; oupelv, uriner).

vessie, cystite. — La vessie est une poche membraneuse qui sert de réservoir à burine. Elle est située derrière le pubis qu’elle ne dépasse jamais à l’état de vacuité. Dans certains cas de rétention d’urine, la vessie remonte jusqu’à la région épigastrique. Franck a soigné un jeune homme atteint de paralysie vésicale qui rendit en une seule fois 40 kilogrammes d’urine. A l’état normal, la vessie peut contenir un demilitre d’urine sans provoquer l’envie d’uriner. Dans les inflammations de la muqueuse vésicale ou cystite (xust iç, vessie), et sous différentes influences morales, l’irritabilité de la vessie est telle, qu’elle ne peut supporter que quelques gouttes d’urine.

La vessie de la femme présente une plus grande capacité que celle

de l’homme, en raison des bienséances sociales qui l’obligent à conserver plus longtemps son urine.

incontikeivce d’urdie. — Les fibre s musculaires de la vessie forment à l’origine du canal de l’urèthre ou col vésical , un sphincter analogue, par la structure et les fonctions, à celui de l’anus.

Ce sphincter ne s’ouvre qu’au moment de la miction et sous l’influence de la volonté ; s’il est paralysé, comme on l’observe souvent chez les vieillards, il donne lieu à Yincontinence d’urine , c’est-à-dire à un écoulement involontaire et continuel. Chez les enfants , c’est l’atonie du col de la vessie qui est la cause habituelle de l’incontinence nocturne des urines.

rétention o’urihîe. — Dans le cas où la paralysie atteint les parois mêmes de la vessie, celles-ci perdent la faculté de dilater le sphincter vésical et il en résulte une rétention d’urine. On est alors obligé de vider ce réservoir à l’aide d’une sonde introduite par l’urèthre ; mais, si le passage de cet instrument est impossible, on a recours à la ponction de la vessie. Cette opération n’est que palliati ve et non curative ; aussi a-t-elle été considérée par J.-L. Petit comme « un coup d’épée dans l’eau » et par Velpeau comme « l’extrême-onction chirurgicale » .

Parmi les causes de la rétention d’urine, il faut citer les obstacles qui s’opposent à l’écoulement de ce liquide, par exemple le rétrécissement du canal de l’urèthre, sa compression, par suite de l’hypertrophie de la glande prostate, qui entoure le col vésical, ou encore son obstruction par des corps étrangers, comme les calculs ; tel fut le cas de Cromwell « qui, dit Pascal, allait ravager toute la chrétienté sans un petit grain de sable qui se mît dans son urèthre. »

La rétention d’urine est quelquefois volontaire chez certains aliénés. Boerhaave, raconte Sue, parle d’un de ces fous à qui, un jour, il passa par la tête de ne plus uriner, pour ne pas inonder la ville où il demeu- Fig. 44-2. — Calcul rait. Il serait mort de cette folie, si un médecin n’avesicai. vait imaginé de faire crier autour de lui que le feu

était dans la ville, et qu’elle allait être consumée, s’il n’avait pas la bonté de rendre son urine, pour éteindre l’incendie. Cette raison parut si bonne au mélancolique, qu’il urina aussitôt.

cü-ECïJEs vésicaux. — Les calculs de la vessie, ou la pierre, se rencontrent communément aux deux extrémités de la vie, chez les enfants et chez les vieillards. Ces dépôts calcaires atteignent parfois un volume considérable ; on en a vu qui pesaient jusqu’à trois livres. Le plus souvent ils se composent d’un noyau central autour duquel se déposent plusieurs couches stratifiées (fig. 442). Ce noyau est formé

DE L URINATION.

tantôt par un corps étranger venu de l’extérieur, tantôt par un gravier descendu des bassinets.

C’est en vain que l’on a essayé de désagréger les calculs de la vessie à l’aide de boissons dissolvantes ou d’agents chimiques introduits directement dans cet organe, et la fameuse recette que Me Stephens, sur un rapport favorable d’une commission peu éclairée (1), a vendu très cher au gouvernement anglais, n’eut pas plus de succès que les autres. Çette préparation ne contenait d’ailleurs que des coquilles d’huitres pulvérisées.

Le seul remède curatif de la pierre consiste à l’extraire, soit en la broyant au moyen d’instruments, dits brise-pierre (fig. 443), introduits

par le canal de l’urèthre, soit en la retirant en entier par une incision faite à la vessie. La première opération constitue la lithotritie (XlOôç, pierre; terere, broyer) et la seconde, la taille ou cystotomie (xuaxvj, vessie; Tép-veiv, couper).

Le peu de succès qu’obtint cette dernière opération à son début explique l’interdiction que prononça contre elle le serment d’Hippocrate. Elle ne prit rang parmi les opérations régulières qu’après la tentative heureuse que fit Germain Colot, en janvier 1474, dans le cimetière Saint-Séverin et en présence de Louis XI, sur des calculeux condamnés à mort. On a pu voir au Salon de 1851 le tableau que Rivoulon a consacré à cette mémorable expérience.

Parmi les personnages célèbres qui eurent la gravelle ou la pierre nous citerons : Henri II, Henri III, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Louis-François Joseph de Bourbon, prince de Conti, le pape Innocent XI , Savonarole , Casaubon , Sydenham , Cromwell , Leibniz , Montaigne , Rousseau , Bossuet , Désaugiers , enfin Dalembert et Napoléon III.

mécanisme de la sécrétion ïJinx.viiAE. — En traversant les glomérules de Malpighi , le sang de l’artère rénale (2, fig. 439) se

(1) Ces commissaires avaient expérimentés ce prétendu remède sur quatre calculeux, et ils avaient conclu à la guérison complète. Or, à la mort de ces quatre personnes, on retrouva la pierre intacte dans la vessie.

Fig. 443. — Brise-pierre.

débarrasse de ses impuretés, c’est-à-dire des matériaux constitutifs de l’urine, et retourne par la veine rénale dans le torrent circulatoire.

Des glandules de Malpighi l’urine passe dans les tubes urinifères ; elle s’écoule ensuite goutte à goutte dans les calices , tombe de là dans le bassinet et parcourt ensuite l 'uretère qui la déverse dans la vessie .

1 La sécrétion urinaire étant continue, les tubes du rein sont toujours gorgés d’urine. C’est ce liquide qui donne aux rognons des animaux de boucherie leur goût particulier. « Je ne me nourris pas de rognons, disait Oribase, parce que cette viande est imprégnée de mauvaises 'humeurs. »

L’urine arrive dans la vessie goutte à goutte et d’une façon continue ; elle s’accumule dans ce réservoir jusqu’à ce que la distension de ses fibres détermine une sensation particulière qui constitue le besoin d’uriner. Alors les contractions de la vessie, jointes à celles des muscles abdominaux, expulsent l’urine au dehors, lorsqu’elle a franchi l’orifice du sphincter vésical et parcouru le canal de l’urèthre.

La quantité d’urine excrétée par un adulte, dans les vingt-quatre heures, est d’un litre à un litre et demi.

Toutes les causes qui produisent la soif, c’est-à-dire toutes les circonstances qui enlèvent au sang une certaine quantité d’eau, ralentissent en même temps la sécrétion urinaire : telles sont la saignée, les hémorrhagies, la fièvre, la diarrhée, l’hydropisie et les transpirations abondantes. Si les enfants urinent moins que les vieillards, c’est parce que la sudoration est chez eux très-active. Dans le choléra, où les garde-robes sont très-abondantes, les urines sont toujours supprimées ; il y a anurie (av, privatif; oupov, urine). Certains états morbides arrêtent complètement l’urination. Le docteur Binet (de Yence) a rapporté un fait rare d’anurie hystérique qui a persisté près de deux mois.

La sécrétion urinaire est, au contraire, augmentée sous l’influence du froid et de l’humidité. Chossat observa sur lui-même que cette sécrétion était quadruplée par un bain froid, et chacun a pu remarquer qu’elle augmentait en hiver et par les temps humides. Les violentes émotions agissent de la même façon. Une femme, d’après Lacombe, à la nouvelle de la mort de son mari, rendit dans la journée jusqu’à quinze litres d’urine. Bayle rapporte qu’un de ses clients ne pouvait retenir ses urines chaque fois qu’il entendait le son du hautbois. Le père de Henri IV, Antoine de Navarre, au siège de Rouen, en 1562, fut tué pendant que, derrière un gabion, il expulsait, comme dit Sganarelle, « le superflu de la boisson » . De là l’épitaphe que l’on fit sur lui :

Ami François, le prince ici gissant Vécut sans gloire et mourut en pissant.

Enfin le diabète, en raison de la grande quantité des boissons prises

DE L’URINATION.

pour satisfaire la soif ardente que cette maladie produit, augmente aussi dans de fortes proportions la sécrétion urinaire ; ainsi, il n’est pas rare de voir un diabétique rendre de quatorze à quinze litres d’urine dans les vingt-quatre heures.

i>e l’urixe. caractères PHYSIQUES. — L’urine, que Vieussens appelait avec raison « la lessive du sang » , est un liquide jaune ambré, limpide et légèrement acide.

Sa couleur se modifie selon les circonstances : elle est pâle dans les névroses, rougeâtre dans la lièvre ; elle prend dans la jaunisse une teinte acajou caractéristique. Diverses substances absorbées lui donnent aussi des colorations spéciales : la rhubarbe la colore en vert, le safran en jaune, l’indigo en bleu, le fer en noir, le bois de campêche, les betteraves et la garance en rouge.

L’urine présente une odeur, dite urineuse, qui lui est propre. Quand la réaction de ce liquide devient alcaline, comme dans le catarrhe vésical, son odeur est ammoniacale et la rend fétide. Chez les diabétiques l’odeur de l’urine rappelle celle du petit lait et chez les rhumatisants elle a été comparée à celle des souris. Certaines substances modifient encore l’odeur de l’urine : la térébenthine lui donne une odeur de violettes et les asperges lui communiquent une odeur désagréable que le vinaigre, versé dans le vase, a la propriété d’atténuer.

priycipes YORMAux de l’urixe. — Les principaux corps qui entrent normalement dans la composition de l’urine sont, après l’eau, Vurée, Vacide urique , les urates , le chlorure de sodium, les phosphates de soude , de chaux et de magnésie.

1° urée, urémie. — L’urée est le produit essentiel de l’urine ; elle représente, avec les urates et l’acide urique, les cendres des substance albuminoïdes qui sont brûlées dans nos tissus. Aussi toutes les causes qui activent ou ralentissent les combustions organiques augmentent-elles ou diminuent-elles ces matériaux dans l’urine ; voilà pourquoi la proportion d’urée, qui chez l’adulte est de 25 à 30 grammes par jour, diminue dans l’anémie et s’accroît considérablement sous l’influence de la fièvre. Les exercices musculaires et le régime animal augmentent aussi d’une manière notable la production de l’urée. Ainsi, au dire de M. Farabeuf, le lendemain du Christmas, l’Anglais rend jusqu’à 150 grammes d’urée que fournit ordinairement la chair des oies rôties.

I Sous l’influence de la fermentation, l’urée se transforme en carbonate d’ammoniaque. C’est sur ce principe que repose la fabrication des sels ammoniacaux, à l’aide des eaux vannes provenant des dépotoirs de la Villette. D’après M. A. Riche, l’usine de Bondy produit chaque jour environ 2250 kilogrammes de sulfate d’ammoniaque, et cette pro-

portion serait beaucoup plus considérable, si l’on ne perdait pas dans les égoûts 800,000 mètres cubes d’urine, ce qui représente environ 8 millions de kilogrammes de sulfate d’ammoniaque.

La transformation de l’urée en carbonate d’ammoniaque peut aussi s’effectuer dans l’économie quand, par exemple, l’urine contient du muco-pus. De là l’odeur ammoniacale et la réaction alcaline que présente l’urine dans le catarrhe vésical. C’est pour une raison analogue que la respiration devient ammoniacale dans Y urémie (oupov, urine; aTpi.a, sang.) Cette maladie est caractérisée par l’accumulation dans le sang de l’urée et des urates, dont l’élimination au dehors peut être empêchée par une lésion rénale ou par un obstacle quelconque au cours des urines.

Page 1