CARACTÈRES PROPRES AUX PRINCIPALES VERTÈBRES
de chaque région. — La colonne vertébrale a été divisée en cinq régions (fig. 56), désignées sous les noms de cervicale , dorsale , lombaire, sacrée et coccygienne. La première comprend sept vertèbres ; la deuxième douze ; la troisième cinq ; la quatrième et cinquième une chacune. Ces deux dernières ont été appelées fausses vertèbres, parce qu’elles résultent de la soudure de plusieurs pièces qui étaient indépendantes chez l’enfant.
lo vertèbres cervicales. — Les vertèbres cervicales(cem’;£, nuque) forment la charpente du cou ; mais elles n’orit aucune influence sur la longueur de cette région qui dépend surtout de la conformation de la poitrine : le cou d’une poitrine étroite paraît, en effet, plus longque celui d’une poitrine large. On a dit que les fonctions cérébrales étaient moins actives chez les êtres animés qui, comme la giraffe, l’autruche, la grue, ont le cou allongé, parce que le cerveau subissait une influence moins directe de la part du cœur : de là le dicton populaire « col de grue », qui s’applique à une personne peu intelligente.
La première vertèbre cervicale est Yatlas (fig. 63). Son nom lui vient de ce qu’elle reçoit les condyles de l’occipital sur ses masses latérales et supporte tout le poids de la tête, comme le géant de la fable portait la sphère céleste sur ses épaules. La tête n’est pas en équilibre sur l’atlas, parce que le poids de sa partie antérieure l’emporte sur celui de sa partie postérieure ; elle tend à s’incliner en avant, dès que les muscles de la nuque cessent de se contracter : c’est ce que l’on observe lorsqu’on cède au sommeil étant assis.
La deuxième vertèbre a été appelée Y axis, parce qu’elle présente à sa partie antérieure une apophyse volumineuse, dite odontoïde (ôâouç dent; elàoç, forme), qui joue le rôle d’un pivot autour duquel tourne l’atlas (5, fig. 63), et avec lui la tête ; de telle sorte que les mouvements de flexion et d’extension, que l’on fait dans le signe « oui », se passent entre l’atlas et l’occipital, tandis que ceux de semi-rotation, qui caractérisent le signe « non » , s’exécutent au niveau de l’atlas et de l’axis.
Les cinq dernières vertèbres cervicales, grâce au peu de développement de leurs diverses parties, jouissent d’une grande mobilité les unes sur les autres, et permettent aux mouvements du cou d’être très-multiples. Cette excessive mobilité rend plus fréquentes que dans les autres régions les luxations vertébrales qui, à cause du voisinage du bulbe et de la moelle épinière, sont d’une extrême gravité. C’est aussi pour cette raison qu’il est si dangereux de soulever les enfants par la tête. Bichat rapporte le cas d’une culbute qui a déterminé la
mort, et M. Tillaux a cité dans son Anatomie topographique l’observation d’un homme de quarante-huit ans, qui succomba à la suite d’une chute déterminée par un croc-en-jambe. C’est par un mouvement de torsion excessif des vertèbres cervicales que l’on tue ordinairement les lapins, ou aussi par le « coup du lapin » donné au niveau de la nuque de cet animal. C’était sans doute pour obtenir plus rapidement la luxation de l’atlas qu’en France, avant 1789, dans le supplice de la corde, l’exécuteur montait soit sur les mains liées derrière le dos, soit sur les épaules, soit encore sur la tête du patient.
La dernière vertèbre cervicale prend aussi le nom de vertèbre 'proéminente, à cause de la longueur de son apophyse épineuse qui fait, au bas de la nuque, une saillie si accusée, qu’elle est souvent prise pour un vice de conformation.
2° vertèbres dorsales. — Le corps de ces vertèbres se distingue des autres par la présence de facettes articulaires qui reçoivent l’extrémité postérieure des côtes (1, 2, fig. 56).
C’est au niveau delà quatrième ou de la cinquième vertèbre dorsale
Fig. 64. ■ — Sacrum vu par la face antérieure.
A, Aileron du sacrum. — B, Apophyses articulaires. — C, Premier trou sacré antérieur. — D, Facette articulaire de la base s’unissant au corps de la cinquième vertèbre lombaire. — E, Saillie formée par la soudure des deux premières vertèbres sacrées. — S, Sommet de l’os.
Fig. 6o. — Sacrum vu par la face postérieure A, Crète sacrée. — Premier trou sacré postérieur. — C, Facette articulaire de la base correspondant à la face inférieure du corps de la cinquième vertèbre lombaire. — D. D, Apophyses articulaires de la base du sacrum. — S, Sommet de l’os.
que la colonne vertébrale offre le moins de résistance ; aussi ce point est-il le siège constant des déviations rachidiennes.
3° vertèbres lombaires. — Le corps des vertèbres lombaires, devant supporter le poids de tout le tronc, présente une grande épaisseur. Leurs apophyses transverses sont aussi très-développées et prennent l’apparence de petites côtes atrophiées (fig. 56). Leurs apo-
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physes épineuses favorisent, par leur disposition horizontale et leur écartement, les mouvements du rachis en arrière.
Le corps de la dernière vertèbre lombaire est taillé en biseau pour s’articuler avec le sacrum.
4° sacrum, — Le sacrum est ainsi appelé parce que cette région était offerte aux dieux dans les sacrifices d’animaux. A la naissance, cet os est composé de cinq vertèbres isolées qui se soudent plus tard et forment, chez l’adulte, une pièce unique disposée comme un coin entre les os iliaques (fig. 64, 65, 73). Il concourt avec ces os à former les parois du bassin’
5° coccyx, ces hommes a. qcece. — Le coccyx (fig. 66) doit son nom à sa ressemblance avec le bec d’un coucou (cuculus). Cet os résulte aussi de la soudure de quatre ou cinq petites ver- ) c tèbres atrophiées. Chez les animaux, il forme le squelette de la queue, et les pièces qui le constituent sont en nombre plus considérable.
Fig. 66 — Face Les philosophes qui, à l’exemple de Darwin, font desantérieure du cendre l’homme du singe, considèrent le coccyx comme coccyx. un organe atrophié, une sorte de réminiscence de la cyx. — b, Som- longue queue de nos vieux ancêtres, «qui sert à rappeler cf Angles' aux orgueuilleux mortels, ainsi qu’une relique de facoccyx. mille, l’humble origine de leurs parents » . Les annales de la science renferment quelques rares exemples d’appendice caudal dans l’espèce humaine, et ces organes extraordinaires sont, le plus souvent, dépourvus de tissu osseux. Nous sommes loin de ces récits de voyageurs qui affirment l’existence de peuplades entières d’hommes à queue, comme les Niams-Niams de l’Afrique orientale. Il est démontré que ces sauvages portent, en guise d’ornement, une lanière en cuir qui a été prise pour un prolongement caudal naturel. La croyance aux hommes à queue était si répandue autrefois, que l’expression homines caudati servait à désigner des gens sans esprit. « Ce proverbe, dit de Maillet, si commun parmi nous, n’est nullement métaphorique, il est fondé sur la vérité.» Certaines doctrines de notre siècle prétendent que dans un temps plus ou moins éloigné l’homme portera une queue ornée d’un œil pour voir derrière lui.
DES VERTÈBRES DU CRAME ET DE LA FACE. — Depuis longtemps les anatomistes ont cru voir une grande ressemblance de conformation entre le crâne et le rachis ; le poète naturaliste Gœthe en fit le premier la remarque en examinant une tête de mouton, que son do mestique Gœtze avait trouvée à Venise dans le cimetière des juifs. Quelques années plus tard, Oken fit des recherches persévérantes^sur ce sujet, à la suite d’une promenade dans la forêt du Harz, où il aper-
çut à ses pieds un crâne de chevreuil. « Le ramasser, le retourner, le considérer, me suffit, dit-il ; la vérité me frappa : c’est une colonne vertébrale, m’écriai-je. »
Malgré l’autorité des nombreux anatomistes qui se sont, depuis lors, livrés à cette étude, nous devons dire que l’évidence de ce fait ne nous paraît pas démontrée ; nous pensons, au contraire, que dans cette circonstance on a trop forcé les analogies, et que la constitution du crâne ne doit être en aucun point assimilée à celle du rachis, la forme de chacun de ces organes étant subordonnée uniquement à leurs attri butions. D’ailleurs, les opinions contradictoires des auteurs sur le nombre des vertèbres qui entrent dans la constitution du crâne, suffiraient pour fortifier notre conviction à cet égard. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples : Goethe et Oken ont vu trois vertèbres ; Goodsir en admet quatre; E. Geoffroy Saint-Hilaire, cinq; Garus, six, etc.
Mais c’est au sujet des vertèbres qui formeraient la face que les savants sont surtout divisés : les uns en reconnaissent trois, les autres deux, d’autres enfin se contentent d’une seule.
Garus et Spix ont, eux aussi, trop écouté leur imagination lorsqu’ils ont vu dans la face une reproduction de tout le squelette. Voici, d’après M. Sappey, comment Spix soutient cette analogie : les fosses nasales répètent le thorax ; la bouche répète la cavité abdominale ; les maxillaires supérieurs répètent les membres thoraciques; le maxillaire inférieur, les membres abdominaux; les arcades alvéolaires supérieures, les mains ; les arcades inférieures, les pieds ; les dents répètent les ongles! Spix va encore plus loin et voit dans le squelette de la face une répétition de l’univers entier: «La tête, dit-il, représente une sphère parfaite, semblable aux sphères des corps célestes ; les sutures qu’on y voit ne sont-elles pas les lignes de démarcation des climats et des diverses zones ? Si l’on compare la tête de l'homme à la planète qu’il habite, la région qui s’étend de l’occiput au front représentera celle qui, dans le globe terrestre, va du pôle à l’équateur. L’os basilaire sera l’axe, la suture lambdoïde le cercle polaire, la suture frontale le cercle tropique, la suture sagittale le méridien. L’occiput lui-même pourra être assimilé à la zone polaire ! le pariétal à la zone tempérée 1 1 la région du front à la zone torride ! 1 1 »
b. — Du THORAX.
covformattiov ou THORAX. — Le thorax ou poitrine (pl. IN, B et P) est une grande cavité de forme conique à base inférieure, qui renferme les organes principaux de la respiration et de la circulation. La faible épaisseur des parois de la poitrine permet, à l’aide de la
DK LA LOCOMOTION.
percussion et de l’auscultation, de reconnaître les plus légers troubles fonctionnels de ces organes. L’art médical a atteint dans cette recherche un tel degré de précision, que Pidoux a pu dire qu’à l’aide de ces
Fig. 67. — Coupe d'un thorax normal. Le côté droit est plus développé que le côté gauche.
moyens d’investigation on faisait l’autopsie du malade dans son lit.
La poitrine est séparée de la cavité abdominale par une voûte musculeuse appelée diaphragme (Btà, entre; ©payp.a, cloison) (pi. III, EM). L’inclinaison de cette voûte, plus accentuée en arrière qu’en avant,
explique pourquoi la cavité thoracique est plus profonde à sa partie postérieure : aussi comprend-on qu’un instrument vulnérant, comme une épée, puisse d’un seul coup pénétrer à la fois dans l’abdomen et dans la poitrine.
Les deux moitiés latérales du thorax ne sont pas égales entre elles : le côté droit est plus développé que le côté gauche, ainsi qu’on peut le voir sur la figure 67. Dans la figure suivante, nous donnons la coupe d’un thorax, dit en carène, déformé par le rachitisme.
Le sommet de la poitrine présente une ouverture relativement fort étroite : ses diamètres sont, chez l’adulte, de 10 centimètres pour le diamètre transversal et de 5 pour le diamètre antéro-postérieur. C’est par cet orifice que passe la trachée (9, fig. 69) qui conduit l’air aux poumons, et l’œsophage (10) qui dirige les aliments dans l’estomac.
parois ou thorax. — Les parois du thorax sont formées des vertèbres dorsales en arrière, du sternum en avant et des côtes sur les côtés.
1° cotes. — Leur nom vient du mot latin custos , gardien , parce qu’elles protègent des organes importants, tels que les poumons
Fig. CU. — Oi'.iue supérieur du thorax,
1, Sternum, — -2, 2, Clavicules. — 3, 3, Premières côtes. — 4, Première vertèbre dorsale. — 3, 5, Omoplate. — 6, 7, Coupe des artères carotides droite et gauche qui se distribuent à la tète. — 8, Artère sous-clavière qui passe au-dessus du poumon pour se distribuer dans le membre supérieur. — 9, Trachée. — 10, Œsophage.
et le cœur (pl. III, B). Elles ont la forme de baguettes arquées et représentent les barreaux de la cage thoracique.
Très-nombreuses chez les reptiles et chez les poissons dont elles constituent les arêtes , les côtes sont, chez l’homme, réduites à douze paires, disposées symétriquement. On a quelquefois observé, soit une côte supplémentaire, soit une côte en moins. Ces deux anomalies ont été également attribuées à Adam par les théologiens qui veulent expliquer les deux versets du premier livre de Moïse (1). Bossuet s’est prononcé pour la côte de trop et il la nomme : « une côte superflue et surnuméraire que Dieu avait mise tout exprès dans le côté d’Adam.» Mais l’idée généralement répandue dans le publie et provenant du récit
(1) « Et l’Eternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur Adam, et il s’endormit et Dieu prit une de ses côtes, et il resserra la chair à la place.
« Et l’Eternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise d’Adam et la fit venir vers Adam.
DE LA LOCOMOTION
de la Genèse, est que l’homme a une côte de moins que la femme. Or, comme le fait justement remarquer Marchai de Calvi, en supposant que la côte du premier homme n’eût pas été remplacée aussitôt, cette imperfection a dû disparaître dès la première génération ; en effet, les enfants d’un amputé ne naissent pas mutilés. Quoi qu’il en soit de la
Fig. 70. — Cage thoracique fermée par le diaphragme et contenant le cœur.
1, 2, 3, 4, 5, Côtes. — a , d , e, Espaces intercostaux. — b, Corps du sternum. — e, Base du sternum. — é, Cartilages costaux. — b'. Artère aorte. — a, Quatrième espace intercostal dans lequel bat la pointe du cœur.
valeur de cette explication, le nombre des côtes est bien le même dans les deux sexes.
Les côtes sont toutes d’inégale longueur : la première est la plus courte, la septième la plus longue. Elles s’articulent, en arrière, avec les facettes articulaires que nous avons signalées sur le corps des vertèbres dorsales ; et, en avant, elles se terminent par un prolongement cartilagineux qui les unit au sternum. C’est à la présence de ces cartilages costaux , que le thorax doit son élasticité ; ils s’ossifient chez les vieillards et rendent leur thorax moins mobile. On cite une exception curieuse : Thomas Parr, du comté de Shrop, qui mourut à cent cinquante-deux ans d’une indigestion, ne présentait pas encore l’ossification des cartilages costaux.
L’extrémité antérieure des deux dernières côtes est libre dans l’épaisseur des chairs : d’où leur nom de côtes flottantes (pi. III, P, 11).
Les intervalles qui séparent les côtes les unes des autres s’appellent
espaces intercostaux . Ils sont remplis par les muscles intercostaux (pl, III, B, 4) dont les fibres sont superposées et dirigées en sens inverse pour opposer une résistance plus grande aux chocs extérieurs. Grâce à l’action de ces fibres et à leur disposition en croix, les fragments d’une côte brisée ne subissent pas de déplacement sensible. C’est dans le quatrième espace du côté gauche que l’on voit battre la pointe du cœur, comme on peut le vérifier sur la planche III ; et si cet organe est atteint d’hypertrophie, c’est-à-dire s’il est très-volumineux, l’impulsion cardiaque est visible dans les espaces inférieurs. On choisit généralement le sixième espace intercostal, pour introduire la canule qui doit donner issue aux épanchements séreux ou purulents de la poitrine.
Les côtes exécutent autour de leur articulation vertébrable, comme charnière, des mouvements d’élévation et d’extension qui dilatent et resserrent alternativement le thorax. Ces mouvements sont plus étendus à la base de cette cavité qu’au sommet, à cause de l’obliquité plus grande des dernières côtes. Aussi les corsets trop serrés ont-ils, entre autres inconvénients, celui de gêner la liberté des mouvements de la partie inférieure du thorax.
2° bternijh. carie me cet os. — Le sternum (cTspvov, poitrine) est un plastron osseux disposé en avant de la poitrine. Blainville le considérait comme une colonne vertébrale antérieure. Cet os est composé de trois parties distinctes qui ne se soudent entre elles qu’à un âge avancé. Les anciens l’avaient comparé à une épée de gladiateur, et ils appelaient manubrium ou poignée le segment supérieur ; mucro ou lame le segment moyen, et processus ensiformis ou pointe le segment inférieur. Ils ont encore désigné cette dernière partie sous le nom d 'appendice xiphoïde (Çfyôç, épée)
Le sternum est réuni aux côtes par l’intermédiaire des cartilages costaux ; il suit donc tous les mouvements que les côtes exécutent dans les actes respiratoires. Sa direction est oblique en bas et en avant chez l’homme ; elle est presque verticale dans le sexe téminin. Cette disposition contribue à arrondir la partie supérieure de la poitrine de la femme. Chez les rachitiques, le sternum fait une forte saillie en avant, par suite de l’aplatissement despotes, et donne lieu à la conformation du thorax, dite en bréchet (fig. 68).
La carie du sternum n’est pas rare, parce que cet os est exclusive-" ment formé de tissu spongieux. Si cette affection est étendue, il en résulte une perte de substance osseuse assez considérable pour mettre à nu une partie du cœur, qui est placé immédiatement en arrière de cet os. C’est sur un sujet qui présentait cette particularité que le physiologiste anglais Harvey a étudié directement la sensibilité de cet organe. On a pu rencontrer dans les fêtes publiques un homme, nommé
DE LA LOCOMOTION
Groux, qui portait sur le devant de la poitrine une large fissure sternale à travers laquelle on voyait battre son cœur.
La structure spongieuse du sternum explique aussi pourquoi cet os est déprimé vers sa partie inférieure chez les cordonniers, par suite des pressions continuelles qu’ils exercent en ce point.
c. — Du BASSIN.
la coreFooM^Fiore ou ba§sm. — Le bassin ( baccmum , cuvette) est une cavité située à la partie inférieure de l’abdomen, limitée en arrière par le sacrum et le coccyx , sur les côtés et en avant parles
A, Dernière vertèbre lombaire. — B, Fosse iliaque interne. — C, Epine iliaque antérieure et postérieure. — D, Epine iliaque antérieure et inférieure. — E, Eminence ilio— pectinée. — F, Epine du pubis. — G, Symphyse pubienne. — H, Grand ligament sacro-sciatique. — I, Petit ligament sacro-sciatique. — K, Grand trou sciatique. — N, Petit trou sciatique. — O, Pointe du coccyx.
deux os iliaques (ilia, flancs) (fîg. 71). Les os iliaques ou os coxaux (coxœ, hanches) sont des os plats, tordus sur eux-mêmes, à la façon des ailes d’un moulin à vent (fig. 72).
Ils sont creusés latéralement d’une petite cavité, dite cotyloïde (xôtu Xyj, creux ; etàôç, forme), destinée à recevoir l’extrémité supérieure du fémur, l’os de la cuisse. Ces cavités sont plus écartées l’une de l’autre chez la femme que chez l’homme, parce que chez elle le bassin est plus large. De là aussi une obliquité plus grande des cuisses de la femme. Cette disposition des membres inférieurs donne à sa démarche, surtout pendant la course, une certaine ressemblance avec celle des canes.
Dans l’enfance, Fos iliaque est divisé en trois segments qui se rencontrent et se soudent au fond de la cavité cotyloïde. La soudure de ces trois divisions rappelle assez bien la lettre Y, à tronc dirigé en arrière (fig. 72). Le segment supérieur est occupé par Villon, l’inférieur par Yischion et l’antérieur par le pubis.
1° Les nions (ilia, flancs) s’articulent en arrière avec le sacrum et forment, de chaque côté, une échancrure dite sciatique (tV/iov, hanche), par laquelle passe le nerf du même nom, qui est souvent affecté de né-
Fig. 72. — Os iliaque daus i’eufance. — À, Ilium. — B, Pubis. — C, Ischion.
vralgie. Les vaisseaux principaux de la cuisse sont en rapport direct avec la partie antérieure de cet os, et c’est à ce niveau qu’on exerce la compression de l’artère fémorale, soit pour arrêter les hémorrhagies, soit pour la cure des anévrysmes du membre inférieur.
Le bord supérieur l’il ion ou crête iliaque est contourné en S et se termine en avant par une éminence osseuse, appelée épine iliaque, qui est plus ou moins saillante selon les individus. Cette éminence tend à rentrer en dedans chez les tisserands, parce qu’ils s’en servent comme point d’appui pour faire mouvoir leurs métiers.
2° Les ischions (kykv, hanche) sont terminés à leur partie inférieure par une grosse tubérosité sur laquelle repose le corps, dans l’attitude assise. C’est pour cette raison que l’on a encore donné aux ischions le nom d’os de l’assiette. Chez le cul-de-jatte, les ischions s’appuient sur le sol et supportent le poids du corps.
3° Les pubis complètent le bassin en avant et forment par leur union la symphyse pubienne (fig, 71), qui correspond au centre de l’homme carré (fig. 2).
DE LA LOCOMOTION
division obj BA.SBIN. — La cavité du bassin est évasée dans sa partie supérieure et rétrécie dans sa partie déclive ; d’où sa division en deux régions distinctes : le grand bassin etl q petit bassin (fig. 73).
1° Le grand bassin loge les dernières circonvolutions de l’intestin grêle (pl. III), le commencement et l’avant-dernière portion du gros intestin, c’est-à-dire le cæcum et le côlon iliaque ; il renferme encore
Fig. ”3. — Coupe verticale pour montrer les deux bassins.
A, A, Os iliaque. — B, B, Ischions. — Ligaments sacro-sciatiques. — E, Echancrure sciatique. — F, Dernière vertèbre lombaire. — G, H, Ligament qui réunit F à l’os iliaque et au sacrum.
le muscle psoas iliaque et les vaisseaux iliaques qui se rendent dans les membres inférieurs.
2° Le petit bassin OU excavation pelvienne ( pelvis , bassin) est
occupé en avant par la. vessie, et en arrière par la terminaison du gros intestin, le rectum.
Il est limité en haut et en bas par deux ouvertures appelées détroits , parce que leur circonférence est moins grande que celle de la cavité intermédiaire. Le détroit supérieur forme la ligne de démarcation entre le grand et le petit bassin. Il présente une échancrure postérieure qui est due à la saillie de l’articulation du sacrum avec la dernière vertèbre lombaire et l’a fait comparer par André Yésale à un plat de barbier. Le détroit inférieur est circulaire et son espace est comblé par des parties molles qui forment le périnée ou plancher du bassin.
G — Des membres.
nombre ex attributions. — Les membres sont des appendices du tronc, au nombre de quatre, disposés symétriquement par
paires et composés d’on certain nombre d’os qui représentent autant de leviers contigus. On les distingue en membres supérieurs ou thoraciques et en membres inférieurs ou abdominaux ; les premiers sont des organes de préhension et les autres des organes de locomotion.
Quelques individus parviennent à intervertir les fonctions des membres, au moins temporairement : c’est ainsi que des acrobates peuvent marcher sur les mains ; et des peintres, privés de bras, comme Louis Ducornet et Charles Felu, ont acquis une certaine célébrité en faisant des tableaux à l’aide de leurs pieds. Il y a quelques années, on voyait à Paris un manchot qui se servait de ses pieds pour écrire et pour coudre, après avoir lui-même taillé sa plume ou enfilé son aiguille.
a. — Membres inférieurs.
CONFORMATION ET DHVESIOX. — LeS
membres inférieurs de l’homme sont plus longs que ceux de la femme. C’est pour cette raison que celle-ci se sert volontiers d’un petit banc lorsqu’elle est assise. Cette différence de longueur est aussi la principale cause de la ditférence de la taille dans les deux sexes, et explique pourquoi les pas de la femme sont plus petits que ceux de l’homme.
Les divers segments des membres inférieurs sont de haut en bas, la hanche , la jambe et le
Fig. 74. — Fémur droit vu flied.
par sa face antérieure.
i. Corps du fémur. — 2, cbjisse et GEMOij, — Le squelette de la Trochanters^0—- 6,^Tro- cuisse est formé de l’os le plus long, le plus réchiée. — 7, s, Condyies. sistant et le plus lourd de tous les os du corps ; il a reçu le nom de fémur (fig. 74), d’un mot latin qui signifie cuisse. Quelques auteurs en font venir l’étymologie de ferre , porter.
!» fémur, coxalgie. — L’extrémité supérieure du fémur est dite tête, parce qu’elle représente les trois quarts d’une sphère ; elle s’emboîte dans la cavité cotyloïde, creusée sur les parties latérales de l’os de la hanche, et elle est maintenue dans cette position, par une capsule fibreuse qui est plus rigide et plus épaisse en avant qu’en arrière. Aussi les mouvements d’extension de la cuisse sont-ils très-restreints, tandis que ses mouvements de flexion sont très-étendus. De là la faculté qu’ont certains chorégraphes de se toucher la tête avec la pointe du pied.
Il peut arriver que la capsule articulaire présente une laxité assez grande pour ne plus limiter les mouvements d’extension de la cuisse sur le bassin, et pour permettre au membre inférieur de faire un angle droit avec le tronc, ainsi qu’on l’observe dans ce qu’on appelle « le grand écart » .
La tête du fémur se relie au corps de l’os par une partie rétrécie ou col, qui forme avec lui un angle de 130 degrés. Plus l’ouverture de cet angle est petite, moins le col offre de résistance; et, dans ce cas, il se fracture avec la plus grande facilité. Ainsi le col fémoral de la femme est plus sujet aux fractures que celui de l’homme, parce que son inclinaison est plus grande. Dans cette sorte de fracture, il est impossible de maintenir en contact parfait les deux fragments du col qui chevauchent l’un sur l’autre et se soudent en conservant cette position vicieuse : il en résulte un raccourcissement du membre et, par suite, une claudication plus ou moins apparente. On cite cependant la fracture du col fémoral du duc de Bordeaux, comme un exemple de guérison sans déformation apparente ; mais il est probable que, dans ce cas particulier, il y a eu erreur de diagnostic, et que la fracture s’était produite à la partie supérieure du corps de l’os.
Le col du fémur est deux fois plus haut que large, et c’est à cette disposition qu’il doit sa grande solidité, attendu que la résistance des leviers est en raison directe du carré de leur largeur.
Dans la coxalgie ( coxa , hanche; aXyoc, douleur), qui est l’inflammation de la hanche, la tête du fémur se carie, supure et le chirurgien est quelquefois obligé de l’enlever. A la suite de cette opération, l’extrémité fémorale du col remplace la tête de l’os sans trop nuire aux mouvements articulaires. Nous avons vu à l’Hôpital-des-Enfants, une jeune fille opérée par Marjolin et qui conserva, du côté de la hanche réséquée, une agilité telle qu’on lui avait donné le surnom de « Rigolboche. »
A l’union du col avec le corps du fémur, on remarque en dehors une saillie osseuse, volumineuse, qui dépasse le niveau de la hanche chez les personnes maigres et produit au contraire, un méplat chez les gens chargés d’embonpoint : on l’appelle le grand trochanter tourner) , par opposition à une autre saillie moins apparente , le petit trochanter, situé du côté opposé. Ces deux tubérosités donnent attache à différents muscles qui font mouvoir la cuisse. Par suite de l’écartement plus considérable des cavités cotyloïdes du bassin de la femme, les grands trochanters de celle-ci font une saillie plus accusée eu dehors ; il s’ensuit que chez la femme, c’est à leur niveau que le corps présente la plus grande largeur, tandis que chez l’homme, c’est aux épaules.
Le corps du fémur est courbé dans le sens de sa longueur et doit
à cette configuration une force de résistance plus grande que s’il était rectiligne : c’est encore ce que démontrent les lois de la mécanique. Sa direction est oblique de dehors en dedans et de haut en bas, de telle sorte que les fémurs tendent à se rapprocher par leur extrémité inférieure. Nous avons vu que cette obliquité était plus accusée chez la femme que chez l’homme, et nous en avons attribué la cause à l’écartement des hanches. Lorsque cette obliquité est exagérée, les genoux se dirigent en dedans et donnent lieu à la difformité qui caractérise les cagneux , ainsi nommés par analogie avec les jambes torses de certains bassets. J. -J. Rousseau attribuait cette déformation à l’usage du maillot ; mais il est plus juste d’en accuser l’imprudence des parents qui font marcher leurs enfants trop prématurément.
L’extrémité inférieure du fémur est constituée par deux éminences considérables, appelées condyles , qui s’articulent avec le tibia pour former l’articulation du genou. La partie postérieure de cette articulation s’appelle le creux poplité (poples. jarret.). Au-dessus des condyles.
on trouve une dépression, semblable à celle d’une poulie, qui s’articule avec l’os de la palette du genou, c’est-à-dire la rotule. La charpente du genou est donc composée de trois pièces osseuses : le fémur, le tibia et la rotule (tig. 75),
Au moment de la naissance, le fémur présente, à son épiphyse inférieure, un point d’ossification de la grosseur d’un pois, qui permet au médecin légiste de reconnaître si un enfant est né à terme. Cette épiphyse est aussi la dernière de l’économie qui se soude au corps de l’os : sa réunion s’opère de vingt à vingt-deux ans.
2° rotule, fracture. — La rotule (fig. 75) est un petit os en forme de cœur, qui sert à limiter l’extension du genou et à augmenter l’étendue de sa flexion : c’est sur lui que le corps repose lorsqu’on se met à genoux. Chez les personnes qui prennent souvent cette attitude, comme les religieuses, les parqueteurs, les couvreurs, etc., nous avons vu qu’il se développe, devant cet os, une bourse séreuse dite prérotu -
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Squelette du genou.
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Fig. 7G. — Point d'ossification de l'extrémité inférieure du fémur.
DE LA LOCOMOTION
lienne, qui joue le rôle de coussinet élastique, et rend cette position moins douloureuse.
La rotule est un os sésamoïde situé dans l’épaisseur du muscle triceps qui se fixe au tibia par un ruban épais, nacré, appelé ligament rotulien. Aussi la contraction énergique de ce muscle peut-elle produire la fracture de la rotule, par exemple, si l’on veut donner un coup de pied avec violence, ou si l’on lait effort pour empêcher le corps de tomber en arrière. Cette fracture rend la marche impossible en avant, mais elle n’empêche pas de marcher à reculons.
L’ossification de la rotule ne commence que vers l’âge de trois ans et ne se termine que quelques années plus tard : d’où la difficulté pour les enfants de se tenir sur les genoux.
jambe. 1° tibia.. — Le squelette de la jambe est formé de deux os : le tibia en dedans et le péroné en dehors (fig. 28).
Le tibia doit son nom à sa ressemblance avec la flûte des bergers romains ; la malléole interne (7) en représenterait le bec. Au contraire du fémur, qui est perdu dans les masses musculaires de la cuisse, le tibia est immédiatement placé au-dessous de la peau : d’où la fréquence de sa perforation dans les fractures de cet os. Le bord antérieur du tibia ou crête tibiale forme sous les téguments une ligne tranchante qui est ! 7 sensible au toucher, même chez les personnes très- Fjo 77 squelette 8Tasses- Cette crête présente une inflexion en s ita— de la jambe droite, lique, qui est quelquefois prise pour un vice de conî, Tibia. — 2, 3, 5, formation. Par son extrémité supérieure, le tibia externe, antérieure, s articule avec le iemur qui lui transmet le poids du
-- 4, Epine. — 6, corpS ; et par son extrémité inférieure ou malléole
Extrémité s articu- /
lant avec le pied. — interne , il concourt avec le péroné à former une Il gfo^PéronT— mortaise dans laquelle vient s’emboîter le pied, îo, Malléole externe. Son corps présente, au tiers inférieur, un rétrécissement qui, en raison de sa faible résistance, est le siège le plus commun des fractures du tibia (fig. 78). Au moment de l’accident, le fragment supérieur, taillé en bec de flageolet et non de flûte comme on le dit généralement, peut traverser la peau, les vêtements, et venir se ficher dans le sol, ainsi que cela est arrivé à Ambroise Paré. La tendance qu’ont, les muscles du mollet à faire saillir en avant le fragment supérieur, est souvent un obstacle insurmontable à la réduction complète de la fracture.
2° péroné, sa fracture — Le péroné (wepovYj, agrafe) est une baguette osseuse, tordue sur son axe et terminée par deux extré-
mités saillantes qui s’articulent avec le tibia (fig. 77). Il est surtout destiné à des insertions musculaires, et ne joue qu’un faible rôle comme moyen de support : aussi est-il encore possible de marcher après une fracture du péroné, ie tibia étant intact.
Son extrémité inférieure ou malléole externe ( maliens , marteau) se brise souvent dans les entorses par renversement du pied en dedans :
Fig. 78. — Déplacement des fragments dans la fracture de la jambe.
1, Tendon rotulien. — 2, 3, Muscles du mollet. — 4, Fragment supérieur taillé en bec de sifflet. — 5, Fragment inférieur.
Fig. 79. — Fracture du péroné avec le coup de hache très-acusé en A et une projection du pied en dehors.
(Figure tirée du Traité de diagnostic des maladies chirurgicales, de Foucher )
Fig. 80. — Parties du pied qui supportent la plus grande pression.
1, Calcanéum. — 2, Tête du premier métatarsien. — 3, Tête du cinquième métatarsien.
ce sont les plus fréquentes des entorses. Cette fracture siège à 3 centimètres environ de la malléole et produit une dépression caractéristique, appelée par Dupuytren le coup de hache (A, fig. 79).
pied, ses vices de coxformatioh. — Le pied est la partie terminale du membre inférieur. Il pose sur le sol et supporte le poids du corps. Sa partie supérieure, appelée dos , est plus ou moins cambrée selon les individus; elle forme avec: le bas de la jambe, un plan incliné qu’on nomme cou-de-pied . La partie inférieure
DE LA LOCOMOTION
du pied a reçu le nom de plante (rîkcm 3, surface plate), bien quelle représente une double voûte, l’une parallèle et l’autre transversale à l’axe du pied. Cette dernière n’est, à bien consi-
Fig. 81. — Région profonde de la plante du pied.
1, Abducteur du gros orteil. — 2, Court fléchisseur commun. — 3, Abducteur du petit orteil. — 4, Fléchisseur profond. — 5, Abducteur oblique du gros orteil. — 6, Abducteur transverse du gros orteil. — 7, Artère tibiale postérieure. — 8, Artère plantaire interne. — 9, 10, Collatérale interne du pouce. — 11, Nerf plantaire interne. — 12, Artère plantaire externe. — 13, 14, Arcade plantaire. — 15, 16, 17, Arlères collatérales des doigts. — 18, 19, Nerf plantaire externe.
dérer, qu’une moitié de voûte qui se complète lorsque les pieds sont en contact par leur bord interne ; les deux piliers de cette voûte sont représentés par le bord externe des pieds qui repose sur le sol. La
voûte parallèle à l’axe présente trois piliers, dont un postérieur correspond au talon (1, fig. 80), et deux antérieurs (2, 3) répondent aux têtes du premier et du cinquième métatarsien, qui s’articulent avec le gros et le petit orteil. Cette disposition de voûte augmente, d’une part, la force de résistance du pied, et, de l’autre, empêche la compression des nombreux organes, muscles, vaisseaux et nerfs logés dans cette région (fig. 81).
Le pied-plat n’a pas ces avantages et rend une longue marche impossible : aussi a-t-il été longtemps un motif d’exemption du service militaire. On sait qu’en style familier « pied-plat » signifie un homme qui ne mérite aucune considération. Bien que cette expression se
Fig. S2. — Pied-bot équin. Fig. 83. — Pied-bot varus.
retrouve dans plusieurs langues, nous n’avons pu découvrir le rapport qui existe entre elle et le vice de conformation physique. Mège de Callas assure que les pieds-plats ont la voix efféminée des choristes de de la chapelle Sixtine, mais cette opinion ne nous parait pas fondée.
Les pieds peuvent présenter des difformités acquises ou congénitales appelées pieds-bots ( bos , bœuf), à cause de leur ressemblance avec ceux de cet animal. Ces déviations ont été rapportées à quatre types principaux : talus (talus, talon), equin ( equus , cheval); valgus (valgus, tortueux) et varus (varus, cagneux). Dans le premier cas, le pied repose sur le talon; dans le deuxième, sur la pointe (fig. 82) ; dans le troisième, la plante du pied regarde en dehors ; et dans le dernier, elle regarde en dedans (fig. 83). Cette dernière variété est de toutes la plus fréquente. Lorsque ces difformités sont dues à une rétraction ou à une ontracture de quelques muscles du pied, on peut y remédier en incisant les tendons de ces muscles et en faisant usage d'appareils orthopédiques spéciaux.
DE LA LOCOMOTION
Les Chinois considèrent la petitesse des pieds comme l’attribut le plus précieux de la beauté : aussi les gens riches s’efforcent-ils, dès le plus bas âge, d’empêcher le développement des pieds de leurs filles en les emprisonnant dans des brodequins métalliques ou en les sanglant avec des bandelettes résistantes. Ils donnent ainsi aux pieds l’aspect de moignons horriblement difformes, qui rendent la marche presque impossible. Les coquettes pensylvaniennes ont trouvé un autre moyen d’avoir des pieds étroits : elles se font enlever le petit orteil de chaque pied par un chirurgien complaisant et donnent de la sorte aux extrémités une exiguité extraordinaire.
Dans notre pays, comme partout, ailleurs du reste, les femmes sont
Fig. 84. — Pied droit.
1, Calcanéum. — 2, Astragale. — Scaphoïde. — 4, Cuboïde. — 5, Troisième cunéiforme. — 6, Deuxième cunéiforme. — 7, Premier cunéiforme. — 8, Tendon du muscle court péronier latéral.
esclaves de la mode et disposées à tout lui sacrifier, même leur santé : ainsi la Française, qui a le pied naturellement petit et cambré, et par conséquent mal conformé pour la marche, fait cependant usage de chaussures à talons hauts, étroits et obliques, dont l’inconvénient est de déplacer le point d’appui principal du pied et de le porter du talon
LE COIU>S HUMAIN.
au milieu de l’arcade plantaire, ce qui augmente encore les difficultés de la locomotion.
régions ou pied. — On divise le pied en trois régions qu sont, d’arrière en avant, le tarse , le métatarse et les orteils.
I 1° Le tarse (Tflcpaoç, nom donné à un assemblage de pièces rangées avec ordre) est composé de sept os, qui sont enclavés les uns dans les autres, à savoir : ï'astragale , le calcanéum , le scaphoïde , le cuboïde et les trois os cunéiformes (fig. 84).
U astragale (à<rr payaXoç, dé) s’articule, en haut, avec les os de la jambe et, en bas, avec le calcanéum. C’est dans l’articulation supérieure que se passent les mouvements de flexion et d’extension du pied, tandis que ceux d’adduction et d’abduction se passsent au niveau de l’articulation inférieure. Cet os est la clef de voûte des deux arcades de la plante du pied et supporte tout le poids du corps dans la station verticale.
Le calcanéum ( calx , talon) est placé au-dessous de l’astragale, qui lui transmet le poids du corps. Sa saillie postérieure, formant le talon, présente chez les nègres un développement considérable qui est en rapport avec leur agilité à la course. C’est à la partie inférieure de cette saillie que se fixe le tendon d’Achille, ainsi nommé parce qu’il correspond à la partie vulnérable de ce guerrier.
Le scaphoïde (ay.^rh nacelle; eîSôç, forme), s’articule avec la partie antérieure ou tête de l’astragale.
Le cuboïde (xuSôç, cube), s’articule avec la partie antérieure du calcanéum.
Les trois os cunéiformes ( cuneus , coin ; forma, forme), s’articulent en arrière avec le scaphoïde et forment, en avant, une mortaise qui reçoit l’extrémité postérieure, du deuxième métatarsien. Le passage du couteau à amputation dans cette ligne articulaire sinueuse est le temps difficile de la désarticulation du pied, d’après le procédé dit de Chopart.
2° Le métatarse après; t œpeoÇj tarse), est composé de cinq
os appelés métatarsiens , disposés comme les barreaux d’un gril. Par leur tête ou extrémité postérieure, ils s’articulent avec le cuboïde et les cunéiformes ; et par leur extrémité antérieure, avec les orteils.
3° Les orteils (articulas, membre) est le nom donné aux doigts des pieds ; ils sont formés chacun de trois phalanges, à l’exception du gros orteil, qui n’en a que deux. Celui-ci n’est pas opposable chez l’homme, tandis qu’il l’est chez le singe, dont les pieds sont considérés comme des mains : pour cette raison on l’a placé dans la classe des quadrumanes. C’est sur le gros orteil de l’une ou de l’autre jambe que le poids du corps repose, lorsque les danseuses font des « pointes ».
Dans l’état de nature, le deuxième orteil a plus de longueur que les
DE LA LOCOMOTION
autres, ainsi qu’on l’observe dans l’Antinoüs, l’Hercule Farnèse, etc. ; mais des chaussures étroites le fléchissent et son extrémité libre se met au niveau de celle du premier et du troisième orteil, qui le couvrent presque complètement. Cette saillie explique la fréquence des durillons et des cors à l’extrémité du deuxième orteil.
Certains vices de conformation des orteils entraînent l’exemption du service militaire quand ils sont très-prononcés, comme le chevauchement des orteils et la flexion permanente de la dernière phalange. Dans ce dernier cas, l’orteil repose sur le sol par son extrémité terminale; on dit que Yorteil est en marteau et que l’individu marche sur V ongle.
b. — Membres supérieurs.
Les membres supérieurs jouent, ainsi que nous le verrons bientôt, un rôle important dans les mouvements de locomotion ; ils sont le siège de l’organe du toucher et servent encore dans les divers actes d’expression, de préhension et de protection. On les divise en quatre régions : Y épaule, le bras, Y avant-bras et la main.
épaule. 1° clavicule. — L’épaule est formée de deux os : la clavicule en avant, Yomoplate en arrière.
La clavicule (2, fig. 69) est un os long, disposé horizontalement entre le sternum et l’omoplate. Son nom lui vient du mot latin clavis (clef), parce qu’elle est en quelque sorte la clef de voûte de l’épaule : en effet, dès qu’elle est fracturée, l’épaule correspondante tombe et devient impuissante.
Les ligaments qui l’unissent à l’omoplate offrent moins de solidité que ceux qui fixent son extrémité interne à la clavicule ; ce qui explique la fréquence de la luxation de son extrémité externe, ainsi que cela est arrivé à Galien dans son gymnase.
La clavicule est plus courte chez la femme que chez l’homme, ce qui rend le membre supérieur de la première moins agile dans les mouvements et la fait paraître gauche lorsqu’elle lance une balle en l’air. Cet os semble plus saillant chez les personnes maigres, par suite du creux appelé « salière », qui se forme au-dessus de lui; mais, en réalité, ses dimensions sont égales chez différents individus du même sexe et du même âge.
2° omoplate. — L’omoplate (wjjiûç, épaule; surface plate),
plus connue sous le nom d’os de la palette de V épaule, occupe la partie latérale et postérieure de la poitrine. Cet os est presque transparent à Cause de sa faible épaisseur, et cependant il donne insertion à un
grand nombre de muscles (fi g. 85). S’il est rarement fracturé, c’est qu’il est protégé contre les chocs extérieurs par les masses musculaires du dos, au milieu desquelles il est logé.
Quand la poitrine est étroite, les omoplates tendent à s’écarter l’une
Fi". 83. — Insertions dns muscles de l’épaule sur l’omoplate dioite. (D’après M. Fort). i. Insertion de l’angulaire, — 2, Du rhomboïde. — * 3, Du grand rond. — 4, Du petit rond.—* 5, De la longue portion du triceps. — 6, Du deltoïde. — 7, Du sous-épineux. — 8, Du su* épineux. — 9, 10, Ligaments articulaires.
de l’autre, et leur bord postérieur est soulevé à la façon d’une aile, ainsi qu’on l’observe chez les phthisiques (1) ; au contraire, lorsque la poitrine est bien développée, ces os se rapprochent en arrière; ils s’appliquent exactement sur les parois du thorax et donnent aux épaules une forme carrée : c’est à l’exagération de cette conformation particulière des épaules, que le philosophe d’Aristocle a dû son pseudonyme de Platon.
L’omoplate présente à l’extrémité supérieure de son bord externe ou axillaire ( axïlla s aisselle) une surface concave et de forme ovalaire, appelée cavité glénoïde (yX^vvj, petite cavité articulaire; sBôç, ressemblance), destinée à recevoir la tête de l’humérus. Cette cavité est surmontée de deux saillies osseuses, Vacromion (axpôç, sommet; (5p,ôç, épaule) et Y apophyse coracoïde , qui doit son nom à sa ressemblance avec le bec du corbeau (en grec yicaH). Winslow a été plus heureux en
(1) Percy rapporte qu’un jeune homme se montrait à Paris sous le nom d'Ange vivant et qu’il était parvenu à soulever sei omoplates au point de les faire ressembler à de petites ailes.
UK LA LOCOMOTION.
comparant cette apophyse à l’extrémité du petit doigt légèrement fléchi. Ces deux apophyses concourent à augmenter la surface de la cavité articulaire de l’omoplate, en formant une voûte osseuse qui est plus surbaissée en arrière qu’en avant : d’où la fréquence des luxations de l’épaule en avant (fig. 86).
bras et coude, luxations de e'éipaïjee. — Le bras n’a qu’un seul os, Yhumérus (wjxoç, épaule), (fig. 28). L’extrémité supérieure de cet os, dite tête de l’humérus, est arrondie et forme le tiers d’une
Fig. 86, — Luxalioa île l'huilier us en avant, variété dite iutra-coracoïdienne. i, Tète de l’humérus quia abandonné la cavité glénoïde 2, pour se placer en dedans de l’apophyse coracoïde 3, au-dessous de la clavicule 4.
sphère. C’est elle qui donne au moiguon de l’épaule sa rotondité : aussi, quand elle est sortie de sa cavité articulaire (fig. 86), cette région présente-t-elle un aplatissement caractéristique.
La capsule fibreuse qui fixe la tête de l’humérus à l’omoplate possède, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, une laxité telle, qu’elle permet aux deux surfaces articulaires un écartement de 2 centimètres environ ; cette circonférence a, d’un côté, l’avantage de donner aux mouvements du bras une plus grande mobilité et une plus grande étendue ; mais, de l’autre, elle a l’inconvénient d’exposer l’humérus à des luxations trop faciles : ainsi M. Tillaux a rapporté le cas d’une jeune fille qui se démit l’épaule en jouant à la raquette.
L’extrémité inférieure de l’humérus est aplatie d’arrière en avant : elle présente en dedans une poulie ou trochlée destinée à s’articuler avec le cubitus (fig. 87), et en dehors une éminence, appelée petite tête ou condyle , qui s’emboîte dans la cupule du radius. Chacune de ces parties est dominée par une saillie de l’humérus qui prend le nom à' épitrochlée, pour le côté interne, et à' épicondyle pour le côté externe. L’assemblage de ces trois os constitue l’articulation du coude, ainsi appelé parce que, dans la flexion de l’avant-bras, ces os forment un
angle postérieur assez saillant. La région opposée doit son nom de saignée du bras, à ce que la saignée se fait de préférence sur l’une des veines situées à ce niveau.
L’articulation de l’humérus avec les os de l’avant-bras représente une charnière solidement établie, dirigée obliquement en bas et en dedans afin de permettre à la main de porter naturellement vers la bouche, plutôt que du côté de l’épaule.
avavt bras. 1° cubitus. — L’avant-bras, justement appelé par Galien « le manche de la main » (manubrium manus), se compose,
Fig. 87. — Coupe antéro-postérieure de l’articulation du coude, passant par le milieu de l’humérus et du cubitus.
1, Cubitus. — 2. Trochlée. — 3, Muscle brachial antérieur. — A, Tendon du muscle triceps. — 5, 6, 6, Synoviale tapissant les parois de la cavité articulaire.
comme la jambe, de deux os ; le cubitus en dedans et le radius en dehors (fig. 28).
Le cubitus ( cubitus coude) présente en arrière de son extrémité supérieure une saillie volumineuse , Yolêcrâne (wXévyj, coude; xap^vov, tête), qui s’emboîte avec l’humérus et limite le mouvement d’extension de l’avant-bras sur le bras (fig. 87). C’est cette saillie qui sert de point d’appui au membre supérieur lorsqu’on se repose sur le coude. Les écoliers qui prennent souvent cette position ont une bourse muqueuse plus ou moins développée à ce niveau.
L’olécràne est situé sur le même point que l’épitrochlée et l’épicondyle , de telle sorte qu’une ligne transversale doit passer par ces trois saillies quand le bras est dans l’extension : cette circonstance ne s’observe plus, dans les cas de luxation du coude ou de fracture de l’olécràne.
DE LA. LOCOMOTION
En dedans de i’olécràne on observe une fossette dans laquelle passe un cordon nerveux, le nerf cubital , que l’on peut faire rouler sous le doigt, et qui détermine, lorsqu’il est froissé, un engourdissement particulier du petit doigt et de l’annulaire du même côté.
L’extrémité inférieure du cubitus , moins volumineuse que la supérieure, s’articule avec le radius et se termine par l’apophyse styloide (aiGXôç, stylet), si accusée, en dedans du poignet, chez les personnes maigres.
2° radius, fracture ï>u i'oighiey, — Le radius {radius 9 rayon) est ainsi appelé parce qu’il tourne , comme un rayon de roue , autour du cubitus, dans certains mouvements de la main (fig. 91). Placé au côté externe du cubitus, il lui est parallèle et est dirigé de telle sorte que la grosse extrémité de l’un correspond à la petite de
Fig. 88. — Os de l’avaat-bras droit, i, Cubitus. — 2, Apophyse coronoïde. — 3, Olécrane. — 4, 7, Tête du cubitus et du radius. — 5, 10, Apophyses styloïdes du cubitus et du radius. — 8, Tubérosité du biceps. — 9, Extrémité du radius s’articulant avec la main.
Fig. 89. — Fracture de l’extrémité inférieure du radius.
1, Face antérieure du radius. — 2, Face postérieure.— 4, Saillie antérieure formée par le point de contact des deux fragments. — 5, Fragraeut inférieur renversé en arrière, et pénétré par le fragment supérieur 3.
l’autre. Il résulte de cette disposition que la largeur de l’avant-bras est sensiblement la même dans toute son étendue.
Sa petite extrémité ou tête du radius reçoit le condyle de l’humérus dans une petite cavité dite cupule, et concourt avec le cubitus à former 1 articulation du coude, tandis que son extrémité inférieure constitue seule l’articulation du poignet avec la première rangée des os du carpe.
Les ligaments qui relient les surfaces articulaires du poignet entre
elles ont une solidité telle, que l’on n’a pas encore observé leur luxation. Par contre, la structure essentiellement spongieuse de l’extrémite inférieure du radius (fig. 89) expose cet os à être souvent fracturé, et, dans ce cas, le fragment supérieur pénètre l’inférieur. Il en résulte
go 2, 3, Ligne brisée représentant !a direction respective du fragment supérieur, du
fragment inférieur et des os de la main.
alors une déformation caractéristique (fig. 90), désignée par Velpeau sous le nom de « dos de fourchette ».
Dans les mouvements de pronation ( pronare , pencher) de la main (2. fig. 91), l’extrémité inférieure du radius tourne autour de l’extrémité correspondante du cubitus. Lorsque ce mouvement est exagéré,
il enrésulte un tiraillement plus ou moins considérable du ligament, dit triangulaire , qui est placé entre le cubitus et le radius, et qui rend les mouvements du poignet très-douloureux. C’est ce qu on observe si souvent chez les petits enfants que l’on tire brusquement par la main.
Le parallélisme des deux os se rétablit dès que la main revient en
pjg 92. — Gangrène de la main par suite d’un appareil de fracture de l’avant bras trop serré.
supination ( supinatus , couché sur le dos), c’est-à-dire lorsque la paume delà main regarde en avant (1, fig. 91).
L’artère radiale longe la partie inférieure du radius avant de se rendre à la main ; comme cette artère est superficielle et qu’il est facile de la comprimer sur ce plan résistant, on a coutume d’y cher-
DE LA LOCOMOTION
cher le pouls.La facilité avec laquelle cette artère peut être comprimée est quelquefois une cause de gangrène par arrêt de la circulation lorsque, dans une fracture de l’avant-bras, l’appareil a été trop serré (fig. 92).
maim. ses nombreuses attributions. — La main est la partie terminale du membre supérieur de l’homme. Elle sert à la
.V 03. - P.U d. artérielles. (Kig0re
A\r artéri,elle «***«**«•
A, C, D, artère collatérale des doigts. “ RP’ arlere radio-palmaire. -
préhension des corps, au toucher et à l’écriture. Elle est encore un auxiliaire du langage par la puissance et la variété de ses moyens
Îromebo10”' “ ““Z"3’ ** MontaiSne> nous requérons, nous
refuTo?s rPP ’ C°n?edl0ns’ menaǰns, prions, supplions, nions, refusons, interrogeons, admirons, nombrons, confessons, répétons.
LE CORPS HÜMAlft.
craignons, doutons, instruisons, commandons, encourageons, jurons, témoignons, accusons, condamnons, absolvons, injurions, méprisons, défions, flattons, applaudissons, bénissons, moquons, réconcilions, exaltons, réjouissons, attristons, déconfortons, désespérons, étonnons, examinons, taisons. »
Galien a fait de la main une description éloquente dont nous empruntons la traduction au Connais-loi toi-même de Louis Figuier. Voici ce passage : « C’est en vue du caractère auguste des parties de l’homme que l’ouvrier suprême l’a doué d’un instrument spécial, qui est la main. L’homme seul a la main, comme seul il a la science en partage. C’est pour lui l’instrument le plus merveilleux et le mieux approprié à sa nature. Supprimez la main, l’homme n’existe plus. Par la main, il est prêt à la défense comme à l’attaque, à la paix comme à la guerre. Quel besoin a-t-il de cornes et de grilfes ? Avec sa main il saisit l’épée et la lance, il façonne le fer et l’acier. Tandis qu’avec les cornes, les dents et les griffes, les animaux ne peuvent attaquer ou se défendre que de près, l’homme peut jeter au loin les instruments dont il est armé. Lancé par sa main, le trait aigu vole à de très-grandes distances chercher le cœur de l’ennemi ou arrêter le vol de l’oiseau rapide. Si l’homme est moins agile que le cheval et le cerf, il monte sur le cheval, le guide, et atteint le cerf à la course. Il est nu et faible, et sa main lui fabrique une enveloppe de fer et d’acier. Son corps n’est protégé par rien contre les intempéries de l’air, sa main lui ouvre des abris commodes, elle lui façonne des vêtements. Par la main, il devient le dominateur et le maître de tout ce qui est sur la terre, dans les airs et au sein des eaux. Depuis la flûte et la lyre, avec lesquelles il charme ses loisirs, jusqu’aux instruments terribles, avec lesquels il donne la mort, jusqu’au vaisseau qui le porte, hardi navigateur, sur la vaste étendue des mers, tout est l’ouvrage de sa main.
« L’homme, animal politique, eut-il pu, sans elle, écrire les lois qui le régissent, élever aux dieux des statues et des autels ? Sans la main, pourriez-vous léguer à la postérité les fruits de vos travaux et la mémoire de vos actions? Pourriez-vous, sans elle, converser avec Socrate, Platon, Aristote, et tous ces divers génies qu’enfanta l’antiquité? La main est donc le caractère physique de l’homme, comme l’intelligence en est le caractère moral... »
On ne s’est pas contenté de regarder la main comme l’interprète immédiat de l’àme, on a voulu voir aussi dans sa forme le reflet des facultés intellectuelles; mais cette doctrine n’a pas reçu la sanction de l’expérience, malgré l’autorité de certains noms, comme Récamier, qui l’ont défendue. Parmi les nombreux exemples qui s’inscrivent en faux contre elle, nous nous contenterons de citer Ésope, Pope, Scarron, Coudé, le maréchal de Luxembourg, tous hommes supérieurs par l’intel-
DE LA LOCOMOTION. iOÎ
ligence et qui, cependant, avaient les mains déformées par lerachitisme, Quant à la prétention qu’a la chiromancie (^sïp, main; [^aviei'a, divination) de lire le passé, le présent et l’avenir par la seule inspection des plis de la main, il suffit de la signaler pour en démontrer l’absurdité, La connaissance de certaines lignes que l’on rencontre dans le creux e a main a son utilité en médecine, et c’est à ce titre seul que nous en parlerons. On remarque trois lignes principales (fig. 93) qui partent e espace compris entre le pouce et l’index, et s’écartent l’une de 1 autre en se dirigeant obliquement vers le côté opposé de la main. Les anatomistes ont l’habitude de comparer la disposition de ces lignes aux jambages d’une M, bien qu’elles aient peu d’analogie avec cette ettie. Le pli supérieur, ou « ligne de vie » des chiromanciens, est déterminé par le muscle adducteur du pouce ; le pli moyen, ou « ligne de tete », résulte de la flexion de l’index, et le pli inférieur, ou « ligne du cœur », est produit par la flexion des autres doigts. Les plaies situées au-dessus de la ligne moyenne sont plus dangereuses que celles qui sont situées au-dessous, à cause du voisinage des deux arcades artenelles de la main (AP, AS, fig. 93).
Nous ne rappellerons que pour mémoire le privilège qu’on a de tout temps attribué aux mains royales, de guérir certaines affections par leur smi^e imposition: Vespasien rendait ainsi la vue aux aveugles: Tibère guérissait les maux d’oreilles; les rois de Hongrie, la jaunisse’ les rois de France et d’Angleterre cicatrisaient toute espèce de plaies ulcéreuses que l’on confondait sous le nom écrouelles pour donner plus de valeur à la cure. Pyrrhus, roi d’Épire, opérait la même guérison, parait- il, non a l’aide des mains, mais par l’imposition du gros orteil de son pied droit : il rendit ainsi, disent ses panégyristes, la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds et le mouvement aux paralytiques Henri IV pratiquait aussi l’imposition des mains, mais il croyait peu à l’efficacité de ce remède royal. A la bataille de Coutras, il pourfendait les ligueurs en leur criant la formule consacrée à cette pratique *
« Le roi te touche, Dieu te guérisse !»
Les mains n’ont pas chez tous les individus un volume égal • chez la plupart la main droite l’emporte sur la main gauche. Cette différence de développement peut, nous l’avons déjà dit, se généraliser à tout le corps et, le plus souvent, on voit la moitié droite prédominer sur la mo, ,e opposée. « De là, ainsi que le fait remarquer MalgaTgne cet instmct qu! nous pousse à nous servir de préférence des membres du cote droit preference qui a sa cause dans l’organisation elle-même
ro4s Da^ecl^511"'16' * C<mt quatre-vingt-deux hommes intertrot étaient droUr‘en W ?flWW C6ntral deS hôPitaux’ cent soixante, ami £ ’ «“T gauc,lers et quatre ambidextres (de
moo, deux ; dextra, main droite), *
De tout temps la main droite a eu la préférence sur la main gauche, non-seulement au point de vue physique, mais aussi au point de vue moral. Ainsi le serment s’est toujours fait de la main droite, les artistes symbolisent l’Amitié par de'ux mains droites réunies, et l’Écriture dit qu’au Jugement dernier les élus seront à la droite de Dieu et les réprouvés à sa gauche.
Nous citerons, à titre de curiosité, la spirituelle boutade de Franklin intitulée : Pétition de la main gauche , à l’adresse de tous ceux qui ont mission d’élever les enfants :
« Je m’adresserai à tous les amis de la jeunesse, et je les conjure do jeter un regard de compassion sur ma malheureuse destinée, afin qu’ils daignent écarter les préjugés dont je suis victime.
« Nous sommes deux sœurs jumelles, et les deux yeux d’un homme ne se ressemblent pas plus, ni ne sont pas plus faits pour s’accorder l’un avec l’autre que ma sœur et moi; cependant, la partialité de nos parents met entre nous la distinction la plus injurieuse. Dès mon enfance, on m’a appris à considérer ma sœur comme un être d’un rang au-dessus du mien; on m’a laissée grandir sans me donner la moindre instruction, tandis que rien n’a été épargné pour la bien élever. Elle avait des maîtres qui lui apprenaient à écrire, à dessiner, à jouer des instruments; mais si, par hasard, je touchais un crayon, une plume, une aiguille, j’étais aussitôt cruellement grondée ; j’ai même été battue plus d’une fois parce que je manquais d’adresse et de grâce.
« Il est vrai que parfois ma sœur m’associe à ses entreprises ; mais elle a toujours grand soin de prendre le devant et de ne se servir de moi que par nécessité ou pour figurer auprès d’elle.
« Ne croyez pas, Messieurs, que mes plaintes soient excitées par la vanité ; non, mon chagrin a un motif bien plus sérieux. D’après un usage établi dans ma famille, nous sommes obligées, ma sœur et moi, de pourvoir à la subsistance de nos parents. (Je vous dirai en confidence que ma sœur est sujette à la goutte, aux rhumatismes, à la crampe, sans compter beaucoup d’autres accidents.) Or, si elle éprouve quelque indisposition, quelle sera le sort de notre pauvre famille t
« Nos parents ne se repentiront-ils pas alors amèrement d’avoir mis une si grande différence entre deux sœurs si parfaitement égales ?... Hélas ! nous périrons de misère, il me sera impossible de griffonner une pétition pour demander des secours, car j’ai été obligée d’emprunter une main étrangère, pour transcrire la requête que j’ai l’honneur de vous présenter.
« Daignez, Messieurs, faire sentir à nos parents l’injustice d’une tendresse exclusive et la nécessité de partager également leurs soins et leur affection entre tous leurs enfants.
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ce Je suis, avec un profond respect, Messieurs, votre obéissante servante. »
régions de la main. — La main comprend dans sa composition trois parties très-distinctes : le carpe ou poignet, le métacarpe et les doigts.
1° Le carpe (xapTCoç, poignet) est formé de deux rangées d’os (fig. 94) qui sont au nombre de huit, et qui doivent leur nom à leur configuration. Les os de la rangée supérieure sont de dehors en dedans : le scaphoïde (Gv.ayrh nacelle; elooç, ressemblance); le semi-lunaire , le pyramidal , et le pisiforme ( pisum , pois; forma , forme), qui est un os
Fig. 94. — Dos de la main gauche.
1, Pyramidal. — 2, Semi-lunaire. — 3, Scaphoïde. — 4, Os crochu, — 5, Grand os. —
6, Trapézoïde. — 1, Trapèze.
sésamoïde compris dans l’épaisseur du muscle cubital antérieur. Les os de la rangée inférieure sont : le trapèze , le trapézoïde , le grand os , et l’os crochu.
Les mouvements de flexion du poignet se produisent entre les deux rangées du carpe, et ceux d’extension entre la première rangée du carpe et le radius ; quant aux mouvements de rotation du poignet, nous savons qu’ils sont placés sous la dépendance du radius.
2° Le métacarpe après ; xaprcoç, poignet) est un composé de
cinq os parallèles qui forment, en arrière, une convexité appelée dos
de la main, et, en avant, une concavité dite paume ou creux de la main. Cette dernière conformation, qui rappelle celle de la plante du pied, a, comme elle, l’avantage de protéger les nombreux organes de la main, muscles, tendons, vaisseaux et nerfs, contre les pressions extérieures. ,
Tous les os métacarpiens, à l’exception de celui qui s’articule avec le pouce, sont immobiles. C’est à l’indépendance des mouvements du pouce que la main doit en grande partie l’exercice dç ses mouvements
Fig. 95. — Bras artificiel de M. G. Roger de l’Opéra.
multiples. Aussi les anciens considéraient-ils ce doigt comme le «gouvernail de la main ». Les Grecs l’appelaient ayjx t^stp, c’est-à-dire une autre main. Il vaut mieux, en effet, perdre trois doigts à une main que le pouce.
Dans la construction des bras artificiels, on donne toujours au pouce une grande mobilité, afin que l’on puisse, comme dans la nature, l’opposer aux autres doigts. La prothèse brachiale est arrivée à un tel degré de perfection, qu’il est possible, à l’aide d’un appareil bien construit, de faire exécuter aux doigts, au poignet et à l’avant-bras les mouvements les plus variés. C’est ainsi que le ténor G. Roger, qui subit l’amputation de l’avant-bras à la suite d’un accident de chasse,
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put continuer à jouer en se servant d’un bras artificiel très-ingénieur inventé par M. Mathieu (fig. 95).
3° Les doigts sont formés de petits os longs nommés phalanges , parce qu’on les a comparés à des soldats rangés en ordre. Chaque doigt possède trois phalanges (fig. 94), à l’exception du pouce qui n’en a que deux.
Les doigts ont reçu des noms qui rappellent leur situation ou leurs usages : le premier est le pouce ( pollere , avoir beaucoup dë force) ; le deuxième est l 'index (indicare, montrer) ; le troisième, le médius ( médius , milieu) ; le quatrième, Yannnulaire (annulus, bague) ; le dernier a été appelé auriculaire , parce qu’il est le seul qu’on puisse introduire dans le conduit auditif. La longueur du doigt médius, dans le canon égyptien, était pris comme unité de mesure ; elle était contenue dix-neuf fois dans la longueur du corps.
difformités des doigts. — Les doigts sont souvent affectés de difformités congénitales dont les plus fréquentes sont : la mégalodactylie (de j liyaç, grand ; Say/uuXcç, doigt),- caractérisée par un doigt
plus développé que les autres ; la syndactylie (de cruv, avec) ou doigt palmé (fig. 96) ; Yectrodactylie (èxTpwG), je fais avorter), dans laquelle un ou plusieurs doigts font défaut; la polydactylie (de tuôXuç, beaucoup), ou doigts bifurqués (fig. 97) ; enfin les doigts surnuméraires 3 qui sont plus ou moins nombreux. Anne de Boleyn, la femme d’Henri VIII, était sexdigitaire de la main droite; cette reine, si cruellement punie par son mari, portait un autre vice de conformation, une mamelle supplémentaire.
mutilations volontaires oes do igts. — Depuis l’existence dos armées, on a constaté les mutilations volontaires des doigts.
Fig 96. — Doigts palmés (syndactylie).
Fig. 97. — Pouce bifurqué.
De nos jours, l’index droit est celui que les conscrits sacrifient le plus souvent ; autrefois, le doigt mutilé de préférence était le pouce : c’est d’ailleurs de la mutilation du pouce ( pollices tmnci , pouces coupés), que vient le mot poltron. « Les Romains, dit Montaigne, dispensoient de la guerre ceulx qui estoient blecez au poulce, comme s’ils n’avoient plus la prinse des armes assez ferme. Auguste confisqua les biens à un chevalier romain qui avoit, par malice, coupé les poulces à deux siens jeunes enfants, pour les excuser d’aller aux armées : et avant luy, le Sénat, du temps de la guerre italique, avoit condemné Gaius Yatienus à prison perpétuelle, et luy avoit confisqué touts ses biens, pour s’estre à escient coupé le poulce de la main gauche, pour s’exempter de ce voyage.
« Quelqu’un, dont il ne me souvient point, ayant gaigné une battaille navale, feit couper les poulces à ses ennemis vaincus, pour leur oster le moyen de combattre et de tirer la rame. Les Athéniens les feirent couper aux Aeginetes, pour leur oster la préférence en l’art de marine. »
Le législateur grec Gharondas faisait exposer pendant trois jours sur la place publique, avec des habits de femme, les jeunes gens qui s’étaient mutilés volontairement ou qui simulaient une infirmité. Constantin et Valentinien les faisaient marquer au fer ronge et les conservaient au service.
D’après l’instruction du 2 avril 1862, que nous empruntons aux Maladies simulées du Dr Boisseau, les mutilations des doigts et des orteils rendent impropre au service militaire, quand elles consistent en l’une des lésions suivantes :
Main. 1° Perte du pouce en totalité ou perte d’une phalange de ce pouce ; 2° perte du doigt indicateur en totalité ou perte d’une phalange de ce doigt, pour la main droite, de deux phalanges pour la main gauche; 3° perte de deux doigts; 4° perte simultanée d’une phalange des trois derniers doigts.
iMeti. 1° Perte du gros orteil en totalité ou d’une phalange de cet orteil ; 2° perte de deux orteils en totalité ; 3° perte simultanée d’une phalange des quatre derniers orteils.