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I. — Des muscles en général

DIVISION DES MUSCLES EI¥ DEEX ORDRES. — Les mUSCleS (1)

sont les organes actifs des mouvements; ils apparaissent dans l’éco-

(1) De mus rat, à cause de la ressemblance que les anciens leur trouvaient avec cet animal écorché.

DE LA. LOCOMOTION

nomie sous deux aspects différents : les uns forment des masses charnues qui constituent la chair ou viande des animaux, et les autres des lamelles membraneuses qui entrent dans la constitution des organes de la vie de nutrition, telles que les tuniques musculaires de Festomac et de l’intestin. Les premiers ont été appelés muscles de la vie animale ou de relation , et les seconds muscles de la vie organique ou de nutrition. On a encore donné à ces derniers le nom de muscles involontaires et aux autres celui de muscles volontaires , parce que les uns échappent à l’influence de la volonté, tandis que les autres y sont

Fig. 98. — Extrémité d’un muscle. — A, B, Fibres musculaires. — C, Tendon.

soumis. Ces deux variétés d’un même tissu diffèrent entre elles, nonseulement par la conformation extérieure, mais aussi par leur structure intime et par leurs propriétés.

Nous étudierons en détail les muscles de la vie animale, parce qu’ils servent seuls à la locomotion, et nous ne ferons que signaler, à l’occasion, les particularités intéressantes des muscles de la vie organique.

structure des müscles. — Les muscles de la vie animale se composent d’une partie charnue de couleur rouge, terminée, à ses deux extrémités, par des cordons d’un blanc nacré, appelés tendons (de tendere, tendre), (fig. 98).

1° partie charxue des muscles. — La partie charnue des muscles est plus rapprochée de leurs extrémités supérieures chez la femme que chez l’homme, ce qui rend les membres de la première plus effilés en bas.

Cette partie charnue est formée de filaments que l’on voit distinctement sur le bœuf bouilli, et que l’on appelle faisceaux secondaires (fig. 99) ; ils s’étendent d’un bout à l’autre du muscle. En examinant

Fig. 99. — Schéma représentant la coupe transversale d’un muscle.

1, Gaine du muscle ou périmysium externe. — 2, 3, 4, Cloisons formant la gaine des faisceaux secondaires ou périmysium interne. — 5, Faisceaux secondaires des muscles composés chacun de plusieurs faisceaux primitifs, dont la coupe est représentée sur cette figure par de petites surfaces blanches.

ces faisceaux secondaires au microscope, on remarque qu’ils sont aussi composés d’un grand nombre de filaments dits faisceaux primitifs. Ces derniers se présentent sous l’apparence de faisceaux de 3 à 4 centimètres de longueur, qui s’engrènent par leurs pointes et se juxtaposent parallèlement entre eux. Leur surface est rayée de stries transversales qui sont alternativement pâles et foncées. Ce caractère distinctif des muscles de la vie animale leur a fait donner le nom de muscles à fibres striées , par opposition aux muscles à fibres lisses de la vie organique. Sous l’influence de certains agents chimiques, on peut, suivant le réactif que l’on emploie, décomposer les faisceaux primitifs, soit en un certain nombre de fibrilles (fig. 100), 'soit en autant de disques (fig. 101) qu’il existe de stries sombres sur leur trajet. De là vient la diversité d’opinion qui existe entre les anatomistes, au sujet de l’élément constitutif des muscles : les anatomistes français le considèrent comme formé par la fibrille ; les anatomistes allemands et anglais le croient constitué par le disque.

Chaque faisceau primitif reçoit un tube nerveux (fig. 102) qui le met en communication directe avec le cerveau : c’est par l’intermédiaire

de cette espèce de fil télégraphique que l’incitation cérébrale est transmise aux muscles pour les faire contracter. Foster a donc raison de comparer le muscle à un fusil qui se charge tout seul en prenant sa poudre dans le sang, et qui se décharge sous l’influence de l’étincelle nerveuse.

2° des xe^dows. leur résistawce. — Les tendons sont composés de nombreuses fibres qui reçoivent, par une extrémité, l’insertion de plusieurs faisceaux musculaires (fig. 98) et qui, par l’extrémité opposée, s’implantent directement sur les os du squelette. L’union

Fig. 101). — laiiCoaU secondaire du uiuacie Fig. 101. — Dis^ueà îeàulUul do la dj»agiéstrié. gation d’un faisceau primitif en travers.

1, Tendon. — 2, Enveloppe celluleuse ou périmysium interne. — 3, Faisceaux primitifs.

des fibres tendineuses avec le corps charnu du muscle et avec la substance osseuse est si forte, qu’en exerçant une violence considérable sur un tendon, il se rompra plutôt que de céder à l’une de ses attaches. Jarjavay rapporte l’exemple de ce danseur qui paria de faire cinquante entrechats consécutifs, et qui se rompit le tendon d’Achille au quarante-neuvième.

Le plus souvent les tendons ont la forme de cordons plus ou moins volumineux, ainsi qu’on l’observe aux muscles des membres ; d’autre fois, ils s’étalent en membranes, comme à l’abdomen (pl. III, 16), et prennent le nom d? aponévroses («tco, de; vsûpov, nerf), parce que les anciens

dormaient ce nom à toutes les parties blanches et regardaient les aponévroses comme des expansions nerveuses. On Iqs appelle aponévroses d'insertion pour les distinguer des aponévroses d’enveloppe qui servent de gaine aux muscles (fig. 103).

COMPOSrnOX CHIMIQUE OU TESSSU MUSCULAmE. OOUIL-

lok. — L’analyse chimique a démontré que 100 parties de tissu musculaire renfermaient environ 16 parties de fibrine, 2 d'albumine

Fig. 102. — Tërmiaaison îles aeris dans les muscles striés.

1, Tube nerveux avec ses bifurcations terminales. — 2, Plaques terminales. — 3, Myolemnie apparent par suite de la rupture des fibrilles musculaires. — 4, Fibrilles musculaires.

et 2 de gélatine ; le reste serait représenté par de l’eau et des matières inorganiques.

Lorsqu’on soumet à l’ébullition lente de la viande de bœuf, de veau, de poulet ou de tout autre animal, on obtient un extrait aqueux appelé bouillon. L’écume qui se forme à sa surface et que l’on rejette habituellement est de l’albumine coagulée; elle représente la plus grande partie nutritive du bouillon ; aussi les chiens en sont-ils trèsfriands.

Cette décoction de viande est plus ou moins concentrée et contient des proportions variables de matières assimilables. Le bouillon de bœuf ordinaire renferme, en moyenne, 15 grammes de ces matières pour 1 kilogramme d’eau ; ainsi il faut absorber un litre de bouillon

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pour donner à l’économie gros comme une noisette de principes nutritifs. On ne doit donc considérer le bouillon que comme une boisson agréable et non comme un aliment. « C’est, dit le Dr Monin, une fleur parfumée, une madone de Raphaël, une symphonie de Beethoven pour employer les poétiques expressions d’un physiologiste d’Outre-Rhin.» L’arome de cette préparation culinaire est dû à la présence d’une ma-

Fig. 103. — Section du bras droit pour montrer les loges formées par les aponévroses d’enveloppe des muscles.

tière odorante qui se développe sous l’influence de la température et que l’on appelle l’acide inosique. Le muscle dont on s’est servi pour faire du bouillon a conservé toute sa substance véritablement alimentaire, la myosine, et il est peu rationnel de le rejeter sous prétexte qu’il est épuisé. L’extrait de Liebig n’est autre chose qu’une décoction de muscles très-concentrée. Mais lorsqu’on veut alimenter un malade, il est préférable de préparer soi-même son extrait de viande, en faisant chauffer au bain-marie une certaine quantité de bœuf pendant plusieurs heures : on obtient alors un résidu qui a des propriétés autrement efficaces que celles de tous les médicaments-aliments prétendus nutritifs. On peut encore se servir de petits appareils dits sastenteurs (fig. 104, 105).

volume: des muscles, de gymnastique. — Le volume

des muscles varie avec l’âge, le sexe et l’état de santé. L’exercice et le repos modifient beaucoup aussi ces organes : l’exercice les développe ainsi que le prouvent les épaules des forgerons, les bras des boulangers, les jambes des danseurs (1) et le dos des portefaix ; tandis que le repos peut les réduire à l’état de simpes cordons, comme à la suite de longues maladies. C’est en abandonnant un membre à l’inaction complète et

(1) Nous avons eu l’occasion d’examiner les mollets de Manuel Donato, le danseur monopode, et nous avons constaté une différence de cinq centimètres en faveur du côté droit sur lequel il dansait.

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prolongée que certains conscrits ont pu simuler une atrophie musculaire qui les a fait exempter du service militaire.

Le relief des muscles ne se dessine sous la peau que lorsque ces organes entrent en contraction ; c’est donc à tort que certains peintres,

parmi lesquels nous pourrons citer Michel-Ange et Rubens, accentuent les contours musculaires d’un membre au repos.

Tous les muscles du corps augmentent de volume sous l’influence de la gymnastique (de yu^voç, nu, parce que les anciens lutteurs se rendaient nus dans l’arène). En développant les formes corporelles, les exercices gymnastiques activent les fonctions nutritives et concourent, de la sorte, à entretenir et à fortifier la santé. Madame de Sévigné n’avait donc pas tort de dire que la plupart des maladies viennent de ce que nous avons trop souvent « le cul en selle. » La gymnastique exerce encore une influence salutaire sur les facultés intellectuelles et sur le caractère. « Il n’y a pas, dit Alfred de Musset, de maître d’armes mélancolique. » Et J.-J. Rousseau a écrit : « La marche a quelque chose qui anime et avive mes idées; je ne puis presque penser quand je reste en place : il faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit. » Il suivait en cela l’exemple des disciples d’Aristote qu’on appelait péripatéticiens , c’est-à-dire promeneurs, parce que ces philosophes dissertaient en se promenant dans le Lycée. La vigueur musculaire de Caton et de Platon qui avait été athlète, prouve encore que la force corporelle peut se développer sans nuire aux fonctions cérébrales.

Malgré les nombreux avantages de la gymnastique, cet élément essen-

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tiel d’éducation est encore trop négligé dans nos établissements scolaires. Les exercices physiques ne sont pas entrés dans nos mœurs, comme chez les Anglais ou les anciens Grecs pour qui la gymnastique était une des trois parties de l’éducation, avec les belles-lettres et la musique. De même qu’en Prusse, la gymnastique devrait être obligatoire pour la jeunesse. Montaigne n’a-t-il pas dit en parlant de l’enfant : « Ce n’est pas assez de lui roidir l’âme, il lui faut aussi roidir les muscles. » Et Plutarque avait raison d’écrire : « Platon nous avertissait sagement de ne point exercer le corps sans l’âme ni l’âme sans le corps, mais de les conduire tous deux comme une paire de chevaux attelés ensemble. » C’est la paraphrase de l’aphorisme latin : Mens sana in corpore sano.

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