CONSISTANCE DES MUSCLES. RIGIDITÉ CADAVÉRIQUE
Les muscles sont souples au toucher ; ils sont plus fermes lorsqu’ils sont très-développés. En vieillissant, ils augmentent de mollesse et présentent cependant à la coction plus de dureté ; c’est pourquoi la chair des vieux animaux est une mauvaise viande de boucherie.
Cinq ou six heures après la mort, quelquefois plus tôt, rarement plus tard, les muscles deviennent rigides et opposent aux mouvements des membres une résistance plus ou moins grande. Cet état dure jusqu’à l’apparition des premiers signes de la putréfaction, c’est-à-dire pendant un ou deux jours. La rigidité cadavérique est d’autant plus rapide que le système musculaire a subi une fatigue plus grande. Ainsi elle se produit plus tôt chez un lièvre surmené par les chiens que chez une perdrix tuée dans son vol naturel. Parfois même elle est instantanée et surprend le corps dans la position qu’il occupait avant la mort ; c’est ce que l’on observe si souvent sur les champs de bataille.
CONTRACTILITÉ MUSCULAIRE. CATALEPSIE . — Les libres
musculaires, sous l’influence de la volonté ou de l’électricté, jouissent de la propriété de se contracter, c’est-à-dire de diminuer de longueur tout en augmentant de volume et de consistance ; d’où la saillie et la dureté que présente un muscle, tel que le biceps, par exemple, à l’état de contraction. L’action de l’électricité sur les muscles a fait employer cet agent dans le traitement des paralysies.
On constate, à l’aide d’un thermomètre placé dans le corps du muscle, que cet organe développe une certaine quantité de chaleur pendant qu'il se contracte. Cette circonstance explique pourquoi l’exercice permet au corps, plus facilement que le repos, de résister à l’action du froid. Aussi le médecin Solander, qui accompagnait Cook dans son expédition au pôle Nord, répétait-il sans cesse à ses compagnons exténués de fatigue : Quiconque s'assied s'endort , et quiconque s'endort ne se réveille plus. De même Larrey écrivait à propos de la retraite de Russie: « Malheur à celui qui se laissait gagner par le sommeil!
Quelques minutes suffisaient pour le geler entièrement, et il restait mort à la place où il s’était endormi. »
La puissance de la contraction musculaire contribue, ainsi que nous l’avons vu, à maintenir en contact les surfaces articulaires. Elle est parfois un obstacle à la réduction des fractures et des luxations des os ; dans ces différents cas, on ne parvient à vaincre sa résistance qu’en administrant le chloroforme. On la voit même déterminer, par sa violence, des luxations et des fractures : ainsi il est fréquent de se démettre la mâchoire soit en bâillant, soit en riant d’une façon immodérée. Sédillot a rapporté l’observation d’une femme de quarante-six ans qui se luxa l’épaule droite en voulant donner un soufflet; et Y Union médicale a publié celle d’un homme qui se luxa l’humérus en éternuant pendant qu’il se peignait. Parmi les exemples de fractures par contraction musculaire, nous citerons celui d’une femme qui, au dire de Malgaigne, se fractura la clavicule, par contraction énergique du grand pectoral (pl. III, A, 1), en embrassant son mari. Il n’est pas rare non plus de voir des danseurs se rompre la rotule en faisant des entrechats. On connaît l’histoire de ce soldat qui, se disposant à donner un coup de pied à son supérieur, en fut empêché par une fracture subite de la rotule, sans laquelle il eût été condamné à mort par le conseil de guerre.
Dans l’horrible supplice de l’écartèlement, qui consistait à attacher les membres du patient à quatje chevaux vigoureux, on trouve une preuve de la résistance que les muscles opposent au déplacement des surfaces articulaires. En effet, malgré les tractions énergiques des chevaux, les membres ne se séparaient parfois du tronc qu’au bout de quelques heures, et le bourreau était obligé d’opérer le démembrement avec la hache ; c’est ce que l’on observa aux supplices de Ravaillac et de Damiens, les assassins de Henri IV et de Louis XV.
Les contractions musculaires sont placées sous la dépendance du système nerveux, dont le mode d’action peut ou les exagérer en produisant des convulsions, des crampes et des tremblements, ou les arrêter, en déterminant des paralysies. Bichat avait donc raison de dire que le système musculaire est le thermomètre de l’état du cerveau.
La durée de contraction d’un muscle est très-limité ; on ne peut tenir les membres supérieurs étendus plus de vingt minutes, et il est impossible de se soutenir plus de trente minutes sur la pointe du pied. Dans la catalepsie, cependant, les membres peuvent conserver l’attitude qu’on leur donne, sans fatigue apparente et pendant tout le temps, souvent fort long, que dure l’attaque.
C’est sous l’influence des contractions musculaires que des aiguilles introduites dans le corps peuvent effectuer, à travers les organes, des migrations plus ou moins étendues et sortir, sans provoquer d’acci-
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dent, par un point souvent éloigné de celui par lequel elles ont pénétré. Parfois elles déterminent des inflammations d’une certaine gravité qui ont donné lieu à des erreurs de diagnostic importantes. On connaît l’histoire d’Augustine Brohan qui, avant de subir l’ablation du sein droit, reconnu cancéreux par les plus célèbres médecins, eut l’heureuse idée de consulter Ricord; celui-ci devina de suite la présence d’une aiguille avalée par l’actrice et, d’un coup de bistouri, fit sortir ce corps étranger de sa cachette.
toxicité musculaire. — La tonicité (tovoç, tension) est une propriété des centres nerveux qui maintient les fibres musculaires à un certain degré de resserrement continu. Dès qu’il y a section ou paralysie des nerfs de mouvement, les muscles correspondants perdent leur tonicité et se laissent entraîner par leurs antagonistes du côté opposé ; ce qui explique les grimaces caractéristiques des personnes affectées de la paralysie faciale.
Après la mort, tous les muscles perdent leur tonicité ; de là le relâchement des sphincters (açîyYeiv, lier) qui ferment, pendant la vie, les orifices des conduits naturels, et l’abaissement du maxillaire inférieur que l’on soutient alors avec un mouchoir. Si, chez un noyé, la mâchoire se referme après avoir été abaissée, on peut en conclure qu’il reste encore des chances de le rappeler à la vie.
sensibilité musculaire. — Les muscles possèdent deux sortes de sensibilité : une sensibilité générale et une sensibilité spéciale. La première donne lieu aux douleurs du rhumatisme musculaire, des coliques et des crampes, ainsi qu’à la courbature qui s’observe au début d’un grand nombre de maladies fébriles. La sensibilité spéciale des muscles, ou sens musculaire , nous fait apprécier la force, la direction et l’étendue de nos mouvements. Elle vient souvent en aide au jugement. C’est elle, par exemple, qui permet d’évaluer le poids d’une charge en la soulevant.
force musculaire, dynamomètres. — La puissance de s muscles n’est pas en rapport avec leur développement. Elle dépend uniquement de l’intervention plus ou moins énergique des centres nerveux.
On en a tous les jours des preuves incontestables. Tel individu, sous l’influence de la colère, de l’ivresse, de la folie, ou même d’une simple attaque de nerfs, n’a bien souvent que les formes extérieures les plus grêles, et cependant est capable d’une puissance musculaire considérable. Victor Meunier raconte, dans la Science et les Savants , qu’un empereur d’Allemagne avait eu l’idée bizarre de rassembler à Vienne tous les nains et tous les géants de son époque. Souvent des disputes éclataient et la querelle, un jour, s’envenima à tel point entre deux de
ces extrêmes qu’ils en vinrent aux mains ; comme pour David et Goliath, c’est le géant qui fut battu.
La force musculaire se mesure à l’aide d’instruments appelés dynamomètres (fig. 106). On a reconnu de la sorte que la force de pression de la main ou force manuelle, chez l’adulte, est de 60 kilogrammes
Fig. 106- — Dynamomètre. Cet instrument peut servir à indiquer la force de pression de la main, et à donner la force de la traction appliquée à ses deux extrémités : pour obtenir ce dernier résultat, il suffit d’opérer le tirage avec de simples crochets en aux extrémités.
en moyenne et la force de traction de 150 kilos. Cette dernière a été appelée force rénale parce qu’elle met surtout en jeu les muscles de la région de même nom,
Le dynamomètre peut fournir au médecin de précieuses indications pour mesurer le retour graduel ou la perte des forces dans les maladies.
exemples remarquables de force. — Parmi les hommes que leur force musculaire a rendu célèbres, nous citerons, dans les temps anciens , Milon de Crotone, qui assomma un taureau de quatre ans d’un coup de poing, et Polydamas, de Tarente, qui, d’après Larousse, n’était pas doué d’une force moins vigoureuse. Un jour, il saisit un taureau par un de ses pieds de derrière, et l’animal ne put lui échapper gu’en laissant la corne de ce pied entre les mains du puissant athlète.
Les chroniqueurs ont maintes fois célébré les exploits des chevaliers du moyen âge, entre autres, de Godefroy de Bouillon qui, d’un coup de son épée fendait en deux un cavalier.
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Dans les temps modernes, nous signalerons Louis de Boufflers, surnommé le Robuste , né en 1534 ; il chargeait sur ses épaules son cheval tout caparaçonné, et faisait avec ce lourd fardeau plusieurs fois le tour de la place d’armes.
Maurice de Saxe entra un jour chez un maréchal ferrant et brisa plusieurs fers à cheval entre ses mains en lui disant : Tes fers ne valent rien , ils sont en plomb. Puis il offrit un écu de six livres pour le dédommager ; mais celui-ci rompit à son tour la pièce qu’il venait de recevoir et dit au maréchal de France, en lui remettant les morceaux: Vos écus ne valent pas mieux que mes fers.
Une autre fois, pendant une halte de chasse à Chantilly, il offrit une collation à ses invités. S’étant aperçu que les tire-bouchons manquaient, il prit un gros clou, le tordit entre ses doigts et déboucha toutes les bouteilles.
Le major Barsabas était connu au xvie siècle pour sa force herculéenne. Provoqué un jour en duel par un spadassin émérite : « J’accepte, Monsieur, et touchez-la, lui dit-il, en lui broyant les os de la main. »
De nos jours, on voit sur les places publiques et dans les cirques des acrobates d’une force extraordinaire. En Angleterre, les boxeurs ont remplacé les athlètes antiques ; les plus célèbres sont : Brougthon, appelé le père de la boxe ; Crib, le vainqueur des lutteurs américains, et Th. Tophan qui eut, une nuit, l’idée de porter sur le mur d’un cimetière la guérite d’un watchman avec son factionnaire endormi.